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Accueil du site > Actualités > Citoyenneté > Comment a-t-on pu canoniser Heidegger ?

Comment a-t-on pu canoniser Heidegger ?

La revue de l’association des professeurs de philosophie de l’enseignement public, « L’enseignement philosophique », a publié dans son numéro 3 de janvier-février 2006, un dossier Heidegger reproduisant une conférence donnée par Emmanuel Faye sur « Les fondements nazis de l’œuvre de Heidegger », le 14 mai 2005.

Pour le profane que je suis, il en ressort que nul ne peut aujourd’hui nier que Martin Heidegger, hissé sur les autels de la pensée philosophique du XXe siècle, partageait des convictions nazies, comme il l’a reconnu, lui-même dans une interview donnée au magazine Der Spiegel en 1966, et que cette adhésion, remontant au moins à un vote en faveur du parti nazi dès 1932, ne peut plus être dissociée de sa production « philosophique », qu’il a mise au service de ses préjugés nazis. Sans doute la mise à bas de la statue du grand penseur rencontre-t-elle de farouches résistances : certains crient à la diffamation. Mais ils ne sont pas convaincants. Aussi, toujours pour un profane, la question qui se pose est-elle de savoir comment un propagandiste nazi a pu abuser à ce point les philosophes de métier et en particulier ceux qui exerçaient dans le cadre de l’Université. Sans doute, nombre de textes sont-ils restés longtemps ignorés, et les ayants droit de Heidegger continuent-ils à veiller à ce que certains restent toujours inaccessibles. Mais les compromissions de Heidegger étaient connues depuis longtemps et son aveu de 1966 n’était pas une révélation. Aussi, puisqu’on juge l’arbre à ses fruits, est-on en droit de se demander de quel arbre est donc tombé ce fruit vénéneux.

I- La momification du savoir en scolastique.

Le même profane, qui, encore une fois, n’a aucune compétence en matière philosophique, est forcément amené à s’interroger sur le cheminement qui conduit un savoir, de sa naissance obscure dans le secret du cabinet d’un intellectuel à une sorte d’ « épiphanie universitaire » saluée par des professeurs, des éditeurs et des médias de masse, qui le diffuseront auprès des étudiants pour finir par atteindre un vaste public national, voire international.

1- Le « cas Heidegger » ne serait-il pas exemplaire d’une fabrique arbitraire du savoir officiel, soumise prioritairement aux rapports de pouvoirs qui s’exercent dans les institutions qui en ont la charge ? Car comment expliquer autrement que le nazisme de la pensée heideggerienne ait pu échapper si longtemps à tant de têtes pensantes, si on ne suppose pas un système dont le but ou l’effet serait d’instituer une abdication de l’intelligence au point d’être capable d’enseigner des erreurs sans broncher, et - on veut bien le croire - sans penser à mal ?

2- Par voie de conséquence, la clé ne résiderait-elle pas dans une organisation sociale faisant de « la soumission aveugle à l’autorité » la qualité première à inculquer ? Une erreur n’en est plus une, et devient vérité, dès lors qu’elle est prescrite par une autorité ! Dans ce contexte, l’individu reste sourd, en effet, à toutes les démonstrations rationnelles contraires. Car qui peut contredire l’autorité ?

3- Cette abdication de l’intelligence, au demeurant, n’est pas nouvelle. Il semble même qu’elle soit le destin de tout savoir soumis à un pouvoir : la Sorbonne cléricale médiévale a ainsi sombré dans un savoir scolastique, sorte de catéchisme limité à « une continue et sublime récapitulation », selon le mot du vénérable Jorge, ce moine aveugle et fou qui dans Le nom de la rose d’Umberto Eco, conduit son monastère à la ruine.

II - Un exemple plus discret mais éclairant : le traitement de texte traditionaliste.

Le traitement de texte traditionaliste, paradoxale copie laïque du traitement de texte religieux, qui a été longtemps en honneur dans l’École républicaine - s’il ne l’est pas toujours - offre une illustration éclairante de cette momification du savoir en scolastique : le manuel “Lagarde et Michard”, du nom de deux inspecteurs avisés, en est l’expression emblématique par le succès fou rencontré, pendant plus de vingt ans, tant auprès des professeurs que des élèves. Devenus adultes, ceux-ci continuent, du reste, de ne jurer que par “le Lagarde et Michard”, considéré comme un label de culture. À leur décharge, il faut reconnaître que ce manuel connaissait une mise en page soignée et abondamment illustrée. Seulement, ce traitement de texte traditionaliste se distingue surtout par l’usage récurrent de procédés de séduction dont l’inconscient apprentissage n’est pas moins contestable que la représentation arbitraire des textes qu’ils permettent d’inculquer.

A/ Un premier procédé est un parti pris hagiographique qui dicte six conduites.

1- La sacralisation des textes. - A l’image des religions offrant à leurs fidèles des "textes sacrés", le traitement de texte traditionaliste, quoique laïque, procède à une sacralisation des textes proposés à l’étude. La parole divine, comme celle des prophètes, des saints et des pères de l’Eglise, a pour correspondant les oeuvres des "classiques". Cette curieuse appellation désigne l’excellence attribuée, par convention, consensus ou tradition, à un auteur mort dont les textes contiennent des informations peu susceptibles de nuire aux intérêts dominants du moment.

2- La canonisation de l’auteur. - Au terme religieux de prophète, porte-parole d’un Dieu caché, selon le sens étymologique, correspond également, dans le traitement de texte traditionaliste, celui de poète. Ces deux personnages ont en commun d’être en proie à une inspiration qui les transcende ou les dépasse. Capables de voir au-delà des apparences, ce sont des visionnaires ou encore des voyants. Tous deux ont pour mission de guider l’humanité en lui ouvrant les yeux sur les dangers qu’elle court mais qu’elle ne voit pas, et sur les voies du salut dont, par insouciance, elle se détourne.

3- Un langage souvent obscur, inaccessible au peuple. - Les langages du prophète et du poète sont, d’autre part, comparables. Nourris de procédés poétiques, tels que l’image, les répétitions incantatoires, le rythme, ou encore les jeux de mots sur les sonorités ou les sens des mots, ils nécessitent une interprétation, voire une traduction, pour le commun des mortels : c’est la fonction du docteur en Ecriture sainte ou du clerc pour l’un, du critique ou du professeur pour l’autre.

4- La vénération par l’exégèse et la glose. - La Sainte Ecriture, comme la page d’un classique, ne souffre, au surplus, d’être contestée, ni mise en cause. On ne contredit pas la Parole de Dieu, ni celle de ses Saints, pas plus que celle du Poète, inspiré par des puissances quasi-surnaturelles que l’on nomme "Muses". Cette inspiration, dont le poète, en écrivant, est possédé, a quelque chose de divin, comme l’indique le terme d’enthousiasme poétique, qui signifie en grec possession par un dieu. Aucun des mots, pas plus que leur disposition dans la phrase, la strophe, le verset ou la sourate, ne saurait être récusé. Il ne reste au fidèle et au récepteur traditionaliste qu’à tenter d’en "exprimer" tout le sens possible, souvent caché, sous la direction d’un « docteur de la Loi » : c’est la fonction même de l’exégèse qui, étymologiquement, signifie une élucidation de ce qui est obscur sous la conduite et l’autorité de quelqu’un qui prétend savoir. Cette exégèse s’accompagne de la glose qui commente, développe, paraphrase, disserte, mais s’interdit de discuter l’authenticité du texte ou sa pertinence, car celles-ci sont a priori hors de doute. Admiration et vénération sont les deux seules attitudes autorisées devant ces textes.

5 - Une imprégnation par la récitation et la citation. - Fidèle et récepteur traditionaliste sont donc pressés de se pénétrer des textes sacrés ou sacralisés, en les apprenant par coeur pour pouvoir les réciter ou encore les citer comme illustration ou argument d’autorité, qui réfute de manière décisive et clôt le débat.

6- La constitution d’une langue de bois. - Enfin, ces contraintes de censure et d’autocensure façonnent ce qu’on nomme une langue de bois, constituée de formules rituelles, de jugements convenus inlassablement répétés, voire de tics de langage empruntés aux « docteurs » du moment, que manient avec virtuosité fidèles et potaches.

B/ Un second procédé du savoir scolastique est une édulcoration de l’enjeu des débats et des conflits du passé.

1- La pratique de la mise hors-contexte. - Une édulcoration de l’enjeu des débats et des conflits du passé est souvent opérée par une pratique de la mise hors-contexte. L’intronisation au Panthéon des « classiques » suppose, sauf exception, l’acte de décès du candidat, qui a pour effet d’éteindre les controverses dont il s’est mêlé, ou du moins de les apaiser : le réflexe de respect dû aux morts conduit à montrer de l’indulgence pour ses fautes. Si répulsif qu’il ait été perçu de son vivant, il n’est pas de mort qui ne devienne inoffensif par la force des choses. La mort du demandeur ou du prévenu a le don, en justice, d’éteindre toute action judiciaire ; il en est un peu de même dans les coeurs. Un certain éloignement dans le temps, comme les solutions provisoires ou définitives qui leur ont été apportées, ôte, en outre, aux débats et aux conflits auxquels le classique a participé, beaucoup de leur gravité, sinon de leur sérieux, et incite le récepteur d’aujourd’hui à s’abstenir de toute prise de parti, ou au contraire à adhérer sans grand risque à la thèse victorieuse.

2- L’exemple de l’amalgame entre l’Antigone d’Anouilh et l’Antigone de Sophocle. - La mise hors-contexte de l’Antigone d’Anouilh par le Lagarde et Michard est à cet égard exemplaire. Le procédé de mise hors-contexte est d’autant plus redoutable qu’un récepteur ne peut le repérer qu’à condition d’être lui-même informé des faits, sciemment omis. Ainsi, le manuel Lagarde et Michard peut consciencieusement évoquer en quelques lignes l’histoire d’Antigone, de Sophocle, pour introduire deux pages de la pièce d’Anouilh du même nom, sans que pour autant le lecteur soit à même de saisir la grande différence entre l’oeuvre de Sophocle et l’entreprise d’Anouilh. En taisant la différence de nature qui existe entre la désobéissance adulte d’Antigone de Sophocle, et celle, puérile, de l’héroïne d’Anouilh, le manuel rend le lecteur incapable de comprendre le but poursuivi, en février 1944, par Anouilh, alors que Paris est toujours occupé par les nazis et que le gouvernement collaborateur de Vichy traque les résistants : tenter de discréditer l’exigence démocratique d’une liberté de conscience, incarnée par l’héroïne de Sophocle, en l’amalgamant aux caprices d’une enfant attardée, pour célébrer, au contraire, les vertus de l’homme de pouvoir expérimenté, qui fait ce qu’il peut, fût-il un tyran, à la façon du maréchal Pétain ! Or, nul n’ignore l’usage incessant que l’ École a pu faire de cette pièce, au motif allégué sans doute que la langue d’Anouilh était plus attrayante que les traductions empesées du texte de Sophocle.

L’accès d’un texte ou d’un auteur au Panthéon des « classiques » est, en outre, l’aboutissement d’un vrai parcours du combattant : s’il a eu la chance d’être publié, encore faut-il qu’il survive au naufrage où finissent par se perdre tant d’écrits, soit par des rééditions répétées, soit par des critiques, universitaires ou non, qui ont pu le faire remarquer et conserver à travers le temps. Enfin, mis en concurrence avec ses pairs, il lui reste à être élu par les instructions officielles de l’Education nationale, et les manuels qui les appliquent. On voit donc que le pouvoir choisit minutieusement le savoir qu’il juge bon de diffuser. Il n’a, du reste, nul besoin d’user de contrainte. La liberté laissée aux maîtres suffit à effectuer le bon choix, dès lors que les maîtres choisissent collaborateurs, collègues et successeurs « à leur image et à leur ressemblance », et que ceux-ci en font autant. De fil en aiguille, comme l’excès de consanguinité appauvrit le patrimoine génétique, cette cooptation amoindrit le sens critique pour développer celui de la vénération et de « la continue et sublime récapitulation » : la compilation, en somme ! Ainsi le savoir sous la férule du pouvoir est voué à n’être plus qu’une scolastique stérile qui rend aveugle. On comprendrait dès lors que des maîtres ainsi dressés aient pu canoniser, en dépit du bon sens, un Heidegger, nazi de convictions. Paul Villach


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29 réactions à cet article    


  • Senatus populusque (Courouve) Courouve 27 mars 2006 12:23

    Comment a-t-on pu canoniser Sartre ?


    • Marsupilami (---.---.165.50) 27 mars 2006 12:55

      Ben... parce que c’était le « pape de l’existentialisme », tiens. Si on ne peut plus canoniser les papes, à quoi bon vivre ?

      Ceci dit, Heidegger était non seulement nazi, mais aussi complètement abscons.

      A propos de la distinction entre le philosophe privé et son œuvre, cette amusante anecdote puisée dans Lire :

      Enthoven se souvient que, lors d’une de leurs premières rencontres, Onfray lui cite Chamfort : « Jouir et faire jouir, telle est la seule morale ». Mais jouir de quoi ? Jouir comment ? II y a quelques années, Beaux-Arts Magazine eut l’idée de susciter une correspondance entre Michel Onfray et l’écrivain Gérard Oberlé, connu pour son goût du bien-vivre (les lecteurs qui suivent sa chronique dans ce magazine en savent quelque chose), sur le thème : « La cuisine fait-elle partie des Beaux-Arts ? ». Les deux hommes ne se connaissent pas, mais - Oberlé avait trouve amusante l’idée de réunir, « l’épicurien en chef et le pourceau, c’est-à-dire moi ». A l’issue de leur échange épistolaire, Oberlé invite Onfray chez lui, ou l’on pratique, de renommée, la bonne chère comme un grand art. Déception de l’hôte : « J’ai découvert un garçon qui fait profession d’épicurisme, qui n’a que ça à la bouche, mais qui se couche à jeun ». Onfray parle de jouissance, mais lui-même n’est pas un jouisseur. Du reste, il l’admet volontiers. C’est même, dit-il, le « grand malentendu » à son sujet : « Mon hédonisme, je le conçois comme une ascèse, une construction. Ce n’est pas un abandon du désir, mais une sculpture du désir ». Bref, Onfray c’est plutôt le père de Foucauld que l’Aretin.

      — -

      Bon, Onfray, lui au moins, n’est pas nazi. Mais comme dit Houellebecq à son propos, « il faut vraiment être crétin pour être nietszchéen de gauche ».

      « Nobody’s perfect », comme disait Norma Jean Baker.


    • zoï (---.---.58.60) 27 mars 2006 14:00

      Le même Nietzsche ayant écrit tout et son contraire,l’étiquette Nietzshéen de droite n’est pas plus pertinente. En fait,l’idée même de bâtir un système philosophique à partir de Nietzsche est complétement foireuse. Ce qui n’enlève rien au génie de notre moderne Zarathoustra. Bien au contraire !

      PS:nôtre « moderne Zarathoustra » c’est bien Nietzsche et non l’autre bavasseur de concepts,Heidegger.


    • Marsupilami (---.---.165.50) 27 mars 2006 14:25

      Absolument d’accord avec toi, Zoï.

      L’amer Michel doit être un nietszchéen de droite masqué comme un concombre. Onfray avec Schopenhauer, et on finit par l’impossibilité du nihil.


    • RAMSAY (---.---.173.143) 28 mars 2006 12:52

      Poue continuer dans cette série : comment a-t-on pu canoniser Hannah Harendt ? Celle-ci, jeune étudiante, a été la maîtresse d’Heidegger.

      Maitresse d’un idéologue nazi, peut-on réduire son oeuvre à cet épisode de son existence ?

      RAMSAY


    • Scipion (---.---.90.179) 27 mars 2006 13:07

      On comprend le désarroi !

      Si un esprit aussi brillant que Heidegger a pu partager, à tout le moins en partie, certains thèmes du nazisme, cela signifie à l’évidence que, dans le nazisme, tout n’était pas à jeter !

      Ca la fout mal. Vraiment très mal... De découvrir cela, après soixante d’épileptique propagande anti-nazie... Mais que fait donc la Ligue des Droits de l’homme ?

      P.S. - Heureusement que Scipion est là pour poser le doigt là où ça fait le plus mal. Sacré Scipion... smiley)


      • Marsupilami (---.---.165.50) 27 mars 2006 13:31

        Ouaf ! Un doigt dans le croupion de Scipion le nazillon !


      • Philippe Boisnard (---.---.21.245) 27 mars 2006 13:44

        article de profane qui développe une vulgate bieen mièvre. L’affaire Heidegger est signalée dès l’aprè-guerre (vous trouverez cela par exemmple dans le beau livre e Towarnicki, Les chemins de Zärhingen). Puis dans les années (suite à sela par exemple cher Juge, j’ai fait mon mémoire de maîtrise à La Sorbonne sur cette question notamment : pour dire qu’il n’y avait pas du tout de secret, mémoire qqui a reçu les félicitations d’heideggerien comme Michel haar, alors que je posais bienn le nazisme heideggerien, qui n’est pas identique au nazsime hitlérien rès certainement). Ce qui em dérange c’est que vous parlez seulement à partir de ce que fait dire Faye à Heidegger, qui fait des erreurs de lecture totale, notamment sur la notion de Gestell (arraisonnement) et sur la technique, au senns où Heidegger, dès 1936 (Beiträge zur Philosophie : Vom Ereignis, puis dans le dépassement de la métaphysique (1936-1946) attaque la vlonté e puissance du Führer, et met en relation les volontés de puissance des Chefs européens en tant que symptome d’une logique technique qui rend impossible à l’homme de parvenir à son propre être (il ne focalise que sur un genre de révélation de son être : l’appropriation épargnante). Donc oui, il y a un nazisme heideggerien, mais faut-il le réfléchir et bien le penser. Si on a été si nombreux à le lire et le critiquer (comme je peux le faire aussi bien sur les conditions de l’émergence politique, que sur la qquestion de la poésie) c’est qu’il y a une force de pensée qui a rarement eu un équivalent dans ce siècle. C’est l’un des premiers penseurs à établir une ontologie fondamentale qui puisse se tenir (depuis il y a eu des tentatives comme celle de Badiou).

        Bon en bref, sur certains sujjets quand on est profane, ou quand on a pas fait un minimum de recherche, on s’abstient.


        • Marsupilami (---.---.180.215) 27 mars 2006 15:03

          Abscons commentaire très hightecherien. Honte au logis ! Irrespect total pour le dadasein !

          Entartage immédiat !


        • paul villach (---.---.226.161) 27 mars 2006 17:49

          Votre remarque finale est très inquiétante, exception faite, bien sûr de la morgue qu’elle exsude inutilement ! Sur un sujet pareil, « les spécialistes » auraient quelques raisons de se faire petits ! 1- Je ne crois pas, en effet, qu’il faille laisser la réflexion à des « spécialistes ». La preuve ? Il s’est trouvé beaucoup de « spécialistes » pour « canoniser Heidegger ». Je me contente, en profane, de l’aveu d’Heidegger lui-même fait au « Spiegel » en 1966, sur ses convictions nazies passées. Et, quoi que vous en disiez, l’analyse d’E. Faye vise juste, du moins pour l’essentiel. Aux spécialistes de s’enliser dans les détails, s’ils le veulent ! L’essentiel est qu’un nazi a été salué à l’égal des plus grands penseurs de l’humanité. Avouez que, quand des « spécialistes » accueillent un nazi dans le « panthéon de la pensée humaine », on est en droit de douter des « spécialistes ». 2- C’est pourquoi je m’avance sur un autre terrain que vous ignorez : comment « une institution de production et de diffusion du Savoir » peut-elle inscrire sciemment ou non des erreurs aussi manifestes dans ces programmes ? J’ai pris seulement « le cas Heidegger » comme exemple emblématique. À ce sujet, j’énonce quelques hypothèses argumentées, et en particulier sur « le dressage » des dits spécialistes. Mais peut-être existe-t-il d’autres explications, en dehors de la théorie du complot, bien sûr ! Paul Villach


        • Sylvain Reboul Sylvain Reboul 28 mars 2006 19:53

          1) H. a vu dans Hitler celui qui « reconciliait » la technique moderne et la visée destinale de l’être allemand ; ce qui n’est pas très loin de la justification du génocide, en effet, techniquement très efficace.

          2) il n’a jamais developpé de position auto-critique claire vis-à-vis du génocide

          3) Il est resté membre du parti nazi jusqu’à la fin

          4) Son regret est peut-être qu’il n’a pu jouer le rôle de penseur radical et radicalement antilibéral du nazisme qu’il révait être...

          Voir dans mon intervention plus loin les ponts que l’on peut faire entre son anti-philosophie critique révélée et le côté illuminé (berger de l’être), anti-individualiste et anti-libéral du nazisme.


        • Calvin Maboul (---.---.187.62) 28 mars 2006 20:36

          M’enfin, c’est évident, pourquoi en chier une pendule ?

          Antique Clocks - Pendulantic se consacre essentiellement à la restauration et à la vente de pendules anciennes et d’outillage pour horlogers. Nous sommes aussi distributeur officiel de la géniale machine à retoucher, rectifier et polir les pivots : Rollimat. Nous sommes aussi revendeur des machines JET, des tours et fraiseuses WABECO et EMCO

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        • paul villach (---.---.226.161) 27 mars 2006 18:54

          Cher Demian, 1- Merci de votre bienveillance, mais il semble que ce soit superflu en ce qui me concerne ! Gardez-en en réserve, d’autres en auront sûrement besoin ! Vous paraissez , en effet, n’avoir pas lu ce que j’ai répété : j’aborde « la canonisation d’Heidegger » en profane qui se contente de son aveu de nazisme de 1966. Où voyez-vous que je me sois présenté dans cet article en spécialiste « philosophe » ? Je ne le suis nullement ! Le Ciel, du reste, me préserve ! Je sais trop que cette « AOC » est assez peu contrôlable. La preuve ? M. le philosophe Heidegger ! Non, non, je vous assure, je ne veux pas en être, je ne sais pas faire !

          2- J’ai voulu seulement émettre des hypothèses sur une « institution de production et de diffusion du savoir’ » qui répand bien des erreurs, sciemment ou non. « Le cas Heidegger » est seulement un cas emblématique pour introduire le débat qui me préoccupe ! Dans le domaine des sciences « dures », même si les imposteurs existent, il est difficile de faire croire que l’eau peu remplacer l’essence dans le moteur à explosion. Il semble que dans les sciences humaines, l’imposture soit plus accessible... D’où mon hypothèse raisonnable sur le « dressage » de « spécialistes » qui finissent par avoir la capacité de se mettre si loin et si durablement le doigt dans l’oeil, et en plus avec superbe, en se dressant sur leurs ergots... Cordialement. Paul Villach


        • grellety (---.---.198.129) 27 mars 2006 18:31

          C’est cette contradiction maximale entre les interprétations qui est passionnante, énigmatique. Heidegger aurait-il été le roi de la surinterprétation ? autant des auteurs de philosophie que par sa propre prose ?...


          • Scipion (---.---.32.104) 27 mars 2006 19:23

            « ...un nazi a été salué à l’égal des plus grands penseurs de l’humanité. »

            Ouais, mais, Knut Hamsun avait déjà montré qu’on pouvait être un immense écrivain et un nazi ; Céline un authentique génie et un antisémite frénétique ; Carrel (prix Nobel de médecine 1912) un très grand savant et un totalitaire fasciste...

            A mon avis, ce qu’il aurait pas fallu, c’était présenter systématiquement les nazis comme des hooligans alcooliques, homosexuels et génocidaires.

            Il était fatal qu’à un moment donné, elles péteraient à la gueule de ceux qui les colportent, ces caricatures... Et tout ça, ça déblaie la route pour cette génération d’Allemands - déjà née, à mon avis - qui dira : « Maintenant, y’en a marre, on paie plus ! »


            • Marsupilami (---.---.188.91) 28 mars 2006 05:36

              On peut même être un ridicule petit Scipion aigri et réactionnaire et être un nazillon.


            • Scipion (---.---.107.62) 28 mars 2006 07:04

              C’est bien ce que vous écrivez, marsupilami. Vous n’avez jamais pensé publier ? Il y a bientôt cinquante piges que Minou Drouet a libéré la place qui vous attend smiley)


            • Marsupilami (---.---.52.185) 28 mars 2006 09:38

              Je déteste autant la racaille d’extrême droite que la racaille black-beur.


            • Sylvain Reboul Sylvain Reboul 28 mars 2006 10:15

              Cela a été fait par Visconti : « Les damnés », un magnifique film.


            • RAMSAY (---.---.173.143) 28 mars 2006 13:20

              CONCERNANT KNUT HAMSUN :

              Knut Hamsun est effectivement un grand écrivain. Le prix nobel qu’il a obtenu avec « La Faim » n’est pas démérité.

              Concernant son adhésion au nazisme, il me semble que celle-ci relève plus de la pathologie suicidaire que de convictions politiques.

              Cette histoire set étonnante : Knut Hamsun s’est tu pendant toute la durée de la guerre et, brutalement, il a signé un article délirant d’adhésion au nazisme, juste après la mort d’Hitler et à quelques jours de la libération du Danemark.

              Doit-on en tenir compte dans son jugement sur l’écrivain ?

              RAMSAY


            • Sylvain Reboul Sylvain Reboul 28 mars 2006 09:41

              Le style de Heidegger est tellement boursouflé, amphigourique et dramatique, ses arguments, si l’on peut les appeller tels dès lors qu’ils ne se donnent pas comme rationnels et critiques, sont tellement liés à une interprétation éthymologique fantaisiste de l’allemand considéré par lui comme la langue révélante (après le grec ancien) de la philosophie et de la vérité de l’être en tant qu’être de tout les étants (alors que ce terme n’a rationnellement aucun sens déterminable) ; être qui, selon lui, à notre époque, se dispense, en s’absentant... que l’on en oublie l’essentiel, à savoir qu’il refuse l’individualisme théorique de la pensée critique , la démocratie philosophique et politique et plus généralement toute philosophie de la représentation qui est la tradition le plus féconde de la pensée philosophique occdentale, bref le libéralisme philosophique des Lumières, au profit d’une mystique négative sécularisée (directement issue de la théologie négative) de l’être révélé par lui même contre les prétendus errements ontico-ontologiques de la modernité et de la technique ; sauf, bien entendu, lorsque ces dernières lui semblent liées dans le projet hitlerien, véritable incarnation de l’être destinal de notre époque. « Ein Volk, ein Reich, ein Fürher »...

              Certains à ce sujet parle de retour à l’ontologie, sans voir que ce retour est une régression intellectuelle, dès lors que sous couvert de l’être comme fondement des existants on peut dire n’importe quoi et surtout refuser de prendre les existants humains en tant que qu’individus singuliers sentants et désirants (donc empiriques) en considération. Il s’agit bien là d’un anti-humanisme pratico-idéologique (je ne dirais pas théorique) qui a ouvert la porte, voire accompagé et légitimé le génocide. Il n’ y a pas d’éthique de la relation aux autres en tant qu’individus concrets chez Heidegger : le souci de l’être est l’expression d’un refus de se soucier des autres êtres.

              Que certains à gauche se réclament de cette parodie para-philosophique romantisée et anti-moderne, dépourvue de tout concept opératoire rigoureux , et de toute argumentation trationnelle, montre seulement que la haine de la démocratie et de la modernité n’est pas l’apanage de l’extrême droite.

              Ceci dit certains propos de Heidegger, sur la technique, la poésie et le temps, peuvent susciter la réflexion et il serait peu philosophique de la refuser au nom du fait que cette prétendue philosophie n’est pas rationnelle, de même qu’il est non philosophique de refuser d’examiner d’une manière critique les différentes idéologies religieuses en ce qu’elles peuvent apporter de questions et de réponses philosophiques possibles à la réflexion critique. Mais, pour ce faire, il convient de s’arracher à l’effet de sidération ou de fascination pré voire anti philosophique que provoque le rhétorique neo-romantique, voire neo-religieuse (« seul un Dieu, après Hitler, a-t-il dit, peut nous sauver ! ») de cet auteur.

              Dieu l’être et la nature ; dialogue autour de Heidegger et de Spinoza

              Heidegger, les sciences et la technique

              Le rasoir philosophique


              • Calvin Maboul (---.---.187.62) 28 mars 2006 20:44

                M’enfin, c’est évident, pourquoi en chier une pendule ?

                Dans ce site, je tenterai de soumettre à l’interrogation critique et rationnelle les présupposés métaphysiques qui font, à mon sens, obstacle au développement d’une éthique libérale cohérente et universalisable en droit. J’entends ouvrir là un espace de dialogue rigoureux et amical avec tous ceux pour qui philosopher c’est lutter contre les illusions pour mieux vivre ; car si certaines d’entre elles sont inoffensives, voire consolantes, aucune ne peut nous permettre de comprendre le monde et nous-mêmes pour accroître notre puissance d’agir. Quelques photos de Grèce, berceau de la philosophie...

                La fraiseuse philosophique

                La sentence ontologique absolue

                La philosophie rationaliste intégrale


              • Ange (---.---.174.244) 28 mars 2006 10:06

                WARF ! Stop !Jamais Heidegger a été canoniser !Merci !

                Par contre,Jean-Sol Parte ,oui ! Par l’Éducation Nationale. Et,il a tout « copié » sur l’existentialismus d’Heidegger.......

                Enfin,il faut savoir que notre cher Heidegger a abandonné sa femme de confession israëlite,lors de l’arrivée au pouvoir d’Adolf Hitler. Hum !

                =+=


                • Ange (---.---.174.244) 28 mars 2006 10:26

                  # Knut Hamsun ,un Nazi ?Arrétez !!!!!

                  Récupéré:oui.Et les courageux résistants de la dernière heure ne l’ont pas raté:Prison...en 1948.

                  « Vous voyez devant vous, chaque jour, des montagnes bleutées ; ce ne sont pas des choses inventées, fabriquées, ce sont de vieilles montagnes, elles sont là depuis la nuit des temps, mais elles sont vos amies.

                  Marchez toujours de concert avec le ciel et la terre, soyez unis à eux, soyez unis à cette immen­sité, soyez fidèles au sol. Vous n’avez nul besoin de tenir l’épée à la main, allez sans casques, sans armes à travers la vie, entourés de toute cette amitié des éléments. Voyez, elle est là, la nature, elle t’appartient, à toi et aux tiens.

                  L’homme et la nature ne se combattent pas, ils se donnent raison, ils n’entrent pas en concurrence, ne se battent pas pour obtenir un quelconque avantage, ils vont main dans la main ».

                  Segen der Erde (Bénédiction de la Terre) de Knut Hamsun.

                  posted by Le chat botté | dimanche, mars 12, 2006 | 1 comment

                  =====================

                  # Céline:un pacifiste,pas un Nazi !

                  Rappelons que « l’Ogre de Meudon » a été médecin militaire sur les champs de bataille de 14/18. Question boucherie:le brave homme a beaucoup donné...

                  =+=


                • Senatus populusque (Courouve) Courouve 29 mars 2006 10:58

                  Pas tout ; il a aussi copié Husserl.

                  Sartre a réussi le tour de force de se compromettre avec le nazisme, faisant jouer ses pièces sous l’Occupation et succédant à un prof juif révoqué au lycée Condorcet, puis de donner dans le stalinisme.

                  Si la pensée « Jamais nous n’avons été plus libres que sous l’occupation allemande. » Jean-Paul Sartre, « La République du silence », Les Lettres Françaises, 9 septembre 1944 [repris dans Situations, III], peut s’interpréter comme liberté de résister ou liberté d’être un salaud-collabo, que dire de celle-ci :

                  « Le citoyen soviétique possède, à mon avis, une entière liberté de critique. » Jean-Paul Sartre, Libération, 15 juillet 1954.

                  Après la guerre, Sartre avait eu le culot de traiter de salaud un prof allemand qui aurait accepté de remplacer un juif ...


                • Tyo (---.---.104.198) 28 mars 2006 10:39

                  Effectivement, construire un système philosophique sur Nietszche est foireux. C’est d’ailleurs tout à l’honneur de Nietszche dont le but a été de démontrer que tout système philosophique est une imposture, une tentative d’englober la vie dans des concepts (qui ne sont que des constructions mentales et langagières qui ne peuvent prendre en compte la vie en elle même et ne font que la réduire et la mortifier). Donc Nietszche a réussi son coup : ne pas être conceptualisable, systématisable.


                  • (---.---.50.222) 28 mars 2006 11:21

                    Complètement d’accord, Nietszche n’ètait pas un philosophe, mais un poète, au sens étymologique de ce mot (en ancien grec : « faire, créer »).

                    Rien à voir avec la grandiloquence foireuse, pseudo-abstraite et pseudo-conceptuelle de Heidegger.


                  • paul villach (---.---.188.146) 29 mars 2006 10:13

                    Cher Demian, 1- Je n’entends nullement jeter le discrédit sur les sciences humaines. Je constate seulement que parvenir à « une représentation de la réalité » la plus fidèle possible dans leur domaine est plus difficile apparemment que dans les sciences « dites exactes ». Voyez ce qui se lit sur Heidegger, tout et le contraire de tout. 2- Encore une fois, mes contradicteurs ne semblent pas avoir compris le sens du mot « profane » que j’ai arboré. Il signifie, certes « non-initié », mais parce qu’on reste volontairement « devant et hors du temple » (pro - fanum, en Latin). Le malheur, aujourd’hui, est que si vous n’êtes pas « profane » (hors du temple), il semble difficile d’échapper à l’autre terme de l’alternative , qui est le sort de celui qui est « dans le temple », d’où est issu le mot « fanatique ». La question que j’ai posée , en prenant « le cas d’Heidegger » comme exemple, et dont personne ne débat, est celle de « l’arbre » qui a produit ce fruit vénéneux. Je propose précisément une hypothèse : le Savoir soumis à l’empire du Pouvoir, quoique laÏque, engage les mêmes comportements qu’une mythologie religieuse, car ils sont fondés tous deux sur « la soumission aveugle à l’autorité », qui est à elle seule une religion ! Cordialement. Paul VILLACH


                  • dominique (---.---.246.82) 12 avril 2006 15:30

                    Bonjour,

                    En parcourant ces posts , je suis tenté de demander aux participants si certains ont lu quelques ouvrages de Martin Heiddeger .Je découvre tout juste cette oeuvre ,elle m’interroge, m’interpelle , je suis un peu surpris par ces réactions quasiment épidermiques,émotionnelles, mais sont-elles réellement philosophiques ?

                    Amicalement, Dominique

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