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Accueil du site > Actualités > Citoyenneté > Bientôt un cours de breton sur TF1 ?

Bientôt un cours de breton sur TF1 ?

« Génocide culturel » : Patrick Le Lay, PDG de TF1, lance cette accusation contre la politique de la France à l’égard de la langue bretonne. Les statistiques indiquent que l’on est passé d’1,2 million de bretonnants il y a un siècle à 250.000 aujourd’hui. Mais y a-t-il « génocide culturel » pour autant ?

M. Patrick Le Lay, P-D.G de TF1, a fait des déclarations fracassantes au magazine Bretons de ce mois de septembre, accusant la France de “génocide culturel” à l’égard de la langue bretonne. Il a déclaré également ne pas être “Français mais Breton” et se sentir “étranger quand il est en France”... Patrick Le Lay ne parle pas la langue bretonne que parlait son grand-père de Loctudy (Finistère). “Je ne parle pas la langue de mon grand-père” dit-il, et pourtant je n’ai pas quitté mon pays... Et le PDG de TF1 de parler de “terrorisme intellectuel”, je cite... “Il n’y a pas plus grand crime contre l’humanité, en dehors de tuer les gens, que de tuer leur langue”, rajoute-t-il... Ces déclarations ont été reprises brièvement par quelques journaux, comme Libération et Le Monde, qui n’ont, pour l’instant, pas cherché à aller plus loin à ma connaissance. Je ne crois pas non plus que TF1, ni LCI, aient repris les phrases de leur patron. Elles suscitent cependant des réactions sur le net... Du bilinguisme à l’unilinguisme ! Si un grand-père de M. Le Lay parlait breton, ce sont, en ce qui me concerne, mes quatre grands-parents qui avaient le breton pour langue maternelle, tout en sachant le français également. Nous n’avons, nous non plus, pas quitté notre pays, attachés à la Bretagne comme des berniques à leur rocher. Pourtant presque plus personne ne parle breton dans la famille. En deux générations, nous sommes passés du bilinguisme à l’unilinguisme (uniquement francophone) : c’est ça le progrès républicain ? La transmission ne s’est pas faite et le “terrorisme intellectuel” dont parlait Patrick Le Lay est passé par là... La situation de M. Le Lay, nous sommes de centaines de milliers à la vivre en Bretagne ; un peu exilés de l’intérieur. Car c’est bien notre langue d’origine que l’on nous a coupée, avec tout son contenu historique, humain, affectif, toute une façon de voir le monde et de l’exprimer, que l’on nous a volée, oui, volée, et que les institutions françaises nous ont, trop longtemps, interdit d’approcher. Durant mon enfance je n’ai que très peu entendu parler breton : aucune place à l’école, des miettes dans les médias. Une exclusion généralisée. Ethnocide ? Pour autant, le terme de “génocide culturel” me gêne. Ce terme est utilisé souvent, certes, mais il correspond à la définition d’un autre mot, “ethnocide”. On supprime une culture sans supprimer la population qui la portait... “Ethnocide” est moins fort que “génocide”, mais il est plus juste dans la situation de la Bretagne, à mon avis. Et moins porteur d’ambiguïté. Les génocides sont perpétrés par des pouvoirs en place en vue de supprimer tout ou partie de leur population. Les Juifs et les Tziganes par les nazis. Les Tutsis et les Hutus démocrates par la dictature rwandaise en 1995. Les Arméniens par la dictature turque il y a un siècle. Assimiler ces massacres de grande envergure, concernant des centaines de milliers de personnes, voire des millions, avec les politiques délibérées d’élimination d’une langue où personne n’est tué (quasiment), n’est pas juste et ne sert pas à décrire précisément ce qui se passe ici, encore aujourd’hui. Mes quatre grands-parents sont morts de mort naturelle, et j’ai pu en connaître deux. C’est quand même mieux que s’ils avaient tous fini dans les chambres à gaz... Cela dit, aucun Etat, surtout s’il se prétend démocratique, n’a le droit de pratiquer un ethnocide, de vouloir supprimer une ou plusieurs langues parlées sur son territoire. Les textes internationaux concernant les droits de l’Homme sur clairs là-dessus... Mais la France s’est bien gardée d’en signer certains... Les temps changent... un peu ; je partage probablement une colère proche de celle de Patrick Le Lay par rapport à ce que la démocratie française a fait contre la langue bretonne et contre les autres langues régionales. Mais je constate que la situation évolue un peu depuis vingt ans et, malgré tout, l’Etat finance aujourd’hui l’enseignement du breton dans les écoles bilingues, même s’il le fait à reculons... La pression vient d’en bas car, en haut, la République française ne se résout pas à signer la Charte européenne des langues minoritaires, signée par Jospin en 1998, mais refusée par le Conseil constitutionnel. Cette même colère peut m’aider à comprendre aussi le point de vue d’autres hommes en colère envoyés devant les tribunaux . Mais il faut dénoncer clairement la violence et le terrorisme, ce que fait Patrick Le Lay également. Il a lui-même montré que l’on peut faire avancer les choses en créant TV Breizh. Son amertume et sa colère viennent sans doute aussi du fait que cette télévision de qualité n’a obtenu aucune autorisation du Conseil supérieur de l’audiovisuel. Aucune. Ni pour la TNT, ni pour des fréquences hertziennes locales comme à Nantes, alors même que des millions étaient investis pour créer, en Bretagne, des studios et sociétés de production. TV Breizh a réduit sa part bretonne ; elle a baissé en qualité et augmenté en audience. Les sociétés de production ont bien du mal à se maintenir mais l’outil de production est bien là. Des dessins animés et des feuilletons ont été doublés en breton, ce qui est très important pour les jeunes générations qui apprennent la langue et auxquelles France 3 n’apporte pas grand chose... Mais Patrick Le Lay est aussi l’auteur de ces célèbres phrases, je cite : “Dans une perspective ”business”, soyons réaliste : à la base, le métier de TF1, c’est d’aider Coca-Cola, par exemple, à vendre son produit (...). Or pour qu’un message publicitaire soit perçu, il faut que le cerveau du téléspectateur soit disponible. Nos émissions ont pour vocation de le rendre disponible : c’est-à-dire de le divertir, de le détendre pour le préparer entre deux messages. Ce que nous vendons à Coca-Cola, c’est du temps de cerveau humain disponible (...)”. La télé, outil de "partage culturel" selon Malraux ...Je ne doute pas une seconde de la sincérité des propos de M. Le Lay concernant la langue bretonne, mais ils auraient beaucoup plus de portée et de crédibilité si TF1 ne véhiculait à travers ses émissions des valeurs très contestables, comme la compétition permanente, l’attachement servile aux apparences, l’absence de curiosité intellectuelle, le divertissement permanent au détriment de formation personnelle et citoyenne. André Malraux considérait la télévision comme, je cite “un instrument de partage culturel”... Quelle sorte de culture partage TF1 ? Et quelle image de la France véhicule cette chaîne et notamment le journal télévisé de Jean-Pierre Pernault ? Une France très folklorique et folklorisée. Cette chaîne est loin de montrer la diversité culturelle sur laquelle la France a été bâtie, de la Corse au Pays basque en passant par l’Alsace, la Normandie et la Franche-Comté ; elle est loin aussi d’en montrer la diversité actuelle avec toutes les populations issues de l’immigration... Si au moins, TF1 avait fait prendre conscience aux millions de Françaises et Français qui l’ignorent que les langues régionales sont des langues encore parlées, encore vivantes, les déclarations de M. Le Lay seraient cohérentes avec sa pratique. On en est loin ! Si jamais le P.-D.G. de TF1 veut glisser un cours de breton dans sa grille d’émissions, je peux lui indiquer des professeurs, notamment Albert, qui officie à Radio Bro Gwened (Pontivy). Imaginez donc avec moi, M. Le Lay, cinq minutes de breton entre la Star réac academy et Kaoc’h* Lanta, ça remonterait le niveau intellectuel de vos émissions, non ? Bon, pour ce qui est l’audience, c’est moins sûr ! Christian Le Meut * Kaoc’h, pour celles et ceux qui n’auraient pas de dico breton, mot en cinq lettres commençant par M....


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18 réactions à cet article    


  • (---.---.52.83) 12 septembre 2005 11:22

    Bravo pour cet article. Je fais moi aussi parti de ces sinistrés de la culture de mes grands parents. Je partage votre analyse sur l’utilisation du mot génocide. Encore que... Des milliers d’individus sombrant dans l’alcoolisme délibéré pour des raisons sur lesquelles il faudra bien revenir un jour ou l’autre, sorte de suicide collectif, cela pourrait bien ressembler à une certaine forme de Génocide. Ne parlons pas des bretons bretonants qui étaient systématiquement envoyés en première ligne sur le front, en 14-18... alors, ethnocide, Génocide ???


    • (---.---.128.4) 12 septembre 2005 11:30

      Bonjour Je maintiens la distinction, elle est de taille : l’Etat français, républicain ou monarchique ou encore impérial, n’a jamais eu de volonté génocidaire à l’égard des Bretons. De ce point de vue, utiliser le terme génocide peut le banaliser, ce qui est dangereux. Par contre, quand un Etat cherche à éliminer une culture, une langue, à « intégrer » de force une population, les effets sur la santé mentale et psychologique (et social et...) de cette population peuvent être très négatifs, comme vous le dites : alcoolisme, dépression, dévalorisation, etc. Mais cela ne relève pas d’un génocide. Idem pour le fait d’envoyer des soldats faire la guerre, les Bretons n’ont pas été les seuls envoyés au front, même s’ils ont été nombreux. Les effets culturels de cette hécatombe ont également été importants. Christian Le Meut


      • nanor (---.---.233.138) 12 septembre 2005 23:29

        A noter la semaine dernière, pendant chaque JT de 13h sur TF1 - durant 5 jours - un sujet sur une langue régionale enseignée à l’école (alsacien, basque, catalan, breton et corse). De bons sujets, pédagogiques.


        • Mathieu (---.---.212.160) 15 septembre 2005 16:49

          Y’a que moi qui soit choqué par le fait d’entendre l’expression « Génocide culturel » de la bouche de Le Lay ??


          • Mathieu (---.---.91.61) 15 septembre 2005 18:40

            Bonjour M. Le Meut,

            je tenais à vous féliciter et vous remercier pour la justesse de vos propos. S’il est en effet indéniable qu’une volonté d’uniformisation guide ou ait guidé de nombreux gouvernements français, à différentes époques, visant différentes cultures, il serait dangereux de banaliser le terme de génocide. Etant d’origine arménienne (par mon père) et corse (par ma mère), la nuance éthnocide/génocide que vous employez et expliquez me touche tout particulièrement.

            Encore bravo pour votre article.


            • (---.---.137.37) 16 septembre 2005 09:03

              Si cet article peut servir à faire avancer le débat, il aura rempli son office ! Kenavo Christian


              • Gwilherm (---.---.251.22) 12 octobre 2005 02:50

                Attention Mathieu, P. Le Lay a bien pesé ses mots, l’expression entière est « génocide culturel de la langue bretonne ». Je comprend qu’on puisse trouver ce mot inapproprié par rapport à ethnocide, car un génocide est d’abord un massacre physique avant d’être culturel. Mais je voudrais apporter quelques précisions afin que tout le monde ai qd même quelques connaissances autres que celles enseignées à l’Edukation Nationale :
                - la France a perpétré de nombreux massacres de population bretonne comparable au génocide arménien. Suite au rattachement l’armée française est restée plusieurs années en Bretagne, pillant, violant, pendant, etc.
                - pendant le régime de Louis XIV, les dragons du Roi ont réprimé très durement les révoltes (Bonnets Rouges, Papier Timbré, etc). >> 1675 : la Cornouaille voit se soulever les Bonnets Rouges, réprimés par le duc de Chaulnes.

                Les insurgés étaient en contact avec la Hollande et attendirent des secours qui ne vinrent pas. La répression est féroce. Des centaines de Bretons sont pendus ou roués. Sebastian Ar Balp, le chef de l’insurrection est assassiné fortuitement d’un coup d’épée par le Marquis de Montgaillard, noble du Languedoc, ancien colonel de l’Armée française au régiment de Champagne, chef de la réaction de la noblesse contre l’insurrection populaire, qui était alors prisonnier des Bonnets Rouges. Madame de Sévigné a raconté dans sa lettre en date du 5 janvier 1675 à Mme de Grignan, sa fille, que des soldats français en garnison à Rennes ont embroché un enfant breton pour le rôtir ! : « Ils s’amusent à voler ; ils mirent l’autre jour un petit enfant à la broche ! ». Une rue entière de Rennes qualifiée de séditieuse est évacuée de ses habitants jetés à la rue sans ménagements et l’ordre est donné le 20 avril 1676 de démolir toutes les maisons jusqu’au niveau de la chaussée. Ils errent ensuite dans les rues de Rennes au grand désespoir du reste de la population. Source : « La Révolte du Papier Timbré advenu en Bretagne en 1675 », Arthur de La Borderie, Saint-Brieuc 1884.)

                - révolution française : la Bretagne comme la France finit exsangue de 26 ans de guerres permanentes pratiquement sans interruption,
                - 1870 : affaire de Conlie : des milliers de soldats bretons parqués dans le camp de Conlie près du Mans (baptisé Kerfank, la ville de la boue), meurent dans des conditions atroces : maladie, famine, voire étouffés dans la boue !, Les survivants sont laissés aux Prussiens qui progressaient et massacrés. Ils n’avaient même pas été armés. Merci Gambetta.
                - guerre 1914-1918 : 1 Français sur 6 meurt, mais 1 Breton sur 3... baladez-vous dans n’importe quel village breton, la liste des noms des monuments aux morts est toujours longues... les sections bretonnes ont été mises systématiquement en première ligne, avec les tirailleurs africains. Un bon moyen de réduire le nombre de locuteur de cette langue « de dégénérés ».

                QQues citations s’imposent : Général Nivelle (se gourmandant après les 1800 morts du 64ème RI au chemin des Dames) : « Ce que j’en ai consommé de Bretons ! » En 1916, un soldat de Mellionec, François Laurent (Fanch Laorans), est fusillé comme espion parce qu’il ne savait pas parler français. Ministère de l’Instruction publique (1905) : « Le Breton, cette barbare relique d’un autre âge. » Théodore Botrel : « La République nous appelle, sachons vivre et mourir, un Français doit vivre pour elle, pour elle un Breton doit mourir. » ll faut, par tous les moyens possibles, favoriser l’appauvrissement du breton, jusqu’au point où, d’une commune à l’autre, on ne puisse pas s’entendre (...), car alors la nécessité de communication obligera le paysan d’apprendre le français. Il faut absolument détruire le langage breton. Lettre des préfets des Côtes du Nord et du Finistère à Montalivet, ministre de l’Instruction Publique. Surtout rappelez-vous, messieurs, que vous n’êtes établis que pour tuer la langue bretonne. Un sous-préfet du Finistère, Discours aux instituteurs. Nos écoles, dans la Basse-Bretgne, ont particulièrement pour objet de substituer la langue française au breton et ce serait incontestablement un bienfait. C’est en breton, par l’exigence de MM. les Recteurs, qu’on y enseigne le plus généralement le catéchisme et les prières : c’est un mal. Nos écoles dans la Basse Bretagne ont particulièrement pour objet de substituer la langue française au breton. Préfet des Cotes du NordLettre à l’évêque de Saint-Brieuc. (Annales de Bretagne, édité en novembre 1912) BRETON, LANGUE D’ARRIERES MENTAUX Le petit Breton est abandonné à lui-même dès qu’il peut marcher. A peine vêtu, malpropre, il patauge toute la journée par les chemins, mange à l’écart un morceau de pain noir, joue peu, ne parle pas... S’il a huit ans d’âge physiquement, il en a trois à peine pour le développement intellectuel. Y a-t-il lieu, dans ces conditions, de tenir compte des quelques mots bretons qui lui ont suffi pour traîner jusque là une vie rudimentaire ? Je ne le crois pas. Mieux vaut admettre qu’il ne sait rien et commencer avec lui par le commencement, comme on fait à l’école maternelle. Poitrineau, inspecteur d’Académie à Vannes, cité par Ar Falz, n°1, 1959 Un principe qui ne saurait jamais fléchir : pas un mot de breton en classe ni dans la cour de récréation. L’inspecteur d’académie Dausimont « La basse-Bretagne est une contrée à part et qui n’est plus la France. Elle devrait être soumise à une sorte de régime colonial » (Auguste Romieu, sous-préfet de Quimperlé) (Ah les humanistes français) « Créons pour l’amélioration de la race bretonne quelques-unes de ces primes que nous réservons aux chevaux et faisons que le clergé nous seconde en n’accordant la première communion qu’aux seuls enfants parlant le français. » (Auguste Ronnieu, sous-préfet de Quimperlé, 1831) « Surtout, rappelez-vous, messieurs, que vous n’êtes établis que pour tuer la langue bretonne. » (le sous-préfet de Morlaix aux instituteurs du Finistère, 1845) L’inspecteur général Carré le relaye : « Ce sont des Français qu’il faut pour franciser les Bretons ; ils ne se franciseront pas tous seuls. Il y a un intérêt de premier ordre à ce que les Bretons comprennent et parlent la langue nationale. Ils ne seront vraiment français qu’à cette condition. » « Lorsque les mères de famille parleront français à leurs enfants, l’idiome Breton sera vaincu. (...) Nous combattront sans répit. La goutte d’eau tombera sans intermittence sur le granit Breton et finira par l’entamer. » (inspecteur académique du Finistère en 1863) Le « symbole » ou « vache » fût utilisé entre 1863 et 1951 : les instituteurs accrochaient au cou des enfants surpris à parler Breton un sabot percé. Ils devaient le conserver jusqu’à avoir dénoncé un camarade coupable du même « crime » (belle éducation !). Le dernier porteur recevait des punitions, comme écrire plusieurs fois « Défense de cracher et de parler Breton », « Parle Breton, parle cochon » ou laver les toilettes,... Les salaires offerts aux instituteurs luttant contre le Breton étaient supérieurs aux autres. « Pour l’unité linguistique de la France, la langue Bretonne doit disparaître. » (Anatole De Monzie, ministre, lors de l’inauguration du pavillon Breton des Arts décoratifs en 1925) « Pourquoi vous laisserais-je enseigner un patois que je ne comprend pas ? » (un proviseur du Morbihan à un professeur proposant un cours facultatif de Breton) « Comment ! On veut nous apprendre le dialecte des cavernes ? » (un député socialiste lors du vote de la loi Deixonne en 1951) « Bien sûr, le gouvernement réprime la langue bretonne. Mais qu’importe puisque les Bretons parlent Français. » Dans « Charlie Hebdo » (année 1998) :

                « Les aborigènes vont pouvoir parler leur patois, pardon, leur langue, sans se faire rire au nez. Et peut-être même garder leur accent c’est-à-dire leur béret et leurs sabots. [Le premier ministre français] a raison. Maintenant que le bulldozer jacobin a laminé et éradiqué les pagnolades et les bécassinades, on peut élever les trois douzaines de couillons qui parlent encore leur pataquès (pardon : langue) au rang de patrimoine national et leur apposer un label fermier. » (7-10-1998).

                « Verra-t-on bientôt brandir, au nom de la liberté et du progrès, ces fiers slogans de chouans anti-républicains : Breton avant d’être français ?« (7-7-99). Ou encore : »Samedi, les indigènes de Bretagne, de Basquie et d’Alsace exigeaient la reconnaissance de leurs idiomes, en rythmant le chant de leurs binious par des solos de saucisses aux choux. Pour ceux qui pensent que le kouign aman mesure toute la finesse de la régionalitude, il y avait de quoi se foutre des pruneaux dans les oreilles »

                « tous les fachos du monde, dont le discours consiste, précisément, à revendiquer le fumier local pour mieux haïr le lisier du voisin » (8-4-98) Lorient Roger, ministre de l’information (avril 1969) sans rire : « Pour être compris par tout le monde, l’émission en langue bretonne sera désormais en français. » Georges Pompidou à Sarre-Union (1972) : « Il n’y a pas de place pour les langues et cultures régionales dans une France qui doit marquer l’Europe de son Sceau. » Charles Pasqua (1992) : « Les bretons c’est comme les cochons, plus ça devient vieux... »

                j’en passe et des meilleurs. Le problème c’est qu’un débat a eu lieu à l’Assemblée Nationale le 26 janvier dernier, et que le niveau n’a pas bcp changé chez une majorité de députés français, ni la mauvaise foi... et le breton meurt à toute vitesse. http://www.anarvorig.com/forum/forum-53410.php http://www.anarvorig.com/forum/forum-53327.php http://www.anarvorig.com/forum/forum-54880.php

                Alors le terme de génocide, non vraiment il ne me gêne pas...


                • Gwilherm (---.---.251.22) 12 octobre 2005 03:05

                  sur le journal de JP Pernaud, je ne suis pas d’accord. Il fait régulièrement la place aux langues régionales, dans des termes positifs, et c’est suffisamment rare dans les médias français pour être souligné. Bon d’accord les reportages sur le sabotier en Auvergne, ça n’intéresse pas tout le monde, mais on est pas obligé de regarder ! Par contre France Télévision niveau indépendance d’esprit c’est la cata... mais ses rapports incestueux avec le monde politique y sont sûrement pour bcp.

                  Suite aux propos de P. Le Lay, les réactions des médias français ont été affligeantes. Pas un seul ne s’est attardé sur les raisons de P. Le Lay de dire : génocide culturel de la langue bretonne. Aucun débat n’a eu lieu sur ce point précis. D’autres aspects de cette interview si dense ont été tout aussi occulté. Par contre, la plupart ont relevé la seule phrase ambigue de l’interview sur ses problèmes d’oreille (en plus la phrase a été sortie de son contexte), reprenant la dépêche de l’AFP mais je suppose que la plupart des journalistes n’ont même pas lu l’interview. La plupart se sont moqués de lui, l’ont tourné en ridicule. Un journaliste de France Inter a déclaré qu’il avait la même discours... qu’un « collaborateur de nazis » !! Franchement, pour en arriver à un tel degré de mauvaise foi, il faut être dérangé (? !). Visiblement cette personne a « raté » tout le passage où P. Le Lay raconte comment son père, par ailleurs nationaliste breton, a sauvé et caché une famille juive en Bretagne pendant la guerre. Madame Drucker était alors enceinte d’un certain Michel...


                  • (---.---.170.171) 12 octobre 2005 09:56

                    Je maintiens que le mot « génocide » ne caractérise pas ce qui s’est passé en Bretagne. Le fait qu’un Etat (démocratique ou pas) réprime la population ne peut pas être assimilé à une génocide ni rien d’autre parmi ce que vous signalez, Gwilherm. Le fait de banaliser le mot « génocide » est dangereux. Aucun Etat n’a voulu massacrer la population bretonne ; la langue bretonne, oui, mais ce n’est pas la même chose. Que Patrick Le Lay utilise ce terme n’en fait pas une réalité, ni historique ni contemporaine. Il peut marquer l’opinion, mais aussi alimenter un rejet pas son caractère excessif. Le crime « d’ethnocide » est déjà suffisamment grave en regard des valeurs que la République française prétend défendre ! J’ai été également frappé par la manière dont les médias ont rendu compte des propos de Patrick Le Lay. Soit l’opposition frontale et la caricature (« communautariste », « nationaliste »...), soit la moquerie, soit l’indifférence (gênée ?) mais je n’ai pas vu un seul reportage étayé pour peser le pour et le contre, comme si la question n’était pas de connaître la situation et d’en rendre compte, mais de prendre position tout de suite, de réagir sans enquêter, de s’émouvoir sans penser. C’est assez grave d’un point de vue journalistique. Une seule exception pour l’instant : samedi dernier, l’émission de J-N. Jeanneney à 10h sur France culture était consacrée à la Bretagne suite aux propos de Le Lay avec un historien qui vient de sortir deux tomes sur l’histoire de la Bretagne, M.Cornette. Je n’ai pas réussi à l’écouter pour l’instant. Kenavo - Christian Le Meut


                    • Gwilherm (---.---.251.22) 12 octobre 2005 18:37

                      Ok utilisons le terme ethnocide et non génocide, même si à mon avis pendant la révolution et la première guerre mondiale la volonté de réduire la population bretonne était réelle et consciente.

                      Concernant France Culture, je n’ai pas vu cette émission dans leur programme, mais à votre place je ne me ferais pas d’illusion sur le fond.


                      • (---.---.195.228) 12 octobre 2005 20:08

                        Petit rectificatif : c’est le samedi 1er octobre à 10h que cette émission est passée sur France culture. Christian


                        • Thierry C (---.---.152.204) 13 octobre 2005 01:07

                          Ethnocidre, génocidre,

                          Arrétez de geindre sur le passé .

                          En provence j’ai redécouvert la convivialité grace à des amis Bretons,non bretonnant,animés par l’envie de faire partager leur culture qu’ils ont retrouvés.

                          Chemin faisant, nous participons à Marseille et dans la région , à des fest noz et fêtes celtiques ,qui ne font pourtant pas parties de notre culture ! l’essentiel est de partager, et de pouvoir s’exprimer dans une langue commune ,ce que vous faites tous trés bien dans ce site d’Agoravox !

                          Peut être un peu grace au français ? vive la musique et les fest noz !

                          A bientot la Bretagne.


                          • (---.---.227.148) 13 octobre 2005 08:15

                            Bonjour Les festoù-noz (ont dit comme ça en français aussi, c’est une forme de pluriel qui vient du breton), la musique et la danse ne constituent pas l’ensemble de la culture bretonne. Le fait de parler français n’est pas en cause, c’est l’éradication de la langue bretonne qui me révolte, monsieur. Imaginez-vous une culture française sans langue française ? Il en reste des traces en Nouvelle Orléans, des noms de quartiers, mais plus grand monde ne semble parler français dans cette ville fondée par... des Français. La question linguistique n’est pas dépassée, elle questionne notre démocratie française. Et je déplore le gâchis culturel et humain que l’ethnocide pratiqué ici (et en Provence ; et en Lousiane) a provoqué. D’ailleurs des danses ont également été interdites à certaines époques par les autorités religieuses ou civiles. Il faut connaître un peu le passé pour comprendre le présent et construire l’avenir. Dansez bien ! Kenavo - Christian Le Meut


                            • Sylvie Clerfeuille (---.---.20.123) 22 octobre 2005 15:50

                              Bien vu Christian le Meut,

                              N’est-ce pas ce cher Patrick Le Lay qui a fait voici quelques années cette déclaration historique « les noirs à la télé, ça fait baisser l’audimat » ? Alors, la France de M. Le Lay, les valeurs de TF1, et les déclarations du patron de la première chaîne de France (en audience, je parle, pas en qualité), ont de quoi nous faire réfléchir.


                              • (---.---.133.26) 23 octobre 2005 09:03

                                Je ne connaissais pas cette déclaration de Patrick Le Lay sur les « noirs à la télé », elle complète le tableau... Christian


                                • grà_ewer_àll’s (---.---.21.45) 16 septembre 2006 03:29

                                  Pourquoi les langues Gallo-Romane (Gallo et Vannetais) de Bretagne sont toujours ignorées ou volontairement non cités. Serait ce pour ne pas paraître franchouillard ? Chercher à faire admettre que la France a éthnocidé la langue Bretonne ne la refera pas revivre. Au lieu de perdre votre temps sur une citation du président de TF1, battez vous plutôt pour l’ouverture de classes bilingues, de projets de traduction, de signalisation traduite...

                                  PS : Gwilherm, les Alsaciens ne sont pour rien à ce qui est arrivé à la Bretagne, car au moment où la Bretagne fut intégrée dans la France, les décapoles alsaciennes n’étaient encore pas annexés par la France, donc merci de garder les expressions « cocorico » ou « franchouillard » pour d’autres (les Parisiens par exemple).


                                  • christian (---.---.156.35) 16 septembre 2006 14:18

                                    Bonjour : petite précision pour commencer, le gallo parlé dans l’Est de la Bretagne (haute-Bretagne) est d’origine gallo-romaine mais le vannetais est un dialecte de la langue bretonne (dialecte que je pratique). Quand une personnalité comme M. Le Lay prend des positions publiques, les analyser et les commenter fait partie du débat public et démocratique, choses que je ne considère pas comme une « perte de temps ». Enfin si la langue bretonne a quelques chances de survivre aujourd’hui, c’est d’abord grâce à l’action d’une partie de la population bretonne qui construit, justement, des écoles, associations, médias, bilingues on uniquement britophones. L’Etat français centralisé est plus que timide dans ce domaine. En ce qui me concerne, je participe à ces combats constructifs, notamment par le blog que j’ai créé, rezore.blogspirit.com Kenavo - au revoir


                                  • kesed 16 septembre 2006 14:26

                                    Demat dit,

                                    Bravo pour cet article et votre combat, qui est aussi le mien.

                                    Je crois tous d’abord qu’une peuple ne peut survivre qu’en étant son propre souverain sur sa terre, indépendance et langue sont intrinsèquement liées.

                                    kenavo ar wezh all

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