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Les Antilles durablement empoisonnées par un pesticide.

Les scandales sanitaires liés au monde du travail n’en finissent pas d’éclater en France : alors que le dossier de l’amiante n’est toujours pas réglé, une nouvelle substance utilisée aux Antilles françaises dans la culture de la banane se retrouve sur la sellette.
 
Pendant près de 20 ans, de 1973 à 1993, le Chlordécone a été massivement utilisée en Guadeloupe comme en Martinique pour lutter contre le charançon de la banane (Cosmopolites sordidus). les enjeux sont bien évidemment économiques car ce parasite peut ravager des cultures entières, faisant plonger la production et donc les revenus des planteurs.
 
L’utilisation généralisée de cet insecticide a entrainé une pollution des sols durable. Pis, une partie de la population elle même a été exposé à cette substance classée parmi les perturbateurs endocriniens. Rappelons qu’un perturbateur endocrinien est une molécule qui possède des propriétés hormono-mimétiques et qu’il peut perturber l’équilibre hormonal des espèces vivantes, végétales ou animales.
 
Dans le cas d’espèce, le chlordécone est considéré comme responsable d’une hausse significative de risques de cancer de la prostate. Une étude, publiée hier 21 juin 2010 dans le Journal of Clinical Oncology, et rendue publique en Guadeloupe, confirme ce fait. Or, ce même cancer représente 50% de tous les cancers dépistés en Martinique et en Guadeloupe.
 
Le professeur William Dab, président du Conseil scientifique du Plan chlordécone en Martinique et en Guadeloupe déclare que "d’énormes erreurs ont été commises, qui rappellent furieusement les grands enjeux de sécurité sanitaires des années 1980 et 1990 : hormone de croissance, vache folle, etc." En effet,si le chlordécone a été interdit en métropole en 1990, une dérogation pour prolonger son usage jusqu’en 1993 a été donnée pour les Antilles. Le tout alors que les Etats-Unis l’avaient interdit dès 1976 en raison de sa dangerosité.
 
"Des rapports parlementaires l’on déjà pointé : le ministère de l’agriculture n’a pas correctement traité les signaux scientifiques sur les dangers de la pollution et de l’exposition au chlordécone. Il y a eu un retard dans la prise de conscience et l’action" continue à expliquer le professeur Dab.Les premiers plans locaux ne datent que de 1999, soit 6 ans après l’arrêt de son utilisation et il a fallu attendre 2004 pour que le chlordécone soit intégré dans le Plan National Santé.
 
Mais le mal est déjà fait. Les sols martiniquais et guadeloupéens sont gravement contaminés et cette contamination s’est étendue aux cours d’eau et par voie de conséquence, aux sédiments. "Quelque 80000 personnes habitent dans des zones où le sol est contaminé et 13000 individus absorbent chaque jour, en mangeant des légumes qu’ils cultivent, une quantité de chlordécone dépassant la valeur toxicologique de référence : 0,5µg/kg/j. Il faut aider la population à se préparer à vivre avec un problème qui n’est pas près de disparaître : la demi-vie du chlordécone dans le sol est de six siècles !" dénonce le professeur Dab.
 
Selon l’AFSSA, le chlordécone peut être responsable d’autres maladies graves : troubles neurologiques (irritabilité, tremblements, troubles de la vision, céphalées), atteintes au foie ou des fonctions de spermatogénèse. Enfin, des études menées sur des cobayes animaux ont révélé des possibilités d’attaques des tissus rénaux.

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