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Internet, zone de combat en Egypte

Cette fois ce n’est pas à Guantanamo, mais en Egypte, dans le gouvernorat de Guizeh, que tout s’est enchaîné différemment de ce qu’avaient prévu les protagonistes de l’acte de torture qui fait événement : un an après le début de la sordide histoire, les faits ne sont pas dissimulés, atténués, ni enterrés, la diffusion sur Internet d’une vidéo amateur a si bien valeur de preuve que les institutions politiques et judiciaires du pays doivent traiter le problème.

Au commissariat de Boulaq, le 18 janvier 2006, deux policiers, s’acharnent sur un jeune homme, Emad al-Kabir, chauffeur de taxi âgé de vingt-et-un ans, arrêté initialement pour s’être interposé lors d’une altercation entre la police et un de ses cousins. Maltraité pendant la nuit, il est relâché sous caution, puis tout de suite arrêté à nouveau, pour « résistance aux autorités », et c’est au cours de la nuit du 19 au 20 janvier qu’il est torturé. Afin d’attiser la violence qui lui est faite, les policiers filment les sévices avec un téléphone portable, en vue de la diffuser par Internet, en en faisant la publicité dans le quartier de Boulaq pour discréditer le jeune homme, pour que sa situation puisse « servir d’exemple » aux autres.

C’est en novembre 2006 qu’Emad al-Kabir décide de porter plainte, la peur de représailles cédant devant le souci de chercher à aider son frère qui vient alors d’être emprisonné (pour avoir refusé de payer cinq livres de pot-de-vin à un policier, semble-t-il). Le 10 janvier 2007, il est condamné à trois mois de prison pour avoir « agressé un policier et fait obstacle aux autorités ».

Fin décembre 2006, les deux policiers, Islam Nabih et Reda Fathi, ont été arrêtés ; ils seront jugés le 3 mars. Ils risquent de trois à dix ans de prison, aux termes des articles 178, 268 et 282 du Code pénal égyptien, notamment pour atteinte à la morale...

Le ministre de l’Intérieur égyptien a dans un premier temps dédaigné ces « accusations sans preuve », puis a annoncé qu’il « se conformerait à la décision de la Justice, quelle qu’elle soit ». Le discours officiel continue à faire état de « cas isolés », en total porte-à-faux avec les observations de Human Rights Watch, d’Amnesty international, de l’Organisation égyptienne des droits de l’homme... Sur les 139 signataires de la Convention internationale contre la torture, l’Égypte est l’un des cinq pays cibles d’une enquête de la Commission des Nations unies contre la torture, pour « usage systématique de la torture ». Le 13 janvier 2007, une journaliste d’Al-Jazira, Mme Taha, faisait savoir qu’à l’issue du tournage d’une enquête sur les mauvais traitements pratiqués par la police égyptienne, elle n’avait pu quitter l’aéroport du Caire qu’après confiscation de cinquante enregistrements et de son ordinateur portable.

Il est intéressant de savoir que le Code pénal égyptien restreint la définition de la torture, la limitant aux cas où la victime est contrainte à des aveux, et ne la pénalisant que si elle est pratiquée après une arrestation jugée illégale. Un policier tortionnaire ne peut être inquiété s’il cherche à obtenir des « renseignements ». Les procès jusqu’ici ont concerné des affaires strictement politiques, généralement en cas de décès de la victime de torture.

Seulement la diffusion de cette vidéo a été élargie par un journaliste égyptien âgé de trente-deux ans, Wael Abbas, qui considère que son rôle est de « rendre les informations publiques » et « d’appeler les gens à témoigner ». Il veut « toucher le plus grand nombre » et « rappeler à (ses) compatriotes qu’ils ont des droits ». En 2004, son blog drainait 30 000 visiteurs par mois, aujourd’hui plus d’un million de connexions mensuelles sont comptabilisées. Il est lucide : « C’est une lourde responsabilité, et je risque d’en subir les conséquences. » Selon son analyse : « Le régime peut commencer à avoir peur de notre action et faire plus attention ; mais il peut aussi s’attaquer à nous, par exemple en faisant passer une loi qui réprime plus sévèrement les activités sur Internet. » Il est partagé entre ces inquiétudes et sa confiance dans Internet, qu’il exprime sur son blog, dans un des rares passages en anglais : « My message is to this marvelous thing called the Internet. »

La communication de l’information par Internet peut jouer un rôle déterminant dans les combats politiques, pour déjouer la censure exercée par les pouvoirs, les phénomènes de corruption, les oppressions :

But this jinni frightens some governments, because it made things get out of hand for them — the time when they thought they had control over everything has come to an end, their control and censorship of the press and the air waves is over.

Dear jinni, we are counting on you, to give our people the real picture, without distortion, without censorship and without hidden agendas, we are counting on you to expose corruption, negligence and violations of human rights.


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