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Enseignement de la Shoah en CM2, la presse unanime s’interroge

A partir de la rentrée 2008, tous les enfants de CM2 se verront confier la mémoire d’un des 11 000 enfants français victimes de la Shoah. C’est peu de dire que cette proposition de Nicolas Sarkozy fait réagir. A quel saint se voue-t-il ? Y a-t-il urgence ?

Les Français attendent-ils de ce président qui perd un peu plus de sa popularité à chaque sondage qu’il légifère sur ce sujet éminemment sensible ? Nicolas Sarkozy n’est pas doué pour la parole. Encore moins pour la pensée, seulement pour la tactique et guère pour la stratégie. Il agit à court terme.

Que ses thuriféraires ne viennent pas nous dire qu’on lui fait-là un procès d’intention. Depuis qu’il est au pouvoir les exemples abondent. Nicolas Sarkozy est élu depuis le mois de mai et son gouvernement ressemble à la cour du roi pétaud. Les déclarations les plus contradictoires fusent quotidiennement. Voilà ce qui décrédibilise Nicolas Sarkozy et son gouvernement.

Comme l’écrit Jacques Camus, éditorialiste à La République du Centre : « Nicolas Sarkozy devient inquiétant ». Sa récente proposition « semble relever de ces soudaines lubies élyséennes plus spectaculaires que réellement réfléchies ».

La question que chacun se pose aujourd’hui c’est pourquoi Nicolas Sarkozy estime-t-il bon pour les élèves de CM2 de confier à chacun d’entre eux la mémoire d’un des 11 000 enfants victimes de la Shoah ? Pourquoi estime-t-il nécessaire de substituer à l’enseignement des faits la mise en scène de l’émotion ? De quel droit impose-t-on cet exercice aux enfants ? Quelle logique y a-t-il derrière tout ça, sinon celle d’un « abrutissement compassionnel » qui « ne peut amener que trouble dans les esprits des enfants et violences en retour  ».

Avec la religion, ce président n’est pas à l’aise, c’est bien le moins qu’on puisse dire. De la loi de 1905, il prétend la toiletter alors qu’une majorité de Français n’en demandent pas tant. Il parle de laïcité positive. Qu’est-ce à dire ?

« La décision pour le moins farfelue du président Sarkozy de "confier la mémoire d’un enfant victime de la Shoah à chaque élève de CM2" ressemble à un coup politique pour le moins douteux. Le mari de Carla court après sa bonne étoile, déjà très ternie par huit mois de présidence  ».

Patrice Chabanet (Le Journal de la Haute-Marne) juge que « l’idée de Nicolas Sarkozy sur le devoir de mémoire n’est pas critiquable sur le fond, mais reste discutable sur la forme. On peut légitimement se demander si des enfants de 10-11 ans ont les outils de la connaissance nécessaires pour prendre la mesure du génocide ».

« Cela n’ajoute rien, hormis du pathos. Les jeunes sont gavés de Shoah depuis des années et cela n’a pas empêché la montée de l’antisémitisme dans les banlieues. Ce qui s’enseigne à l’école, c’est l’histoire (...) Le devoir de mémoire défini par Primo Lévi est l’obligation faite aux survivants de raconter. Pas de commémorer », souligne Pascal Brukner dans Le Figaro.

D’aucuns s’interrogent sur cette décision qui a surpris jusqu’à Richard Prasquier, président du Crif : « Le moins que l’on puisse dire, c’est que la décision surprise décidée par Nicolas Sarkozy au sortir du repas au Crif ne laisse personne indifférent, y compris le principal concerné au départ, Richard Prasquier, le nouveau dirigeant du Conseil représentatif des institutions juives de France, prévenu à peine quelques heures avant. Mais il n’est pas le seul : ce soir tout le monde se demande quelle mouche a bien pu piquer Nicolas Sarkozy. Une mouche étrangère ou une mouche française ?  »

« Même si l’intention du président (...) est louable, les instituteurs n’avaient pas besoin de ce rappel, ni de ce diktat que rien ne vient expliquer. Ils savent comment aborder le génocide, en classe, collectivement, sans y mettre de surcharge affective », précise Michel Vagner de L’Est républicain.

Bernard Revel, de L’Indépendant du Midi, est plus compréhensif :
« Mettre des noms à la place de chiffres abstraits aide à mieux comprendre... La démarche doit être soutenue par tout un ensemble pédagogique ».

Pour Annette Lévy-Willard (Libération), « un président de la République, même démocratiquement élu, n’a pas vraiment légitimité à faire des cours d’histoire télécommandés ».

Francis Brochet, du Progrès, est encore plus sévère : c’est « comme si l’on plaquait sur la Shoah les recettes de la télé-réalité, où l’on surjoue chaque sentiment, dans l’excès et l’exhibition, de peur d’ennuyer... Attention : il est des sujets trop sensibles pour qu’on en fasse trop ».

Daniel Ruiz, dans La Montagne, pense que « C’est en aidant la jeunesse à maîtriser ses sentiments et en enrichissant sa connaissance de l’histoire, et de l’actualité, que l’on participe à la construction de la citoyenneté. Pas en faisant parrainer à ces gosses un enfant mort ».

Bref, à travers la presse, nationale, régionale ou participative, les Français ont exprimé un malaise devant ce qu’ils pressentent être un « coup médiatique ». Espérons qu’il sera sans lendemain...


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