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Villiers-le-Bel, l’incroyable enquête

A Villiers-le-Bel, lors du vaste coup de filet qui a abouti à l’interpellation de 37 suspects hier, le plus intéressant n’est pas la surmédiatisation de l’affaire.

Michèle Alliot-Marie, la ministre de l’Intérieur, a beau regretter « profondément la médiatisation de cette opération qui pouvait nuire à sa réalisation », selon Libération, elle en est une des responsables. En effet, les journalistes n’étaient pas conviés à assister à cette opération. « Mais, rappelle encore Libération, les indications de Sarkozy sur l’enquête, puis MAM annonçant « très bientôt des arrestations » - lors des vœux au syndicat Alliance le 30 janvier - les ont conduits à harceler leurs contacts flics jusqu’à obtenir la date de l’opération, puis à se poster au rond-point de Villiers-le-Bel pour attendre les convois policiers ».

Ce qui est vraiment intéressant dans cette affaire qui donc, malgré, grâce ou avec les journalistes, s’est déroulée selon le scénario prévu par les enquêteurs, c’est le mode opératoire qui a permis à ces derniers de mener à bien ces arrestations.

Tout d’abord, les faits. L’Express rappelle que « tout commence le 25 novembre 2007, par la mort, à Villiers-le-Bel, de deux mineurs, tués lors d’une collision avec une voiture de police. Ce drame provoque une émeute, marquée par des violences exceptionnelles, car les membres d’une bande locale auraient décidé de tuer deux policiers "en retour". Un commissaire de police est tabassé sur les lieux de l’accident. Des tirs par armes à feu visent les forces de l’ordre déployées dans le quartier ; 75 CRS sont ainsi blessés par des grenailles ou des chevrotines. Une femme policière est gravement touchée. Surveillance, recueil de témoignages, écoutes téléphoniques... Pendant trois mois, la police judiciaire de Versailles, le Raid et la Sécurité publique se sont concentrés sur l’identification des tireurs et sur leur mode opératoire. Ils agissaient, semble-t-il, à trois ou quatre, entourés d’une sorte de "mur" de protecteurs ».

« L’enquête sur les tireurs de Villiers-le-Bel s’annonçait difficile, précise Le Figaro. Le quartier ayant été plongé dans l’obscurité par les émeutiers deux soirs durant, aucune photo n’a permis de les identifier formellement. Et celles fournies par la presse montraient surtout des policiers en action... La PJ ne disposait au départ que de quelques traces d’ADN et d’empreintes digitales sur des pierres et des bouteilles incendiaires, ainsi que sur un ou deux étuis de feu d’artifice de type "mortier" qui avaient été remplis de grenaille. Des douilles de fusil de chasse et des plombs avaient également été recueillis sur place. Mais pour que ces éléments "parlent", encore fallait-il que les tireurs aient conservé chez eux armes et munitions du même lot. Très vite, la police a compris qu’il ne fallait pas trop y compter. Dans des cités aussi fermées, elle ne pouvait louer un appartement pour épier les allers et venues des délinquants sans être repérée. Et l’enquête de voisinage se heurtait au mutisme des habitants. Une seule certitude : les tirs sont partis de neuf endroits différents ».

« Pour briser la loi du silence, rappelle encore Le Figaro, un premier appel a été diffusé le samedi 1er décembre 2007 auprès de la population. Mais la rumeur s’est aussitôt répandue que ce texte était diffusé par les émeutiers eux-mêmes pour débusquer les "balances". "C’est dire le climat de peur dans ces quartiers !", commente, effaré, un policier ».

« Une deuxième diffusion est donc organisée, accompagnée, cette fois, d’une déclaration à la presse pour en certifier l’origine. La police sollicite des témoignages sous X, mais, fait nouveau, ajoute : "Tout élément susceptible d’orienter favorablement l’enquête en cours pourra faire l’objet d’une rémunération." Explication d’un responsable : "C’était un double appel : proposer la nouvelle procédure d’anonymat, qui permet, avec l’accord du procureur et d’un juge, de faire témoigner quelqu’un sous un simple numéro. L’autre mention était destinée aux informateurs, aux ’tontons’, comme on dit chez nous. Le message était clair : ’Témoignez, vous serez protégés ; balancez, vous serez payés’", souligne L’Express qui précise qu’en "trois semaines, pas moins de cent personnes vont se signaler, parmi lesquels bon nombre de voyous. Une dizaine va accepter de témoigner sous X, dont trois livreront des témoignages capitaux. Ils ont révélé des noms, des adresses, diverses connexions entre les uns et les autres". "Ils ne l’ont pas fait seulement pour l’argent", explique un enquêteur. Selon lui, "celui qui dénonce veut souvent profiter de la mise au frais d’un concurrent pour développer ses propres affaires" ».

Aujourd’hui, explique Le Parisien, « dix-sept suspects sont en garde à vue pour leur implication présumée dans les tirs contre des policiers, qui avaient fait 90 blessés. Des faits pour lesquels une information judiciaire pour "tentatives d’homicides volontaires sur policiers dans l’exercice de leur fonction, en réunion et en bande organisée" est ouverte.

Ce cadre juridique permet quatre jours de garde à vue. Treize personnes sont soupçonnées d’avoir passé à tabac le commissaire de Sarcelles, Jean-François Illy - des faits qualifiés de tentative de meurtre -, mais aussi du vol et de l’incendie de sa voiture. Une troisième information judiciaire est ouverte pour les incendies du commissariat de Villiers-le-Bel, du garage Hyundai, de la bibliothèque et de l’école maternelle », rappelle Le Parisien qui précise que sur les 37 interpellés, « trois étaient mineurs au moment des faits, trois sont âgés de 18 à 20 ans, seize de 20 à 25 ans et onze ont plus de 25 ans. « Ce sont des adultes confirmés. Tous sont connus des services de police, certains ont été condamnés à plusieurs reprises pour violence, vols ou menaces », a précisé la procureur, Marie-Thérèse de Givry.

« Jusqu’à l’arrestation massive d’hier, conclut Le Figaro, la PJ aura observé dans l’ombre l’incroyable organisation de ces équipes qui communiquaient avec des téléphones volés. "La cité était leur île de la Tortue, dit un enquêteur. Ils y rackettaient en toute impunité. Lors des émeutes, curieusement, certains magasins ont été épargnés par les saccages". »

Quatre jours de garde à vue doivent permettre de cerner les responsabilités de chacun. Mais un policier le dit : « Les aînés seront coriaces ».


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Babar

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