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ACTIO POPULI

Depuis quelques temps, un parfum de changement, un parfum révolutionnaire, un parfum de (vraie) démocratie envahit peu à peu les consciences des peuples à travers le monde dit libre, comme si, justement, les gens ne se sentaient finalement pas aussi libre que cela...

Il y a eut la crise financière de 2008, que certains n'ont pas hésité à comparer au crash financier de 1929, bien que ce dernier, dit-on, ait eu des répercutions plus dévastatrices sur le plan social (ce qui reste encore à démontrer).

Or, une crise, rappelons-le est « une phase grave dans une évolution » (in Le Robert). Une crise impose brutalement une prise de conscience que "quelque chose" ne tourne pas rond, que "quelque chose" ne va plus, et appelle à changer ce qui doit être changé, à évoluer.

On sait, notamment grâce à la journaliste canadienne Naomi Klein, que ce processus est bien connu des élites de la droite ultra libérale, qui ont non seulement théorisé la « stratégie du choc », mais l'ont mise en pratique depuis les années 1970 : une crise est toujours, selon eux, une « opportunité ». Et ils ont raison : c'est bel et bien une opportunité de changer la donne, de changer les règles, de changer la société, de changer de régime - dans un sens... ou dans l'autre.

Il y a donc eut la crise financière de 2008, puis il y a eut les révolutions populaires du « printemps arabe » tel que les éditorialistes ont appelé ces vagues de révoltes populaires en Tunisie et en Égypte - révoltes dans des pays dits "non libres". Il y a eut aussi, même si on en a beaucoup moins parlé dans les médias de masse, la révolution en Islande. Frappé de plein fouet par la crise financière de 2008, le secteur bancaire islandais a entraîné le pays dans sa chute. Il fallait prendre des mesures. Et les islandais, contrairement à tous les autres pays, ont refusé de sauver les banques. Ils se sont révolté et de cette révolte a germé l'idée d'écrire une nouvelle Constitution. Un processus de réécriture de la Constitution islandaise, héritée de la Constitution danoise (en dépit de l'indépendance obtenue par les islandais le 17 juin 1944 suite à un referendum), s'est donc mit en place en 2010.

On observe également sur internet, dans des conférences, des séminaires, la renaissance de l'idée d'une action politique des citoyens, une action populaire (actio populi en latin). On constate, de plus en plus, le désir de se réapproprier la démocratie, à commencer par le mot lui-même : demôs + kratôs = le pouvoir du peuple, par le peuple, pour le peuple. On constate, chemin faisant, que cette définition ne correspond pas du tout à la réalité de nos gouvernements (prétendument) représentatifs. On découvre que les peuples n'ont finalement rien à dire quant aux politiques à mener, et que même lorsque les pouvoirs (élus et/ou nommés) prétendent demander leur avis à travers un referendum (France, Irlande, Pays-Bas), ces referendum n'étant pas contraignants, les gouvernements ne les respectent pas lorsque le peuple ne va pas dans le sens qu'ils veulent. En France, on fait passer une mesure rejetée par le peuple via un décret (autrement dit, « le fait du Prince »), en Irlande on fait revoter, jusqu'à l'obtention du oui voulu par le pouvoir : le referendum n'est donc valable que lorsqu'il aboutit à un plébiscite - superbes dénis de démocratie.

En Belgique, le referendum n'est tout simplement pas inscrit dans la Constitution. Cette Constitution - dont pratiquement tout le monde se fout - a pourtant été souvent remaniée. Car si le peuple se fout de la Constitution, les politiciens, eux, s'y intéressent. Ils savent que c'est à travers celle-ci qu'ils peuvent gagner en pouvoir. Les politiciens flamands, notamment, en sont bien conscients qui, depuis les années 1960, entraînent le pays de crises en crises en vue de réformer la Constitution pour obtenir l'indépendance de la Flandre. Et de crise en crise, le peuple continue de laisser faire les politiciens, et de leur laisser triturer à loisir ce « droit du droit » censé constituer le texte qu'ils devraient craindre. Cherchez l'erreur !

Tout le peuple s'en fout ? Et bien finalement, peut-être pas. Ainsi a émergé en Belgique cette toute jeune initiative populaire précisément appelée ACTIO POPULI.

Prenant conscience que la Belgique n'est qu'une pseudo démocratie où la volonté du peuple n'est pas entendue, le collectif ACTIO POPULI a donc décidé de lancer une initiative civile neutre (non affiliée à un parti ou à un syndicat, et non liée à l'une ou l'autre entité fédérale). Une association sans but lucratif (« asbl » est l'équivalent des associations de loi 1901 en France) a donc été créée, à travers laquelle le collectif entend entreprendre différentes actions. On peut ainsi lire sur le site de l'association :

« Actio Populi est née de l’engagement d’une vingtaine de personnes, chacune ayant son propre background social et ses convictions politiques mais toutes avec un seul et même but, notamment la démocratisation de la “démocratie” en Belgique. Une véritable participation dans la démocratie belge n’est cependant réalisable que si elle est réclamée par une partie considérable de la population.

Tant les citoyens que les entreprises ont la possibilité de devenir membres et d’adhérer au recours collectif, ceci n’est en aucun cas une obligation. Cette affiliation donne aux entreprises la possibilité de prendre réellement leur responsabilité sociale.

Actio Populi a la forme d'une association sans but lucratif (ASBL) avec l’objectif de soutenir, de défendre et de promouvoir la démocratie (directe). Cela signifie que nous voulons explicitement faire reconnaître la souveraineté populaire dans notre Constitution. La puissance d’Actio Populi viendra du fait qu'il y aura des milliers de citoyens prêts à rejoindre cette Asbl et à soutenir ses objectifs. Ce soutien massif est nécessaire parce que nous devons être capables de démontrer un intérêt aux tribunaux.

Actio Populi agira comme requérante principale dans la citation collective et désignera un avocat qui représentera les intérêts de tous les adhérents et requérants. Ainsi, on pourra collecter les fonds nécessaires en toute transparence afin d’assurer le bon fonctionnement de l’événement.  »

En d'autres termes, ACTIO POPULI vise a saisir les instances juridiques ad hoc dans le cadre d'un recours collectif d'un grand nombre de citoyens, afin de demander des comptes aux pouvoirs politiques concernant les multiples crises qui ne cessent de bouleverser le pays, en se basant notamment sur le principe de la gestion en bon père de famille (notion juridique). Cette première étape de l'action populaire vise, à termes, à faire inscrire dans la constitution belge le processus du referendum contraignant, tel qu'il existe notamment en Irlande.

D'autre part, le collectif entend également donner à tous les citoyens Belges l'accès à une plateforme où ils pourront lancer et voter des propositions et des idées, une sorte de "Facebook politique" afin d'inciter le peuple à s'intéresser et à se mêler de politique. L'objectif est clairement de renverser la tendance actuelle et de permettre aux homo œconomicus que nous sommes de redevenir des homo politicus, comme l'étaient notamment les citoyens athéniens il y a 2500 ans. Une autre façon de le dire étant que nous redeviendrons, véritablement, des citoyens et non de simples électeurs n'ayant pour seul droit politique que celui de choisir nos maîtres.

Selon Aristote, en effet, le citoyen est celui qui est capable de gouverner et d'être gouverné. La "compétence" n'a pas sa place dans le processus de gouvernance démocratique, car c'est par l'exercice de la gestion de la chose publique que vient l'expérience et la compétence, et c'est parce que, se faisant, les citoyens proposent et votent eux-mêmes leurs lois qu'ils sont le mieux à même d'en comprendre le sens et l'esprit, et ainsi de mieux les respecter : ils savent que ces lois, une fois rendu leur mandat, ils auront à les respecter. C'est ce que l'on appelle des lois autonomes, en opposition aux lois hétéronomes, imposées au peuple sans qu'il y ait directement consentit, par exemple en votant lui-même les projets de loi. Qui, de nos jours, dans notre prétendue démocratie représentative, a jamais été consulté par un élu concernant un projet de loi ? Pouvez-vous imaginer un représentant ne consultant jamais les personnes qu'il est censée représenter ? Oui, on appelle cela un « élu du peuple »...

Enfin, troisième volet de l'action entreprise par ACTIO POPULI, élaborer un réseau international avec d'autres organisations similaires à travers le monde.

« A partir du moment où le nombre de 5.000 personnes est atteint sur la liste des requérants, l’idée peut se répandre au-delà des frontières. Cela montrera aux autres pays que nous sommes professionnels et que nous aspirons à une véritable démocratie. On pourra ainsi assister d’autres pays dans l’organisation concrète d’initiatives de ce type. Le point de coordination de toutes ces actions sera www.actiopopuli.eu ou www.actiopopuli.org (en construction). »

Vous voulez en savoir plus sur cette initiative ? Vous voulez saisir l'opportunité de cette crise pour recréer une vraie démocratie (et non une démocratie d'apparat) ? Vous souhaitez rejoindre le vent d'une révolution pacifique ? Rendez-vous sur leur site à l'adresse www.actiopopuli.be/fr/home/ où vous trouverez le détail de leur projet ainsi que des réponses à des questions fréquemment posées.

 

Morpheus


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208 réactions à cet article    


  • citoyenrené citoyenrené 26 octobre 2012 09:36

    Morpheus,

    merci pour cet intéressant article qui promeut cette initiative belge « Actio populi »

    l’expression forte, à partir de laquelle devrait découler le système de gouvernance est « souveraineté populaire »

    comment l’incarner, la matérialiser, la garantir, la perpétuer ? par une nouvelle constitution

    c’est le point central, l’on voit bien actuellement que la représentation de cette souveraineté populaire est factice....c’est une question apolitique, apartidaire en tout cas,

    que le monarque dégage et laisse la place à une constituante citoyenne

    bravo pour cet article


    • Morpheus Morpheus 26 octobre 2012 11:00

      Merci citoyenrené. Nous ne sommes qu’au début de cette aventure, il y a encore du chemin à faire, mais c’est le démarrage le plus difficile. Une foi le chemin abordé, il suffira de mettre un pied devant l’autre et d’avancer smiley

      Cordialement,
      Morpheus


    • Taverne Taverne 26 octobre 2012 09:53

      Une « Actio populi » qui n’est pas près de gagner notre pays, la France, ce pays de vieux qui rassemble deux sortes d’électeurs : ceux qui somnolent et ceux qui dorment profondément.


      • citoyenrené citoyenrené 26 octobre 2012 10:46

        @ Taverne,

        si des sondages, ces sombres sondes, demandaient « êtes-vous satisfait du système de gouvernance ? »

        allez, « non » à 80%

        « seriez-vous pour une constituante citoyenne ? »

        « oui » à 55%

        j’invente les chiffres, mais anciens ou jeunes, il me semble percevoir un mécontentement majoritaire, et peu s’opposeraient à une refonte citoyenne

        c’est une intuition, peut-être un vœu, un rêve, une illusion

        je ne serais pas aussi « défaitiste » que vous, non ? « non » avez-vous répondu


      • Morpheus Morpheus 26 octobre 2012 10:56

        Je comprends votre pessimisme, Taverne, mais je gage que même en France, ce genre d’initiative va voir le jour, tôt ou tard. Compte tenu de leur histoire, les français ne peuvent pas être en reste dans un tel processus de démocratisation. Croyez-moi, la conscience politique en Belgique n’est pas plus aigüe qu’en France, alors si cela est possible ici, c’est possible en France également smiley

        Cordialement,
        Morpheus


      • wardou wardou 26 octobre 2012 22:47

        En France on est pas plus endormi que les autres, je pense juste qu’on se réveillera vraiment lorsque certains de nos concitoyens toucheront plus leur retraite a la fin du mois, lorsque les fonctionnaires se verront réduire leur salaire, et lorsque que les gens pourront plus retirer leur argent a la banque, c’est à dire lorsque les gens réaliseront dans quelle merde on est vraiment.

        Tout ça pour dire qu’en France se sera comme en Espagne et au Portugal, il y aura des manifestations importantes lorsque les gens seront face aux problèmes mais malheureusement il sera trop tard.

      • Taverne Taverne 26 octobre 2012 12:07

        Bienvenue à Impoland !

        La gauche a rêvé du « changement maintenant ». Qu’ont-ils vu du changement ? Rien !

        Ah si ! Pardon. On est passé de Shériff city à Impôts’Land. Avant, face à tout problème, le shériff dégainait et « pan ! » sortait une loi, fût-elle inapplicable ou insensée. Aujourd’hui, à tout problème qui fait surface, on répond « taxe ! »


        • bernard29 bernard29 26 octobre 2012 15:15

          Article trés intéressant, mais pas un lien ne marche j’ai essayé les trois.


          • Morpheus Morpheus 26 octobre 2012 15:49

            Je constate en effet que le lien ne fonctionne pas, c’est bizarre.

            Lorsque je fais un c/c du lien, par contre, ça fonctionne.

            L’adresse est http://www.actiopopuli.be/fr/home/ (les deux adresses internationales, par contre, ne fonctionnent pas encore parce que c’est en construction).

            Cordialement,
            Morpheus


          • alberto alberto 26 octobre 2012 16:32

            Bon courage Morpheus et à cette association : vous allez avoir du pain sur la planche !

            Pour les lois, tu as raison : on forme des « légistes » qui légifèrent et le Prince choisit de publier les lois qui lui conviennent en tâchant d’éviter les lois qui pourraient se retourner contre lui et les siens...

            Mais du peuple a été consulté pour y donner son avis ?

            En France, il y a le Père Chouard qui dit un peu la même chose, mais qui a encore du mal à lancer un mouvement d’envergure...

            A suivre, bien à toi.


            • Morpheus Morpheus 26 octobre 2012 17:42

              Je pense que cela va venir. Petit à petit, l’oiseau fait son nid. Il y a de plus en plus de Gentils Virus, et de plus en plus de graines de vraie démocratie sont semées. On en voit germer de ci de là et pour peu que nous y mettions un peu du nôtre et entretenions ces pousses, elles grandiront. ACTIO POPULI en est une, à nous de la faire grandir smiley

              J’ajoute que les Français peuvent sans attendre s’emparer de cette idée : 10 ou 20 personnes, une association loi 1901, et hop, Actio Populi France peut démarrer ... Les Français n’ont tout de même pas besoin des petits Belges pour se mobiliser, si ? smiley

              Cordialement,
              Morpheus


            • zelectron zelectron 27 octobre 2012 15:07

              @ alberto,
              Peut-être que si Chouard n’était pas si engoncé dans son gauchisme en oubliant que son « idée » (transposition sans fioritures du système athénien, sans porter de jugement de valeur) se devrait d’être neutre au plan des formations politiques ainsi que des dogmes sous-tendus et en outre n’y mélangeait pas son « antieuropéisme constitutionnel » à toutes les sauces dans ses discours, il serait entendu, enfin tout du moins considéré !
              Autrement dit tant qu’un mouvement anti-ceci, anti cela se réclamant des expériences (sanglantes et ratées pour certaines) voudra tirer la couverture à soi et interdira l’expression de ses opposants, ça m’étonnerais qu’il puisse recueillir une attention quelconque ou tout du moins sauf celle des braillards habituels.
              Morpheus, je vais de ce pas sur le site indiqué smiley


            • Ariane Walter Ariane Walter 26 octobre 2012 17:06

              Que c’est beau à lire. On en rêve ! Non, on ne veut pas être les esclaves de ces malades mentaux qu’il faut tous arrêter !
              ils sont tous, ceux qui nous gouvernent , dans l’illégalité la plus totale.
              Et ils le cachent de moins en moins.

              A l’assaut, peuples d’Europe !
              C’est le 14 novembre la grande grève des peuples et des démocraties !


              • Morpheus Morpheus 26 octobre 2012 17:37

                On devrait diffuser le plus largement possible cette réflexion de Thomas Rainsborough : « Tout homme qui a à vivre sous un gouvernement doit tout d’abord se placer lui-même sous ce gouvernement par son propre consentement ; et je soutiens que l’homme le plus misérable (d’Angleterre) n’est aucunement lié, au sens strict du terme, par un gouvernement sous lequel il n’a pas expressément accepté de se placer. »

                On pourrait dès lors se poser au moins deux questions essentielles :

                1. Naître sur un territoire contrôlé par un gouvernement, et y être de ce simple fait soumis, peut-il être considéré comme une soumission expressément consentie ou imposée de facto ? (autrement-dit, nous a-t-on expressément demandé un jour si nous consentions, volontairement, au gouvernement ? Le plébiscite de nos parents ou grands parents en 1958 vaut-il pour nous ? ...)

                2. L’UE a-t-elle la moindre légitimité à imposer son droit, ses lois et ses règlements, compte tenu du fait qu’en droit, une nation se définit non seulement par ses trois composantes que sont 1) le territoire, 2) la population et 3) un gouvernement, mais aussi 4) sa souveraineté ?

                La souveraineté, qui, dans une VRAIE démocratie représente la souveraineté du peuple (non celle de ses >représentants<) peut-elle être offerte à une instance extra-étatique comme l’est l’UE sans qu’il n’y ait, de la part des >représentants<, trahison ?

                Il y aurait comme un gros caillou dans les chaussures du gouvernement prétendument >représentatif< que cela ne m’étonnerait pas ... :->


              • Chupa chups Chupa chups 26 octobre 2012 19:10

                Vous connaissez la Panarchie Morpheus ? (Personnellement je ne suis pas pour la démocratie, mais je conçois qu’il s’agisse d’un système politique parfaitement envisageable.)


              • Morpheus Morpheus 26 octobre 2012 19:36

                Jamais entendu parler de la panarchie, non ? Qu’est-ce que c’est ?


              • bigglop bigglop 26 octobre 2012 19:37

                Bonsoir @Chupa Chups,

                Il semble que vous êtes inscrit sur Avox depuis septembre 2011.

                Pourriez-vous, si vous en avez le temps, écrire un article argumenté sur un de vos thèmes de prédilection et répondre aux posts que vous recevrez ?

                Cordialement


              • maQiavel machiavel1983 26 octobre 2012 19:56

                Je ne connaissais pas non pus la panarchie mais en discutant avec chupa chups , il m’ a semblé que ses propos parfois n’ en étaient pas trop éloigné . Intéressant mais utopique .


              • Chupa chups Chupa chups 27 octobre 2012 20:13

                Il faut absolument que je me prenne un jour pour écrire un bon article autour des différentes pensées que je peux avoir en effet.


              • PJC1169 26 octobre 2012 19:32

                Bonjour,

                Essayer de secouer l’apathie de nos concitoyens, c’est ce que fait depuis 2005, Étienne CHOUARD, le « lanceur d’alerte » sur le contenu du traité constitutionnel, en proposant de participer à la rédaction d’une constitution faite par et pour les citoyens.

                Pour l’instant le succès est modéré, mais l’espoir existe.

                Si vous pensez que cela peut vous intéresser, il suffit de se rendre sur ces sites et de participer :
                http://etienne.chouard.free.fr/Europe/
                http://www.le-message.org/

                A+
                PJC


                • Morpheus Morpheus 26 octobre 2012 19:38

                  Merci PJC smiley

                  Si vous me lisez bien, vous comprendrez que je connais Étienne et son travail, je suis un de ses Gentils Virus smiley

                  Il était d’ailleurs présent à Bruxelles lors de la 3e Assemblée Populaire organisée par www.constituante.be, où j’ai rencontré un membre (avocat de profession) de l’ASBL ACTIO POPULI.

                  Cordialement,
                  Morpheus


                • maQiavel machiavel1983 26 octobre 2012 19:51

                  Salut morphéus , bravo pour l’ initiative . Je ne suis pas très optimiste sur les résultats que cela donnera mais vous faites ce qu’ il y’ a à faire ... pardon la seule chose qu’ il reste à faire pour changer le système ! Vous mettez le doigt là ou il faut càd sur la constitution et c’est excellent ; Sait-on jamais un miracle est toujours possible et que ça fonctionnera ( même si je vous avoue que je n’ t crois pas ).

                  Bon courage.

                  • Morpheus Morpheus 26 octobre 2012 20:13

                    Le truc, c’est que c’est sûr que qui n’essaye rien n’a rien ... Du coup, on n’a pas grand chose à perdre, et beaucoup à gagner, ne fut-ce que, le cas échéant, faire parler de CONSTITUTION, REFERENDUM, DÉMOCRATIE (VRAIE), etc.

                    On ne peut évidemment pas présumer de la suite des événements ni de la réussite ou de l’échec, mais je trouve que rien qu’en elle-même, la démarche est un signe extrêmement positif ! smiley

                    Cordialement,
                    Morpheus


                  • AkoZ AkoZ 26 octobre 2012 20:13

                    M Chouard a un immense intérêt.. il diffuse une voie qui cherche sa procédure...
                    Lu vos commentaires en travers, .. OUI
                    Il y a des « choses »qui se font.
                    L’atonie constatée des français n’est peut-être pas celle que l’on croit, mais plutôt celle de ces personnes qui voient bien que de manifester ne sert STRICTEMENT à rien !!!

                    (..oh, ah .. oui, les syndicats ? .. bon .. sans développer, pour quelques grosses entreprises, un poids « ouvriers » existe, mais .. ils sont aussi OUT que nos politiques.)

                    Ils n’ont pas encore assez d’autres aperçus/alternatives d’une société autrement constituée..
                    Mais cela vient avec nombre de changements lents et nécessitant des prises de conscience !
                    Et des projets réels qui petit à petit gagnent par leur sincérité et la vérité de leurs porteurs modestes.
                    Soyez en certains, même parmi vous, il en est très peu qui imaginent une société régénérée humainement et bien loin des pyramides et de leurs petits chefs !
                    Le défrichage se fait, dans la marge, dans des actions locales, parfois médiatisées, parfois discrètes ..

                    L’initiative de ce groupe-ci est de trouver ces voies qui sont différentes de celles déjà prises : celle de la démocratie participative shuntée par la morte représentative, est bien moribonde, celle de la ré-écriture d’une constituante est une juste mais encore bien pauvre voie, aussi ...

                    Non, !NOUS sommes à la veille d’un tournant, ce ne sera plus une « démo-cratie », car les process de prises de décisions vont être bien secoués :

                    ils ne mettront plus en premières lignes les pseudo-leaders politiques.

                    Bon, je vous invite à voir ceci :: http://pear.ly/4s69 (influencer et améliorer la DEMocratie)
                    et cela : http://pear.ly/bcixb ( Process post-démocratie : mise en oeuvre )
                    enfin si .. vous avez envie d’écrire .. : https://trello.com/b/uMOthrp6

                    bien à vous !
                    AkoZ pour les IB - Indignés Bâtisseurs (groupe fb : http://goo.gl/vo7go )


                    • Éric Guéguen Éric Guéguen 26 octobre 2012 21:40

                      @ Morpheus :

                      Votre article est intéressant, mais il y a une donnée importante que vous ne semblez pas prendre en considération. Vous parlez à un moment d’homo œconomicus en le déplorant. Or, nous le sommes devenus de notre plein gré, volontairement, heureux de n’avoir plus à nous soucier de politique, laissant la corvée à des énarques grassement payés, rassurés par le fait qu’ils sont révocables à merci.
                      Seulement aujourd’hui on se rend compte, enfin, de l’impasse dans laquelle nous plonge la démocratie moderne : un peuple d’homo œconomicus n’a plus les moyens de s’offrir de grands hommes politiques, mais uniquement des marchand(e)s de tapis, des vrp susceptibles de leur offrir tous les produits de la terre à moindre coût. De ce point de vue, ce qui est en train de se jouer aux USA est tout à fait grotesque. Les deux candidats ne valent pas mieux l’un que l’autre. La politique n’est plus que du catch en costume trois pièces, et la France suit la même pente.

                      Du temps d’Aristote, l’« homme politique » était un pléonasme, une aberration, car l’homme était considéré comme animal politique. De nos jours, au contraire, la politique ne tient plus qu’à un fil, le contrat social. Et le contrat social est l’exact opposé du zoon politikon, partant, la volonté générale ne peut coïncider avec le bien commun.
                      Vous voulez rétablir Aristote et Démosthène ? Il va pour cela falloir déboulonner Rousseau et Constant.
                      Bon courage...


                      • Éric Guéguen Éric Guéguen 26 octobre 2012 21:52

                        @ Morpheus :

                        Cela dit, Morpheus, j’ai voté pour vote article, car je trouve tout à fait sain, pour ma part, d’être tour à tour gouvernant ET gouverné.
                        Mais combien d’entre nous seraient capables de gouverner ? N’oubliez pas que la politique en Attique au Ve siècle (av. JC) ne requérait pas autant de savoir, de connaissances en droit, en philosophie, en histoire et en économie que le train du monde actuel !
                        Aristote n’a, à ma connaissance, jamais dit que le gouvernement des affaires publiques ne requérait aucune capacité particulière. Le joueur de flûte a appris son art, tout comme le commandant de bord, le cavalier ou le médecin. Pourquoi la politique serait la seule activité humaine à s’improviser ? Pour faire plaisir à tout le monde ?

                        La démocratie athénienne, la VRAIE comme vous le dites, n’a jamais été le régime de l’égalité (comme on se plaît à se le figurer depuis que Chouard s’en ai saisi), mais celui de la liberté, de l’otium et de l’art oratoire. Toutes choses que bon nombre de nos concitoyens - vous et moi inclus peut-être - ne pourront jamais, ja-mais s’offrir.


                        • Morpheus Morpheus 26 octobre 2012 23:01

                          Vous savez, j’ai arrêté l’école à 16 ans, je n’ai pas de diplôme, je n’ai aucune spécialisation, je n’y connais pratiquement rien en droit, et tout ce que je sais, je l’ai appris par moi-même, de façon complètement non orthodoxe.

                          Mais je crois pourtant être à même, avec d’autres, dans le cadre d’institutions réellement démocratiques, de gouverner au mieux de l’intérêt de tous, ou du moins, de servir au mieux l’intérêt de tous : en fait, la grande différence entre Athènes et nos gouvernement prétendument représentatifs, c’est que les magistrats Athéniens étaient moins des « gouvernants » que des serviteurs. Le tirage au sort ne désignait pas des maîtres, mais des serviteurs du peuples pour une période courte, non renouvelable, et aux pouvoirs limités. Cela, je crois que beaucoup d’entre nous sont à même de le faire. Beaucoup le font déjà. Ce n’est d’ailleurs pas nécessairement dans les hautes sphères que l’on trouve les gens les plus capables. La compétence, elle vient avec l’exercice, pas avec les études ou les diplômes.

                          Cordialement,
                          Morpheus


                        • Éric Guéguen Éric Guéguen 26 octobre 2012 23:35

                          @ Morpheus :

                          Ce que je sais, je ne le dois pas non plus à l’école. L’Éducation nationale m’a appris à lire, écrire, compter, ce qui n’est déjà pas si mal. En dehors de ça, pas grand chose, ou des futilités qui font bien sur un CV afin de dénicher un emploi de grouillot pour payer ses traites.
                          Non, je ne vous parle absolument pas de diplômes et je fustige également cette manie du diplôme. Mais, entre nous, vous le premier, lorsque vous achetez un livre, ne commencez-vous pas par le retourner et regarder la biographie de l’auteur ? Et si l’auteur d’un livre de géopolitique indique qu’il ne possède qu’un brevet de chauffagiste, achèterez-vous quand même son bouquin sans aucun a priori ?

                          Aussi, bien que n’ayant pas de diplômes, vous êtes-vous instruit, par vous-même, non ? Je veux dire que pour en arriver à votre réflexion sur la démocratie, il a bien fallu que vous accumuliez un certain savoir, lui-même nourri, nous sommes d’accord, d’un vécu au quotidien, n’est-ce pas ? Eh bien c’est cela même que je vous demande de prendre en considération.
                          Pour les Grecs, toute action humaine est motivée par une finalité préalable, elle-même permise par la complémentarité de trois vecteurs : des qualités naturelles, un apprentissage, et une mise en application. Or, l’âge moderne a déjà fait bon marché des « qualités naturelles », inaudibles à notre époque. Vous voudriez, en outre, que soit faite l’impasse sur la nécessité d’apprendre la théorie avant de passer à la pratique ?

                          J’entends bien qu’il y a parmi nous des âmes de bonne volonté, d’une probité exemplaire et d’un courage à toute épreuve... mais il m’est avis qu’en permettant aux nouveaux gouvernants, dilettantes, de tout apprendre sur le tas, vous reculerez d’autant l’efficacité de leur action. Or, en démocratie, les administrés sont atteints d’un mal incurable, le « présentisme ». Ils ne vivent que de l’instant présent et ne supportent aucun délai à la mise en place des moyens de les « enrichir » (ou « soulager » si vous préférez).

                          En outre, comment inculquer à un peuple individualiste l’amour, la nécessité, voire la primauté que mérite la « chose publique » ? Autrement dit, comment les intéresser à la politique, toutes affaires cessantes, les détourner de leur commerce privé, et pour un moindre pécule par-dessus le marché ? Il eût été bien plus facile de transformer nos aïeux grecs en homo œconomicus que l’inverse. L’attrait du confort, de la facilité et du sur-le-champ a peu à peu maté l’esprit de corps et d’abnégation des sociétés dites « closes ».


                          • Morpheus Morpheus 27 octobre 2012 10:29

                            Je crois, sans vouloir vous vexer, Éric, que vous vous trompez. L’apathie et la « bêtise » des peuples viens essentiellement du fait qu’on déresponsabilise les gens, qu’on les infantilise. Dans un système basé sur les hiérarchies sociales, les gens ont tendance à se comporter comme on attend qu’ils se comporte selon leur statut social.

                            Cela a notamment été démontré dans une expérience où des élève indiens (d’Inde), pour moitié de caste inférieure, pour l’autre moitié de caste supérieure, passent un test de connaissances : placé dans une même classe, mais ne sachant pas de quelle caste ils sont, les résultats des élèves de la caste inférieure sont légèrement meilleures que ceux de la caste supérieure ; mais les mêmes, dans la situation où ils savent que l’autre moitié de la classe est de la caste supérieure, leurs résultats s’effondre : cela montre le complexe et l’assimilation au rôle social ; puisqu’ils sont de caste inférieure, il ne peuvent pas avoir de bons résultats, et l’estime de soi chute.

                            Une autre expérience a été faite, au USA cette fois. Des élèves, tous issus d’écoles pour surdoués, des cracs qui écrasent tous les premiers de la classe « normaux », sont placé dans une même classe et on pratique un système d’évaluation par points. Une hiérarchie sociale artificielle se crée, exactement pareille à la hiérarchie de n’importe quelle classe : des très bons, des moyens et des mauvais. Dans un autre contexte, où l’on ne pratique pas d’évaluation fondée sur des cotations, le travail et l’apprentissage en synergie se développe, augmentant considérablement le niveau moyen de toute la classe ...

                            Lorsque l’on fait confiance à quelqu’un, on incite cette personne à bien faire, et dès lors elle développera les qualités nécessaires pour remplir au mieux la tâche qui lui est dévolue. A contrario, dites à des gens qu’ils sont des incapables, qu’ils sont stupides, qu’ils sont bêtes et vous pouvez être sûr qu’ils se comporteront comme tel. Cela dit, l’erreur fondamentale de nos Constitutions, c’est qu’elles ne remplissent pas leur rôle : au lieu de protéger les citoyens contre les abus de pouvoir (la raison d’être d’une constitution), elles rendent les citoyens impuissants politiquement. Rien d’étonnant à cela, puisque ce sont les mêmes personnes (politiciens, légistes, juges, hommes et femmes de pouvoir) qui doivent craindre la Constitution qui l’écrivent : ils sont en conflit d’intérêt.

                            L’erreur inhérente au système électif est d’attendre des élus qu’ils se comportent de façon vertueuse, alors que par le mécanisme même de l’élection (qui consiste à séduire le plus d’électeurs possibles) et de la professionnalisation (qui fait que pour durer en politique il faut être réélu), les candidats aux élections sont amenés à mentir, tricher et manipuler les opinions. Une bonne constitution ne repose pas sur la vertu supposée ou attendue de tel ou tel candidat (précisément ce que fait notamment la Ve république, se fondant sur la vertu de De Gaulle), mais repose sur des mécanismes constitutionnels qui mènent les représentants à se comporter de manière vertueuse, ou à être sévèrement sanctionné s’ils ne le font pas. Une Constitution est un CONTRAT social, or un contrat repose toujours sur la défiance : on y envisage ce qui peut se passer dans le pire cas, non dans le meilleure (aucun assureur ne me contredira). C’est de cette manière, et seulement de cette manière qu’on peut se prémunir contre la tyrannie et l’abus de pouvoir.

                            Mais nous laissons, depuis deux cent ans, les Constituions être écrites par les professionnels de la politique et du droit : ceux-là même qui doivent craindre la Constitution. Ce n’est pas aux gens de pouvoir d’écrire les règles du pouvoir ; c’est au peuple d’écrire ces règles fondamentales.

                            Pour répondre à votre dernière question, je vous invite à lire "Gestion de proximité et démocratie participative : les nouveaux paradigmes de l’action publique ?" de Yves Sintomer. Vous découvrirez que des personnes lambda, issus de la société civile, tirés au sort, sont capables de se rendre compétent afin de s’emparer de sujets complexes comme les OGM ou le nucléaire.

                            Cordialement,
                            Morpheus


                          • Éric Guéguen Éric Guéguen 27 octobre 2012 11:29

                            @ Morpheus :

                            Merci pour cette réponse argumentée.

                            Ce que vous décrivez, survenu en Inde, est l’une des applications de ce que John Rawls appelait le « voile d’ignorance ». Il est tout à fait possible dans le cadre d’une expérience, mais - sauf à interdire aux élèves de discuter entre eux durant l’année, ou à instaurer le communisme pour rompre la logique de classes - il ne peut être mis en pratique dans la vie courante. Cela dit, je ne remettrai sûrement pas en cause le fait que le manque d’estime de soi puisse être un facteur aggravant dans le sort de chacun. Il est certain que l’aura des classes dites « supérieures », plus encore lorsqu’il s’agit de « castes » hermétiques intimide celles et ceux qui n’ont pas l’heur d’en faire partie. Mais l’erreur consiste ici à opposer des blocs à d’autres blocs. Le seul « bloc » qui tienne à mes yeux est la nation. Sous la nation, on ne doit connaître que des individus, sans aucun intermédiaire. Que des communautés d’intérêts ou de sympathie se créent, on ne peut pas l’empêcher, mais on peut empêcher la hiérarchie de celles-ci en faisant primer l’intérêt national sur toute autre considération. Et les deux premiers chantiers à mener, à cet égard, sont la rénovation du regard que nous portons sur la justice et le rétablissement de l’instruction publique. Ces deux institutions ne doivent s’adresser qu’à des individus, ne reconnaître aucun corps intermédiaire, et servir ces individus en vue de leur permettre de donner le meilleur d’eux-mêmes dans la poursuite du bien commun.

                            Je sais que ce que je dis, pour certains, a l’air de « blabla », de choses intenables. Et en effet, le travail est immense, car :
                            - au regard de la justice, il faut absolument rétablir la distinction entre justice commutative, entre citoyens, et relative aux échanges marchands ou aux crimes (celle qui de nos jours règne sans partage) et justice distributive entre citoyen ET res publica, qui fixe fonctions, honneurs et peines relativement à l’implication dans le bien commun.
                            La première engendre l’égalité stricte, la seconde l’équité. La première sied à un peuple individualiste et prend corps dans le suffrage universel, relativisme absolu, la seconde à une communauté soucieuse de confier le pouvoir aux plus « aptes », c’est-à-dire aux plus vertueux.
                            - au regard de l’instruction, il faut impérativement en finir avec la gabegie actuelle et restaurer les vrais savoirs : la maîtrise de la langue maternelle, l’histoire nationale (avec ses pages roses ET ses zones sombres, sans la moindre compromission), la culture classique (et non plus « générale », qui ne veut plus rien dire) et la rhétorique, non comme art d’être trompé, mais plutôt art de ne pas s’en laisser conter, l’autorité du professeur, l’implication véritable des parents et leur responsabilisation. En finir avec les horizons bornés qui consistent à ne faire miroiter aux jeunes de banlieues que des carrières de rappeurs, de footballeurs ou de comiques manchots.
                            - enfin, il faudra tôt ou tard en finir avec l’esprit de parti, avec le recours au suffrage, éminemment mercantile et nullement politique, rétablir la liberté totale de parole et interdire une et une seule chose : les sempiternels sondages d’opinion, ces sentiers battus pour moutons indolents.

                            Mais pour ça, en effet, il faut reconnaître à chacun un droit à la dignité, lui faire sentir que tout ce dont il est capable est un atout certain pour le bien commun, mais en même temps qu’il est hors de question de le tromper sur « la marchandise » en lui faisant croire que seuls sa volonté propre et les aides substantielles de l’État sont les vecteurs de sa réussite.
                            Tout le monde n’est pas capable de tout, tout le monde n’est pas ou ne peut être vertueux, même à coup de pouvoir d’achat (et si De Gaulle a toujours eu foi dans le bon sens populaire, jamais pourtant il n’a cédé au tout-se-vaut, au rêve d’un peuple d’êtres interchangeables et égaux en tout) . Il appartiendra à notre prochaine République de réintroduire le sens des valeurs, de l’ordre (pas au sens policier, j’entends par là que chacun ait ce qu’il mérite réellement, que ceux qui méritent obtiennent et que ceux qui ne méritent pas n’obtiennent pas) : ainsi faudra-t-il enfin considérer qu’un fils d’ouvrier ne doit pas être condamné à être ouvrier, ni qu’un fils d’avocat soit assuré de devenir avocat. Jamais cependant il faudra s’imaginer qu’un ouvrier et qu’un avocat méritent le même salaire, ni que tout homme puisse devenir avocat.

                            Bien à vous.

                            PS : Je souscris à votre injonction de responsabilisation, mais j’aimerais beaucoup que nos concitoyens Agoravoxiens passent un peu plus de temps à participer à des débats tels que celui-ci, et un peu moins de temps à commenter l’actualité, les bisbilles du FN, les sorties du Front de gauche, toutes choses INUTILES au possible. Même un sujet comme le mariage homo est de la roupie de sansonnet à côté du chantier qui nous attend. Alors, de grâce, que les uns et les autres prennent leurs responsabilités, s’investissent, réfléchissent, et se détournent comme il se doit d’une actualité stérile qui les endort.


                          • bonnes idées 27 octobre 2012 08:09

                            Oui il est très difficile à cet instant de faire comprendre à la nation que la démocratie « made in France » c’est de la fumisterie. Pourtant moi qui ne suis qu’un modeste citoyen j’aimerai tant que cela change. Dans un premier temps pour ma famille puis ensuite pour la paix des peuples (mon dieu pardonne et n’est pas dominateur). Il faut retrouver le calme car l’humanité n’a pas d’échéance alors à quoi bon vouloir aller trop vite.
                            Il faut réveiller notre nation, bousculer les âmes psychologiquement affaiblies par 2 siècles de haine, de coups bas, de trahisons et de mensonges. Malgré la puissance de feu de ceux qui justement ne veulent pas l’équilibre et seulement dans le rapprochement et la solidarité, nous vaincrons. LA FRANCE a vendu son âme au système ultra-libéral, financier par le biais de l’Europe. Cette mascarade a assez duré alors (puisque la pyramide est à la mode) mettons en haut de la notre de vrais responsables ayant avant tout l’amour de la patrie. VIVE LA FRANCE !


                            • Éric Guéguen Éric Guéguen 27 octobre 2012 08:38

                              L’erreur est de tomber dans la facilité et de prétendre que le capitalisme est l’ennemi de la démocratie. Capitalisme et démocratie ont les mêmes prémisses : individualisme, matérialisme, égalitarisme.

                              1. Le premier pousse chacun à se considérer comme un ayant-droit, joint à ses semblables par sa seule volonté.

                              2. Le deuxième pousse chacun à perdre le sens des valeurs et à devenir ainsi un parfait consommateur.

                              3. Le troisième, enfin, pousse chacun au ressentiment qu’alimente l’envie consumériste (2.) et le réflexe de la revendication (1.).

                              Le capitalisme n’a plus, alors, qu’à inciter à l’extrême ses trois tendances démocratiques en s’adressant à chaque être détaché du sort commun, en faisant du moindre sujet un élément monnayable et en entretenant l’envie perpétuelle des administrés.
                              Le capitalisme a vaincu la noblesse, a contribué à abattre les rois, il ne supporte pas les religions, abhorre les frontières, fait fi des traditions et n’accorde aucun crédit aux jugements de valeur. Il a donc été un vecteur démocratique... jusqu’aux dernières décennies durant lesquelles il a commencé à demander son dû, et à se retourner contre la démocratie en générant de nouvelles hiérarchies, tout aussi iniques que les précédentes, à savoir non fondées sur le sang, mais sur l’argent.

                              Il n’y a peut-être rien de plus faux que de prétendre que le capitalisme et la démocratie sont incompatibles. Ils ont convolé pendant deux siècles... avant que l’un ne fasse cocue l’autre.


                              • Morpheus Morpheus 27 octobre 2012 10:51

                                Nous ne sommes pas d’accord sur ce point, Éric. Non seulement je ne considère pas que c’est une erreur d’opposer la démocratie au capitalisme, mais je considère évident que le capitalisme est par construction à l’opposé de ce qui fait une (vraie) démocratie.

                                Voltaire décrit très bien ce qu’est le capitalisme lorsqu’il affirme : « Un pays bien gouverné est un pays où le petit nombre fait travailler le grand nombre, est nourrit par lui et le gouverne ». On ne peut mieux décrire l’oligarchie (le gouvernement du petit nombre).

                                Le capitalisme repose sur la propriété. La propriété, c’est le fait de s’approprier des terres, mais aussi (surtout) des ressources. Les ressources - produites par la Terre -, n’appartiennent en principe à personnes (ou à tout le monde). Nous devrions déclarer les ressources patrimoine commun de l’humanité tout entière. Mais ce n’est pas ce que fait le capitalisme : il s’approprie les ressources, mais en plus, il s’approprie les outils de transformation et réduit le grand nombre à ne posséder que sa force de travail.

                                Le capitalisme, fondé sur une économie basée sur la monnaie, fonctionne sur l’avantage différentiel : 1) il n’y en a pas assez pour tout le monde (paradigme de la pénurie) et 2) pour être concurrentiel, il faut que je sois plus puissant que les autres, plus gros, plus riche (logique de « manger ou être mangé »). Il construit (et repose sur) une hiérarchie sociale en exploitant la force de travail du grand nombre. Le capitalisme est intrinsèquement injuste et inégalitaire. On ne peut donc en aucun cas dire que le capitalisme repose sur l’égalité, c’est un non sens.

                                Ce qui fait une authentique démocratie, c’est une stricte égalité entre tous les acteurs d’une société. Non une égalité de droit, non une égalité génétique (absurde) mais une égalité politique. En d’autres termes, une authentique démocratie repose sur une répartition horizontale des responsabilités et du pouvoir, à l’inverse des autres formes de gouvernement (oligarchies ou monarchies) qui reposent sur une structure hiérarchique (pyramidale, verticale) du pouvoir.

                                En d’autres termes, une authentique démocratie repose sur les fondements de l’anarchie (anarchie = contraire de hiérarchie, et non « chaos » ou « désordre » comme on le dit trompeusement), c’est-à-dire sur l’égalité entre citoyens. Une démocratie sans anarchie deviendrait inévitablement oligarchique ou tyrannique ; et l’anarchie sans démocratie deviendrait inévitablement anomie (désordre social, apathie qui en résulte, chaos).

                                Cordialement,
                                Morpheus


                              • Éric Guéguen Éric Guéguen 27 octobre 2012 11:58

                                @ Morpheus :

                                Les choses sont malheureusement bien plus complexes que ce que vous dites. Je retrouve dans vos propos beaucoup de ce que dit Chouard, et je pense que vous n’êtes pas insensible à son message. À un détail près cependant : vous avez employé le mot « vertu ». Ce mot nous renvoie véritablement à un autre âge, à une époque où l’on croyait vraiment à l’aura des vertus, où l’on croyait en l’homme, non pas en chaque homme, car les êtres ne sont pas tous vertueux au même degré, mais en l’H-omme, l’homme générique.
                                Aujourd’hui, plus personne ne croit en la vertu, abrutis que nous sommes par l’image véhiculée tour à tour par les marxistes et les libéraux, qui, les uns comme les autres, font dépendre les bonnes intentions de l’individu de ce qu’il pourra en retirer substantiellement. Croire en la vertu, c’est croire qu’un homme comme Cincinnatus ait pu exister, et qu’il puisse revenir, c’est croire en le message d’un Socrate aux pieds nus et aux richesses immatérielles, c’est croire en la capacité de certains de respecter des principes de justice sans l’épouvantail policier et sans qu’il se dise « pas vu, pas pris, tout le monde en ferait autant ».
                                Croyez-vous en cela, Morpheus ? Moi oui, mais j’ai bien peur que nous soyons bien peu dans mon cas, car je dois pour cela me référer à des âges reculés, que beaucoup ne connaissent que par le biais tronqué de l’Éducation nationale, qui nous apprend à consacrer aujourd’hui au culte de demain et à l’exécration d’hier.

                                La vertu est clivante, Morpheus, car sinon elle n’aurait jamais fait parler d’elle. C’est parce que nous avons tous en tête de véritables exemples de vertus que nous nous référons ainsi à un but à atteindre. Lire l’histoire avec les lunettes du manichéen, comme un éternel conflit entre dominants et dominés (je ne dis pas que c’est votre cas, Morpheus, mais c’est parfois l’attitude de Chouard), est vain.
                                Croire en la vertu, c’est mettre de côté vos démarches « horizontales ». L’horizontalité viendra si tout le monde devient vertueux, sinon elle ne viendra pas. Que l’horizontalité soit mise au service de la vertu, bien sûr, mais prétendre qu’elles puissent coïncider, là je ne vous suivrai pas. On a peu à peu atteint un nivellement dans les conditions, nivellement que je ne déplore pas, j’en profite moi-même et je n’ai pas pour habitude de cracher dans la soupe. Mais ce nivellement a fait litière d’un certain nombres de choses, des jugements de valeurs par rapport aux jugements de fait notamment, ainsi que cette sacrosainte vertu... toutes choses qui auraient pu faire barrage au capitalisme sauvage. Il est un peu tard pour y penser. Trop tard ? Je ne pense pas néanmoins. Mais ce n’est certainement pas en criant « égalité ! » que nous y parviendrons. Paradoxalement, c’est la recherche forcenée de l’égalité ubiquiste qui a profité à la société marchande. Et plus on l’invoque, cette égalité, plus elle nous file entre les doigts. L’égalité n’est pas une fin en soi. La justice l’est, mais les deux termes ne sont pas synonymes.


                              • Morpheus Morpheus 27 octobre 2012 12:47

                                Je veux être honnête avec vous, Éric, en disant que je partage assez la vision d’un rapport de dominants à dominés dans la civilisation (c’est-à-dire, pour être clair et précis, dans la période qu’occupe l’histoire depuis que l’homme s’est sédentarisé et s’est organisé autour de la cité).

                                Contrairement à ce qu’affirme une croyance populaire, il existe des preuves qui montrent que nos ancêtres communs issus des peuples premiers, qui vécurent avant la révolution néolithique, ne vivaient pas dans un état de conflits perpétuels et d’extrême rareté, comme bien des anthropologues le prétendaient naguère. En fait, les sociétés de chasseurs-cueilleurs avaient constitué un système social unique immergé dans un paradigme environnement à la fois restrictif et autorégulé : la symbiose avec l’environnement était assurée par la nécessité de survie, mais n’était pas vécue comme une contrainte calamiteuse - ce que nous croyons encore trop souvent. Avant l’avènement de l’agriculture, l’homme n’exerçait aucun contrôle sur les ressources disponibles.

                                En ce temps-là existait un équilibre naturel. Les sociétés elles-mêmes semblait refléter cet équilibre naturel, étant donné qu’elles étaient constituées de structures sociales non hiérarchiques, non compétitives et dénuées de dirigeants. On a découvert que leurs systèmes de valeurs sociales étaient essentiellement fondées sur l’égalité, l’altruisme et le partage. L’arrivisme, la domination, l’agression et l’égoïsme étaient proscrits. Nous savons cela grâce aux recherches anthropologiques qui furent menées parmi les quelques sociétés de chasseurs-cueilleurs qui restent dans le monde.

                                Aussi étonnant que cela puisse paraître - vous pourrez opposer cet argument à tous ceux qui disent que le système actuel est « naturel » - il apparait que plus de 90% de l’existence de notre espèce sur cette planète a eut lieu au sein d’organisations sociales qui n’avaient pas recours à l’argent, qui ne connaissaient pas la hiérarchie et qui utilisaient même de stratégies d’anti-domination ; j’entends par là que la majorité des individus s’unissaient pour stopper toute personne qui essayait de s’emparer du pouvoir et de contrôler les autres. Leur mode de fonctionnement était donc aux antipodes du nôtre.

                                La révolution néolithique mit fin à tout cela. Elle permit aux êtres humains de contrôler intentionnellement leur environnement. La préservation de la vie était désormais une affaire de volonté. On pourrait croire, de prime abord, que tout le monde tira grand profit de cette révolution, mais elle a également introduit de graves problèmes sociaux auxquels nous sommes encore confrontés aujourd’hui et qui trouvent leurs racines aux fondements mêmes de nos civilisations.

                                Je ne veux pas dire en cela que nous devrions retourner à des modes de vie primitifs et redevenir des chasseurs-cueilleurs. Je veux simplement soulever les incohérences et les contradictions de l’économie fondée sur la monnaie.

                                Selon Robert Sapolsky, anthropologue et professeur de neurologie à L’Univesité Stanford : « Les chasseurs-cueilleurs disposaient de plusieurs milliers de sources de nourriture sauvage pour assurer leur subsistance. L’agriculture changea cela : ils ne purent plus compter que sur quelques douzaines de sources de nourritures. L’agriculture entraîna également le stockage des surplus de ressources et, partant, l’inévitable constitution de stocks inégaux qui lui-même engendra les classes sociales. On peut donc dire que l’agriculture a occasionné l’émergence de la pauvreté. »

                                Aussi dérangeant pour l’idée que nous nous faisons de la civilisation et les croyances que nous avons à son sujet, cette réflexion (qui est aussi une forme de remise en cause des croyances populaires) est nécessaire pour pouvoir évoluer dans notre mode d’organisation. Le point étant que ce qui caractérise l’évolution et la perpétuation des espèces n’est pas la compétition et la domination, mais l’adaptation et la symbiose avec l’environnement réel (réel en opposition aux conditions socioculturels, constructions artificielles et mentales).

                                Cordialement,
                                Morpheus


                              • Éric Guéguen Éric Guéguen 27 octobre 2012 14:02

                                @ Morpheus :

                                Croyez bien que je ne crois nullement en la fable contractualiste consistant à inventer un état de nature, lieu de la guerre de tous contre tous pour certains, âge de l’ingénuité et de la bonté innée de l’être humain pour d’autres. Tout ceci n’a eu pour vocation, précisément, que de nous faire assentir à l’idée de contrat, typiquement « horizontale » et propre à diluer, à terme, toute notion de pouvoir politique de peur qu’il ne soit accaparé par quelque faction.
                                Et c’est justement ce que je reproche le plus à Chouard : il se réfère à un âge mythifié - et tout le monde a tendance à le faire, vous en particulier, et je vais y revenir - l’âge classique de la démocratie athénienne, en faisant fi de la révolution anthropologique que nous avons connue depuis. À l’époque, l’individu s’effaçait devant la communauté, et la politique, le bien commun avaient un sens. L’idée de contrat, mercantile au possible, a balayé cette vision des choses. Le devoir n’est plus à l’ordre du jour, et l’intérêt personnel est devenu le moteur de chaque individu, des pauvres comme des riches.
                                Aussi Chouard commence-t-il sa reconstruction politique en partant du principe : « Comment ne plus se faire avoir par les affreux ? ». C’est une construction négative, une défiance de toute idée de pouvoir. Les Anciens, eux, partaient de ce principe, positif : « Comment confier le pouvoir aux plus vertueux ? » Soit comment donner tout son sens au pouvoir. Ce qui n’a rien, rien, rien à voir.

                                J’en reviens à présent à l’âge d’or d’avant le néolithique : je ne doute absolument pas de ce que vous me dites, et n’allez pas croire que je n’ai pas, moi aussi, une certaine aversion pour le recours constant à la monétisation. Mais il se trouve que les sociétés dont vous parlez étaient des sociétés très réduites, où tous les membres se connaissaient entre eux et pouvaient donc substituer l’amitié à la justice, l’entraide à la hiérarchie. Et il se trouve que les éléments les plus progressistes de notre planète vont précisément à rebours de cette vision des choses : ils voient en le monde une immense société de frères qui s’ignorent et qui devraient abolir les frontières pour le bien de tous. L’amitié entre 7 milliards d’êtres humains ? Bah, laissons faire Facebook ! smiley
                                Non, voyez-vous, je pense qu’à partir du moment où l’on a la volonté de mener des millions d’individus sur des sentiers communs, avec tout ce que cela implique de dissensions, d’éternels conflits, jalousies, et autres (avec ou sans les affreux banquiers), il faut recourir à la justice distributive. Remettre le commerce à sa place, c’est avant tout remettre la politique à la sienne, je crois que nous sommes d’accord là-dessus. Mais la politique doit prendre en compte ce que vous avez fort heureusement mis en évidence : la nature. Et si la nature est harmonieuse, d’un certain point de vue, et en tout cas bien plus que ne le sont nos sociétés contemporaines, elle ne fait droit en aucun cas à l’égalité. La nature n’est pas égalitaire, elle en fait fi, elle distribue au hasard les talents et les défauts, les vertus et les vices. Ceci, il nous faut aussi le prendre en considération. C’est malheureux, peut-être, mais c’est ainsi : l’égalité n’est qu’une construction culturelle et mentale, il n’y a jamais eu d’égalité originelle, du moins je n’y crois pas. En revanche, je crois à la justice, sans laquelle ne serons perdus.


                              • Morpheus Morpheus 27 octobre 2012 15:30

                                Les athéniens n’ont pas cherchés, en créant la démocratie, à déterminer comment placer les gens les plus vertueux aux commandes. L’histoire montre que ce qui les a mené à créer la démocratie, c’est une longue succession de tyrannies et d’oligarchies, dans un constant rapport de force entre possédants (minoritaires) et dominés (majoritaires).

                                Las de ces oligarchies et tyrannies à répétition, las de ces inégalités, ils ont inventé la démocratie pour justement sortir de cela. Après leur longue expérience du pouvoir, ils ont compris que le pouvoir et la richesse corrompent, et ils ont compris que chacun d’eux était susceptible de devenir un tyran, même celui qui, un jour, ou un moment, passait pour le plus vertueux.

                                L’analyse de leurs procédures démocratiques montre qu’ils se méfiaient du pouvoir, et qu’ils se méfiaient l’un l’autre, raison pour laquelle ils ont mis en place ces mesures (tirage au sort, mandats courts et non renouvelable, rotation des charges, pouvoir de voter les lois dans la seule assemblée populaire, isègoria, reddition des comptes, etc.).

                                Tant Manin que Hansen s’accordent à l’affirmer, les athéniens ont inventé des procédures fondées non sur la confiance dans la vertu de l’un ou de l’autre, mais sur la méfiance en la potentialité de chacun à devenir un tyran et à abuser du pouvoir. C’est précisément cela, la démocratie : la méfiance face à la potentialité de tous à abuser du pouvoir. A contrario, vous observerez que les gouvernement dit « représentatifs », fondé sur la procédure élective, sont basé sur la confiance que l’électeur place dans son « représentant ». Une confiance absurde, puisqu’il est impossible à 40 millions d’électeurs de connaître la personne pour qui ils votent, pas plus qu’ils ne possèdent la moindre procédure pour vérifier l’action de l’élu, ni le révoquer, ni s’assurer qu’il n’abuse de son pouvoir. Si l’on peut considérer comme pouvant être applicable l’élection dans une toute petite communauté - une communauté de vis-à-vis, il est absurde de considérer cette procédure valable dans de grandes communautés. Inversement, le tirage au sort s’adapte d’autant plus qu’il s’applique au grand nombre, par la loi mathématique des grands nombres, qui assure justement une représentation fidèle et proportionnelle de la structure sociale à laquelle il s’applique.

                                Quand à la corruption, il m’apparait qu’elle réside au cœur même du paradigme de l’économie fondée sur la monnaie. L’économie monétariste EST la manifestation d’une gestion de la pénurie, non de l’abondance. Par sa nature, la monnaie sacralise la pénurie, puisque c’est la rareté qui donne sa valeur aux choses. En outre, l’économie basée sur la monnaie se fonde exclusivement sur le principe marchand, c’est-à-dire celui de l’échange. L’économie de l’échange est l’antithèse de l’économie du partage anciennement pratiquée. Dans l’échange, chacun gagne quelque chose, mais perd sa contrepartie ; dans l’économie de partage, tous gagnent quelque chose sans rien y perdre. Si le partage est inégal, bien sûr, il y a inégalité et abus. Mais le commerce veut que celui qui vend gagne un peu plus que la valeur du bien (nécessité de faire un bénéfice) et si l’on observe bien ce processus, on ne peut qu’aboutir à la conclusion qu’il est absurde (c’est mon opinion).

                                La question d’échelle ne peut certes pas être écartée, cependant, nous ne vivons plus au néolithique, et nous possédons tant le savoir que la technique permettant de concevoir une société fondée sur le partage équitable des ressources aussi bien que sur une gestion optimisée de celles-ci tout en respectant les rythmes naturels. Ce sont précisément les rythmes naturels qui doivent devenir la base de nos choix, non des choix arbitraires fondé sur le profit du petit nombre au détriment du grand nombre, de l’équilibre géologique, biologique et de l’écosystème. Ce n’est, je crois, qu’à ce prix que nous pourrons véritablement commencer à parler de civilisation dans un sens noble, car il m’apparait que le bilan actuel de la civilisation s’apparente bien d’avantage à une longue addition de barbaries - au sens le plus péjoratif du terme.

                                Cordialement,
                                Morpheus


                              • Éric Guéguen Éric Guéguen 27 octobre 2012 16:47

                                @ Morpheus :

                                C’est amusant, ne le prenez pas mal mais j’arrive à savoir à peu quels sont les livres que vous avez lus récemment. Bon, Manin et Hansen, c’est entendu, et puisqu’Alain est la troisième grande référence de Chouard, je pense que vous l’avez lu également. Au paragraphe suivant, je serai tenté de dire que vous avez lu Malinowski, Marcel Mauss, ou Alain Caillé, voir Karl Polanyi ou au moins des gens qui font référence dans leur œuvre à ces derniers.

                                Le bouquin d’Hansen est très intéressant, mais étant donné que vous êtes passionné - ou semblez l’être - par l’Athènes démocratique, sûrement avez-vous lu également Thucydide qui, lui, a vécu les événements au plus près. Vous rappelez que la démocratie a fait suite aux tyrannies et aux oligarchies : certes, mais les conclusions ne sont pas si simples. Les Athéniens, comme l’ensemble des Grecs, se sont souvent satisfaits des Tyrans qui, comme à Rome, ont souvent trouvé dans le peuple un soutien massif pour étouffer les aristocraties prétendant au pouvoir. Par ailleurs, la démocratie a disparu en moins de 200 ans, ce qui est déjà une belle gageure, mais c’est là que la lecture des témoignages de l’époque est intéressante : savez-vous pourquoi la démocratie athénienne a fini par disparaître ? Elle s’est corrompue, elle aura été elle-même son pire ennemi, Sparte et Thèbes en ayant profité. Il est intéressant de voir combien Thucydide déplore les mauvais choix de ses concitoyens, leur hybris démocratique, leur expansionnisme, leur monétarisme, leur colonialisme qui, conjugués à l’épidémie de peste, devaient venir à bout de la fameuse thalassocratie. Voilà en partie pourquoi Platon ou Rousseau avaient finalement plus d’égards pour la rigidité et l’austérité spartiates que pour la démesure athénienne, qui ne peut être mise au compte d’un quelconque tyran, pour le coup, mais uniquement à la faculté des gouvernés de se laisser circonvenir et corrompre par les démagogues de tous poils.

                                Au sujet du gouvernement représentatif, pour finir, je vous trouve un peu ingrat vis-à-vis de tout ce qu’il nous a apporté. On a tendance à me reprocher de vivre dans la nostalgie du passé, je suis un enfant de cœur à vos côtés. smiley
                                La tendance actuelle est de faire passer les Sieyès, les Condorcet et autres Constant pour de parfaits salopards, désireux de spolier les honorables citoyens de leur droit au pouvoir effectif. Je l’ai dit maintes fois ailleurs : confier à l’époque le pouvoir à un peuple de paysans analphabètes, ce en pleine guerre civile et à la veille d’un conflit quasi mondial (1re coalition), c’eût été calamiteux. Que Sieyès se soit méfié de l’inconstance populaire, des démagos à l’emporte-pièce et... de ses intérêts propres, à n’en pas douter ! Mais falsifier l’histoire pour laver le terme « démocratie » de tout reproche, c’est ce qui est fait et je le déplore. Pourtant, je veux moi aussi en finir avec le système électif.
                                Nous vivons néanmoins de nos jours en « démocratie », et l’immense majorité de nos concitoyens se satisfont pleinement de ce régime représentatif : ils y trouvent leur compte en confiant un boulot fastidieux à des gens payés pour, tout en ayant l’assurance de pouvoir les virer à échéance régulière. C’est la « politique » du moindre mal, en quelque sorte, et il ne faut pas passer outre non plus...

                                J’ai tout une analyse là-dessus, que je ne peux malheureusement résumer au mieux qu’ainsi : l’aristocratie a ses mérites, la démocratie a les siens. Au carrefour de ces deux régimes se trouve la « politie » vantée par Aristote. Pour ce faire, il faut parvenir à arracher à chacune le meilleur et à les combiner. Le gouvernement représentatif a opéré cette hybridation ; malheureusement, ce sont les mauvais côtés des deux qui ont été unifiés, pour notre plus grand dam : la professionnalisation et le relativisme absolu en la « personne » du suffrage universel.

                                Cordialement.


                              • Morpheus Morpheus 27 octobre 2012 17:32

                                Je dois dire que je serais assez en accord avec vos conclusions quant à l’origine de la fin de l’expérience démocratique athénienne. Mon point n’est certes pas de faire l’éloge de la démocratie athénienne, mais seulement de montrer que ce que les athéniens appellent « démocratie » ne coïncide pas (du tout) avec ce que nos pères (et gouvernants) appellent aujourd’hui « démocratie ».

                                D’un autre côté, l’expérience démocratique athénienne, si elle n’est pas une panacée, n’en demeure pas moins un germe très intéressant et très instructif de ce que pourraient être nos futures mécanismes de gouvernance, si tant est que nous désirions véritablement établir une société terrestre (nous devons aujourd’hui penser en terme de planète, et cela, croyez-le, n’occulte ni n’efface en rien, dans mon chef, l’importance de l’attachement à la nation - j’ai aussi lu l’éloge des frontières et j’en partage un certain nombre d’idées).

                                Deux cent ans, cela semble court au regard de l’histoire, c’est pourtant à peu de chose près la durée de notre propre expérience des gouvernement (prétendument) représentatifs, présentés trompeusement comme des démocraties (j’affirme, en ce qui me concerne, que c’est bien une tromperie). Nous pouvons donc faire le bilan (positif et négatif) des deux périodes, et juger de ce qui fonctionne et ne fonctionne pas dans l’un comme dans l’autre des deux régimes politiques.

                                D’autre part, comme je l’ai dis, je serais assez d’accord avec votre conclusion - globalement (peut-être pas dans tous ses attendus particuliers, ou j’aurais une approche sans doute différente, du moins je l’imagine), et cela justement parce que pour démocratique qu’elle fut, Athènes était un système reposant sur une économie fondée sur la monnaie, donc sur l’avantage différentiel, s’exprimant notamment dans des politiques de conquêtes militaires qui ont exacerbé, très certainement, l’ubris des Athéniens.

                                La question à se poser, il me semble, est de savoir si l’échec de l’expérience démocratique athénienne est dut au fait qu’ils aient gouverné selon des principes démocratiques, où que ces principes démocratiques se soient appliqués à une économie fondée sur la monnaie (gestion de la pénurie, recherche d’avantages différentiels).

                                J’écarte d’emblée la question de la sempiternelle « nature humaine » à laquelle je ne crois plus du tout (je considère qu’il n’y a pas - au sens où on l’entend habituellement - de « nature humaine », mais bien une relation étroite entre les êtres humains et les conditions de l’environnement socioculturel dans lequel ils évoluent depuis tout petit, qui explique leurs comportements - ce principe reposant sur ce qui, selon moi, définirait le mieux, non pas la « nature humaine », mais une caractéristique commune de l’espèce, à savoir la faculté d’adaptation, qui est d’ailleurs commune à d’autres espèces, et répond aux conclusions formulées par Charles Darwin).

                                Partant, il serait tout-à-fait envisageable de formuler des procédures de gouvernance fondée d’une part sur une recherche d’égalité (au sens POLITIQUE du terme, j’insiste, car je n’ai jamais soutenu que les êtres humains étaient voués à une égalité « de nature » - je crois que nous sommes d’ailleurs en accord sur ce point) entre tous les citoyens par le truchement de procédures démocratiques inspirées du germe athénien (du germe et non du modèle, entendons-nous bien), et d’autre part sur une économie qui renoue avec la réalité physique et biologique, à savoir une économie fondée sur les ressources et dont le paradigme reposerait (nécessairement) sur le partage équitable de celles-ci. Les points essentiels de cette formule étant :

                                - gouvernance par le grand nombre (démocratie)
                                - égalité politique fondée sur des principes d’anarchie (c-a-d contraire aux principes de hiérarchie)
                                - partage équitable des ressources (en opposition à l’échange mercantile de ressources)
                                - gestion raisonnée et raisonnable des ressources en respectant les rythmes naturels

                                Ce sont actuellement les pistes les plus sensées qui m’apparaissent possibles, et auxquelles j’ai tendance à souscrire (sans pour autant fermer la porte à d’autres possibilités).

                                Cordialement,
                                Morpheus

                                (PS : j’apprécie cet échange mutuellement respectueux, je tenais à le souligner)


                              • Éric Guéguen Éric Guéguen 28 octobre 2012 00:06

                                @ Morpheus :

                                En ce qui me concerne, comme je le disais plus haut, j’ai réfléchi à ce qui me paraissait le plus sain dans la démocratie athénienne : le fait d’être tour à tour gouverné et gouvernant, ainsi conserve-t-on les bons côtés de la hiérarchie, sans en connaître les méfaits, savoir la sclérose. La reddition de compte, quant à elle, est une évidence.
                                Non que je sois obsédé par un besoin de hiérarchie, mais je n’arrive pas à concevoir des communautés d’hommes appelés à ne jamais se fréquenter être autogouvernés sans s’en remettre à un tiers supérieur. On se donne facilement à ceux que l’on aime, jamais à ceux que l’on ne connaît pas, à moins d’avoir en commun le respect pour une institution qui montre la voie.
                                Il est tard, je file me coucher.
                                Bon courage dans cette quête.

                                PS : Enchanté également de notre échange, mais navré néanmoins que votre article, en définitive, n’attire pas les foules, comme pourrait le faire un article polémique et éphémère.

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