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Accueil du site > Actualités > Citoyenneté > Comment repenser le commerce équitable ?

Comment repenser le commerce équitable ?

Le commerce équitable s’installe avec ses codes et ses pratiques. Quels sont-ils ? Ne sont-ils pas perfectibles ? Est-il nécessaire de repenser le commerce équitable ? Si oui, comment ?

I Une affaire du privé, le commerce équitable ?

Loin de l’Etat, le commerce équitable a construit ses principes autour de la certification. Ce qui veut dire que des entreprises sont apparues, ou ont pris à leur compte la vérification par les producteurs de règles qu’ils se sont auto imposées. Bien sûr rien n’oblige un producteur à s’y plier, mais dans ce cas il ne pourrait afficher le logo du certificateur, sous peine d’être accusé de publicité trompeuse, voire de tromperie ou de contrefaçon de la marque. L’Etat est donc ici en filigrane, puisqu’il assure l’effectivité de l’engagement et le respect de la marque par l’application de la « loi des parties ».

Mais l’Etat ne va pas rester éloigné très longtemps et va se trouver impliqué à travers des règlements, des normes officielles ou des conventions pour l’amélioration de la qualité. Ces dernières, moins connues, sont particulièrement intéressantes. Un entrepreneur qui veut voir établie une convention sur un nouveau procédé, un nouveau critère qualité, va voir le service en charge de l’Etat et en fait la promotion. L’Etat va réunir professionnels, organisations de consommateurs, et les négociations sur la teneur et l’opportunité de la norme commencent sous sa tutelle en présence de tous les intéressés. Le but est d’aboutir à un standard qui aura vocation à s’étendre et à devenir le standard courant pour tous les producteurs. Si la négociation aboutit, le producteur peut afficher le logo « Approuvé » sur ses produits et peut s’en revendiquer devant les consommateurs, les assurances, les banques.

En ce qui concerne les autres normes, comme « issu de l’agriculture biologique », seuls ceux qui respectent le cahier des charges imposées peuvent s’en prévaloir. C’est d’ailleurs pour cette raison que Danone a du abandonner la marque Bio pour Activia, et que « BA » n’a plus eu le droit d’être disposée dans les étalages réservés aux yaourts (ce qui a causé la faillite du producteur initial). Il s’agit d’une interprétation stricte de la loi qui interdit « d’adopter » une dénomination réservée. En ce qui me concerne, je considère que conserver sa marque ne devrait pas être pénalisé, sauf mauvaise foi patente (mais à l’époque du lancement de Bio de Danone l’agriculture biologique n’était pas encore aussi clairement à part). Ce qui n’exclue pas les consultations préalables, et c’est le moment pour les lobbies de faire entendre leur voix.

Tout ceci contribue à une pléthore de labels aux cahiers des charges divers, ce qui ne favorise guère le choix du consommateur. Quand on lui laisse le choix...

II Renverser la filière inversée du commerce équitable

La logique du commerce équitable et des autres produits concourrant au développement durable est la logique dite de « filière inversée » (selon le mot de J. K. Galbraith dans Le Nouvel Etat Industriel). Pour la majorité des produits, le label préexiste à la production. Pour nombre d’entre eux, c’est parfaitement compréhensible au vu du cahier des charges (par exemple les ballons de foot sans travail d’enfants). Le choix de faire un café équitable comme le « Just coffee » de Consumers International est un choix idéologique, et c’est sur un critère idéologique que le consommateur va percevoir le label comme un argument de vente. Le consommateur est forcé de choisir entre un café équitable ou non. Mais s’il choisit mettons un café Malongo, il sera forcé de le prendre équitable (Max Havelaar en l’occurrence).

A l’inverse, et c’est plus gênant, il ne dispose pas d’une option « équitable » sur tous les produits qu’il voudrait. S’il veut des Nike, des Puma, des Reebok ou des Adidas, il devra se passer de la certitude d’une production équitable. Pire, il renonce même à tout droit de regard sur une production « humaine » à savoir horaires acceptables, interdiction des test de grossesse systématiques, sécurité sur le lieu de travail, salubrité des locaux et des dortoirs (Naomi Klein décrit dans son « No Logo » des dortoirs philippins à Cavite, « véritables souricières en cas d’incendie »).

Restons sur l’exemple généralisable des baskets. Qu’est ce qui empêche à une association de recueillir des fonds qui seront directement et quasi intégralement reversés aux travailleurs, dont le salaire est négligeable au vu du prix du produit (30 centimes par pièce environ, sur des produits de 60 à 150 euros, soit au mieux 0,5% du prix) ? Cette association pourrait faire sa promotion devant les détaillants, voire conclure des accords avec des chaînes de boutiques comme « Foot Lockers », « Décathlon » ou « Courir ». Il est rare qu’un consommateur soit à 5 euros près lors de l’achat de ses chaussures (pour les hommes, même peu consuméristes, un choix tout particulier est porté à celles-ci).

III La Mise en pratique de « l’abondement au salaire » : obstacles et atouts

Les principaux obstacles que je peux identifier « à chaud » sont :

1 La dissociation du paiement. Si l’on se voit proposé lors du passage en caisse « l’abondement au salaire », cela permet que ses facilités de paiement (carte de crédit notamment) demeurent intactes. Si la chaîne de distribution est partenaire, ou que le consommateur à un compte créditeur dans l’association, ce problème est éludé.

2 La difficulté à identifier le travailleur et à acheminer l’aide. Pour cela il faudrait l’assistance du producteur, qui trace de toutes façons ses produits. Ou se résigner à aider « à l’aveugle » c’est-à-dire plus ou moins arbitrairement.

3 La répartition des fonds est délicate. Il serait bon de laisser les entreprises d’assistance s’en charger elles-mêmes quitte à les contrôler, et de laisser le consommateur arbitrer selon ses propres critères. L’un voudra une assistance à la création et à la dotation de coopératives, l’autre la remise la plus intégrale possible entre les mains d’un seul ouvrier (ou de sa femme, qui se révèle souvent plus responsable !), ou aux accidentés du travail, ou bien la diffusion sur tout le site de production, ou l’amélioration des conditions de sécurité.

4 Nous pourrions avoir à supporter l’animosité de la marque qui ne voudrait pas d’ingérence dans ses affaires. Evidemment rien ne le justifierait, ce qui porterait une grave atteinte à son image de marque. Dans le cas du chantage direct auprès des ouvriers (« c’est eux ou nous ») la situation serait sans doute plus délicate. Et que dire d’une corruption des autorités locales pour menacer ou expulser les associations ?

Un atout décisif : une solution plus facilement extensible

Si l’on parvient à associer un grand distributeur, on pourrait imaginer les produits du magasin « participant à l’opération » (selon l’expression consacrée) patchés d’une gommette jaune (j’aime bien le jaune ! et pourquoi pas jaune d’abord ?) et lors du passage en caisse, on pourrait panacher facilement les produits pour lesquels abonder ou non, selon ses préférences et ou ses moyens. Voire enregistrer ses préférences dans sa carte de fidélité (produits, associations, fréquence ; par exemple abonder à hauteur de 4 euros pour tout vêtement payé plus de 50 euros, et verser la somme selon les modalités de l’association « Soleil pour tous »).

En conclusion : Comme souvent pour comprendre un système il aura fallu en sortir. J’aimerais beaucoup voir cette proposition « d’abondement du consommateur au salaire » mise en pratique car il me plait que la contribution soit extensible, simple, directe, concrète, liée à un travail ingrat donc qui ne renforce pas l’assistanat ; et le consommateur a un réel choix quand aux critères auxquels il est sensible. Gageons que si le soutien des principales marques est acquis et que quelques distributeurs s’y joignent, une bataille décisive pour le développement économique et social serait gagnée. Et nous pourrons alors nous atteler à l’écologie (et au sociétal ?) avec toute notre énergie.

Sûrement d’autres articles à venir sur le sujet...

PS : Images Wikipedia.

PPS : il me semble avoir eu la primeur de l’idée, mais si vous avez été confronté à des expériences similaires, veuillez me faire signe sur le fil SVP. Si cette idée vous a plu et que vous voulez la diffuser, ne vous gênez pas !

Documents joints à cet article

Comment repenser le commerce équitable ? Comment repenser le commerce équitable ? Comment repenser le commerce équitable ?

PS:

Cet article fait suite aux articles « Consommer juste ou juste consommer, et »Concurrence inter Etatique et développement durable".

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29 réactions à cet article    


  • Ado (---.---.59.170) 31 juillet 2006 11:11

    « Il est rare qu’un consommateur soit à 5 euros près lors de l’achat de ses chaussures (pour les hommes, même peu consuméristes, un choix tout particulier est porté à celles-ci). »

    Mais dites moi, vos aumones pour les pauvres, elles sont obligatoire pour l’occidental, ou ce n’est qu’un option ?

    Par ailleur, vous oubliez les service (80% de l’économie). Et aussi que la moitier des français gagne moins de 7500FF/mois, ce qui pourrait justifier qu’eux aussi bénéficient de cette mânne. Allez vous discriminer les gens alors que nous sommes tous des citoyens du monde ? Ne faudrait-il pas alors, que les consommateurs des pays en croissance nous paye aussi les 5€ demandés ? Sinon, les consomateurs ne vont ils pas refuser d’acheter des produits équitaux étranger ?

    Et enfin, vous oubliez que ces 5€ seront taxé, taxé, taxé, donc ca ne fera pas du tout 5€ pour l’étranger.

    Sinon, j’ignorais qu’il y avait des tarrés qui payaient leur godasse plus de 128€ !!!! Moi c’est 30€ maximum.


    • nono (---.---.94.25) 31 juillet 2006 11:17

      Le probleme du commerce equitable c’est qu’il n’a aucune influence sur la misere ici : le quard monde...

      Ce qui se passe a paris en est la parfaite illustration...

      Les bobos parisiens achetent des produits de commerce équitable pour soulager les miserez lointaines... mais ne supportent pas la misere sous ses fenetres....

      Cacher cette misere locale.... que je ne veut pas voir

      Le commerce equitable a l’heure ou la deregulation n’entraine que de la concurence faussé a l’echelle mondiale... En europe cela a un cout : le quard monde...

      Les politiques acceptent ce quard monde comme une fatalité....cartains preferaient cacher le quart monde c’est tellement plus facile....

      La consommation en se donnant bonne conscience a ses limites.... notamment quand on devient sourd et aveugle a la pauvreté sous ses fenetres...


      • Ado (---.---.59.170) 31 juillet 2006 16:49

        Bof, ca peut avoir un effet positif sur les pouilleux, mais c’est assez incertains, car on ne connait jamais qu’elles sont les effets d’une décision économique et que, par ailleur, de toute façon, les pauvres de pays pauvres vivent dans des villes, pas à la campagne, et ne travaillent pas dans l’agriculture, bref comme nous. Donc effet peut être positif pour ceux qui touchent, rien pour la population, et nefaste pour les concurent locaux qui ne touche pas.


      • Internaute Internaute 31 juillet 2006 11:20

        Vous soulevez le point épineux du choix du consommateur, en regrettant que le commerce équitable ne soit pas présent sur toutes les gammes de produits. C’est bien gentil mais je n’en comprend pas le fondement. Pourquoi le commerce équitable devrait-il être une obligation universelle ? Je pense que la lutte la plus immédiate à mener pour permettre au consommateur de choisir et de rétablir les mentions d’origine qui ont disparu à cause de l’Europe. Ainsi, le consommateur n’a plus le droit de savoir si les clous qu’il achète sont faits en France ou en Turquie. Les commissaires ont fait cela exprès pour éviter une possible entrave à la libre concurrence. Cette Europe totalitaire qui cherche à forcer les comportement des gens doit être mise à la poubelle au plus vite.

        En ce qui concerne le commerce équitable, là encore on utilise un terme qui touche à la sensibilité des gens pour leur faire accepter n’importe quoi. « Equitable » c’est bien, alors collons ce mot sur une étiquette ou passons des lois contraignantes au nom de l’équité, notion universelle que personne ne pourra refuser sans être taxé de fasciste et de X...phobe. Ce mécanisme a été utilisé avec succès pour les « Droits de l’Homme » qui au bout du compte ont complètement bloqué la société française par les effets de bords indésirables.

        C’est vrai, avec Max Havelar on n’est pas encore au excès des « Droits de l’homme » mais l’usage du terme Equitable procède des mêmes manières. Danger, donc.

        Pour ma part je pense que le commerce équitable, s’il est vrai qu’il a un impact positif immédiat pour les paysans du tiers-monde, leur cause globalement tort. En effet, le commerce équitable favorise le commerce international qui comme chacun sait, appauvrit les pays pauvres, appauvrit les consommateurs des pays riches et ne profite qu’à ceux qui ont la possibilité d’acheter un cargo entier à trois balles pour le revendre à 50 balles. En développant le commerce équitable, lequel est essentiellement orienté à l’exportation, on empêche l’existence de cultures vivrières locale et d’une économie auto-suffisante qui est le seul socle possible et durable de tout développement. Au lieu de produire des tonnes de café il faudrait peut-être qu’ils puissent gagner leur vie en faisant toute la gamme de produits à consommer sur place. A terme, le commerce équitable maintient ces pays dans la pauvreté et dans la dépendance, les deux allant de pair.


        • Johan Johan 31 juillet 2006 11:39

          A Tous,

          Manifestement un eclaircissement me parait necessaire.

          Il ne s’agit bien sur pas d’imposer le commerce equitable a tous, pour tous les produits.

          Il s’agit d’ouvrir une OPTION equitable. Elle ne serait pas necessairement le fait des producteurs (qui l’imposent : pas moyen d’acheter Malongo sans Max Havelaar) mais qui pourrait etre celui des associations (celles ci sont en concurrence pour proposer l’action que le client desire).

          En collaboration eventuellement avec les distributeurs qui rendraient la levee de l’option equitable aisee.

          Cette option c’est la facilite de remonter la filiere et d’aider le travailleur. Les produits concernes sont marques pour les identifier.

          D’un point de vue logistique, c’est un net progres.

          Et le consommateur a la POSSIBILITE de rendre equitable tous les produits qu’il souhaite.


          • Yoyo (---.---.132.225) 31 juillet 2006 14:28

            « (qui l’imposent : pas moyen d’acheter Malongo sans Max Havelaar) »

            C’est faux.


          • Stephanski (---.---.58.114) 31 juillet 2006 11:47

            A côté du commerce équitable, il y a des idées comme la décroissance, qui émergent :

            http://crisedanslesmedias.hautetfort.com/archive/2006/07/30/decroissance-une-idee-qui-progresse-2-le-gouvernement-s’y-me.html

            La décroissance, un concept à creuser. Qu’est-ce qui doit décroitre et qu’est-ce qui doit croitre ?


            • Stephanski (---.---.58.114) 31 juillet 2006 11:49

              Le site en rapport avec le message d’avant.


            • (---.---.87.119) 31 juillet 2006 13:07

              pour ceux que ça interresse,je signale que vous affichez le logo de max havelaar, pour illustrer votre article sur le commerce équitable,mais il faut savoir que max havelaar n’est pas un label de commerce équitable mais bien une marque comme carrefour,etc..et qu’il surfe un peu sur cette confusion qui est souvent faite par les consom’acteurs, Les pouvoirs publics viennent d’attribuer, via le ministère des Affaires étrangères, plus de 3 millions d’euros, sur une enveloppe totale de 5,6 millions d’euros pour l’ensemble du secteur, au seul Max Havelaar, qui consacrera 1,9 millions d’euros rien que pour sa communication. Michel Besson, directeur de l’ONG Minga, ne décolère pas, quand il évoque l’attribution de ce trésor : « De nombreurs acteurs économiques (entreprises et associations) et de nombreux citoyens se posent des questions sur le pourquoi et le comment de ces décisons... qui excluent les acteurs économiques et donc un véritable développement économique du commerce équitable ». En favorisant ainsi un opérateur, le gouvernement a rejeté tout financement véritable de développement économique du commerce équitable. Aucun projet concret n’a été retenu. Finalement, c’est la grande distribution qui, indirectement, via les campagnes publicitaires de Max Havelaar incitant à acheter en grandes surfaces, bénéficiera du soutien du denier public. Les acteurs économiques du commerce équitable (entreprises et associations) pourront quant à eux avoir recours à la bienveillance des donateurs. Comme avant...


              • Zamenhof (---.---.79.247) 31 juillet 2006 14:46

                Voilà une réflexion très interessante !

                S’il y avait plus d’articles comme ça sur Agoravox - au lieu des stériles combat de catch habituels ! - ça deviendrait un site utile d’où pourrait émerger des progrès et des solutions, et de nouveaux mouvements.


                • Jesrad (---.---.20.126) 31 juillet 2006 14:52

                  L’idée d’un grand distributeur « équitable » qui proposerait au passage en caisse de pouvoir payer un supplément qui irait promouvoir des initiatives vraiment efficaces (par exemple des fonds d’investissement + établissements de micro-crédit) de développement, pourquoi pas. C’est une forme de charité, certes, mais dans un format pratique et familier.

                  Néanmoins, est-ce que ça ne serait pas encore plus efficace, au lieu de payer mettons 2% de plus pour la même chose, d’acheter 2% de produits en plus ? Là où je veux en venir, c’est que le public acheteur a aussi des besoins, et une quantité d’argent limitée. Il connaît aussi des situations de misère, parfois. Le surplus d’argent versé à travers un programme de commerce dit « équitable », comment peut-il être employé au mieux ? Garantir le choix du consommateur final, c’est une excellente idée. Mais en pratique, quels sont les objectifs à atteindre ? Si le même argent peut-être utilisé par une ONG pour bâtir quelques écoles, faudra-t’il avoir un label « commerce éducatif » ? Un label « commerce logement » pour aider les SDF de France ? Je pousse un peu la logique, mais vous voyez où je veux en venir.

                  Dites-m’en plus aussi sur ce que c’est que cette « filière inversée » dont le concept m’échappe tout particulièrement.


                  • Johan Johan 31 juillet 2006 16:24

                    A Jesrad,

                    Je n’avais pas pense au micro credit. C’est ma foi une bonne idee.

                    « Mais en pratique, quels sont les objectifs à atteindre ? Si le même argent peut-être utilisé par une ONG pour bâtir quelques écoles, faudra-t’il avoir un label »commerce éducatif«  ? Un label »commerce logement« pour aider les SDF de France ? Je pousse un peu la logique, mais vous voyez où je veux en venir. »

                    Je vois tout a fait ou vous voulez en venir. A mon humble avis, c’est a la concurrence de jouer. Aux associations de proposer leurs modes de redistributions des fonds. Au consommateur de choisir s’il pratique l’abondement ou pas, et quel sera l’utilisation de son don.

                    Sinon, en ce qui concerne les aides Nord-Nord, si une association se propose pourquoi pas. Je vais pas imposer mes vues a tous (je ne suis qu’un pourvoyeur de moyens : ) ).

                    Enfin je vous donne quand meme un exemple : cet hiver le gouvernement devait voter une taxe de 7cts d’Euro verses automatiquement aux asso de retraitement des vetements, comme Emmaus. Au passage celle ci abat un boulot dingue pour les necessiteux, et aide beaucoup les centres sociaux comme ceux pour lesquels j’ai travaille. Cette loi n’a pas ete votee. Le simple fait de devoir recuperer l’argent par d’autres moyens que cette loi coutera bien plus que 7 cts d’euro. Je veux bien que l’on trouve qu’on est trop imposes en France, mais rarement une taxe m’a semble si juste et si correctement reaffectee. Enfin...

                    « Néanmoins, est-ce que ça ne serait pas encore plus efficace, au lieu de payer mettons 2% de plus pour la même chose, d’acheter 2% de produits en plus ? »

                    Ce n’est pas le but. Sans parler d’economiser les ressources naturelles (la decroissance fait peur a beaucoup de gens, et les communautes qui vivent sur ce modele vont trop loin a mon gout), il me semble que comme l’a souligne Internaute le vrai probleme ce n’est pas le developpement de l’economie des pays emergents, mais c’est que le prix paye par le consommateur revient aux intermediaires. De facto, le travailleur n’a qu’un salaire de subsistance. Des lors, consommer d’avantage ne donnera pas aux travailleurs un meilleur salaire ou de meilleures conditions de vie ou de travail. Il continuera a etre paye 30 cts la piece, le CA des intermediaires augmentera de 2% (meme plus mais on ne va pas entrer dans les details) et 2% de travailleurs de plus seront embauches.

                    Par contre ils continueront a etre dependants du donneur d’ordre : ils resteront de bas sous traitants au lieu de prendre leur destin economique en main.

                    « C’est une forme de charité, certes, mais dans un format pratique et familier. »

                    En ce qui me concerne quand je donne un pourboire au serveur qui a bien fait son boulot et que je sais sous paye, ce n’est pas de la charite. Pas plus que quand mon patron m’accorde une augmentation (enfin je sais pas ce qu’il y a dans sa tete !)

                    « Dites-m’en plus aussi sur ce que c’est que cette »filière inversée« dont le concept m’échappe tout particulièrement. »

                    Les neoclassiques consideraient que le consommateur imposait son diktat au marche, suivant ses capacites financieres, ses exigences, ses attentes. Pour eux le marche se regulait a partir de la : les prix baissaient et la qualite augmentait. Galbraith a demontre qu’en realite les producteurs ont tendance a faire le produit qu’ils veulent et a le promouvoir par la suite (ce qui n’exclue pas toute concurrence mais ce qui la limite aux biens produits a l’initiative des producteurs et pas des consommateurs).

                    Il y a quelques annees, le commerce equitable etait quasi inconnu. Il a fallu l’expliquer avant qu’il ne devienne une attente du consommateur et, partant de la, un argument de vente.

                    Pourquoi mon systeme renverse t il la filiere inversee ? Parce que le consommateur est libre de rendre de nombreux produits equitable s’il le souhaite. Et qu’il peut choisir dans de nombreux cas mais pas dans tous (par exemple pas pour les ballons sans travail des enfants parce que c’est une composante meme du process) comment son abondement sera equitable. Bref on lui offre de la flexibilite. Certes pas TOUTE la flexibilite (puisqu’il n’est pas a l’origine des cahiers des charges des asso de redistribution), mais beaucoup plus de flexibilite.


                  • Jesrad (---.---.20.126) 1er août 2006 12:44

                    « Les neoclassiques consideraient que le consommateur imposait son diktat au marche, suivant ses capacites financieres, ses exigences, ses attentes. Pour eux le marche se regulait a partir de la : les prix baissaient et la qualite augmentait. Galbraith a demontre qu’en realite les producteurs ont tendance a faire le produit qu’ils veulent et a le promouvoir par la suite (ce qui n’exclue pas toute concurrence mais ce qui la limite aux biens produits a l’initiative des producteurs et pas des consommateurs). »

                    Ah-ha, je vois mieux ce que c’est. Je crois que Galbraith ne devrait pas considérer les producteurs et les consommateurs comme deux peuples distincts, imperméablement séparés. Je bosse dans la R&D, ça m’aide à garder ces choses là à l’esprit. En plus il oublie un truc : on ne peut acheter que ce qu’on a les moyens de se procurer. Et par là, la boucle de feedback économique remonte loooiiiin.

                    Au fait, pour ce qui est du marketing... Je le vois comme une forme d’art un peu dégénéré, où le sponsor est le sujet. Les clients achètent cet art en plus du produit, sur la foi en la valeur qu’ils accordent à cet art ;)


                  • Ado (---.---.59.170) 31 juillet 2006 16:53

                    « cet hiver le gouvernement devait voter une taxe de 7cts d’Euro verses automatiquement aux asso de retraitement des vetements, comme Emmaus. Au passage celle ci abat un boulot dingue pour les necessiteux, et aide beaucoup les centres sociaux comme ceux pour lesquels j’ai travaille. Cette loi n’a pas ete votee »

                    On paye déja largement trop d’impôts : hors de question de les augmenter encore !


                    • tzecoatl (---.---.53.94) 31 juillet 2006 18:06

                      Je trouve ton idée pas mauvaise, car elle laisse la liberté aux consommateurs de choisir, en dehors du fait qu’elle risque de culpabiliser systématiquement le consommateur, et je ne suis pas sur que les requins de la grande distribution apprécie cet effet psychologique négatif. Là où ton idée pêche, c’est qu’elle peut favoriser deux intérêts divergents, petit producteur et multinationale. Déjà que Max Havelaar est discréminé au sein du commerce équitable car il a accepté de vendre dans la grande distribution, ici tu rajoutes une couche.

                      Cependant, comment une société, prenons l’exemple de Nike, va -t-elle organiser son activité de commerce équitable, admettons à hauteur de 5% de son activité ? Va-t-elle attribuer ces 5 % à toutes ces usines ou seulement à 5% d’entre elles, celles qui auront fourni le produit ? Comment être sur que la marge équitable dégagée aille effectivement aux producteurs ? Il me semble q’un organisme certificateur tiers soit indispensable.


                      • Johan Johan 31 juillet 2006 18:29

                        A Tzecoalt,

                        Le distributeur soigne son image au contraire. Comme Leclerc avec les produits equitables. Et puis le consommateur blame plus facilement le producteur que le distributeur (parfois il devrait alterner...).

                        Nike n’organise rien.

                        Nike permet aux associations (chargees de redistribuer, de lancer des projets, d’ameliorer les conditions de vie et de travail) d’identifier le site de production du bien. Ainsi il y a un lien personnel entre moi consommateur et le travailleur.

                        Mais l’argent ne passe pas par Nike.

                        C’est d’ailleurs un plus : le consommateur choisit qui redistribue et comment. S’il veut redistribuer dans tout le pays ou juste a l’ouvrier concerne c’est son choix. Il suffit qu’il trouve une asso qui correspond le mieux possible a ses attentes.

                        Apres les asso ont droit de regard les unes sur les autres pour eviter les abus. La seule chose qui leur est commune ce sont les moyens de tracabilite.


                      • tzecoatl (---.---.53.94) 31 juillet 2006 19:07

                        Ta réponse m’éclaire sur ta proposition. Donc, en fait, tu proposes une taxe équitable libre permettant à des associations de fliquer les multinationales, c’est bien cela ? Il me semble tout de même préférable de conserver une corrélation entre le produit et l’ONG qui va s’occuper de ceux qui le produisent. Ta taxe libre a cependant le défaut de ne pas garantir les résultats que promettent le commerce équitable en l’état. Si l’ONG peut faire pression sur Nike afin que celui-ci respecte certaines normes, Nike n’est pas forcé de se sentir obligé de suivre les prérogatives de l’ONG. Quel est le champ d’action de celle-ci sans enfreindre la « propriété privée » de Nike ? Redistribuer la taxe comme revenus aux producteurs en plus du piteux salaire versé par Nike, c’est bien cela ? Par contre, elle n’a pas véritablement de pouvoir de décision quant aux manquements aux abus horaires, d’âge, etc.

                        Johan, si tu veux bien éclairer plus loin ma lanterne...


                        • Johan 1er août 2006 15:01

                          A tzecoatl,

                          « Donc, en fait, tu proposes une taxe équitable libre permettant à des associations de fliquer les multinationales, c’est bien cela ? »

                          Grosso modo modo, oui. Sauf que tu choisis comment ton argent est redistribue.

                          « Ta taxe libre a cependant le défaut de ne pas garantir les résultats que promettent le commerce équitable en l’état. »

                          Non. Il y a un cahier des charges sur lequel tu assois le choix de l’asso de redistribution. Ce cahier des charges est contractuel. Si tu donnes a une asso, elle est tenue contractuellement par celui ci et ne peut pas plus en rechapper que pour les marques equitables en leur forme actuelle.

                          « Si l’ONG peut faire pression sur Nike afin que celui-ci respecte certaines normes, Nike n’est pas forcé de se sentir obligé de suivre les prérogatives de l’ONG. Quel est le champ d’action de celle-ci sans enfreindre la »propriété privée« de Nike ? »

                          Nike assure un salaire de subsistance a sa main d’oeuvre. Rien de plus. Le but n’est pas de faire pression sur Nike mais de s’y SUBSTITUER pour tout ce qui concerne les salaires, l’amelioration des conditions de travail,... Car Nike se placera toujours au niveau du minimum legal, et changera de pays de production si les lois le genent.

                          En ce qui concerne la « propriete privee de Nike », elle est un obstacle s’il s’agit par exemple de mettre des normes de securite dans l’usine. Elle n’est pas un obstacle s’il s’agit de donner au salarie, a sa sortie de l’usine, les 4 ou % euros que le consommateur lui destine. La propriet privee n’empeche pas non plus le microcredit ouvert a ceux qui ont bosse dans l’usine, ou les indemnisations aux accidentes du travail sans protection.

                          « Redistribuer la taxe comme revenus aux producteurs en plus du piteux salaire versé par Nike, c’est bien cela ? Par contre, elle n’a pas véritablement de pouvoir de décision quant aux manquements aux abus horaires, d’âge, etc. »

                          C’est bien cela. Et en effet, en ce qui concerne l’absence du travail des enfants, les abus d’horaires, seul le commerce equitable classique, car etablissant un cahier des charges a priori peut etre efficace.


                        • Vincent (---.---.220.199) 1er août 2006 08:11

                          Equitable ou pas ???? Encore une question exclusivement « franco-française »...


                          • (---.---.28.22) 1er août 2006 23:45

                            Pff le commerce équitable, quelle plaisanterie ! Et le commerce non-équitable c’est quoi ? Le commerce malhonnete ? Si on prend l’exemple da café, c’est révélateur... le paquet coute 10c de plus à l’achat, et 50c de plus a la vente. En quoi est-ce équitable ? Pour ma part, je pense que les industriels de l’équitable paient plus pour s’assurer un approvisonnement de bon café... Et les paysans qui refuseront l’« équitabilité » de Max&Co, ils feront comment ? Le commerce culpabilisateur, oui :/


                            • (---.---.83.179) 2 août 2006 15:56

                              « Si on prend l’exemple da café, c’est révélateur... le paquet coute 10c de plus à l’achat, et 50c de plus a la vente. En quoi est-ce équitable ? »

                              Bah justement avec le systeme presente l’argent ne passe pas par les distributeurs ni les compagnies. Donc ils ne peuvent prendre leur part. Tout va directement a l’association de redistribution.


                            • nono (---.---.94.25) 7 août 2006 16:15

                              Le commerce non equitable c’est ton huile d’arachide de marque L..s..r

                              que cette société via ses lobby et ses groupes de pression lui permet d’acheter de l’arachide au senegal a un prix minable qui ne permet plus au paysan sénégalais qui cultive l’arachide de vivre dignement ?

                              Comment ?

                              Car ces entreprises et leurs lobbys sont arriver a supprimer la régie sénégalaise d’etat qui permettait de garantir un prix honnete au paysans senegalais...

                              Pourquoi ? Pour satisfaire la marge de 15 % de bénéfices aux actionnaires tout en fesant baiser le prix du produit de quelque centimes d’euro pour le consommateur final...

                              Seulement le consommateur final européens a la contrepartie l’immigration africaine et ne respecte pas le travail des producteurs en le remunerant a sa juste valeur par l’achat de ces produits...par contre il engraisse le riche ou le fond de pension qui a les moyens de detenir du capital...

                              Celui qui a et detient le capital c’est tout benefice pour lui... l’immigration c’est pas son probleme il a les moyens de ne pas habiter dans les quartiers ou cette population est presente....

                              Voila un acte d’achat peut etre un acte politique sous reserve de connaitre un minimun ce qui se passe derriere des marques et des sociétés et leurs pratiques commerciales.... car fabriquer des produits et des services cela a des implications sociales et ecologiques...

                              En france les pratiques de la grande distribution carrefours et autres ne sont franchement respectueuses des PME française .......

                              Je suis capitaliste... mais dans l’histoire du capitalisme la forme actuelle est assez nefaste et laisse quand meme 10% a 15 % de citoyen dans la pauvreté en France...et ce chiffre ne cesse de monter ...

                              fabriquer des biens et des services plus respectueus sur la repercussion sociale et ecologique c’est mieux et cela passe par des produits plus cher....

                              La grande majorité d’entre nous n’avons qu’une chose a vendre notre force de travail....

                              on a pas de capital pour etre rentier...

                              et dans une economie mondialisé qui facilité la concurence faussé avec des pays comme la chine... des pays comme nous ne peuvent que voir le nombre d’exclus augmenter....c’est mecanique meme si les adeptes de la mondialistation qui eux sont a l’abri de la pauvreté et la misere nous pretendent le contraire....

                              Les chinois font disparaitre nos usines de production bientot ils seront en mesure d’avoir des cadres et des ingenieurs....ou en sera la classe moyenne en france... 20 % 30 % de pauvre...oui magie du capitalisme et de sa capacité d’autoregulation.... quelle democratie en europe peut le rester avec des seuls de pauvrete aussi eleve...

                              Pas grave le jour ou ily aura 20 ou 30 % de pauvre en europe le marché interieur chinois et indiens sera suffisant pour assurer la prosperité pour les société internationale...


                            • Gandalf Tzecoatl 2 août 2006 11:09

                              Et bien, ton idée se révèle être prometteuse, à la condition qu’elle soit prise à bras le corps.


                              • maria (---.---.5.192) 3 août 2006 17:39

                                En réponse au paragraphe sur le café, Malongo ne fait pas que de l’équitable. Il semblerait selon des articles de journaux que cela représente que 5 % de ces achats et que d’autres marques de café ont un quota plus important exemple LOBEDOS. Lors du reportage sur M6, je ne suis plus très concainque sur la réalité du marché équitable. Il faudrait que le marcher soit davantage surveillé car cela représente une bonne publicité pour les marques ’exemple MALONGO


                                • nono (---.---.94.25) 5 août 2006 09:11

                                  Le commerce equitable a un sens dans la mesure ou les regles du capitalisme actuel permet d’ecrasser les producteurs et de ne pas les remunerer a leur juste valeur et ou la concurence faussé est demande par les lobbys economique par la deregulation.

                                  Si le commerce equitable a un impact positif sur le tiers monde n’ya t’il pas un moyen de l’appliquer a des produits et des services locaux qui ont un impact sur le quard monde et sur la resoption de nos pauvres.... ?

                                  JE veux bien payer des produits plus cher si cela permet d’offrir des emplois a nos pauvres en clair. Plutot que de payer moins cher un produit et payer un chinois et reverser 15 % a un actionnaire qui lui habite dans un pays riche du nord....

                                  Il existe bien un label pour les produits monastiques avec un reseau de distribution. ce sont des produits fabrique par des communautés religieuse dans l’optique de leur permettre de faire vivre ces communatés religieuse.


                                  • Johan Johan 7 août 2006 16:27

                                    A nono,

                                    Je t’entends avec la plus grande attention.

                                    La productivité augmente, la technologie aussi. Or on est riche que si on peut s’offrir clairement plus de choses qu’un pauvre. Pour se maintenir dans leurs privilèges, beacoup d’acteurs de notre economie font monter l’argent sans le faire redescendre.

                                    Le vice majeur est qu’il n’y a pas d’autre alternative que de changer globalement le système par quelques réformes de bon sens, que nous ne pouvons adopter au vu de nos partis politiques.

                                    La marge de manoeuvre pour les initiatives individuelles est restreinte. J’ai essayé ici d’en donner un aperçu, en jouant le jeu des corpo qui nous dirigent.

                                    Chaque reprise en main de notre destin economique compte.

                                    C’est peut être ainsi qu’on changera les mentalités, et que l’économie redeviendra un but et non une fin.


                                    • Johan Johan 7 août 2006 16:29

                                      C’est en effet la répartition du profit qui compte.

                                      Il va falloir se substituer à cette criminalité en col blanc, qui est tenue par ses financiers amoraux.

                                      Ils ne voient que les chiffres, rappelons leur les hommes


                                    • bebeto (---.---.250.87) 31 octobre 2006 20:08

                                      la question du commerce équitable m’interesse beaucoup et j’aimerais en savoir davantage.merci


                                      • Yoann Yoann 28 janvier 2011 11:52

                                        Pour le commerce équitable, il n’y a que le consommateur qui peut et doit ( devrait smiley ) choisir d’acheter local, acheter moins, mais allez dire ça à la masse ...
                                        Le site de vente chaussures d’un ami me le confirme tous les jours ... (Oui il me communique les chiffre smiley

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