Ce ne sont pas les dernières images des députés PS, rassemblés au pied de la tribune et clamant la Marseillaise sous l’oeil indifférent d’Accoyer, qui vont contredire ce que chacun pressent : la démocratie est en crise.
Tout semble avoir été dit sur cette crise analysée par de nombreux média comme en témoigne une simple recherche Google.
En 2005, Anne-Cécile Robert écrivait déjà dans Manière de voir : " La démocratie, méthodiquement vidée de son contenu, ne serait plus qu’un théâtre d’ombres ; elle serait en train de mourir faute de combattants."
Depuis 2004, les articles traitants de cette crise de la démocratie se multiplient et évoquent globalement les causes suivantes :
Idéologie du "renoncement" distillée par les élites : ""Nous-n’avons-plus-le-choix"
Instrumentalisation de la démocratie à des fins peu louables comme les interventions en Afghanistan ou en Irak
Pusillanimité des gouvernants face aux puissants lobbies industriels, économiques ou financiers
Accélération du libéralisme qui conduit à l’individualisme et à sa souveraineté sur celle du peuple
Difficulté de faire naître de nouveaux projets politiques s’appuyant sur des idéologies jadis dominantes mais aujourd’hui caduques
Sentiment d’incertitude dans la population qui encourage la désimplication du citoyen vis-à-vis de projets qui ne lui semblent plus porteurs de progrès
Dispersion des lieux de prise de décisions qui rend plus complexe l’accès aux informations et la maîtrise de ces décisions par le citoyen
Instrumentalisation de la démocratie représentative, devenue le lieu d’un nouveau marché où l’image, la démarcation, la lutte pour les postes et l’espérance du gain l’emportent sur la vertu civique.
Accélération des phénomènes de crise (économique, financière) qui limite les capacités d’anticipation des gouvernants et qui " favorise l’émergence d’une nouvelle catégorie de dirigeants, plus proches du chef d’entreprise que du chef de parti et d’autant plus efficaces dans l’action que leur intervention est prompte, qu’ils ne craignent pas, au besoin, de se contredire, et qu’ils sont éloignés de toute idéologie."
Face à cette longue liste de causes, deux seules "solutions" reviennent presque systématiquement et ont malheureusement prouvé leur inefficacité :
Dans la quasi-totalité de ces articles - notamment ceux écrits avant 2007 - les auteurs prônent le renforcement de la "démocratie participative" et placent leurs espoirs dans le développement des "réseaux citoyens" grâce aux nouvelles technologies.
Mais ces deux sources d’espoirs ont aujourd’hui prouvé leurs limites :
Les réseaux citoyens qui tentent d’agir depuis les dernières élections présidentielles semblent prouver leur manque d’efficacité. Malgré une meilleure maîtrise des outils collaboratifs ou fédérateurs, malgré l’audience toujours croissante d’Internet, les acteurs ont du mal à organiser une résistance coordonnée.
La démocratie participative locale est totalement dévoyée : On lance "de grands processus de consultation, de participation et puis au final, les gens rentrent chez eux, pensent avoir fait leur devoir et ont eu leur dose d’actes civiques : ils rentrent dans leur tranquille petite vie quotidienne et arrêtent un peu de gueuler. Les édiles ont quant à eux montré leur ouverture d’esprit, et sont tranquilles pour quelques temps.." [...] " Les propositions des habitants passent souvent au final à la trappe lors de la prise de décision finale".
Malgré pléthores d’articles, curieusement, certaines causes sont "oubliées" :
Dans la longue série d’articles lus (une trentaine) au sujet de cette crise de la démocratie, les dysfonctionnements institutionnels sont quasi absents des causes évoquées.
Quant au fonctionnement des partis politiques eux-mêmes, il n’est jamais cité, comme si ces instances ne jouaient aucun rôle dans notre démocratie.
Or, avant de trouver des solutions correctives annexes, il me semble important de nous pencher sur ces deux questions : la constitution française qui garantie le fonctionnement des instances démocratiques et l’organisation interne des partis politiques d’où sont issus projets de société et élus.
1) La constitution française
Bien que fondée sur le pouvoir présidentiel, elle garantissait à l’origine une forme certaine d’équilibre. Depuis 1958, 24 révisions ont été apportées à la constitution. La plupart d’entre elles visait un meilleur équilibre des pouvoirs mais les plus récentes l’ont définitivement rompu.
La récente "loi de modernisation" votée en 2008 a fait l’objet de profondes critiques dont vous pouvez, en autres, trouver traces dans les débats de l’Assemblée Nationale.
Toutefois, le principal déséquilibre est né le 2 octobre 2000, lorsque la réforme instaure le quinquennat présidentiel.
Effectuée au nom de la modernisation de la vie publique et d’un meilleur contrôle démocratique donné aux citoyens, elle est, en 2000, essentiellement dictée par des raisons politiques à l’approche de l’élection présidentielle de 2002. Associée à la modification du calendrier électoral, plaçant les élections législatives dans la foulée de l’élection présidentielle afin de réduire les risques de « cohabitation », l’instauration du quinquennat modifie de fait la pratique institutionnelle et politique.
"Marie-George Buffet, 59 ans, a été réélue aujourd’hui à 67,72% pour un quatrième mandat à la tête du Parti communiste français, après le vote des quelque 800 délégués. Elle avait obtenu 91 % des voix en 2006.
Trois listes "alternatives" étaient soumises au vote."
"La métamorphose que nous appelions de nos voeux a fait long feu. Faits beaucoup plus graves, sont écartés et très souvent sans aucune concertation avec les intéressés eux-mêmes, presque tous ceux qui portent l’exigence d’une nouvelle force politique à gauche ainsi que ceux qui ont exprimé la nécessité d’une transformation en profondeur de notre parti." Témoignage d’un militant.
Parti Socialiste.
Au PS, la démocratie directe est un leurre. Ce sont les fédérations du Parti Socialiste qui font l’élection. Or, depuis plusieurs années, certaines fédérations sont devenues incontrôlables : chantages d’élus, trucage des élections internes, surévaluation du nombre d’adhérents. Aucun Premier secrétaire n’a réussi à imposer son autorité et à mettre un terme à ses dérives. Dans un article du Point, publié le 28 Août 2008, le journaliste Michel Revol raconte les dessous des fédérations socialistes.
Lors du dernier congrès, la mascarade démocratique bat son plein : "Après recomptage, l’écart en faveur de la maire de Lille est passé de 42 à 102 voix, mais impossible d’avoir les résultats détaillés. " [...] " La question est sur les lèvres de nombreux journalistes à peine le vote du conseil national passé : de quelles sections proviennent ces 60 nouvelles voix d’écart ? En guise de réponse, l’un des principaux soutiens de Martine Aubry éclate de rire..."
"Vous n’imaginez pas dans quelles conditions on a travaillé, on n’avait même pas les copies des PV de toutes les fédérations avant la commission de récolement. C’est la majorité politique qui a tranché, pas les règles juridiques. Voilà la vérité historique, on ne saura jamais qui a gagné." Témoignages.
UMP.
Après les fraudes du Parti Socialiste, place aux trucages des élections internes à l’UMP. Dans son édition du 21 janvier 2008, le Canard Enchaîné révèle comment le parti de Nicolas Sarkozy organise des semblants de vote transparent à l’occasion des conseils nationaux ou des référendums internes. Que ce soit par internet ou par boitier électronique, les scrutins de l’UMP sont loin d’être sincères et n’ont a priori rien à envier aux fraudes du Parti Socialiste. Explications.
Pour procéder au vote, les 2430 membres du conseil national ont chacun un boitier. La touche "1" correspond au vote favorable, la touche "2" au vote défavorable. Or, le Canard Enchaîné relève qu’en général "70 à 80% des électeurs inscrits ont voté et le "oui" l’emporte, sous les acclamations, avec des scores allant de 85 à 95% des voix".
En réalité, la majorité des 2430 membres du conseil national de l’UMP ne se déplace pas puisque ses membres résident aux quatre coins de la France. La salle du conseil national est donc remplie de militants parisiens et d’attachés parlementaires qui ne peuvent pas voter mais qui donnent l’illusion d’un conseil national au grand complet. En coulisse, des proches de la direction valident des centaines de votes virtuels avec les boitiers des membres absents. De temps en temps, pour éviter un chiffre anormalement trop élevé, ils votent "non". Le scrutin est donc très largement truqué.
Aussi, avant même d’incriminer des facteurs extérieurs à notre monde politique pour expliquer la crise dans laquelle s’enfonce notre démocratie, avant de proposer des solutions périphériques pour redynamiser l’implication des citoyens, il est indispensable que nous soyons intransigeants vis-à-vis de la classe politique.
Tous partis confondus, des comportements inadmissibles se perpétuent qui mettent en péril notre fonctionnement démocratique à tous les échelons des institutions, y compris et surtout, au sein même des partis.
Aussi, je ne vois en l’état, aucun espoir de changement si chaque personne engagée dans la vie politique ou citoyenne continue de "fermer les yeux" sur des pratiques contraires au bien commun et à l’esprit de nos lois.
Sources :
http://www.scienceshumaines.com/la-democratie-est-elle-en-crise-_fr_22111.html
http://www.monde-diplomatique.fr/2005/10/ROBERT/12844
http://www.forumgc.org/spip.php?article659
http://www.eleves.ens.fr/pollens/seminaire/seances/democratie_participative/crise-representation-et-invention-democratique.pdf
http://gauchet.blogspot.com/2008/03/quelle-crise-de-la-dmocratie.html
http://www.ladocumentationfrancaise.fr/dossiers/revisions-constitution-cinquieme-republique/revisions-constitutionnelles-1958.shtml
http://mjp.univ-perp.fr/france/co1958-15.htm

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