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Vers une interdiction des emplois aux enchères ?

De nombreux sites Internet d’offres d’emploi par enchères inversées voient le jour actuellement. Y a t-il une limite à l’homme marchandise ?

Personne ne niera que le climat social actuel est relativement morose concernant le marché du travail. L’apparition de sites Internet d’offres d’emploi par enchères inversées peut-elle contribuer à relancer la confiance que les agents individuels accordent au marché du travail ? Est-ce la bonne solution ? La solution miracle ?

Un nouveau stade est atteint avec ces sites qui donnent la possibilité à des demandeurs d’emploi de revoir à la baisse la vente de leur force de travail. Un marché complètement libre : l’individu devra être le plus offrant pour obtenir un poste. On imagine que le système d’enchères touchera davantage les secteurs où aucun homme n’est vraiment irremplaçable, autrement dit, les "boulots précaires".

Nathalie Kosciusko-Morizet, députée UMP aimerait faire interdire les sites qui proposent de fonctionner sur le principe des enchères inversées à l’emploi (c’est-à-dire, le moins cher l’emporte). Pour Nathalie Kosciusko-Morize, les autorités publiques ont un rôle important à jouer, il est de leur ressort de préserver le marché du travail de pratiques comme celles-ci : « Face à cette pratique, qui déshumanise la proposition d’embauche, il appartient au législateur de garantir les droits du salarié, de définir les limites applicables au marché du travail, et de proposer un modèle compatible avec nos valeurs communes »

Le site Internet Jobdealer.net qui a ouvert ses portes sur Internet en novembre 2005 est l’élément qui a déclenché la polémique en France. Jobdealer.net s’est fortement inspiré du site allemand : Jobdumping.net. « Dealer », « dumping », des termes qui annoncent la couleur de l’idéal sous-jacent qui anime ces sites ? On peut se poser la question.

Comment fonctionnent de telles plates-formes Internet ?

Le système d’enchères inversées permet à un employeur de proposer sur son site un emploi qui est le plus souvent manuel, et de fixer le salaire maximum qu’il est prêt à verser pour un tel travail. Les demandeurs d’emplois qui viennent sur le site peuvent alors proposer un salaire moindre. Celui qui remporte le contrat est celui qui propose le salaire le moins élevé. Ce système pousse ainsi les salariés à accepter des salaires toujours plus faibles.

La volonté de Nathalie Kosciusko-Morizet de faire interdire ce genre de site est très claire dans le texte qu’elle propose : « la conclusion d’un contrat de travail à l’issue d’enchères inversées portant sur le montant du salaire est interdite ». Les sanctions envisagées dans le cas où le texte serait adopté ne sont en revanche pas définies. Elle souhaite que son texte soit intégré sous la forme d’amendement au projet de loi pour l’égalité des chances. Ce dernier devrait être bientôt présenté devant l’Assemblée nationale.

Pour Silicon (édition du 30 janvier 2006) il s’agit d’une « critique bien assénée et qui risque de faire du bruit. Il faut pourtant bien admettre que le gouvernement fait par moment des choix contradictoires. D’un côté, il veut stopper l’hémorragie du chômage et de l’autre il veut interdire les nouveaux modèles de recrutement. En même temps, ce n’est pas une première. User de la contradiction pour relancer l’emploi est presque une exception nationale. »

Michel Lamy, qui est le secrétaire national de la CFE-CGC, appellait lors du lancement de . Jobdealer.net les entreprises à la raison : un site d’offres d’emploi par enchères inversées comme www.jobdealer.net est "socialement odieux". En Allemagne, le site jodumping.de avait suscité de nombreuses critiques lors de sa mise en place, notamment de la part des syndicats. En France, le site Jobdealer.net a ouvert ses portes le 2 novembre dernier.

De point de vue du droit, le salaire minimum est une barrière en France, toutefois, force est de constater que le marché des offres d’emploi en Europe est libre. Mais peut-on rejeter toute responsabilité sur l’Europe ? Les minima sociaux français sont une limite à une baisse des salaires qui est "stupide économiquement" estime Michel Lamy, dans une société qui repose "économiquement" sur la consommation.

D’ailleurs le fondateur de Jobdumping. Fabien Löw, s’était exprimé sur Silicon en promettant "respecter la loi française en matière de salaire minimum."

La situation actuelle du marché du travail, avec ses bataillons de chômeurs, est idéale pour accroître l’illusion de la possibilité d’une concurrence parfaite avec sa transparence et sa flexibilité. Les défenseurs de la mise aux enchères en ligne arguent que les propositions de baisse des salaires sur de tels sites ne sont pas inévitables : les enchères peuvent aussi être à la hausse. Toutefois, on peut se demander dans quelle mesure l’individu est acteur dans ce processus de négociation où c’est le recruteur qui pose ses conditions et fait jouer la concurrence des salariés entre eux.

L’Equipe AgoraVox


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