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Comment le citoyen peut-il faire évoluer la société ?

Article faisant la synthèse du Café Citoyen de Caen du 10/04/2010 : http://www.cafes-citoyens.fr/comptes-rendus/539-comment-le-citoyen-peut-il-faire-evoluer-la-societe

Les intervenants ont d’abord souligné la démobilisation générale. Ils ont décrit une société bloquée. Souffrant d’inertie à tous les niveaux. Manquant cruellement de citoyens actifs. Comme indiqués en guise d’introduction, les chiffres sont éloquents. Le taux de syndicalisation a en effet été divisé par 4 en 50 ans (de 30% en 1945 à 8% en 2004). L’abstention électorale atteint des niveaux records (abstention désormais supérieure à la majorité). Dans les associations, entre 2000 et 2005, le pourcentage de simple adhérent est passé de 19 à 33% alors que le pourcentage d’adhérent actif est passé de 59% à 48%. Les modèles traditionnels de participation à la vie publique (partis, syndicats, associations) sont-ils en crise ? Sont-ils en train d’évoluer ? Faut-il les revivifier ? Faut-il inventer de nouveaux moyens pour faire s’impliquer le citoyen dans la vie collective ?
Pourquoi un tel désengagement ? Plusieurs raisons sont évoquées. Pour certains, le citoyen se serait aujourd’hui effacé devant le consommateur. Qui plus est, il semble aujourd’hui plus aisé de trouver la satisfaction dans les cercles restreints comme la famille voire les amis plutôt que de chercher à comprendre la société dans son ensemble. Dans notre « société éclatée », l’individualisme nous a éloigné du sentiment d’appartenance à une communauté unie. On s’interroge d’ailleurs sur ce que signifie aujourd’hui le « bien commun » ? Pour d’autres, la complexité et la diversité des problèmes de notre société, et du monde en général, conduiraient le citoyen à cultiver un sentiment d’impuissance. Quoiqu’il en soit, qu’il s’agisse de dilettantisme, de désintérêt ou de fatalisme, force est de constater un manque évident de volonté générale.

Pourtant, il existe des outils permettant au citoyen de contribuer à la vie collective. Le plus emblématique est certainement le vote. C’est, par excellence, le moyen de participer à la vie publique. L’inlassable progression de l’abstention électorale nous montre malheureusement que le vote n’est de nos jours plus considéré comme un moyen d’expression efficace. On explique alors que ce désintérêt est du au manque de projets de société. Mais également aux comportements des politiciens. Plus soucieux de faire carrière que de servir la collectivité.

Peut-on pour autant faire évoluer la société en s’abstenant d’aller voter ? Certains le pensent. L’abstention est alors vécue comme un moyen de « faire pression » sur les politiques. Une pression toute relative quand on sait que l’impact médiatique se dissipe finalement assez rapidement. Le danger peut aussi résider dans le fait que l’on peut faire dire ce que l’on veut à cette abstention revendicative. En effet, comment distinguer l’« abstention active » de l’« abstention passive » ? Bon nombre de citoyens préconisent donc la reconnaissance du vote blanc, c’est-à-dire la comptabilisation des votes blancs dans les suffrages exprimés. Cette reconnaissance du vote blanc permettrait de clarifier le paysage politique en même temps que de combattre l’abstentionnisme. Abstentionnisme qui, quoi qu’on en dise, reste tout de même un mauvais exemple, notamment pour les hommes et les femmes cherchant à établir la démocratie dans d’autres pays.

Comme le rappelle un citoyen, avant de vouloir changer la société, il faut se changer soi-même. Or, « la notion d’intérêt général échappe à beaucoup de gens » pour des raisons d’intérêts personnels ou corporatistes. Tant que le citoyen ne sera pas responsable, la société ne pourra évoluer. Et se responsabiliser, cela passe notamment par donner de soi. Mais tandis que l’on donne de l’argent ou des biens, voire son sang, à des œuvres caritatives, on est plus réticent, voire récalcitrant, à accorder régulièrement un peu de son temps, que l’on préfère plutôt occuper par des loisirs.

Orienter ses choix de consommation peut également être un des leviers pour que le citoyen influe sur la société. Cet exercice nécessite certes de s’informer. Sur la composition, la provenance, les modes de fabrication des produits que nous achetons. Ces discours moralistes font appel à la conscience de chacun d’entre-nous. A la formation d’une éthique personnelle. S’interroger sur notre manière de vivre, sur notre manière de consommer, permettrait d’harmoniser nos pensées, nos aspirations et nos actes. On cite également d’autres initiatives individuelles : héberger sur son canapé des gens de passage (un site Internet existe pour faciliter les mises en relation), faire du stop, boycotter des produits... Pour beaucoup, le changement passerait avant tout par des actes individuels. Actes par lesquels on se forgerait une règle de vie.

Cependant, de nombreux comportements alternatifs sont montrés comme dangereux dans notre société actuellement. Quand ils ne sont pas passés sous silence. Il faut dire que les mass-médias jouent un rôle prépondérant dans notre société. Force est de constater que leur traitement de l’information démoralise plus qu’il n’enthousiasme. En mettant l’accent sur les accidents, les désastres, les faits divers. En se complaisant dans une sorte de catastrophisme. Si des canaux relayant des initiatives positives était créés, nul doute que le citoyen se trouverait encourager à explorer d’autres voies. S’aventurer dans les recoins alternatifs de notre société, que ce soit dans le domaine du logement, de l’alimentation, du travail, nous éloigne de la généralité, de la norme. Et demande beaucoup d’efforts.

Car changer soi-même, pour un confort de vie ou pour mettre en adéquation ses pensées et ses actes, voilà déjà un chemin ardu, semé d’embûches. Alors « faire évoluer la société », n’est-ce pas trop ambitieux ? Et si, finalement, nous ne voulions pas faire évoluer cette société ? Et si finalement nous souhaitions plutôt nous en détacher ? Ne plus avoir affaire à cette société de plus en plus contraignante ? Trouver un peu de calme et de tranquillité. Certes, cette attitude est bien loin de celle d’un révolutionnaire projetant son idéal sur la place publique. Mais c’est peut-être le début de quelque chose. Un retrait nécessaire pour voir le monde autrement. Le déclenchement d’une processus de maturation. Ne dit-on pas que les petites rivières forment les grands fleuves ?

Mais si nous sommes relégués à nous contenter de nos actes personnels, n’est-ce pas à cause d’une panne du politique ? Les citoyens déplorent en effet le décalage entre les errements du Parlement français (Assemblée nationale et Sénat) et les préoccupations voire les attentes populaires. Le divorce entre gouvernants et gouvernés est-il pour autant consommé ? Il pourrait bien l’être si les citoyens ne contribuent pas suffisamment à l’élaboration des lois. Aujourd’hui, pétitions et manifestations ne suffisent plus. Elles contribuent même à entretenir la sclérose sociale. A quand les citoyens force de propositions ?

Seulement parfois, pour faire évoluer la société, il faut aller contre l’opinion publique. Et avancer des idées audacieuses. Défendre des convictions. Formuler des doctrines lumineuses. Comme ce fut le cas lors de la légalisation de l’avortement. De l’abolition de la peine de mort. Il serait souhaitable que les penseurs et les philosophes s’expriment d’avantage. S’engagent. Investissent l’espace public. Le citoyen ne s’en trouverait que plus éclairé.

Finalement, n’est-ce pas dans les périodes critiques que les décisions courageuses sont prises ? Gide croyait en la vertu du petit nombre, que le monde serait sauvé par quelques-uns. Et si les citoyens les plus éclairés se devaient de tracer les plans d’un nouveau modèle de société ? Condition sine qua non selon certains pour que l’ensemble de la population puisse envisager un autre avenir. Et suivre une nouvelle voie.

par HOUSSAYE Marc (son site) samedi 22 mai 2010 - 17 réactions
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  • Par ddacoudre (xxx.xxx.xxx.23) 22 mai 2010 22:16

    bonjour youssef

    j’ai relevé ta conclusion "Finalement, n’est-ce pas dans les périodes critiques que les décisions courageuses sont prises ? Gide croyait en la vertu du petit nombre, que le monde serait sauvé par quelques-uns. Et si les citoyens les plus éclairés se devaient de tracer les plans d’un nouveau modèle de société ? Condition sine qua non selon certains pour que l’ensemble de la population puisse envisager un autre avenir. Et suivre une nouvelle voie."

     

    Il me paraît évident, que nous ne couvrirons pas la planète de béton, de voitures, et de produits toxiques. Cela, à cause d’une mécanique qui nous échappe et par laquelle se manifestent toujours des êtres plus « intelligents » que d’autres, pour jalonner leur époque. L’époque des scientifiques de toutes nations est proche, et ils ne resteront pas éternellement alarmistes (naturellement je ne pense pas à ceux qui suivent leurs maîtres financiers ou idéologiques). Ce n’est pas là la marque du hasard, mais celle d’une espèce dont l événement culturel génère ses propres éléments devant concourir à son évolution, parce que toute cellule qui prolifère produit des déchets qui entraînent sa destruction, si elle ne reçoit rien de l’extérieur ou n’est pas capable de se transformer.

    Comme tout événement, « le culturel », événement en soi, déterminera le sien, et à la richesse matérielle en succédera une autre.


    Aussi, essayer de nous motiver pour accepter une modification de la vérité de notre vécu, nécessite de rechercher dans notre vérité son sens caché, celui qui se trouve au-delà de la seule représentation financière de nos désirs.

    Non pas le sens que tout le monde connaît, c’est à dire vouloir disposer de revenus pour jouir du produit des ressources matérielles ou intellectuelles sans participer à l’effort de leur création ; mais le sens qui a fait, que des hommes se sont toujours manifestés pour envisager des mondes meilleurs, pour avoir des utopies. Celui qui fait, qu’ignorant de la source cachée de leur élan, ils ont fait évoluer le monde culturalisé, même si c’était pour le tailler à leur mesure.

    Ils existaient hier, ils existent aussi aujourd’hui, même si je considère qu’il y en a de moins en moins dans le monde des adultes « installés », qui ont dû lutter pour modifier leur monde et, en parvenu, ils laissent le flambeau à d’autres. Je suis peut-être injuste, mais pour ce qui relève encore de l’utopie c’est vers les cadets qu’il vaut mieux espérer.

    Ce qui se perd donc aujourd’hui, c’est moins une structure qu’un lieu d’apprentissage de la fraternité, pour retenir un terme républicain, car c’est au sein de la famille que se développe son atomisation actuelle. Cela parce qu’elle n’est plus une « communauté de famille » même éclatée ou recomposée, où se développe la socialisation, mais une « communauté d’agrégats d’intérêts individuels ». Et si les statistiques nous soulignent que la famille est toujours une valeur sûre, c’est plus comme « bouée de sauvetage » devant la « démission » socialisante des instances politiques qui est en rétroaction celle de ses électeurs. « Démission » nécessite d’être mis entre guillemets car elle peut résulter d’un choix conscient ou induit. Devant une idéologie "libérale "qui se fait le chantre du bonheur des individus, comme toute idéologie, elle sélectionne ceux qu’elle reconnaît comme siens par la monnaie. Dans cette complexité, l’analyse de la structure systémique est aussi importante que l’analyse affective et le plus difficile dans un débat sémantique demeure de faire ressortir que chacun participe à ce dont il se plaint, car il pense que c’est toujours dû à l’autre. 

    Car il n’est pas nécessaire pour vivre qu’il sache que l’Autre est son « miroir ».


    cordialement

  • Par lolet (xxx.xxx.xxx.146) 23 mai 2010 11:13
    lolet

    Désolé de venir troubler ce petit ronronnement ...
    Le seul moyen de changer les choses est la révolution !
    Comment répondre à la violence qui nous est faite ?
    Par le bla bla ? Par les moyens et les règles mises en vigueur par les Dominants ?
    Je ris .... jaune.
    Si je vous pousse, re-pousse et de plus en plus violemment, vous pensez encore que c’est en discutant avec moi que vous allez changer mon comportement ?
    Qu’en me faisant passer de mon statut d’ignorant à un statut de "conscient" vous allez endiguer ma violence ?
    Haha ha ! (ironie)
    Et quelle est la place de la bêtise dans tout cet article ?
    L’homme n’aime pas la liberté pparce qu’elle implique la responsabilité !
    Déjà les Israélites demandaient un Roi pour eux, quitte à ce qu’ils en pâtissent !
    La bêtise ...
    cherchons un peu de ce côté, et on verra pourquoi ça ne bougera pas ...
    sauf quand les esclaves crèveront de faim, alors là, ils feront une révolution violente, abbatant les statues, tuant, pillant, détruisant ...
    La bêtise.

  • Par armel.lecoz (xxx.xxx.xxx.7) 13 avril 2011 12:07
    armel.lecoz
    Article intéressant ...mais trop de critiques à mon goût, et pas assez de solutions réelles. Seule la conclusion me semble ouvrir des pistes d’avenir :
    "Et si les citoyens les plus éclairés se devaient de tracer les plans d’un nouveau modèle de société ? Condition sine qua non selon certains pour que l’ensemble de la population puisse envisager un autre avenir. Et suivre une nouvelle voie."

    Je ne pense pas que ce soit directement le rôle du citoyen que de tracer les plans d’une nouvelle société ...mais normalement celui du politique. Ceci-dit, à mon avis, la politique gagnante c’est en effet de faire AVEC le citoyen (et la société civile) plutôt que de faire POUR lui.

    Une grande partie de la réponse est donc dans la démocratie participative ainsi que dans les moyens de faire participer les citoyens. Pour un panel d’idées, de solutions et de moyens de faire évoluer notre démocratie, voici un programme intéressant auquel je participe activement : http://innovationsdemocratic.org/ 
    N’hésitez pas à y piocher des idées, des concepts et des moyens de construire ensemble cette société plus démocratique.
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    HOUSSAYE Marc

    HOUSSAYE Marc

    Je réside à Caen (Basse-Normandie, Calvados). Actuellement président de la Fédération des Cafés Citoyens La Nouvelle Arcadie, je pratique régulièrement l’exercice du débat au Café Citoyen de Caen.

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