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Accueil du site > Actualités > Actu en bref > Alain Robbe-Grillet, fin d’un iconoclaste

Alain Robbe-Grillet, fin d’un iconoclaste

Alain Robbe-Grillet, que l’on surnomme volontiers dans la presse le père, ou le pape, du Nouveau roman, vient de mourir. La presse lui rend un hommage mérité par la plume de ses chroniqueurs littéraires. Tous insistent sur le rire d’Alain Robbe-Grillet, un aspect méconnu de cet écrivain davantage célébré et traduit à l’étranger que dans son propre pays.

« L’écrivain Alain Robbe-Grillet est mort, à l’âge de 85 ans, dans la nuit du dimanche 17 au lundi 18 février à Caen à la suite de problèmes cardiaques, a-t-on appris, lundi, auprès d’Olivier Corpet, ami d’Alain Robbe-Grillet et directeur de l’Institut "Mémoires de l’édition contemporaine" », rappelle Michel Contat dans Le Monde.

Alain Robbe-Grillet était né à Brest en 1922. Il suit son cursus scolaire à Paris, part au Service du travail obligatoire, en Allemagne, en 1943-1944, est diplômé de l’Institut national d’agronomie en 1945. Il commence à écrire en 1949. Son premier roman, Les Régicides, est refusé par Gallimard. Son premier livre publié est Les Gommes, aux éditions de minuit. Depuis lors, Alain Robbe-Grillet sera un pilier de cette maison d’édition. « En 1955, Le Voyeur obtient le prix des Critiques, grâce à Georges Bataille, Jean Paulhan et Maurice Blanchot qui ont été, avec Georges Lambrichs et Roland Barthes, les premiers à le soutenir », écrit Michel Contat dans Le Monde. Robbe-Grillet est finalement plus connu en France pour avoir théorisé le Nouveau roman avec son éditeur Jérôme Lindon, mouvement littéraire autour duquel gravit Nathalie Sarraute, Claude Simon, Michel Butor, Marguerite Duras), que par ses propres ouvrages.

Jusqu’à la publication du Voyeur qui atteint 10 000 exemplaires, les ventes de ses livres restent confidentiels. « Pourtant, Robbe-Grillet, devenu auteur-star pour études littéraires dans les universités (surtout américaines), déclarait dans un éclat de rire que les droits de La Jalousie, ce roman lent, énigmatique, répétitif, déroutant et peut-être délibérément illisible, expérimental en tout cas et donc très commenté, lui rapportaient à eux seuls l’équivalent du Smig », rappelle encore Michel Contat.

« Les écrivains qui marquent leur siècle sont rarement des farceurs, souligne Claire Devarrieux dans Libération. Ses livres sont d’un humour discret, c’est pourtant un grand rire qu’on peut associer à Alain Robbe-Grillet. Un rire méphistophélique, certes, sans pitié ni attendrissement, mais une forme de gaîté tout de même, d’une jeunesse inoxydable, sardonique et flamboyante ».

Un jeune homme toujours vert pourrait-on dire de cet académicien français qui, élu en 2004, s’est toujours débrouillé pour ne jamais mettre les pieds sous la coupole et ne jamais endosser son habit d’immortel.

Mais, souligne Arnaud Viviant dans Le Nouvel Obs, « on ne comprendra pas vraiment l’œuvre d’Alain Robbe-Grillet si on ne veut pas considérer qu’elle est traversée, comme l’était le bonhomme lui-même, par un immense éclat de rire. Celui-ci n’est pas incompatible avec le sérieux, au contraire. Combinés comme des explosifs, le rire et le sérieux peuvent créer le mélange d’une franche liberté, qui fut celle de Robbe-Grillet, dans sa vie et son œuvre (...) Il a donc, pour commencer, plastiqué le roman comme qui rigole. Lequel, selon nos brancardiers attitrés, serait toujours au sol, épars, comme un vieux Meccano rouillé, abandonné. Le roman, c’est-à-dire cette chose académique, toujours académique, qui traînassait comme à son habitude, cinquante ans en arrière sur le reste du monde : les sciences, la philosophie surtout, la psychanalyse, la sémantique, toute cette pensée qui bouillonne au même moment, et que les Editions de Minuit, issue de la Résistance, publie dans la continuité. Alain Robbe-Grillet utilise les formes romanesques comme des moules, et fait des pâtés de sable au milieu des prieurés en allumettes des hussards, ses contemporains, qui continuent de penser la littérature comme une activité sociale ».

« Son intelligence était narquoise, belliqueuse, remarque Michel Contat, dans Le Monde. Naturellement chef d’école parce qu’il avait des convictions esthétiques fortes, il les défendait en attaquant. Le Nouveau roman, dont il s’institua le chef de file, il l’a conçu comme une manière de faire corps contre la littérature qu’il trouvait périmée, facile et qui plaisait au grand nombre ».

Pour Claire Devarrieux, de Libération, « Alain Robbe-Grillet, qui n’avait aucun goût pour la vertu, se demandait s’il fallait interdire la censure par principe, car il était hostile aux principes. Mais il précisait (en 1973, dans une revue américaine) : « On a toujours tort de ne pas vouloir regarder, les yeux grands ouverts, la société dans laquelle on vit, et ce qu’on a soi-même dans la tête... ».

« Bref. Robbe-Grillet a la gueule du coupable idéal. Ce pervers a mis la littérature française en crise. On rêverait d’en revenir avant Robbe-Grillet. Mais ce n’est pas possible. C’est parce qu’il est indépassable qu’il sera dépassé », conclut Arnaud Viviant dans Le Nouvel Obs.


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