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De Dante à Charlie Hebdo

La fonction d’une caricature n’a jamais été de faire plaisir. Pour cela il y a le style du réalisme socialiste. Le sens critique est l’honneur de l’esprit, et il ne date pas d’aujourd’hui : l’église San Petronio, à Bologne, aujourd’hui très protégée, abrite une fresque datée de 1415 représentant une illustration de la Divine Comédie de Dante, de Giovanni da Modena. Mahomet est placé dans les flammes de l’enfer et Virgile demande à Dante : « Celui qui est coupé en deux, n’est-ce pas Mahomet ? », question à laquelle le poète répond : « Oui, et il est coupé en deux parce qu’il a apporté la division dans la société. » En avril 2006, quand une photographie de la fresque a été publiée dans une revue catholique, le directeur de la section italienne de la Ligue mondiale musulmane, Mario Scajola, a déploré le « très mauvais goût » de cette décision ; le responsable de l’Union des communautés musulmanes italiennes, le Père Roberto Piccardo, a dénoncé « les minorités qui mettent de l’huile sur le feu et se livrent à des provocations » ; le Père Justo Lacunza Balda, recteur de l’Institut pontifical d’études arabes a condamné : « On ne peut pas se moquer ainsi de Mahomet, figure centrale de la foi de plus d’un milliard de personnes dans le monde, une telle façon d’agir me blesse personnellement. »

Le 7 février commence le procès de Charlie Hebdo, au Tribunal de grande instance de Paris. La plainte de la Mosquée de Paris, de l’UOIF et de la Ligue islamique mondiale se fonde sur les « injures publiques à l’égard d’un groupe de personnes en raison de leur religion ». Pour le recteur Dalil Boubakeur, « ce qui est en jeu, c’est le racisme, et le racisme n’est pas une opinion, mais un délit », et les musulmans sont « victimes d’une injustice de traitement », ce que traduit la citation devant le tribunal : « Cet amalgame entre les intégristes et les musulmans dans leur ensemble [...] caractérise donc manifestement un propos raciste délibéré, constitutif d’une injure... ». Me Francis Szpiner, avocat de la Mosquée, avance que le procès « n’est pas celui de la liberté d’expression ou de la laïcité, comme on veut le faire croire ». Selon l’avocat, la liberté d’expression n’est pas non plus remise en question : « Nous admettons que l’on puisse caricaturer le Prophète, ce n’est pas ça qui est en cause, mais nous refusons cette agression raciste contre les musulmans. » Abdallah Zekri, président de la Fédération régionale du Sud-Ouest de la Grande Mosquée le confirme : « La position de la Grande Mosquée de Paris ne relève en aucun cas de l’intégrisme », et il n’est « évidemment pas hostile à la liberté de la presse et à la liberté d’expression », et « nullement pour le rétablissement de la censure ».

Il est à la réflexion assez difficile de saisir l’exact motif de la plainte, tant les causes niées sont nombreuses dans les discours des plaignants (aucune intention de remettre en cause la laïcité, ni la liberté d’expression, ni la liberté de la presse...). Le motif du « racisme » (perçu comme hautement agressif) surprend, en ce qu’il assimile de fait la religion à une race, dans une probable acception assez souple du mot race, qui renvoie plutôt à une population donnée, mais entière tout de même. Peut-être ces propos du recteur de la Mosquée de Paris sont-ils plus éclairants : «  Représenter Mahomet coiffé d’une bombe, c’est dire à tous les musulmans et pas seulement aux intégristes  : Vous adorez un prophète vecteur d’attentats, de mort, de destruction, donc vous adorez la violence. »

Du côté de la défense de Charlie Hebdo, Richard Malka, avocat du journal, présentera treize témoins dont François Bayrou, François Hollande, Elisabeth Badinter, Dominique Sopo (président de SOS Racisme), Claude Lanzmann, Taslima Nasreen... Une pétition de soutien à Charlie Hebdo est publiée dans Libération, elle s’achève par ces termes : « Ceux qui résistent à l’intégrisme n’ont que la plume et le crayon pour faire face aux menaces. Des démocrates du monde entier, notamment musulmans, espèrent trouver en Europe, et tout particulièrement en France, un havre laïque où leur parole n’est entravée ni par la dictature ni par l’intégrisme. »


Les caricatures incriminées, pour rappel : http://www.resiliencetv.fr/modules/smartsection/item.php?itemid=310

La pétition de soutien à Charlie Hebdo publiée dans Libération : http://www.liberation.fr/rebonds/232993.FR.php


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