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L’euthanasie, lois et paradoxe moral

 

Si l’euthanasie fait partie de ces questions qui font surface quand un malade, comme Piergiorgio Welby aujourd’hui en Italie, implore qu’on lui accorde une mort dans de bonnes conditions, on ne peut dire qu’elle renvoie à un débat non tranché puisque les législations existent. En revanche un sentiment diffus de problème mal résolu demeure, tel que l’a exprimé le président Giorgio Napolitano, reconnaissant la nécessité d’un nouveau débat : « la seule position injustifiable serait le silence ».

Les situations diffèrent d’un pays à l’autre. En Italie, l’euthanasie est illégale : le "suicide assisté« est sévèrement puni par la loi, l’euthanasie »passive" est en revanche officieusement tolérée. En Allemagne, le malade incurable a, depuis 1994, le droit de refuser des soins, et si un médecin pratique un acharnement thérapeutique sur un patient qui les a clairement refusés, il se met en infraction avec la législation. En Grande-Bretagne, c’est un droit de la personne, reconnu depuis 1995, que de refuser des soins, même s’il doit en mourir. Au Danemark le médecin est autorisé par la loi à « se dispenser de commencer ou de poursuivre des soins qui ne peuvent que retarder la date du décès. Dans les mêmes circonstances, le médecin peut donner des antalgiques, des calmants ou des produits analogues, qui sont nécessaires pour soulager le patient, même si une telle action peut conduire à hâter le moment du décès » (source). En Belgique, une loi de 2002 décrit les cas d’euthanasie active tolérée. En Espagne, 13 régions sur 17 reconnaissent des droits aux malades qui souhaitent mettre fin à leur vie. Les Pays-Bas ont mis au point en 1998 un dispositif juridique complexe qui permet de répondre à toutes les situations dans lesquelles le problème se pose. En Suisse, le code pénal autorise implicitement, par son article 115, l’aide, médicale ou non, au suicide, à la condition expresse que l’assistant ne soit motivé par aucun mobile égoïste. Les directives autorisent l’euthanasie passive (abstention ou interruption des traitements de survie), et l’euthanasie indirecte (administration de traitements palliatifs, même s’ils abrègent la vie du patient). Aux Etats-Unis, l’euthanasie active est considérée comme un meurtre (sauf dans l’Oregon), mais l’euthanasie passive est légalisée. Tous les Etats ont adopté des dispositions qui permettent au patient de faire connaître par avance les décisions médicales qu’il souhaite voir prises dans le cas où il deviendrait incapable. (détails). En France, l’euthanasie reste, au regard de la loi, un meurtre passible de trente ans de réclusion criminelle.

Qu’en dit l’opinion publique en France ? Un sondage IPSOS de 2002 indiquait que 31% des sondés étaient favorables à la légalisation de l’euthanasie (34% en 1998), 50% favorables à la dépénalisation, 15% favorables au maintien de son interdiction. Un autre sondage donne une image d’autres opinions publiques : 60% de personnes interrogées favorables à la légalisation aux Etats-Unis, 74% au Canada, 80% en Grande-Bretagne, 81% en Australie.

Le débat est complexe. Les Eglises ont multiplié au cours des dernières années les condamnations de l’euthanasie, dénonçant les intérêts économiques qui  motivent en arrière-plan les partisans du « suicide assisté ». L’archevêque de Canterbury, chef de l’Eglise d’Angleterre, a déclaré en 2005 : « Dans un climat où il y a des pressions pour aller vers un système de soins rationalisé et réduit, l’euthanasie est une option très tentante pour économiser de l’argent [...] Ce n’est pas un débat seulement sur l’éthique médicale, c’est aussi un débat sur l’éthique économique. »

La question de la dignité est aussi au cœur de l’opposition religieuse à la mort décidée : « Si la loi admet demain que chacun peut demander à mourir en fonction de l’appréciation qu’il a de sa propre dignité, elle reconnaîtra par là même que la dignité est une valeur relative », ce qui peut être la porte ouverte à toutes les violences ; le droit à mourir dans la dignité, « c’est plus exactement le droit de mourir dans l’amour, c’est-à-dire à n’être pas abandonné malgré les réelles diminutions physiques et mentales qui laissent intacte l’éminente capacité d’aimer et d’être aimé ». (source)

Le Comité national d’éthique, soucieux de « lever le voile d’hypocrisie et de clandestinité qui recouvre certaines pratiques actuelles », suggère de considérer la question sous l’angle de l’exception : il « invite à mettre en œuvre une solidarité qui ne saurait toutefois s’affranchir du risque que représente un geste qui ne visera jamais qu’à agir au moins mal. Elle pourrait trouver une traduction juridique dans l’instauration d’une exception d’euthanasie.  » Réaffirmant les « droits imprescriptibles de la personne », le CNE propose propose d’inscrire l’arrêt de vie dans un insolvable paradoxe : la mort donnée reste une transgression, et « l’arrêt de réanimation et l’arrêt de vie conduisent parfois à assumer le paradoxe d’une transgression de ce qui doit être considéré comme intransgressable. » Cette recommandation est certainement plus opérationnelle qu’il n’y paraît, à condition qu’on accepte qu’à problème complexe, solution complexe.

 


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