• mercredi 16 mai 2012
  • Agoravox France Agoravox Italia Agoravox TV Naturavox
  • Agoravox en page d'accueil
  • Newsletter
  • Contact
AgoraVox le média citoyen
La fondation Agoravox
  Accueil du site > Actualités > Citoyenneté > 5e pouvoir : lobbying citoyen ou contre-lobbying ?
5%
D'accord avec l'article ?
 
95%
(84 votes) Votez cet article
  • Faire un don
  • Imprimer cet article
  • Marquer et partager

5e pouvoir : lobbying citoyen ou contre-lobbying ?

Le 5e pouvoir, à supposer qu’il soit vraiment le 5e, dispose, en tant que contre-pouvoir, d’au moins deux façons de l’exercer : par l’information, et par les actions d’influence.

Il a beaucoup été question ces derniers temps de "journalisme citoyen", en particulier à l’occasion du projet de labellisation des sites d’information, ou de la promulgation le 3 mars dernier de la loi pour la prévention de la délinquance, qui comporte un article censé lutter contre le phénomène du happy slapping en prohibant la diffusion d’images d’agressions sur Internet [1], ce qui a suscité de vives réactions, à l’échelle internationale, France mise à part. Cela étant, l’usage d’une autre expression, lobbying citoyen, semble émerger, utilisée par exemple récemment pour présenter [2] les positions TIC de François Bayrou.

Cette expression lobbying citoyen pose problème : en creusant un peu, on s’aperçoit qu’elle sous-entendrait que les actions d’influence des lobbyistes et celles des citoyens sont du même ordre. Pour ma part, je refuse cette étiquette, et je définis nos actions comme du contre-lobbying. Pour au moins deux raisons.

- Première raison, dans le temps, et dans l’espace : il s’agit d’actions défensives, a posteriori, alors que le lobbying est une activité offensive, a priori.

Notre activité est nécessairement défensive : Montesquieu est mort, l’apparition du Net a achevé l’esprit des lois. Pour faire bref, un point central de la pensée de Montesquieu est que chaque nation possède et crée des lois qui lui sont spécifiques [3]. En abolissant les distances, en permettant le transfert instantané d’informations d’un côté à l’autre de la planète, le Net ne pouvait que mettre en évidence les incompatibilités des lois des différentes nations. La réalité, aujourd’hui, c’est que même à coups de marteau, les pièces du puzzle législatif planétaire ne rentrent pas...

Les Etats-unis l’ont compris très tôt. Exemple : dès février 1993, Bill Clinton crée une task force consacrée à l’Infrastructure informationnelle nationale (NII), un des objectifs étant de modifier le droit de la propriété intellectuelle pour tenir compte de l’émergence des TIC. Un groupe de travail consacré à la propriété intellectuelle (le WGIPR) publie alors un "green paper" [4] rappelant l’objectif de l’administration Clinton : développer des programmes et des politiques dans les domaines des télécoms et de la société de l’information qui répondent au mieux aux besoins des Etats-unis.[5]

Inévitablement, le green paper aborde le problème de l’Infrastructure informationnelle globale (GII), en constatant que les lois protégeant la propriété intellectuelle ne sont pas identiques dans tous les pays, et remarquant qu’un acte constituant une violation de propriété intellectuelle dans un pays peut tout à fait être légal dans un autre pays [6]. Dès cet instant, l’esprit des lois passe aux soins palliatifs.

La suite de l’histoire [7] est connue : Le WGIPR publie un white paper [8] proposant un projet de loi NIICPA, que l’opinion publique américaine rejette tant il porte atteinte aux droits du public. Clinton utilise alors une technique de bootstraping législatif consistant à obtenir un accord international (en l’occurrence via l’Organisation mondiale de la propriété intellectuelle, en décembre 1996), pour contourner son opinion publique et imposer le DMCA (Digital Millennium Copyright Act) aux Etats-unis en lieu et place du NIICPA. Une conséquence directe, puisque le traité OMPI a été signé par l’Union européenne, sera la naissance en mai 2001 de la directive européenne EUCD (European Union Copyright Directive).

Qui dit directive, dit transposition en droit national : cela arrive en France le 12 novembre 2003 avec le dépôt du projet de loi DADVSI (droit d’auteur et droits voisins dans la société de l’information) à l’Assemblée nationale.

1993-2003 : dix ans se sont écoulés. Les internautes français découvriront alors un projet de loi qui vient restreindre leur accès à la culture en légalisant les dispositifs de contrôle d’usage (DRM) et en pénalisant leur contournement. Chronologiquement l’action des internautes intervient donc en fin de parcours international, c’est-à-dire on ne peut plus en aval des processus législatifs, avec une marge de manoeuvre réduite : celle de la transposition. Les lobbies états-uniens ont mené leurs actions offensives il y a dix ans [9]. En 2005-2006, la réaction des internautes, ou plus exactement les actions que certains d’entre eux ont menées auprès du gouvernement et du parlement, sont donc bien des réactions défensives de contre-lobbying. Et c’est parce que les projets de lois nous viennent désormais de loin, et d’il y a longtemps, et que les lois nationales semblent devoir s’y diluer, ainsi que certains de nos droits. Des esprits potaches pourraient ainsi s’amuser à calculer la vitesse moyenne du NIICPA lors de sa traversée de l’Atlantique Nord avant d’atterrir à l’Assemblée nationale. Des esprits pointilleux pourraient quant à eux remarquer que le temps de trajet a été mis à profit pour durcir le texte et que, s’agissant de certains amendements, l’Union européenne a bon dos. L’esprit des lois, lui, repose désormais en paix.

- Seconde - et, en réalité, fondamentale - raison : l’économique et le citoyen ne sont pas du même ordre.

Il faut revenir sur la définition du mot lobby. Un excellent dictionnaire en ligne [10] propose : "Groupement, organisation ou association défendant des intérêts financiers, politiques ou professionnels, en exerçant des pressions sur les milieux parlementaires ou des milieux influents, notamment les organes de presse." En pratique, la réalité du lobbying serait plus précisément : actions d’influence menées auprès des législateurs par des lobbyistes professionnels payés par des groupes ayant les moyens financiers de le faire dans le but d’infléchir (dans l’idéal, en réussissant à se placer le plus en amont possible : d’écrire) la loi dans le sens de leurs intérêts économiques. On pourrait alors en théorie (si l’on s’arrête à cette définition) imaginer un lobbying associatif ou citoyen, mais cette vue de l’esprit ne résiste pas au prix du billet de TGV aller-retour Paris-Bruxelles.

Concrètement, le lobbying est une pratique visant à soumettre le droit à l’économie, ou à des intérêts économiques. Que les cabinets de lobbying se dotent de règles déontologiques, c’est-à-dire de l’ordre de la morale, est d’autant plus troublant qu’ils exercent leur pouvoir d’influence sur l’ordre du droit, pour des raisons et dans des buts qui sont de l’ordre économique, c’est-à-dire d’un ordre qui est amoral, ou deux ordres en dessous de celui de la morale... Si du moins on suit la pensée de Comte-Sponville [11], qui décrit une hiérarchie ascendante d’ordres distincts : l’ordre (économico-)techno-scientifique, l’ordre juridico-politique, l’ordre de la morale, et l’ordre éthique.

A barbare, barbare et demi.... Passons maintenant à la tyrannie et à la barbarie de la chose : Comte-Sponville rappelle utilement[12] la définition de la tyrannie qu’a donnée Pascal : "La tyrannie consiste au désir de domination, universel et hors de son ordre", et précise : "Le tyran ce n’est pas celui qui gouverne avec autorité : c’est celui qui gouverne ou qui prétend gouverner, dans un ordre où il n’a aucun titre légitime à le faire". Qui pis est, lorsque cette tyrannie s’exerce d’un ordre inférieur vers un ordre supérieur, il s’agit alors de barbarie. Dans le cas du lobbying - prétendre soumettre le droit à l’économie - il ne me semble pas que cela soit trahir la pensée de Comte-Sponville que d’y voir très exactement une "barbarie libérale".[13]

Les actions des internautes auprès du gouvernement et du parlement, elles, n’ont jamais eu pour but de promouvoir des intérêts économiques : lors de la LCEN, il s’agissait de défendre la liberté d’expression, la liberté d’information, le droit d’accès - a priori, et non a posteriori - au juge indépendant et impartial. Lors du DADVSI, il s’agissait de défendre le droit d’accéder librement à la culture, le droit d’utiliser librement les machines qui permettent cet accès. Rien de tout cela ne concerne l’ordre économique, et rien ne permet de considérer leurs actions de contre-influence comme une quelconque barbarie...

C’est pour faire cette distinction qu’il vaut mieux ne pas utiliser l’expression lobbying citoyen, mais plutôt contre-lobbying, dans le sens où il s’agit non pas de faire du lobbying, mais d’utiliser les mêmes armes informationnelles que les lobbyistes, dans le but de contrer leur lobbying.

Munis de ces considérations, il est désormais possible de revenir sur la sincérité touchante avec laquelle le green paper hollywoodo-clintonien exposait la raison pour laquelle les Etats-unis se devaient de procéder à quelques invasions législatives barbares : "US copyright industries are significant contributors to the United States’ current trade accounts, reducing our balance of payments deficit by some $34 billion in 1990."[14] Comte-Sponville a décidément raison : le capitalisme est amoral.

Voilà en tous cas qui nous permet de mesurer, par un exemple concret, la force de frappe du 5e pouvoir : l’introduction - inattendue - par ses soins de l’interopérabilité dans le débat législatif, et pire, dans le texte débattu, a provoqué quelques vagues outre-Atlantique, au point de faire réagir [15] le secrétaire d’Etat américain au Commerce, Carlos Gutierrez, qui a tout de suite compris en quoi le droit des Français de lire des oeuvres sur le lecteur de leur choix pouvait menacer sa balance commerciale, et s’est empressé de faire comprendre au législateur français que la France n’allait pas tarder à être inscrite sur sa liste noire des nations "pirates". En fin de course, le Conseil constitutionnel a plié devant cette ingérence.[16]

Désespérant, non ? Mais, encore une fois, Comte-Sponville vient à notre secours [17] : "C’est le peuple qui est souverain en France, et non pas la constitution ou le conseil constitutionnel [...] C’est ce qui fait que nous sommes en démocratie, souveraineté du peuple [...] et pas en nomocratie, souveraineté de la loi... Il n’y a pas de loi fondamentale, expliquait Rousseau, précisément parce que le peuple est souverain : c’est lui qui fait la loi, il peut donc toujours la défaire, la refaire, la modifier."

A un détail près : en citant Rousseau, Comte-Sponville pousse quand même un peu loin le bouchon... Voyons les choses en face : Montesquieu est mort, et ce n’est plus le peuple qui fait la loi, en tous cas, plus depuis quatre ans : les votes par la majorité parlementaire des lois économie numérique, et droit d’auteur et droits voisins (entre autres) nous l’ont clairement démontré. Et si ce n’est plus le peuple qui fait la loi, on voit mal en quoi il resterait fondé qu’il s’y soumette.

Ce problème de souveraineté pourrait se régler pacifiquement et démocratiquement dans les urnes : encore faudrait-il que tous les candidats disent publiquement de sérieuses garanties en la matière.

[1]
Chronologie du triptyque /CND/Label Presse/”Happy slapping”/

[2]
"Il faut plutôt chercher à orienter l’utilisation des nouvelles technologies vers des usages e-citoyens, comme l’utilisation de e-pétitions afin de faire du lobbying citoyen."
Q.Delmas sur le journal du Net

[3]
"La loi, en général, est la raison humaine, en tant qu’elle gouverne tous les peuples de la terre ; et les lois politiques et civiles de chaque nation ne doivent être que les cas particuliers où s’applique cette raison humaine.
Elles doivent être tellement propres au peuple pour lequel elles sont faites, que c’est un très grand hasard si celles d’une nation peuvent convenir à une autre.
"
Montesquieu, De l’esprit des lois, Livre I : des lois en général, Chapitre III, Des lois positives).

[4]
http://www.ifla.org/documents/infopol/copyright/intlprop.txt

[5]
"Guided by the principles for government action described in _The NII Agenda for Action,_ the participating agencies are working with the private sector, public interest groups, Congress, and State and local governments to develop comprehensive telecommunications and information policies and programs that best meet the country’s needs."

[6]
"Development of the GII will make international copyright laws a concern for every user of the system. When the globe is blanketed with digital information dissemination systems, a user in one country will be able to manipulate information resources in another country in ways that may violate that country’s copyright laws. Because copyright laws are territorial, and the standards of protection embodied in the international conventions leave room for national legislative determinations, acts that may be an infringement in one country may not be an infringement in another country."

[7]
http://www.odebi.org/dadvsi/LeDADvSIpourlesnuls.html

[8]
http://www.uspto.gov/web/offices/com/doc/ipnii/ipnii.pdf

[9]
"Le Consumer Project on Technology publie un commentaire sur le NIICPA, mettant l’accent sur l’aspect répressif du texte, qui prévoit 5 ans de prison et 500,000 $ d’amende en cas de contournement d’un dispositif de "protection" même si ce contournement n’a d’autre but que l’usage licite : "H.R. 2441 would make a very large number of legitimate and important software devices illegal. Section 1202 of the bill would also make it a crime, punishable by 5 years in prison or $500,000 in fines if one modifies, removes or alters copyright "management information," regardless of the reasons why this was done" , et dénonçant les actions d’influence de la Creative Incentive Coalition (CIC), lobby promoteur de ce projet, rassemblant différents acteurs dont, en particulier : la MPAA, la RIAA, Microsoft, la BSA, et Time Warner. Ce lobby réalise d’importants "investissements politico-législatifs"."
http://www.odebi.org/dadvsi/LeDADvSIpourlesnuls.html

[10]
http://atilf.atilf.fr/
on y notera par ailleurs une curiosité étymologique : "Empr. à l’anglo-amér., de l’angl. lobby « couloir, passage » peut-être issu, par l’intermédiaire de formes de lat. médiév., de l’étymon germ. de l’angl. lodge et du fr. loge"

[11]
A.Comte-Sponville. ‘Le capitalisme est-il moral ?’
voir aussi : CND, tyrannie, et barbarie politique.

[12]
Qu’est-ce maintenant que la Tyrannie ? C’est le ridicule au pouvoir, autrement dit la confusion des ordres érigée en système de gouvernement. De la tyrannie, Pascal donne la belle définition suivante : ‘La tyrannie consiste au désir de domination, universel et hors de son ordre.’ Un tyran, pour Pascal,ce n’est pas quelqu’un qui gouverne avec autorité, comme on le croit parfois à notre époque, brouillée avec l’idée même de pouvoir. L’autorité est une vertu, pour Pascal, ce que la tyrannie ne saurait être. Non, le tyran ce n’est pas celui qui gouverne avec autorité : c’est celui qui gouverne ou qui prétend gouverner, dans un ordre où il n’a aucun titre légitime à le faire : c’est celui, comme le dit excellemment Pascal, qui veut ‘avoir par une voie ce qu’on ne peut avoir que par une autre’.
A.Comte-Sponville, Le capitalisme est-il moral ?

[13]
"Exemple de barbarie : vouloir soumettre la politique ou le droit (l’ordre n°2) à l’économie, aux techniques, aux sciences (l’ordre n°1). Barbarie technocratique (tyrannie des experts), ou bien, il y a deux écoles, barbarie libérale (tyrannie du marché)."
A.Comte-Sponville, Le capitalisme est-il moral ?

[14]
"Development of the GII will make international copyright laws a concern for every user of the system. When the globe is blanketed with digital information dissemination systems, a user in one country will be able to manipulate information resources in another country in ways that may violate that country’s copyright laws. Because copyright laws are territorial, and the standards of protection embodied in the international conventions leave room for national legislative determinations, acts that may be an infringement in one country may not be an infringement in another country. The complexity that such a system creates will make doing "electronic business" over the information superhighways difficult unless we move promptly to identify needs for protection and initiate efforts to work toward a new level of international copyright harmonization.
U.S. copyright industries are significant contributors to the United States’ current trade accounts, reducing our balance of payments deficit by some $34 billion in 1990. Inadequacies in the present system of intellectual property protection for copyrights and neighboring[272] or related rights and the consequent losses to these industries from piracy and from trade barriers arising from differences in forms of protection have been estimated to cause losses to these industries of $12 to 15 billion annually. Improved protection for copyrights and neighboring rights would contribute to reducing these losses and improving the balance of payments.
"
http://www.ifla.org/documents/infopol/copyright/intlprop.txt

[15]
http://www.odebi.org/new2/?p=25

[16]
http://www.odebi.org/new2/?p=8

[17]
"C’est le peuple qui est souverain en France, et non pas la constitution ou le conseil constitutionnel.Inutile de vous dire que cela me paraît heureux. C’est ce qui fait que nous sommes en démocratie, souveraineté du peuple (démos, en grec) et pas en nomocratie , souveraineté de la loi(nomos) - qui risquerait fort, concrètement, de n’être que le pouvoir des juges, lequel ne me paraît pas du tout un idéal..."
A.Comte-Sponville, Le capitalisme est-il moral ?


Vous souhaitez rencontrer les rédacteurs et les fondateurs d’AgoraVox ? Débattre de journalisme citoyen et cinquième pouvoir ?
Inscrivez-vous vite à notre journée du 24 mars

par Pascal Cohet (son site) jeudi 22 mars 2007 - 59 réactions
yahoo
5%
D'accord avec l'article ?
 
95%
(84 votes) Votez cet article

2 moyens pour donner

Don défiscalisé 10€ ou plus

Obtenez une réduction fiscale de 66% avec un e-reçu. Un don de 10 € ne vous coûte que 3€40.

Grâce à votre aide, AgoraVox peut continuer à publier plus de 1000 articles par mois. En donnant à la Fondation AgoraVox, vous offrez un soutien à la liberté d'expression et d'information.

Les réactions les plus appréciées

  • Par Pascal Cohet (xxx.xxx.xxx.146) 22 mars 2007 13:58

    Il n’y a pas de confusion : le texte dit justement qu’il y a conflit entre les lois des différentes nations. Vous avec mal lu donc.

  • Par Forest Ent (xxx.xxx.xxx.145) 22 mars 2007 15:01
    Forest Ent

    La presse était un pouvoir parce qu’elle pouvait être un contre-pouvoir. Il semble qu’elle en ait beaucoup perdu la faculté, car trop peu séparée des 3 précédents, et du pouvoir économique qui les réunit.

    Le "cinquième pouvoir" est un espoir qu’une circulation plus directe d’infos permettra de faire le boulot que le "quatrième pouvoir" ne fait plus. Les risques sont que le besoin de financement à terme ne ramène au problème précédent, et que sinon il soit noyautable.

    Une précision sur les deals à l’OMC (genre traités WIPO/OMPI) : la France était demandeuse. En effet, le terme "propriété intellectuelle" a regroupé droit d’auteur et droit des marques. Les deux premières sociétés de luxe sont LVMH et PPR, qui ont aussi, quelle coincidence, quelques intérêts dans le secteur des immatériels (FNAC, DI Group, ...).

    Un sujet des plus critiques pour l’avenir est la brevetabilité de la connaissance (logiciels, gènes, ...). Il faudra beaucoup de contre-lobbying, car il y a déjà énormément de lobbying.

  • Par vraitravailleur (xxx.xxx.xxx.60) 22 mars 2007 15:15

    L’article pose la vraie question : quels sont les vrais ennemis de l’information libre sur internet ?

    Si les gouvernements ont toujours cherché à contrôler l’information, les vrais ennemis de la liberté sur internet sont désormais à rechercher du côté des médias institutionnels, qui la considèrent, à juste titre, comme un ennemi mortel qu’il faut museler à tout prix.

    *Une attitude normale de tout gouvernement

    Depuis la création des almanachs au seizième siècle, dans tous les États modernes, les gouvernements ont cherché à contrôler au maximum l’information pour éviter les révélations susceptibles de remettre en cause leur légitimité. Richelieu a ainsi subventionné Théophraste Renaudot pour mieux contrôler sa gazette. Actuellement en France, qui osera nier que les journaux papiers et télévisés ne s’autocensurent pas ?

    *Une menace mortelle pour les médias institutionnels

    Toutefois, ce sont les "faiseurs d’opinion" traditionnels qui se révèlent être les ennemis naturels de l’information véritablement libre et incontrôlée. Il s’agit en effet d’une lutte où les journaux nationaux sont menacés dans leur pouvoir et leur existence même. Si le net reste libre, seuls les journaux régionaux pourront continuer à diffuser une information qui intéresse un public non connecté au net et géographiquement très réduite : la fête du village, la centenaire du canton, le mariage du cariste et de l’aide soignante etc. Devant le flux incontrôlé et de plus en plus important d’informations, comment les directeurs et surtout les principaux actionnaires des médias institutionnels, pourront-ils continuer à décider arbitrairement que tel événement doit être considéré comme plus intéressant que tel autre qui doit au contraire être occulté ? A une époque où ils n’étaient pas encore aiguillonnés par internet, les médias français ont fait de gros titres avec les aventures de Bill Clinton et de Monica Lewinsky. En revanche, ils s’étaient abstenus de faire état de la contamination du sang transfusé alors que, dès 1982, à la suite d’articles parus dans la presse italienne, les laboratoires de la Péninsule prenaient des précautions pour protéger les transfusions sanguines. Pour l’amiante, considéré comme toxique par le docteur Auribault dès 1906, on notera que ces mêmes médias ne se sont guère mobilisés contre son utilisation, et que son interdiction définitive n’intervient qu’en 1997, après deux ans d’atermoiements, précisément au moment où internet passe à quatre vingt millions d’utilisateurs.

    *Les "trieurs" de l’information

    Les responsables des médias institutionnels n’en revendiquent pas moins le rôle de trieurs de l’information pour justifier leur existence : ce n’est pas au public de savoir quelle information doit l’intéresser mais au journaliste labélisé, alors que, précisément, chaque lecteur d’un journal papier n’est véritablement intéressé que par deux ou trois articles. Dans "TGV magazine" n° 91 de février 2007, page 96, les interviews Jean-Marie Colombani, directeur du journal "le Monde" et Patrick Le Hyaric, directeur du journal "l’Humanité", font la synthèse des arguments des ennemis de la liberté sur internet . Jean-Marie Colombani reconnaît que la concurrence de l’information libre en ligne contraint ses journalistes à "davantage de rigueur", notamment dans la "vérification de l’information" et " pense que les développements numériques ne peuvent se faire qu’à partir et autour des supports papiers". Son collègue communiste, en revanche, se montre catégorique : "si l’on veut préserver une presse écrite d’information générale et politique de qualité, il importe enfin, de trouver une nouvelle clé de répartition des recettes publicitaires qui se concentrent, aujourd’hui, de plus en plus sur les nouveaux médias, des gratuits à internet ou aux podcasts. Cela passe par un léger prélèvement de ces recettes afin de les répartir équitablement pour venir en aide aux journaux en difficulté. Il faut préserver la circulation de l’information, le pluralisme et le débat d’idée qui sont essentiels à la vie d’une démocratie."

    Jean-Marie Colombani pense que le support papier, comme au temps de Théophraste Renaudot, doit continuer à être le véhicule central de l’information. Il est néanmoins tout à son honneur de définir une politique d’amélioration de la véracité des informations diffusées pour conserver ses lecteurs sans réclamer une intervention législative visant à fausser la concurrence.

    En revanche, Patrick Le Hyaric,avec une langue de bois bien rodée, défend le monopole de l’information subventionnée. Mais pourquoi faudrait-il que les médias qui ont du succès viennent en aide aux "journaux en difficulté", c’est-à-dire ceux qui n’intéressent qu’un nombre extrêmement réduit de personnes, même si M. Le Hyaric les juge "de qualité". Si la publicité en ligne apporte plus de clientèle que les annonces dans l’"Humanité", pourquoi les entreprises dépenseraient-elles des fonds en finançant ce journal sans en tirer profit ?

    Quant au mot "démocratie", son sens est tout à fait particulier quand il est prononcé par un communiste français.

    *Une menace aussi pour les revenus annexes des journalistes

    On a vu plus haut que des informations considérées comme trop confidentielles par les médias institutionnels sont désormais souvent diffusées sur internet. Ces informations non publiées constituaient jusqu’ici des renseignements que les journalistes avaient la possibilité de monnayer à des officines ou à des services intéressés, nationaux mais aussi étrangers. S’il trouvait plusieurs "clients", le journaliste pouvait ainsi augmenter considérablement son salaire officiel. Internet, avec la croissance exponentielle du nombre de ses utilisateurs, multiplié par dix en dix ans, raréfie considérablement les renseignements considérés comme confidentiels et, par là-même, rend plus ardue encore la tâche de celui qui les collecte. De même, il existe toute une série d’avantages en nature et en argent pour les journalistes qui font la promotion d’une entreprise ou d’un produit dans leurs articles. Dans ce domaine là aussi, de la bouche aux journalistes, internet "retire le morceau de pain" : il supprime un pourcentage important de leur rôle d’intermédiaire dans la collecte du renseignement pour les services évoqués plus haut. Mais aussi les artistes, les producteurs de biens et de services peuvent se faire une publicité directe sur internet, sans plus recourir aux journalistes. Souvent, les journaux papiers ou télévisés reprennent les articles parus sur internet pour les diffuser. Certains journaux en sont même réduits à diffuser directement une partie de leurs articles en ligne pour attirer le client.

    *Une campagne de dénigrement à ses débuts

    Au fur et à mesure que les utilisateurs d’internet vont se multiplier, il faut s’attendre à ce que s’intensifie et se déchaîne une campagne pleine de mauvaise foi de tous les médias institutionnels (et notamment la télévision publique) contre la liberté sur le net sous prétexte qu’il véhicule des images qui risquent de corrompre des mineurs, d’insulter les membres de telle ou telle communauté, de diffuser des informations sur la vie privée des politiciens. Un tel discours ne peut que trouver l’approbation de tous ceux qui ne savent pas utiliser un ordinateur et qui sont encore majoritaires pour l’instant.

    C’est le même discours simplificateur qu’ont toujours utilisé les démagogues et les fanatiques pour inciter les foules analphabètes à brûler des monticules de livres écrits par des hérétiques, des Juifs ou des libres-penseurs. C’est pourquoi, quelles que soient leurs opinions politiques, il est permis d’espérer que tous les participants à Agoravox partagent tous le désir de défendre cette précieuse liberté d’expression sans laquelle nous ne pourrions échanger librement.

    *La réunion de Saint-Denis La réunion de Saint-Denis, les premières rencontres du 5e pouvoir, du samedi 24 mars, à "L’Usine", constitue donc une excellente initiative pour démontrer le poids des rédacteurs d’articles et de commentaires sur Agoravox. Et, même si certains ne peuvent pas participer à cette réunion, allons tous assiéger les candidats aux élections lors de leurs réunions publiques pour qu’ils s’engagent à ne pas ajouter de nouvelles lois et règlements concernant la liberté d’expression sur internet, et enregistrons leurs déclarations pour les diffuser sur Agoravox.

    vraitravailleur

    *(P.S. : la rédaction d’Agoravox a refusé de diffuser ce commentaire en tant qu’article)

  • Par (xxx.xxx.xxx.13) 22 mars 2007 18:34

    "Si les gouvernements ont toujours cherché à contrôler l’information, les vrais ennemis de la liberté sur internet sont désormais à rechercher du côté des médias institutionnels"

    A votre avis, pourquoi les gouvernements ont-ils été "assez bêtes" pour plonger l’Europe dans deux guerres mondiales ? Tout simplement, parce que TOUS ces gouvernements, de "droite", de "gauche", du "centre" ou fascistes de tout poil, était des marionnettes des lobbies financiers, et que ce cycle de guerres n’a été qu’une énorme bagarre entre secteurs de la grande finance pour le contrôle des colonies.

    C’est dire que tout ce que vous pourrez reprocher aux institutions n’est que le reflet de l’influence écrasante que les intérêts privés exercent sur elles.

    Or, sur la Toile vous avez directement les multinationales et l’influence des financiers, pratiquement sans intermédiaires.

Réactions à cet article

Ajouter une réaction

Pour réagir, identifiez-vous avec votre login / mot de passe, en haut à droite de cette page

Si vous n'avez pas de login / mot de passe, vous devez vous inscrire ici.


Faites un don

Les thématiques de l'article

Palmarès

Agoravox utilise les technologies du logiciel libre : SPIP, Apache, Debian, PHP, Mysql, FckEditor.


Site hébergé par la Fondation Agoravox