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Brèves de turbulence

En direct de ma Segpa

Quand plus rien ne va !

Quand quelques grains de sable viennent s'immiscer dans les rouages déjà fragiles d'une mécanique instable, l'engrenage finit par grincer, aller de guingois et parfois par se mettre en panne. Il en va ainsi dans mon espace de relégation. Une succession de petits faits mineurs, de renoncements coupables, de défaillances chroniques ajoutent au malaise général d'une institution en mal de repères et de crédibilité.

Nous sommes mercredi matin. Sur un groupe de 19 élèves, 11 seulement sont présents. Ils sont en troisième, ils n'ont plus de temps à perdre pour réaliser le dossier de stage, préparer le brevet et penser à leur orientation. Pourtant, plus rien n'a d'importance. À cause de quelques élèves en rupture, nous ne faisons plus notre travail, nous régulons les conflits qui ne sont plus pris en charge par une autorité dépassée.

Il faudrait remonter le temps. Ce groupe était constitué de deux classes de douze élèves. Sur les vingt quatre, trois sont passés en conseil de discipline, deux ont été poussés gentiment vers des pré-apprentissages. Le pourcentage de chutes m'effraie, il révèle un profond dysfonctionnement car nous sommes un établissement spécialisé qui devrait répondre aux problématiques des uns et des autres. Encore faudrait-il agir en équipe soudée et combative.

Depuis quelques temps c'est la Bérézina, le grand n'importe quoi. Le navire n'est plus gouverné ou son pilotage n'est plus compris par les matelots. L'exaspération grandit quand le sentiment d'impunité ou d'impuissance accompagne les dysfonctionnements des élèves. Ce matin, un garçon est arrivé avec 1 heure quarante de retard et nous fut envoyé sans que nous eussions notre mot à dire. Il avait gagné et l'a bien fait sentir ensuite …

Les retards ne sont plus sanctionnés. Ils sont trop nombreux, l'heure de rattrapage qui avait été initialement décidée explose devant la foule des candidats. Il faut baisser pavillon et fermer les yeux. Ils ont le pouvoir de nuisance et l'ont bien compris. Le pire c'est que c'est une petite minorité qui occupe ce créneau et qui nous empêche d'avancer avec les autres, ceux qui veulent encore travailler.

Autre exemple de ces mauvaises habitudes prises. Trois jeunes filles devaient se rendre hier en stage découverte dans un lycée professionnel. L'une malheureusement avait un rendez-vous médical pris depuis belle lurette avec un de ces spécialistes si difficiles à joindre. L'autre était malade (effectivement) et arrêtée quinze jours pour contagion. La troisième, une élève qui fait désormais ce qu'elle veut, sa mère refusant de venir au collège, a quitté le lycée en même temps que sa camarade. Comme le proviseur du LP n'a pas été averti, il a décidé de ne plus accueillir d'élèves de notre ghetto. Et l'on s'étonne que je me mette en colère !

Le taux d'absentéisme est effrayant, les excuses pas toujours recevables, quand il y en a. Les mesures inefficaces, l'engrenage redoutable, la tension entre adultes de plus en plus forte. Ajoutez l'immense bazar dû aux travaux, l'absence de secrétaire et une incommunicabilité de plus en plus grande et vous aurez une petite idée d'un naufrage programmé.

Écrire me permet encore de tenir le cap. Je compte désormais le temps qu'il me reste à accomplir dans cet établissement abandonné de tous. Je ne crois pas utile de poser le problème, la pierre d'achoppement me semble être une personne. Face à cela, quand les enjeux de pouvoir sont en cause, il n'y a rien à faire. Nous ne partageons pas les mêmes valeurs, nous n'avons pas les mêmes conceptions de l'autorité et du service public. Les plus gênés et ceux qui le peuvent s'en vont. L'exode sera massif …

Mais les pauvres élèves, ceux qui ont appris à aimer l'école, ceux dont les parents souhaitent qu'ils réussissent, ceux qui se débrouillent tous seuls et le font bien, ceux-là resteront et vont continuer à perdre leur temps, qui s'en soucie ? Tout est verrouillé dans notre système et les subalternes ne sont que des pions qu'on n'écoute pas. Tant que les parents ne réagissent pas (ce qui n'arrive jamais dans ce genre d'établissement) il ne se passe rien.

La grogne, la lassitude, l'exaspération, la colère, certes, mais à qui le dire ? Comment éviter d'en faire un problème personnel ? C'est insoluble et la force de ce système est supérieure au sentiment d'urgence que je pressens et que personne ne semble voir. Il vaut mieux que je me taise car tout se retournerait contre moi. Celui qui dit la vérité, il sera exécuté !

Silencieusement leur.


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19 réactions à cet article    


  • ZEN ZEN 23 mai 2013 09:19

    Il ne faut pas persécuter ainsi les élèves ! smiley
    Certains ont de bonnes raisons de s’absenter : une leçon à l’auto-école, par exemple, ou de ne rien faire : certains parents, par leur attitude, dissuade l’enfant de s’investir...
    Le pire, c’est la solitude et l’impuissance contre un système aveugle


    • C'est Nabum C’est Nabum 23 mai 2013 14:12

      ZEN


      Pourquoi aller à l’auto-école quand il suffit d’acheter un permis ?

      Vous ne comprenez pas tout, vous non plus !

      Le système est non seulement aveugle mais il reste sourd à mes cris de désespoir ...

    • urigan 23 mai 2013 19:42

      Pourquoi obtenir un diplôme qui ne débouche sur aucun emploi ?


    • C'est Nabum C’est Nabum 23 mai 2013 20:05

      Urigan


      Le diplôme est une étape. Comment continuer son chemin quand on ne franchit pas la ligne précédente ?

      Maintenant s’il ne faut faire que ce qui sert, quitter au plus vite cet espace : il ne sert à rien ...

    • Phi ka Sō Nathael Dunevy 23 mai 2013 23:02

      C’est Nabum
      .

      Réponse n° ?

      Le passage à : « T’as bac ! » comme on s’entend bien.

       

      Professeurs, je vous présent toutes mes excuses

      pour ce retard, j’ai un mot de ma maman,

      un mot court en ces temps-ci « Il n’a pas d’excuse,

      mais moi je vais mal » s’étend si : « Maman

      regarde moi, maman ma maman, que deviens-tu !

      Toute contrainte qui s’échoie doit retourner à bon port tu sais ? »

       

      Excisez-moi, la connexion interne est un tact

      mais le numérique fait des siennes,

      un caprice de hacker de pirate,

      Loire à vous capitaine Senbarre,

       

      je mâteleur à vos rames

      que je conte au nombre de 48.

      Quel est-dont ce 3 lancé à la gamme ?

      Une gamme à trois tons scie mes triques, hein ?

       

      Une valse à six temps ola je n’ai pas le pied dansant.

      Un gamin assis aux « toil », oh c’est pas bien

      dis-donc, vous êtes un peu cochon de l’art.

      Ouais bon, c’est vrai j’ai fais des mers de veilles.

       

      Alors c’est d’accords les grands ouvrons ensemble le livre de l’âme.

      Question number nine, salut Godwin

      comme ça on élimine :


      9) Un élève doit-il présenter ses papiers d’identité lors d’un contrôle ?


      Je vous laisse ceux du dessus, je vais me changer

      pour bien répondre, je serais bien sage

      je vous ferais honneur c’est promis.


      Nathael Dunevy.


      • C'est Nabum C’est Nabum 24 mai 2013 06:21

        Natanael


        Justement je viens de terminer Questions de justice

        Ces questions se posent tous les jours dans nos classes
        L’école vécue comme une oblogation, une corvée, un passage sans issue est une hérésie pour des gamins laminés par l’état de notre société.

        Je cherche encore à donner le bonheur d’apprendre, le plaisir de réfléchir

        Suis-je donc ringard !

      • Phi ka Sō Nathael Dunevy 24 mai 2013 06:40

        C’est Nabum

        Seize années

        "Je vous ferais honneur c’est promis"
        n’y voyez que ce que vous voulez y voir,
        qu’y croire ? Je vous dois ainsi à mes yeux
        un enseignement vertueux de savoir,
        de raison, l’art noble du don a git.


        • Phi ka Sō Nathael Dunevy 24 mai 2013 07:15

          C’est Nabum
          .
          18) Si le professeur professe, que fait l’élève ?

          Il sait que c’est cut alors il écoute la leçon.
          Ayant déjà répondu à la q°9 il demande permission.

          Ca y est je suis tout propre, plus qu’à me vêtir.
          Une question entre deux essayages, avez-vous lu
          le courrier de Sir Chalory ? Manifeste papier à confire,
          titré comme un Roi du verbe « tomber » des nues.


        • C'est Nabum C’est Nabum 24 mai 2013 07:18

          Nathanael


          Le professeur pour l’heure a la boule au ventre de retourner au chagrin.

          Quelques gamins que plus rien n’arrête vont encore imposer leurs cris, leurs injures et d’autres devront subir et perdre leur temps

        • Phi ka Sō Nathael Dunevy 24 mai 2013 07:29

          C’est Nabum
          .
          Voilà bien un sentiment commun,

          « Demi-tour on a tout saccagé ! »

          disait hier une voix écriée.

          « Elle ne s’écoule pas beaucoup la Loire pour l’homme. »


        • C'est Nabum C’est Nabum 24 mai 2013 12:31

          Nathanael


          Nouvel accrochage en classe

          Je suis à m’interroger sur l’opportunité de poursuivre dans ce contexte.

        • jno jno 24 mai 2013 18:57

          C’est Nabum
          .
          Quelle situation serait plus acclimatée à une suite contre moins ?


        • subliminette subliminette 24 mai 2013 07:31

          Salut Nabum,

          J’ai vu un reportage sur une classe difficile dans le genre des vôtres. Un apprentissage massif de la musique et la formation d’un orchestre avaient résolu bien des problèmes.Des expériences de ce genre ont-elles été tentées dans votre établissement ?

          D’autre part ne serait-ce pas à la personne dont vous parlez de partir ?


          • C'est Nabum C’est Nabum 24 mai 2013 12:32

            subliminette


            Non, c’est à moi de partir car je ne peux accepter le climat d’indocilité ambiante
            De plus tolérants que moi sont préférables

          • jno jno 24 mai 2013 19:09

            C’est Nabum

            37) Quelle est la forme des carreaux pour les élèves écossais ?


            Couleur hématite

             

            Une métaphore pour expliquer ce sentiment blitzé.



            A l’âge choisi de mes 12 ans,
            un grand-parent bien vite parti,
            m’avait très patiemment appris,
            l’art subtil du jeu d’échec, heureusement.

            Mais que dire de l’échiquier ici présent ?
            Sans lâcher les pieds ni lécher les pièces,
            sans le vice versa dégoutant,
            le vice renversa toute la pièce.

            Le Roi, les rennes, les tours se passent,
            placent les pions, et vous toujours bon cavalier.

            Et moi et l’émoi et les « Moi » pauvre fou je fais face,
            sur un plateau où les cases se voient déplacées.

            Papy, tu m’avais bien dis
            que les noirs et les blancs
            jouaient la même partie,
            mais savais-tu vraiment
            de quel bois était fait le tablier ?

            Suis-je mouton dans l’étable ?
            Suis-je en même le berger ?
            Coup à coup rien d’envisageable,
            échec au fou, mon visage hâble.

            Chacun épate et bas les pattes,

            Au tour suivant tout est roquable.

            La partie est publiée et cent matent,


             à la clef.



            • jno jno 24 mai 2013 20:12

              C’est Nabum
              .
              Je vous ai fait une promesse,
              pas une pommade pour les forts,
              mais juste une caresse
              en un tour de mains, alors...

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