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Le tragique dilemme de Chostakovitch

En janvier 1948, Jdanov, ministre le la police et de la culture, réunit à la demande de Staline un congrès des musiciens pour une reprise en main de la création musicale. Prokoviev, malade, est absent. Chostakovitch entend que ses oeuvres "révèlent de façon évidente des tendances musicales antidémocra­tiques, étrangères au peuple soviétique et à ses goûts artistiques. L’esprit de cette musique fait écho à la mode bourgeoise, moderniste et américaine [...] L’audition de cette musique perturbe indiscutablement les fonctions psycho­physio­logiques de l’homme." La suite du discours de Jdanov est tout aussi fleurie :

"... une musique fausse, vulgaire, parfois simplement pathologique. [...] Quel pas en arrière font nos formalistes hors de la grand route de notre histoire musicale, lorsque, sapant les bases de la vraie musique, ils composent une musique monstrueuse, factice, pénétrée d’impressions idéalistes, étrangère aux larges masses du peuple, s’adressant non à des millions de soviétiques, mais à quelques individus ou à quelques dizaines d’élus, à une “élite” ! Comme cela ressemble peu à Glinka, à Tchaïkovski, à Rimski-Korsakov, à Dargomyjski ! Eux ont su exprimer l’esprit du peuple ! Cela signifie que la tendance formaliste en musique a un caractère nettement anti-populaire. [...] La musique qui est inintelligible au peuple lui est inutile."

Chostakovitch confiera plus tard : "Jdanov opérait comme un bourreau expérimenté." Il exprimera souvent ses souffrances, chaque fois qu’il sera désigné comme ennemi du peuple, qu’on lui retirera ses cours au Conservatoire, qu’on obligera ses confrères à le dénigrer, que ses partitions seront interdites, qu’il sera sévèrement critiqué dans La Pravda. Alors il signera des lettres condamnant des dissidents, il fera des autocritiques publiques ("Je considère comme une erreur politique de ma part d’avoir autorisé le chef d’orchestre Malko à arranger ma composition "Tahiti-Trot, parce que dans l’arrangement en question "Tahiti-Trot" pourrait donner l’impression que je suis un adepte du genre léger".) Son choix est de s’exprimer par sa musique. Sa 8e symphonie devient rapidement le symbole de la lutte contre le nazisme ; durant la saison 1942-1943 elle est jouée soixante-deux fois aux Etats-Unis.

La vie quotidienne se déroulait dans un certain confort (voiture, datcha, domestiques, voyages...). Ses funérailles se sont déroulées en très grande pompe, avec tous les honneurs. Mais dans son journal, le metteur en scène Robert Kraft a retenu : "Il se ronge les ongles et les doigts avec. Il se mord les lèvres. Il fume cigarette sur cigarette. Il ne cesse de réajuster ses lunettes. Quand il parle, ses genoux tremblent".


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