Fermer

  • AgoraVox sur Twitter
  • RSS
  • Agoravox TV
  • Agoravox Mobile

Accueil du site > Actualités > Actu en bref > Université et monde du travail, des mesures pantagruéliques

Université et monde du travail, des mesures pantagruéliques

Toutes les universités ont des cellules, centres, services de relations « université-entreprise ». Jean-Richard Cytermann écrivait dans le n° 112 de la Revue française d’administration publique que ces relations « sont devenues un enjeu important de politique publique depuis le début des années 1980 et se sont diversifiées dans la décennie suivante. » Affirmer une volonté de mettre en phase les lieux de la formation et le monde du travail n’est pas nouveau. Ce qui peut changer, en revanche, avec le rapport rendu aujourd’hui par la Commission présidée par le recteur Patrick Hetzel, ce sont les modalités concrètes et datées qui doivent conduire à une plus grande réussite dans l’intégration professionnelle des étudiants, mais certaines préconisations semblent délicates à suivre.

A quoi la commission, qui vient de clore six mois de travaux (dont plus de cent vingt réunions dans vingt-neuf académies), a-t-elle voulu remédier ? Elle a fixé trois orientations, « la lutte contre l’échec en premier cycle universitaire, l’amélioration du taux d’insertion professionnelle et le rapprochement entre l’université et le monde du travail ». L’échec à l’université, quelques chiffres en donnent une image alarmante : 20 % des étudiants en sortent chaque année sans diplôme (30 % s’ils sont entrés avec un bac technologique, 61 % s’ils étaient titulaires d’un bac professionnel), 11 % des diplômés de l’enseignement supérieur sont toujours sans emploi trois ans après leur sortie. Et cet exemple d’absurdité, souligné par Patrick Hetzel : « On compte en France 60 000 étudiants en psychologie. C’est un chiffre énorme qui représente 30 % des étudiants en psychologie à l’échelle européenne. » L’inefficacité du système est notamment corrélée au flou de l’offre de formation aux yeux des bacheliers.

Que préconise le rapport ? Tout d’abord, une information précise doit être donnée aux élèves de terminale : à l’heure actuelle, quand ils cherchent des renseignements sur les métiers et les parcours, ils se heurtent à plus de 10 000 dénominations différentes, certaines entrant en concurrence les unes avec les autres pour désigner les mêmes réalités. Il faut donc rendre l’information lisible, et inclure systématiquement les taux de réussite et les taux d’emploi dans chaque orientation (dès juillet 2007). Pour stimuler le désir d’information des étudiants, un module obligatoire de recherche d’emploi est intégré au programme de licence, un « projet professionnel personnalisé ». Pour conseiller les lycéens, « chaque lycéen remplirait en février un dossier dans lequel il indiquerait chacune de ses priorités. Dans son lycée, le conseil de classe se réunirait avec des représentants des universités et des chambres de commerce et émettrait son avis. » On appréciera le choix du conditionnel... comment rendre cette mesure applicable ? Ce qui est plus vraisemblable, c’est de parvenir à ce que tous les titulaires d’un bac technologique se voient proposer une place en IUT ou dans une formation supérieure courte, où les concurrencent toujours les titulaires de bacs généraux. En cas de choix malgré tout d’une formation universitaire, un bilan en fin de premier semestre sera effectué, avec redoublement possible du semestre (au lieu d’attendre la fin de l’année), ou réorientation dans une filière courte (on suppose que lesdites filières auront des structures d’accueil pour étudiants arrivant en cours d’année). Quarante à cinquante mille places en IUT et en STS devraient être crées en cinq ans. En outre chaque étudiant devra acquérir des compétences en informatique, maîtriser une langue étrangère, s’être exercé aux entretiens d’embauche et à la rédaction de CV, toutes choses qui se font, mais de manière encore aléatoire à l’échelle nationale. La commission a exclu tout numerus clausus.

La force des convictions de cette commission, qui rassemblait des autorités du monde universitaire et des représentants du monde du travail (groupe Danone, Les Echos, Boulangeries Paul, groupe AXA, Cercle Vinci, groupe VEOLIA), est sensible. Comme l’a dit le Premier ministre, Dominique de Villepin,il faut « faire de tous les diplômes universitaires un passeport de réussite », ajoutant : « Un spécialiste de Rabelais peut très bien devenir s’il le souhaite un grand spécialiste des marchés financiers », ce Rabelais qui était médecin de formation... Il y a tout de même de nombreux et profonds changements à réaliser pour atteindre les objectifs de réussite définis.


Moyenne des avis sur cet article :  3.95/5   (19 votes)




Ajouter une réaction

Pour réagir, identifiez-vous avec votre login / mot de passe, en haut à droite de cette page

Si vous n'avez pas de login / mot de passe, vous devez vous inscrire ici.


FAIRE UN DON







Palmarès