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Accueil du site > Actualités > Citoyenneté > Apprentissage ! Le cynisme des élites.

Apprentissage ! Le cynisme des élites.

« Désormais, tous les apprentis peuvent donc travailler les dimanches sans risque pour le chef d’entreprise. Les apprentis doivent bénéficier d’un repos compensateur de deux jours consécutifs. Ainsi, si les apprentis mineurs travaillent le dimanche, ils ne doivent travailler ou aller en cours ni le lundi, ni le mardi. » Association des fédérations en fruits et légumes, épicerie, crémerie.

Si on se veut positif, il est possible d’admettre qu’un regard neuf doive toucher ce secteur de l’éducation qui se nomme "apprentissage". Certains pays nordiques ont depuis longtemps porté une attention à cette partie socio-économique de leur tissu social. Dommage que du côté de la France, quand on en arrive à penser apprentissage, ce soit pour le jeter à la figure de jeunes adolescents (14 ans) incapables de s’ insérer dans le cycle du collège unique.

Certes, il s’impose de trouver une solution lorsqu’un enfant refuse et rejette le système éducatif. On pourrait également inverser le questionnement. Pourquoi des enfants refusent-ils un cursus, tandis que d’autres... ? Famille, environnement, précarité, chômage, mauvaise hygiène nutritionnelle, manque d’ autorité, manque de perspectives... ? Le jeu des questions pourrait indéfiniment s’entrelacer.
Ainsi, édifier la possibilité d’anticiper l’âge de la mise en apprentissage ne constitue pas un mauvais subterfuge à l’abdication de ces enfants face à leurs futures responsabilités. Pour autant, fallait-il présenter cette déviation comme un palliatif qui ressemble plus à une mise en fin de vie qu’à une possible réinsertion ?
Un enfant, à l’âge de 14 ans, s’avère t-il suffisamment mûr pour, du jour au lendemain, entrer, quoi qu’on en dise, prématurément dans le monde du travail ? En d’autres termes, sera-t-il possible à un enfant si précocement mis en contact avec la réalité du travail de pouvoir, ultérieurement, se remettre, la vie passant, à remodeler son statut social ?

L’artisanat, qui représente, dans la majeure partie des cas, le débouché de l’apprentissage, mérite mieux comme réforme que l’abandon de milliers d’enfants, qui seront quasiment non préparés dans leurs bases. Tous ces enfants manqueront des rudiments - orthographe, arithmétique, notions civiques - et avant de les confronter aux principes d’une activité, ne vaudrait-il pas mieux les diriger au sein d’une préparation à l’apprentissage ?

Les artisans, mais aussi les PME, les PMI, vont-ils se réjouir d’un arrivage aussi mal formé que mal disposé ? Le rôle d’une entreprise est de produire sans devoir se soucier des individualités au sens psychologique, son devoir s’ interrompt aux règles fixées par les procédures du Code du travail et, en dehors de l’ hygiène de vie, il n’ incombe pas à une entreprise de pallier ce qui, jusqu’à nouvel ordre, regarde la famille et l’Éducation nationale, à savoir ce qu’on appelle souvent connaissances générales de base.

Par le biais de ces mesures prises dans le cadre de l’âge de la mise en apprentissage, n’assistons-nous pas à une abdication de notre société ? Ne rejette-t-elle pas ici les fondements de ses assises républicaines comme l’égalité, la fraternité ? La cessation - en un sens - de l’activité scolaire à 16 ans, la discontinuité du collège unique ne génèrent-elles pas comme un déclin ? La fraternité de la société consiste bien à prendre en charge des enfants malgré leur révolte inconsciente face aux mécaniques du savoir. Très souvent, ainsi, la production de la pauvreté consistera à générer plus de pauvreté encore, ceci dans tous les sens de l’expression. Nous allons vers une société où qui ne disposera pas de plusieurs langues, ne disposera pas d’un minimum d’éducation aux cultures de la communication, ne disposera pas d’un embryon de savoir transactionnel - banques, services sociaux, services médicaux, services juridiques - demeurera un handicapé, avec assistance sociale perpétuelle.

Je trace un tableau qui, pour un certain nombre, apparaîtra trop sombre et pessimiste. Je souhaiterais être le mauvais esprit, en somme être le grincheux de service, mais au cœur d’une collectivité dite démocrate et républicaine qui régresse dans ses acquis, je préfère me montrer ainsi, plutôt qu’aveugle, sourd et muet.

Dernière retombée du mode "apprentissage à 14 ans" : le travail de nuit. Il faut remonter à 1874 pour trouver le texte qui interdit le travail de nuit pour les enfants de moins de 16 ans. 132 ans. Nous effectuons un pas en arrière de 132 ans !

Nous devons nous sentir concernés par tous ces enfants de notre nation qui, même s’ils n’ont pas voulu ou su apprendre, attendent d’elle, à un moment ou à un autre, qu’elle sache les accueillir, et non qu’elle les frustre d’une dignité que leurs seules révolte et insouciance ne justifient pas. Une dernière fois, nous affirmons que l’apprentissage aux métiers constitue une filière scolaire louable, voire indispensable, mais souhaitons qu’elle ne soit pas bradée pour devenir la fosse à purin des banlieues.

Je donne quelques liens, pour tous celles et ceux qui veulent en savoir plus et mieux.

Travail de nuit

Travail nocturne « Droits de la formation »

Association des fédérations fruits et légumes

Marianne en ligne

Blog sur les droits des enfants


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2 réactions à cet article    


  • Scipion (---.---.32.117) 10 février 2006 15:53

    « La fraternité de la société consiste bien à prendre en charge des enfants malgré leur révolte inconsciente face aux mécaniques du savoir. »

    On pourrait, par exemple, instaurer un RMPRIFMS... Un revenu minimum de pantouflage pour révoltés inconscients face aux mécaniques du savoir.

    Et étendre son bénéfice à ceux qui présentent des symptômes d’allergie au turbin, et qui doivent, eux aussi, pouvoir se prévaloir de la fraternité de la société.

    Comme dirait l’autre : Y’a pas de raisons...


    • Alain Laval (---.---.26.99) 10 février 2006 20:20

      Je vais soigneusement me pencher sur la question, mais en regard de la hauteur de votre balcon, si je tombais, je ne risquerais grand mal !

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