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Aide à l’Afrique : comment ça se passe ? L’expérience d’une association

L’expérience de l’association DANAYA de Forges les Bains (Essonne).

 Les associations d'aide au Tiers Monde, et à l'Afrique en particulier, ne manquent pas. En Essonne par exemple, elles sont au nombre de 500 à agir dans le monde entier.

 Comment une telle association fonctionne-t-elle concrètement ? Quelles actions précises parvient-elle à réaliser ?

 Bernard Terris, président de l'association DANAYA , qui intervient au MALI, et a son siège à Forges-les-Bains, dans l'Essonne, a accepté de répondre à notre curiosité.

 L'association Danaya et ses objectifs :

 Bernard Terris a repris la structure d'une association qui existait depuis 2006, mais a réorienté ses objectifs en mai 2009 vers l'introduction au Mali des méthodes de l'agroécologie principalement, avec l'idée d'oeuvrer pour la souveraineté alimentaire de ce pays .« On construit un projet qui va permettre aux gens d'être le plus autonomes possible, avec l'idée que cela puisse s'étendre ensuite de façon interne au pays...Après, ils gèrent, on ne s'en occupe plus. » explique-t-il.

 La notion d'agroécologie renvoie en France par exemple à l'agriculture biologique, mais son champ d'application est plus large que cela : elle inclut ainsi l'amélioration de l'environnement rural, par exemple en plantant des haies ; l'introduction de méthodes agricoles telles que le compostage (recyclage des déchets végétaux humains, et animaux) ; elle englobe encore les notions de souveraineté alimentaire à assurer, d'équilibre à préserver entre agriculteurs, transformateurs, distributeurs et consommateurs... Il s'agit de permettre aux paysans d'obtenir des revenus corrects pour vivre.

 Ce type d'action est aux yeux de Bernard Terris prioritaire : « Que les gens sur place aient de quoi manger est pour moi le plus urgent » indique-t-il..

Enfants maliens...

Pourquoi un tel engagement ?

" D'abord 35 ans d'intérêt pour l'agroécologie ! Non sur le plan professionnel, mais comme hobby » confie le président de Danaya. "Je me suis toujours intéressé aux relations Nord-Sud, aux problèmes de l'agriculture africaine...Et puis tout simplement quand je ne peux pas travailler dans mon jardin, ça me manque ! ". 500 m2 de potager à entretenir ! Il y mène de petites expériences, que Yakou, un ami de la région de Bamako, met en oeuvre parallèlement, comme l'emploi de copeaux de bois pour faire revivre un sol !

 Cet ancien directeur général de la filiale française d'un groupe américain spécialisé dans la finance est aussi aujourd'hui philosophiquement dans la mouvance de l'altermondialisme.

 Et au Mali, pays qui se ressent toujours de la sécheresse des anneés 60-70, à l'économie désorganisée pour des raisons diverses, internes et externes, il y a de quoi agir !

Une première action concrète : l'introduction de la kassine.

 La kassine est conçue sur le principe des porte-outils dans le jardinage (un manche sur lequel on peut enclencher toutes sortes d'outils) : il s'agit d' un instrument agricole porte-outils conçu pour la traction animale. « En général, les engins de travail du sol comportent deux manches qui sont toujours dans la même position ; là on a un guidon de forme particulière qui du point de vue ergonomique est beaucoup moins fatigant, car on peut changer de position autant qu'on veut, le tenir d'une main , de deux mains » explique mon interlocuteur. « C'est un petit détail, mais qui a son importance ! »

 On peut de plus enclencher de nombreux outils à la structure de base, et de façon bien plus simple

que dans les systèmes existants. « Un petit levier à actionner, et il suffit de tirer l'outil ; nul besoin de clé, de boulons etc... ». Et cet outil a de nombreuses autres avantages qui permettent d'augmenter la productivité de façon importante.

une rencontre dans le village de trois directeurs d'école d'agriculture à propos de la kassine (septembre 2010).

 Comment l'association a-t-elle opéré pour ce projet ?

 Cet instrument, invention d'un habitant de Limours, Jean NOLLE, est fabriqué par une association de l'Ariège, PROMMATA , qui s'occupe de promouvoir du matériel moderne à traction animale. « Je m'appuie sur des compétences existantes » indique Bernard Terris, qui connaissait cette association.

Un film sur la kassine a été présenté par DANAYA aux Maliens , ce système leur a plu. L'association s'est occupée de l'organisation et du financement de l'opération. Deux paysans et deux forgerons du pays ont été envoyés deux semaines au Burkina Faso, où la kassine avait déjà été introduite, pour être formés concernant la fabrication, l'entretien, et l'utilisation de l'outil.

 Il est maintenant question de transférer la kassine dans le cercle de Nioro, au Sahel.

l'expérimentation de la kassine...


 Un autre projet en cours : la mise en place d'un module de formation agroécologique dans les écoles.

 Pour ce projet, Danaya s'appuie sur l'expérience de l'association UAVES , créée près de GAO par Pierre Rhabi, le fondateur de « Terre et humanisme », mais prise en charge entièrement par les Maliens aujourd'hui. Par exemple le responsable du cercle agricole de Gao, et un ingénieur agronome, y participent. Danaya est aussi en partenariat avec le ministère de l'Education et celui de l'Agriculture du Mali..

 Le rôle de l'association de Bernard Terris a consisté à mettre en relation des professeurs d'agriculture avec l'association UAVES. « Je les ai fait se rencontrer, et on s'occupe de voir comment on peut mettre en place ce module, on intervient sur le plan de la coordination ».

L'activité de l'association en France :

 Danaya est une association loi de 1901, qui compte aujourd'hui 77 adhérents, 35 à Forges-les-Bains, et les autres dans le canton de Limours . Ils étaient trois au départ !

 Son activité consiste d'abord à communiquer sur les problématiques de l'agroécologie pour améliorer la compréhension de ces problèmes dans la population : ainsi le 18 mars une « conférence citoyenne » sur le sujet ("je n'ai pas de compétences scientifiques" précise Bernard Terris) aura lieu à Forges.

 On s'efforce aussi de sensibiliser au sujet les autres associations essonniennes : « Il s'agit de leur montrer qu'il existe des solutions qui permettent d'aider leurs contacts locaux à parvenir à la souveraineté alimentaire ».

 Bien entendu , il faut aussi s'occuper de trouver de l'argent pour financer les projets. Les ressources de l'association ? Une cotisation annuelle de 20 euros par personne (10 euros pour les autres adhérents d'une même famille,les chômeurs,les étudiants...)- défiscalisable ; quelques dons ; des ventes d'artisanat Malien, acheté sur place et revendu avec un bénéfice (lors du dernier marché de Noël par exemple) ; l'organisation de fêtes (une soirée africaine à venir le 9 avril par exemple)...« On tourne avec un budget de 10 à 15000 euros par an » indique Bernard Terris.

Le stand de l'association lors du marché de Noël de Forges-les-Bains en décembre 2010.

 L'association ne bénéficie pas encore de subventions , mais cela pourrait venir : « On discute du projet « module » avec le Conseil général qui semble intéressé ». Cette institution accorde des subventions « sur projet » : celui-ci doit être bien ficelé ! Il existe peut-être aussi une possibilité de subvention de fonctionnement au niveau des mairies.

Chaque fois que c'est possible, Danaya essaye de discuter et à terme de s'allier avec d'autres associations pour financer un projet : par exemple pour le projet « kassine » à Nioro (7 à 8000 euros à trouver pour le mener à bien) ,elle a des contacts avec l'ACCNES (association de ressortissants maliens du cercle de Nioro en France). Elle bénéficiera aussi d'une subvention d'un parlementaire.

 Difficultés et sources de satisfaction.

Toutes les associations engagées en Afrique savent qu'il existe un risque de détournement de l'argent accordé. « C'est un peu normal » concède Bernard Terris , qui a lui même rencontré le problème une fois, « pour eux un blanc représente souvent de l'argent à récupérer. Il faut être vigilant. »

 Ensuite, il peut y avoir un problème de communication dû à la langue, bien que le français soit la langue officielle. Mais on assiste à un recul de l'école publique au profit du privé. « Le FMI prête de l'argent à l'état à condition que celui-ci se désengage. C'est un désastre sur le plan scolaire » estime mon interlocuteur. « On a le choix entre le public à 100 élèves par classe , ou le privé que certains ne peuvent pas payer, il s'ensuit une certaine déscolarisation ».

 Intervient aussi comme barrière éventuelle la différence de culture.

 Le point positif est qu'il existe au Mali une tradition d'hospitalité : « On aime rencontrer des gens venus d'ailleurs ».

 Evidemment aussi, la multiplication des enlèvements d'Européens représente aujourd'hui un risque, « plus psychologique que réel » cependant, pense le président de Danaya.

 Il n'empêche qu'il a dû renoncer cette année provisoirement aux déplacements fréquents dans le pays qu'il avait l'habitude d'y faire pour faire avancer les projets.

« Les Maliens n'apprécient pas du tout ce qui se passe » ajoute-t-il.

 En tous cas, Bernard Terris et son association peuvent se féliciter déjà d'avoir stimulé l'introduction de la kassine en Afrique : l'association Essonne Sahel par exemple, qui travaille dans la même région, va l'y implanter, elle l'a été en Guinée où une amie a une association, et une école du Burkina Faso va l'acheter, tout ceci grâce au travail d'information fourni.

Bernard Terris lors de notre entretien dans sa maison de Forges-les-Bains.

 Tous renseignements complémentaires sur les prochaines activités de l'association sur son site : http://www.danaya-france.org/


Jmsatto.

Texte extrait de La blogazette des ulis.

http://www.jmsattoblogazettedesulis.blogspot.com/.


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2 réactions à cet article    


  • foufouille foufouille 10 février 2011 11:25

    "Cet ancien directeur général de la filiale française d’un groupe américain spécialisé dans la finance est aussi aujourd’hui philosophiquement dans la mouvance de l’altermondialisme."

    c’est lui qui a cree cette situation


    • jmsatto jmsatto 18 février 2011 12:08

      Eh bien n’a-t-il pas le mérite de ne pas persévérer dans l’erreur ?

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