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Les geôles cruelles des Français

La dénonciation des conditions de vie dans les pisons est assourdissante, et elle n’est pas entendue. Canal+ vient de diffuser un documentaire, les journalistes ont dû procéder parfois à des reconstitutions fictives, face à l’interdiction d’accéder à certains lieux. En janvier 2000 le Figaro évoquait « l’odeur effroyable, la saleté épouvantable, les déchets, les rats, les cafards, la grosse verrue ». Cette année les études ont été particulièrement fournies : L’Observatoire international des prisons (OIP) a organisé les Etats généraux de la condition pénitentiaire, parrainés par Robert Badinter, avocat depuis tant d’années de la cause pénitentiaire. Dans les 190 prisons françaises, 32 % des détenus ont répondu à un questionnaire, adressé aussi aux  avocats, magistrats, travailleurs sociaux, médecins, enseignants, familles de détenus, et aux surveillants (mais 1,12 % de réponses seulement de la part des surveillants). Au 1er juillet 2006, la population carcérale métropolitaine comprenait 57 464 personnes sous écrou, 17 465 prévenues et 39 999 condamnés (condamnés définitifs). La proportion de prévenus était ainsi de 30 %, la proportion d’étrangers de 20 %, le nombre de détenus mineurs : 643. 67 % des condamnés purgent une peine de moins de cinq ans. Le taux de suicide est sept fois plus élevé que dans la population générale.

Pour les détenus, le plus insupportable, c’est la promiscuité, la saleté, le coût de la vie en prison, l’arbitraire de l’administration ; «  Le plus inacceptable, c’est d’être trois dans 9 m2, de payer 15 euros par personne pour la télé, de ne pas pouvoir être avec des non-fumeurs, d’avoir à payer des cantines hors de prix alors que les produits sont des sous-marques ». Le premier souhait, c’est celui qu’on appelle « respect de la dignité humaine » ; en prison, c’est avoir des toilettes, pouvoir se laver (l’été, une douche par semaine, c’est peu, signalent des détenus des Baumettes à Marseille).

Alvaro Gil-Robles, commissaire européen aux droits de l’homme, a rendu le 15 février 2006 un rapport « Sur le respect effectif des droits de l’homme en France », à l’issue d’une visite -organisée- des prisons françaises, en septembre 2005. « Les cellules insalubres, les sanitaires en mauvais état, le nombre réglementé de douches que les prisonniers peuvent prendre par semaine, le linge et les couvertures médiocres nous ont été dénoncés sur la quasi-totalité de notre visite. Il m’a été difficile de recevoir des plaintes au début du XXIème siècle en France décrivant l’insuffisance du nombre de douches et l’impossibilité d’en prendre une quotidiennement, même en été à un moment où les températures sont souvent caniculaires [...] J’ai été choqué par les conditions de vie observées à la Santé ou aux Baumettes. Ces établissements m’ont semblé particulièrement démunis. Le maintien de détenus en leur sein me paraît être à la limite de l’acceptable, et à la limite de la dignité humaine [...] Lors de la visite de la maison d’arrêt de Fleury-Mérogis, au milieu d’un des complexes de détention, nous avons aperçu un grand bâtiment. Le directeur de l’établissement nous a informés qu’il s’agissait d’un gymnase devant permettre aux détenus de se livrer à des activités sportives. Le gymnase a été construit il y a 8 ans grâce au financement européen. Or, les concepteurs de ce projet novateur auraient malheureusement omis de prévoir les entrées sécurisées pour ce bâtiment, ce qui a empêché sa mise en fonctionnement. Cette histoire aurait pu être amusante par son caractère grotesque, si elle n’avait pas été si triste [...] Certaines pathologies donnent lieu à des manifestations de violences à l’encontre des surveillants et des autres détenus. Le personnel pénitentiaire n’est pas formé pour canaliser ces personnes et répondre à des réactions imprévisibles par définition. »

L’introduction du rapport décrit l’état de la conscience collective, selon M. Gil-Robles : « J’ai été toujours surpris du peu de sensibilité de certains de mes interlocuteurs qui mettent en avant que la vie en prison ne doit pas être facile. Combien de fois ai-je entendu ce refrain bien reconnaissable dans toutes les langues, répétant que si la personne est en prison c’est qu’elle l’a bien mérité et qu’il faut qu’elle paie ses fautes de la plus dure des manières. Combien de fois m’a-t-on raconté des histoires sur les prisons où les conditions seraient plus confortables que dans les maisons de bon nombre de personnes peu aisées n’ayant jamais transgressé la loi. J’ai même entendu dire que les conditions dans les prisons s’apparentaient désormais à celles des bons hôtels du fait de la possibilité d’avoir la télévision en cellule. De tels propos ne correspondent aucunement à la réalité. » Ce qui rappelle la pertinence d’une question posée dans L’Humanité en février 2000 : « Pourquoi la prison est-elle, encore aujourd’hui, la peine de référence ? ». 

 


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