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Espagne, une politique d’immigration bouleversée

 

L’Espagne a accueilli 3,3 millions d’immigrés de 1995 à 2005. Au cours de la même période, son taux de chômage a été réduit à 8,43%, et selon un rapport de la Caixa Catalunya, sans les immigrés, durant cette décennie, l’économie espagnole aurait accusé « une récession de 0,6% », au lieu de bénéficier d’une croissance moyenne de 2,6%. L’apport des immigrés à l’économie a donc été de +3,2%. Cette situation a été prise en compte quand Madrid a régularisé, en février 2005, 580 000 sans-papiers qui étaient employés dans l’économie souterraine. Par ailleurs, le poids des Africains dans l’immigration clandestine représente 3% à 4,5% de tous ceux qui s’installent illégalement dans le pays (Bulgares, Roumains et Latino-Américains constituent des contingents beaucoup plus nombreux).

Le gouvernement espagnol a annoncé mercredi que l’immigration clandestine serait bloquée ; des Sénégalais irréguliers ont déjà été reconduits des îles Canaries dans leur pays. (Jusqu’à présent, 90 % des immigrés qui arrivent aux Canaries étaient transférés par avion sur la péninsule espagnole au bout de quelques  semaines de camp de détention. Au terme de quarante jours, les autorités espagnoles sont juridiquement contraintes de les relâcher.)  La très grande majorité des 800 000 immigrés actuellement en situation irrégulière sur le sol espagnol seront renvoyés.

Le flux d’immigration augmente, et les circonstances sont trop souvent tragiques. Depuis le début de l’année 2006, plus de 23 000 migrants illégaux en provenance d’Afrique ont rejoint les îles Canaries, plus de 1300 au cours de la première semaine du mois de septembre. C’est la voie empruntée depuis que les enclaves espagnoles de la côte Nord du Maroc ont été clôturées par du grillage électrifié (2005). Cette voie maritime est coûteuse, la traversée de plus de mille kilomètres étant vendue au tarif en gros d’un an de salaire. 490 corps repêchés, plus ceux des barques qui ont coulé, qui se sont égarées, comme celle qui a dérivé jusqu’à la Barbade, livrant à la côte des cadavres.

Par ailleurs, l’Europe donne de la voix pour exhorter l’Espagne à ne pas donner l’image d’un pays trop grand ouvert. Pas « d’appel d’air », selon l’expression de N. Sarkozy. Enfin, l’opinion publique commence à s’inquiéter, un sondage récent indique que 89% des Espagnols jugent que « trop d’immigrants arrivent en Espagne ».

L’Espagne se tourne vers l’Union européenne. Une structure a été mise en place en octobre 2004, le Plan Frontex, pour optimiser le contrôle des frontières extérieures des Etats membres. Mais les problèmes s’accumulent : « Il n’y a pas de concept de frontières maritimes dans les textes de loi de l’UE », a déploré, la semaine dernière, le ministre espagnol des Affaires étrangères, Miguel Angel Moratinos. L’Union va encourager les Africains à rester dans leur pays en créant des emplois proches de leur lieu de vie, en affectant 23 milliards de dollars entre 2008 et 2013 pour cet objectif. Mais 40% de taux de chômage, au Sénégal, la moitié de la population âgée de moins de dix-huit ans, et une contribution des ressortissants qui travaillent à l’étranger à hauteur de 9% du PIB...

« La situation est chaotique, nous sommes débordés », a affirmé Agustin Brito Machin, secrétaire général de la branche locale de la Confédération des syndicats de police espagnols.


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