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José Muñoz, traducteur des noirceurs humaines

« Tombé », comme il le dit, en souriant de la concession au langage actuel, dans le dessin à l’âge de douze ans, ce natif de Buenos Aires devait alors travailler pour nourrir sa famille brutalement ruinée. Polisseur de métaux, lustreur de meubles chez un ébéniste, animateur d’un théâtre de marionnettes à temps perdu, il a arrêté ses études secondaires pour entrer à l’Ecole panaméricaine d’art, l’année où Hugo Pratt la quittait. A trente et un ans il quitte l’Argentine pour l’Espagne, où commence sa collaboration avec le scénariste Carlos Sampayo, puis pour l’Angleterre. Il vit aujourd’hui à Paris. C’est en 1975 que le personnage d’Alack Sinner est né ; les histoires se déroulent à New York, emblème d’une Amérique honnie pour l’étouffement tentaculaire des hommes qui la peuplent, notamment des exilés sur son sol, contrepartie de l’aveuglement de la réussite financière.

Le dessin est le médiateur de son rapport à la vie : « Avec le dessin, on entre dans la perception subjective, on devient arbre, on devient herbe, on devient chèvre, on devient bélier, on devient une feuille qui tourbillonne dans l’air, on devient un homme fenêtre, on devient tout ce que l’on fait. » José Muñoz ne s’arrête jamais à une idée de son œuvre, taraudé par les incertitudes et les pièges de la subjectivité : « Il y a eu des dessins qui étaient bons et que j’avais rejetés parce que je n’étais pas capable à ce moment-là de regarder la qualité d’expression que je pouvais avoir et j’avais remplacé un bon dessin par un mauvais dessin. »

Il s’engage dans une longue période de dessin avec son outil de prédilection, la plume (qui procure plus que tout autre « un contact beaucoup plus solide avec la matière du papier ») : les rapports dynamiques entre le blanc et le noir, traité comme couleur d’une grande expressivité, sont au cœur de son travail : il faut « laisser le noir inonder les carrés qui divisent la page blanche suivant un plan savant, suivant les règles établies et celles, faites siennes, du récit, du roman... » Les valeurs entre le noir et le blanc sont vecteurs de sens : « J’ai utilisé le gris de manière insistante dans Perramus, au point que c’en est la couleur principale. Le gris doit transmettre la sensation d’une ville qui se fond, qui se dilue sous l’effet d’une dictature qui lui fait perdre son identité. » Le moindre trait, le moindre point tracé sont des signes expressifs : « Une case de bande dessinée reste une petite peinture, c’est un petit essai critique, c’est aussi un poème, une chanson... » (dans L’indispensable n°2, octobre 1998).

Aujourd’hui, il décrit ainsi sa recherche d’une nouvelle voie : « Dans ma vie, j’ai fait trente ans de travail en noir et blanc, je risque de donner la solution prédigérée de mon archive émotive personnelle. Quand on change de parcours, on commet de nouvelles erreurs. Alors c’est bien. » Le nouvel album, qui sera publié en mai 2006, La pampa y Buenos Aires, de chair et de poussière, est annoncé ainsi par les éditions Futuropolis : « Une œuvre tout illuminée de couleurs parfumées, de noirs assassins, de traits saccadés, de balafres de craie, de joie et de douleur, une œuvre éclaboussée par son enfance, par les clameurs de Buenos Aires, par les lumières sans concession de son Argentine. »

Le grand prix du Festival d’Angoulème vient de lui être décerné.

Voir la biographie.

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