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Accueil du site > Actualités > Citoyenneté > 11 novembre : chant des mutins de 1917 à Craonne

11 novembre : chant des mutins de 1917 à Craonne

Aujourd’hui, c’est le 11 novembre, une petite pensée pour les victimes de cette ignoble boucherie qui a décimé une génération, gueules cassées, poumons gazés, destins brisés. Chacun d’entre nous a très certainement un aïeul tombé dans les tranchées de Verdun, dans les mornes plaines de la Somme, ou dans les lointaines Dardanelles...

D’autres sont revenus affreusement mutilés ou la tête en vrac d’avoir vu tant d’horreurs. L’inconscient et les histoires familiales sont sûrement encore marqués par le grand-père mort à Verdun ou celui suffoquant d’avoir respiré le gaz moutarde qui lui brûle la gorge...

J’aime beaucoup cette chanson, que j’aimerais bien voir chanter au pied des monuments aux morts...


La chanson de Craonne
1917 Anonyme

En 1917, après le massacre du Chemin des Dames [1], où plus de 147 000 poilus [2] ont été tués et plus de 100 000 blessés en deux semaines, les soldats se mutinent dans plus de 60 des 100 divisions de l’armée française. Ces révoltes furent très sévèrement réprimées, en particulier par Pétain [3] : il y eu plus de 500 condamnés à mort.
Cette chanson était interdite, et un million de francs-or plus la démobilisation immédiate furent promis à qui dénoncerait son auteur. Elle est restée anonyme...

Quand au bout d’huit jours le r’pos terminé
On va reprendre les tranchées,
Notre place est si utile
Que sans nous on prend la pile
Mais c’est bien fini, on en a assez
Personne ne veut plus marcher
Et le coeur bien gros, comm’ dans un sanglot
On dit adieu aux civ’lots [4]
Même sans tambours, même sans trompettes
On s’en va là-haut en baissant la tête

Adieu la vie, adieu l’amour,
Adieu toutes les femmes
C’est bien fini, c’est pour toujours
De cette guerre infâme
C’est à Craonne sur le plateau
Qu’on doit laisser sa peau
Car nous sommes tous des condamnés
Nous sommes les sacrifiés

Huit jours de tranchée, huit jours de souffrance
Pourtant on a l’espérance
Que ce soir viendra la r’lève
Que nous attendons sans trêve
Soudain dans la nuit et le silence
On voit quelqu’un qui s’avance
C’est un officier de chasseurs à pied
Qui vient pour nous remplacer
Doucement dans l’ombre sous la pluie qui tombe
Les petits chasseurs vont chercher leurs tombes

Adieu la vie, adieu l’amour,
Adieu toutes les femmes
C’est bien fini, c’est pour toujours
De cette guerre infâme
C’est à Craonne sur le plateau
Qu’on doit laisser sa peau
Car nous sommes tous des condamnés
Nous sommes les sacrifiés

C’est malheureux d’voir sur les grands boulevards
Tous ces gros qui font la foire
Si pour eux la vie est rose
Pour nous c’est pas la même chose
Au lieu d’se cacher tous ces embusqués
Feraient mieux d’monter aux tranchées
Pour défendre leur bien, car nous n’avons rien
Nous autres les pauv’ purotins
Tous les camarades sont enterrés là
Pour défendre les biens de ces messieurs-là

Ceux qu’ont le pognon, ceux-là reviendront
Car c’est pour eux qu’on crève
Mais c’est bien fini, car les trouffions
Vont tous se mettre en grève
Ce s’ra vot’ tour messieurs les gros
D’monter sur le plateau
Et si vous voulez faire la guerre
Payez-la de votre peau
Interprétée par Eric AMADO, Ginette GARCIN, MOULOUDJI, Marc OGERET (1973), Rosalie DUBOIS, ...

[1] Le Chemin des Dames est la route qui va de SOISSONS à LAON, par un plateau au nord de la vallée de l’Aisne.

[2] Surnom donné aux soldats français lors de la première guerre mondiale.

[3] Le général Nivelle, responsable de la calamiteuse offensive qui a conduit au massacre de dizaines de milliers de soldats français, est remplacé par le général Pétain le 17 mai 1917. Lors de la seconde guerre mondiale, Pétain devint le complice des nazis, avec la "collaboration".

[4] civelots : civils


On peut trouver sur la mule différentes versions chantées par Marc Ogeret, Mouloudji ou Ginette Garcin.

Vous pouvez aussi écouter l’émission de Daniel Mermet consacrée à cette chanson :
http://www.la-bas.org/article.php3?id_article=87

Sur le site suivant sont mis en ligne les papiers militaires des hommes morts durant le conflit 1914/18 :
http://www.memoiredeshommes.sga.defense.gouv.fr/


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5 réactions à cet article    


  • (---.---.55.151) 13 novembre 2005 18:13

    J’aime bien cette phrase tirée du Journal des Tranchées en 1917

    « En entrant dans la tranchée, vous laissez tout à l’arrière. Un seul interlocuteur vous reste : la Mort ! Voilà très simplement pourquoi nous pensons tant à nos permissions. Elles sont un trait d’union entre le passé et l’avenir, un point rose sur le i du verbe mourir ! »

    Jean


    • nirvador 14 novembre 2005 20:00

      Merci de nous rappeler cette anecdote méconnue de la prime à la délation de compositeur.

      Cette chanson est devenue le symbole de la révolte du poilu de base au point que dans le film « un long dimanche de fiançaille », le poilu anarchiste qui meurt en urinant chante le refrain du la chanson de Craonne qui ne sera composée que 6 mois plus tard (l’action du film se déroule en janvier 1917 ; la chansonde Craonne date de juin).

      On accuse souvent Nivelle, le vrai vainqueur de Verdun où il avait remplacé Pétain, du carnage du Chemin des Dames. Il semblerait que les politiques aient une responsabilité partagée avec l’état-major (les comités secrets des parlementaires étaient pour cette offensive). Le plan de Nivelle avait longuement été discuté à Compiègne le 6 avril en présence du GQG et de Poincaré). A cette occasion , Pétain s’était effacé devant Nivelle pour, semble-t-il, ne pas gacher la victoire diplomatique du GQG français qui venait d’obtenir de Lloyd George, l’unité de commandement des troupes franco-anglaises pour la bataille. On peut donc affirmer que le massacre fut en partie motivé par « une victoire pour l’honneur » du GQG (et aussi par l’excellent repli allemand et la prise des plans de bataille sur des prisonniers).


      • Laetitia Cohendet (---.---.238.22) 26 octobre 2006 10:52

        Bonjour,

        Je m’excuse de vous contacter par le biais des commentaires mais je n’ai pas trouvé d’autre moyen pour vous exposer ma requête. Je suis étudiante en master information communication à Lyon et je dois réaliser cette année un mémoire de fin d’étude dont le sujet est le journalisme citoyen. Je m’intéresse de près à ce phénomène en tant qu’émergence d’une nouvelle forme de journalisme, peut-être amenée à redéfinir les pratiques professionnelles... J’aimerais beaucoup vous rencontrer pour discuter de votre expérience en tant que « journaliste citoyen », rédigeant pour Agoravox. Accepteriez-vous de me donner un peu de votre temps pour que nous en parlions ? Si votre réponse est positive, donnez-moi vos coordonnées par retour de mail pour que nous puissions éventuellement convenir d’un rendez-vous. Merci d’avance de votre contribution à mon travail. Laetitia Cohendet Etudiante en master communication à l’Université Lumière Lyon 2


        • Marsupilami (---.---.60.228) 26 octobre 2006 10:56

          Merci de nous avoir permis de nous remémorer cette magnifique chanson. A lire sur ce sujet : Paroles de poilus.


          • exocet exocet 15 novembre 2009 21:44

            Je comprends que la chanson ait été interdite : demander aux fauteurs de guerres de la faire eux-mêmes, la guerre !
            Et je suis admiratif devant la moralité de ces poilus :
            malgré le million de francs et la démobilisation proposés comme prime à la délation, que la chanson soit restée anonyme, c’est admirable.

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