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Accueil du site > Actualités > Citoyenneté > Critiquer les sondages est-ce critiquer la démocratie ?

Critiquer les sondages est-ce critiquer la démocratie ?

Regards sur les sondages : quelle est leur vraie valeur ? Sont-ils, comme il est communément admis, le prolongement naturel et logique de la démocratie ou alors au contraire, une dérive inquiétante pour celle-ci ? Après la lecture de Faire l'opinion, un ouvrage passionnant écrit par Patrick Champagne, un sociologue français dans la lignée bourdieusienne, un regard plus attentif et critique s'impose. Critiquer les sondages, est-ce critiquer la démocratie ? 

« Certains disent que pour s’en sortir, il faut introduire plus de libéralisme dans la société française. Etes-vous tout à fait d’accord… ? » (1). Cette question, posée aux français par un institut de sondage, a recueilli les réponses de tous les interrogés. Parmi ces mêmes interrogés, seulement 90% répondent à la question qui suit : « pouvez-vous me dire en quelques mots ce que le libéralisme représente pour vous ? », et cela en donnant x sens différents du libéralisme. Pour certains, ce dernier signifierait « faire ce que tu as envie », « être plus libre, circuler plus librement, pouvoir s’exprimer », ou « la liberté de faire ce qu’on veut avec une limite », et pour d’autres ce serait « pouvoir penser ce que l’on veut », ou encore « pouvoir dire ce que l’on pense », voire « La liberté d’expression, le droit de dire merde à qui on veut, tout le monde s’en fout ».

     C’est ce même sondage, avec cette question loin d’être univoque, qui par la suite sera publié par la presse et utilisé par les politiques. Dans la tendance, il est affirmé que les sondages d’opinions sont un mode d’expression démocratique qui permet d’exprimer la « volonté populaire », qui permet de « donner la parole » au peuple. Nous sommes tous d’accord pour dire qu’il n’en existe guère dans les régimes totalitaires, et qu’ils font partie des modalités d’expression du peuple, qui elles-mêmes forgent la force démocratique de la République.

Cependant, lorsque l’on observe les conditions dans lesquelles ceux-ci sont réalisés et utilisés, la situation pose question. Il suffit d’analyser l’essence et le fondement-même des sondages d’opinion pour en rendre compte : les présupposés sur lesquels ceux-ci s’appuient ne sont que rarement vérifiés.

Dans Faire l’opinion, le nouveau jeu politique, Patrick Champagne nous livre une analyse exhaustive de ce phénomène et rend possible un regard bien plus critique sur ce que sont réellement les sondages d’opinion. Je vous conseille vivement de lire son ouvrage : très marquant, vous y penserez à chaque fois que vous visionnerez la publication de résultats de sondages, quels qu’ils soient.

Critiquer les sondages, est-ce critiquer la démocratie ? En tout cas, c’est ce qu’affirmait Alain Lancelot, ancien conseiller scientifique de la Sofres, qui est la Société française d’enquêtes par sondages (et ancien directeur à l’institut d’études politiques de Paris, ancien professeur à celui de Grenoble, ancien chargé de recherche au CNRS, et j’en passe…). Patrick Champagne, lui, ne se garde pas de réfuter le fait que « critiquer les sondages, c’est critiquer la démocratie ».

Effectivement, si l’on puise dans l’essence même de la démocratie, on se rend rapidement compte que c’est lorsqu’il est impossible de critiquer que surgit un évident problème… L’intégration des sondages d’opinion dans le jeu politique avait aussi fait débat en février 1989 en provoquant l’opposition de Raymond Barre et de Laurent Fabius sur le thème « Les enquêtes d’opinion comme forme moderne de démocratie directe », alors invités par la Sofres pour la sortie de son livre L’état de l’opinion. Clés pour 1989.

Il s’agit ici non pas de trancher ces litiges, mais de livrer une analyse critique des sondages d’opinion suite à la passionnante lecture de cet ouvrage. Sont-ils, comme il est communément admis, le prolongement naturel et logique de la démocratie ou alors au contraire, une dérive inquiétante pour celle-ci ? Il semblerait qu’en prétendant révéler « l’opinion publique », les enquêtes d’opinion constituent un outil de démagogie subtil et dangereux pour nos démocraties.

      La première chose qui, elle, saute aux yeux, est la suivante : les sondages d’opinion prétendent exprimer « l’opinion publique » : quelque chose qui, en fait, n’existe pas. Pierre Bourdieu dans son ouvrage L’opinion publique n’existe pas, nous dit qu’on la considère comme une « sommation purement additive d’opinions individuelles ». Or ceci sous-entend trois présupposés, rarement vérifiés. En premier lieu, questionner un enquêté sous-entend qu’il y ait un consensus sur les problèmes évoqués, c’est-à-dire un accord sur les questions qui méritent d’être posées. Ensuite, cela signifie aussi que tout le monde peut avoir une opinion sur ces problèmes. Enfin, le troisième présupposé réside dans le fait que toutes les opinions se valent, autrement dit que chaque opinion a la même force sociale. Ces trois présupposés fondent la pratique des sondages d’opinion, et force est de constater qu’ils sont difficilement vérifiables.

Reprenons un exemple cité plus haut : la question posée par la Sofres : « Certains disent que pour s’en sortir, il faut introduire plus de libéralisme dans la société française. Etes-vous tout à fait d’accord… ? » sous-entend : 1- Que tous les citoyens aient évalué cette question comme recevable, et donc qu’il est nécessaire d’y réfléchir, 2- Que tous les citoyens y aient effectivement réfléchi et soient donc capables d’émettre une opinion sur l’introduction d’un surplus de libéralisme en France, 3- Que tous les citoyens aient une opinion ayant la même force sociale. Mais préalablement faudrait-il encore s’entendre sur le mot principal de la question posée : le libéralisme, mais dans quel sens ? Tout sauf univoque, le sens du terme n’est en aucun cas évoqué par la question, terme qui peut être entendu dans le domaine économique tout comme dans le domaine social. Or nous savons tous que l’aptitude à maitriser la problématique politique varie en fonction des caractéristiques des personnes interrogées et de leur intérêt pour la politique. Nous nous gardons donc le droit d’affirmer qu’il devient facile de faire des sondages d’opinion un outil démagogique puissant, celui-ci reposant sur des présupposés qui ne sont que rarement vérifiés.

 A défaut d’exprimer l’opinion publique, qui en réalité est elle-même un artefact, les sondages d’opinion sont une modalité du travail de construction de l’opinion publique : ils parviennent eux-mêmes à donner à l’opinion publique sa forme particulière. Ils s’imposent effectivement comme donnant une norme à l’opinion publique, une norme prétendue exister d’elle-même, alors même qu’elle est construite par les sondages. Produire quelque chose en faisant croire que celle-ci existe par elle-même, naturellement, telle est la méthode subtile utilisée.

Ensuite, la production de chiffre, de statistique, apparait comme l’achèvement du travail des sondeurs, comme une finalité qui concrétise les résultats, rendus recevables par l’argument selon lequel « Les chiffres parlent… ». Les chiffres parlent, certes, mais encore faut-il scruter la façon dont ils ont été produits et révélés au grand jour.

En reprenant l’exemple précédent, le fait d’évoquer le libéralisme aux enquêtés sans même s’entendre sur le sens du terme, et sans que tous les citoyens y aient réfléchis au préalable, induit forcément le fait qu’une « opinion publique » sur le sujet n’existe pas, ou en tout cas n’existait a priori pas : ce sont les résultats de l’enquête d’opinion qui ont conduit à sa production, bien que la question suivante révèle un artefact inévitable dans les réponses de la première.

Et ce n’est certainement pas le nombre 40 qui ressortira de cette enquête, nombre représentant le pourcentage des personnes interrogées qui répondent en réalité à une autre question que celle qui leur est posée. Cela signifie bel et bien que 40% des interrogés n’ont aucune opinion sur la question effectivement posée.

D’après Patrick Champagne, l’objectif n’est pas de mieux voir la réalité, mais de créer un effet de consensus : il faut qu’une majorité se déclare au cours de l’enquête, rendant possible l’énoncé : « les français pensent que, veulent que… ». Les sondeurs « confondent ce qui existe en fait avec ce qui normativement posé comme devant être », ce qui lui permet de réfuter l’argument d’Alain Lancelot évoqué précédemment. La multiplication des sondages d’opinions a en fait délégitimé leur objectivité puisque, techniquement, les questions évoquant tous les aspects de l’actualité n’ont pas créé consensus dans la population, et par là-même, « l’opinion publique » à leur égard est parfois inexistante ou alors, en tous cas, inégalement répartie entre les différentes couches de la population.

 Par ailleurs (oui, il y a pire), en observant les modalités de réalisation des sondages d’opinions, on constate que la forme est aussi cruciale que le fond et donne souvent lieu à des effets trompeurs. En ce qui concerne le fond, le premier risque est celui d’imposition de problématique ; il correspond à ce que nous avons vu précédemment, et d’après Pierre Bourdieu, « un effet exercé par toute enquête d’opinion qui résulte du fait que les questions posées ne sont pas des questions qui se posent réellement à toutes les personnes interrogées ».

A ce risque s’ajoutent les effets de passation, qui sont une violence symbolique exercée par l’enquêteur sur l’enquêté en raison des différences de propriétés sociales. Cela signifie que le dispositif du questionnaire peut avoir un effet intimidant car il reproduit un principe scolaire selon lequel « il faut donner la bonne réponse », ce qui pousse l’enquêté à répondre coûte que coûte plutôt que de perdre la face. Les effets de contexte, eux, signifient que les enquêtés cherchent à s’adapter à ce qu’ils croient qu’on attend d’eux, en d’autres termes, cherchent à se fondre dans la norme. C’est notamment suite à cet effet qu’une partie de l’électorat front national ne souhaite pas se prononcer en faveur du parti qu’ils élisent, car ce dernier étant à un extrême de l’échiquier politique est considéré comme « pas dans les normes ».

 La forme est tout aussi importante : la formulation des questions en dit long sur les réponses. Selon qu’elles sont ouvertes ou fermées, l’enquêté a plus ou moins de liberté de réponse. Lorsqu’il s’agit de questions fermées, plusieurs effets peuvent se faire sentir. Tout d’abord les effets de légitimité : la formulation des questions va indiquer ce qu’il est légitime de penser sur le sujet abordé, ou encore la naturalisation de la question qui induit un effet de stigmatisation par la question : c’est le cas des questions débutant pas « on classe habituellement… ». Ce type de formulation crée une normalisation de la réponse et donne l’impression que ne pas répondre courrait le risque de ne pas être dans les normes.

Par ailleurs sont à évoquer les effets cognitifs : les mots introductifs, loin d’être un détail, influencent la réponse : c’est la différence entre « croyez-vous » et « est-ce que vous croyez », ce dernier atténuant le caractère normatif de la formulation. Oui, aussi fou que cela puisse paraître, on constate une différence entre « Croyez-vous en Dieu ? », question à laquelle 81% des interrogés répondent oui, et « Est-ce que vous croyez en Dieu ? », à laquelle 66% répondent oui, et ce la même année (2).

La substitution de termes synonymes est également à prévenir car les synonymes ne sont en fait pas neutres et ne sont pas réellement équivalents bien qu’ils soient censés l’être : ils peuvent avoir des connotations différentes, qui vont modifier la propension de l’enquêté à répondre d’une manière ou d’une autre.

Ensuite vient l’effet d’acquiescement, celui des yeasayers (littéralement, « ceux qui disent oui »), qui donne lieu à une capacité de persuasion rendant la propension de l’enquêté plus élevée à dire oui ou à aller dans le sens qui est celui favorisé par l’enquêteur.

Enfin, le dernier mais pas des moindre concerne l’ordre d’énumération des items de réponse conduisant à un effet de liste : en énumérant un certain nombre d’objet, les enquêteurs gardent à l’esprit que le premier et le dernier objet cité a une probabilité plus élevé d’être choisi par l’enquêté, et cela pour des raisons mémorielles. Ce sont tout autant d’éléments qui nous permettent d’affirmer que la production de résultats objectifs semble rarissime, et que les sondages d’opinion peuvent alors être détournés pour servir les intérêts de divers groupes.

 

      Cela nous mène à penser que bien qu’ils aient été (ou soient encore) loués par beaucoup, les sondages d’opinion ne sont pas si démocratiques qu’ils le paraissent. C’est de leur symbolique même que découle leur légitimité et donc leur puissance, qui parvient à faire d’eux un réel outil de démagogie au service de différents intérêts.

Souvent considérés comme une modalité d’expression du peuple, ils sont en fait une modalité de construction de « l’opinion publique » : ils n’éclairent pas sur ce que pensent les citoyens, mais prétendent apprendre aux citoyens ce qu’ « ils » pensent. Ce qu’ « ils » pensent, puisque « l’opinion publique » prétend représenter une unité qui en fait n’existe pas, car elle repose sur des présupposés qui ne sont que peu ou prou vérifiés.

Pour ces raisons, les résultats des sondages d’opinions peuvent servir les intérêts de différents groupes : le gouvernement et ses dirigeants, les leaders des partis politiques, la presse et ses journalistes… c’est en cela que se confirme leur caractère biaisé et tourné à l’avantage de quiconque s’en sert et tente d’en extraire sa propre légitimité.

Ils permettent à la presse d’exprimer de façon plus légitime ses propres couleurs et positions politiques, apparaissant comme ratifiées par le peuple, ou encore de « faire le buzz » en recherchant le gros chiffre. C’est notamment le cas de ce sondage réalisé par la Sofres : « A votre avis, qu’est-ce qui explique le mieux la délinquance de certains jeunes ? Est-ce surtout un problème familial, les parents ne jouent pas leur rôle (manque d’attention aux enfants, mésentente), ou bien est-ce surtout un problème de société (chômage, violence dans les médias) ? ». 57% des enquêtés ont répondu qu’à leur avis c’était surtout un « problème de société », ce qui a permis au magazine de tirer en gros caractères : « Délinquance : la famille n’est pas coupable ».

 

Charlène CALDERARO, étudiante à l'IEP de Strasbourg

 

(1)  : Exemple développé par Daniel Gaxie dans « Au-delà des apparences. Sur quelques problèmes de mesure des opinions », Actes de la Recherche en Sciences Sociales, n° 81/82, mars 1990

(2)  : Exemple développé par Jeannine Richard-Zappella dans « Variations interrogatives dans la question de sondage », Mots, 1990, n° 23

 


Moyenne des avis sur cet article :  4.69/5   (13 votes)




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5 réactions à cet article    


  • jef88 jef88 23 janvier 2013 12:10

    Tous ceux qui ont fait un peu de statistique savent qu’avec un échantillon de 1000 et un résultat de 48% la marge d’erreur est d’environ +-10%
    les « instituts » de sondage s’appuient donc, pour baisser cette incertitude sur « un échantillon représentatif »
    c’est une élégante façon de faire dire ce que l’on désire au sondage, en effet si l’on veut avoir une opinion politique allant dans le sens du commanditaire du sondage on choisira un échantillon bien(?) orienté !
    MORALITE les sondages sont une manipulation d’opinion bien montée


    • gaijin gaijin 23 janvier 2013 14:07

      ex de sondage :
      celui en cours sur avox
      « comprenez vous la colère ...... »
      je répond : oui je comprend sa colère : se faire traiter de minable n’amuse personne
      je répond : non je ne comprend pas : il a pris une position symbolique et politique et devrait assumer les conséquences
      sans opinion : ben si ! mais pas réductible a la question ......

      résultat : la question n’a aucun sens, donc le résultat non plus .............

      « quand on vote pas on nous sonde, remarquez le résultat est le même : on l’a dans le c.. »
      coluche
      c’est simple mais ça résume


      • jacques lemiere 23 janvier 2013 17:51

        les sondages sont surtout utiles pour ceux qui voient l’élection comme le but de la politique et aussi pour les journalistes qui n’en sont pas.



        • Loup Rebel Loup Rebel 27 janvier 2013 15:41

          Toutes mes félicitations, Charlène CALDERARO, pour votre article sans faille, et exemplaire de pédagogie.

          Vous faites la démonstration magistrale que le propre de l’homme est de « croire ». Pas au sens de la croyance religieuse, mais au sens de « conviction de vérité », ce que vous avez parfaitement montré avec l’idée de « consensus ». Ce que l’école de Palo Alto avait identifié sous le non d’« illusion collective », qui se définit en résumé par cette phrase : « plus on est nombreux à croire la même chose, plus ça prouve que cette chose est vraie ». En réalité, ça ne prouve rien du tout, sauf le besoin de consensus qu’éprouvent des humains pour se sentir relié les uns aux autres, pour fonder une cohésion sociale. Ça a été le rôle des religions, sans lesquelles aucune civilisation n’aurait vu le jour. Les résultats des deux sondages sur la croyance en Dieu que vous donnez tendent à indiquer que ce rôle des religions n’a pas dit son dernier mot. Les nouvelles formes de croyance (la science en tête, après la pensée laïc) ne parviennent pas encore à s’y substituer pour le moment.

          L’humanité « croit » être sortie de la caverne de Platon, prétend que la réalité est ce qu’elle voit, entend, perçoit. C’est oublier que sortir de cette foutue caverne de Platon ne fait que nous projeter dans un autre nymphée. Nos illusions sont immanquablement au rendez-vous.

          Le deuxième aspect des plus intéressants de votre article c’est le clin d’œil malicieux que vous faites à la linguistique, par la mise en lumières des structures sémantiques du langage. Dans votre exemple : « croyez-vous » et « est-ce que vous croyez », le signifiant « croyez » contient dans les signifiés une valeur injonctive dans le premier cas, et la perd dans le second. Dans la seconde formulation « est-ce que vous croyez », le poids injonctif « croyez » est faible. En revanche, dans la première formulation, le poids injonctif est renforcé, car le premier signifiant qui percute l’imaginaire du sondé est « croyez ». Ainsi, parmi les sondés, certains plus influencés inconsciemment que d’autres répondent positivement à l’injonction.

          Celui ou celle (personne physique ou organisation) qui investit dans un sondage ne le fait jamais à fonds perdu. Dans le moins pire des cas, l’objectif sera de quantifier (honnêtement) des spécificités dans une population, dans un objectif purement marketing, pour évaluer un marché, ou une promesse électorale smiley. Ce que vous mettez en lumière, c’est l’utilisation détournée qui peut en être faite. La tromperie spécule sur ce que le signifiant « sondage » signifie dans l’imaginaire d’un peuple dont on souhaite « changer les mentalités », pour reprendre les mots de Vincent Paillon.

           Pour avoir été chargé, dans une vie précédente, de concevoir et piloter des sondages, je ne peux que conforter votre démonstration. Si l’interrogation posée dans le titre de votre article laisse le lecteur décider de la réponse, sans aucune ambiguïté je réponds que : l’usage que la démocratie fait des sondages est critiquable, parce qu’elle constitue une perversion et une tromperie en vue de manipulations pour le moins douteuses.

          Et j’y ajoute cette citation de Platon :

          « La perversion de la cité commence par la fraude des mots. »


          • lucien bomberger lucien bomberger 11 mars 2013 17:37

            Les sondages d’opinions simulent l’existence de la volonté populaire=opinion publique, pire ils permettent le consentement de celle-ci en faisant croire que tous les sondés sont TOUS LES FRANCAIS. Ha quel enfumage de la science des quotas !

            Aujourd’hui la VOLONTE POPULAIRE et l’opinion publique (si l’on peut considérer que ce soit la même chose) doit ressusciter.

            « La réforme des retraites est passée à coup de renfort de sondages. Le sondage simule la réalité de la volonté populaire. C’est la fabrique de l’opinion à l’état pur et de son consentement sous le constat technique du nombre, sous l’acquiescement du seuil franchi des 50% . Dès que vous lisez un sondage et vous lui accordez un soupçon de crédibilité, vous sombrez dans le conformisme de la pensée « unique » contenue dans des sondages biaisés de 1000 personnes, soit 0.001% de la population. Comme si toutes les catégories socio-pros pensaient la même chose, au même moment, sur le même sujet. Nous le savons, les sondages fabriquent l’opinion qui consent malgré la réalité de l’opinion publique dite exhaustive, et nous pouvons remercier Bourdieu, Chomsky de nous avoir éveillé aussi à cette illusion. Ne disent-ils pas de plus « les Français pensent à 58%… » au lieu dire honnêtement les sondés. L’on voit bien que c’est devenu un instrument fallacieux qui n’est pas un pouvoir « à sa place ». Donc du coup oui la Démocratie est faussée car la volonté populaire existe mais n’est pas visible. 

            C’est pourquoi je pense qu’il faut institutionnaliser une centrale de collecte d’opinion afin de rendre lisible ce qu’est la jauge de l’opinion nationale sur tous les sujets de la politique qui nécessitent consultation. Ce n’est qu’un outil démocratique qui manque, mais la technologie des communications aidant, tout cela ne peut que se concevoir. D’ailleurs qui aujourd’hui ne saurait concevoir sa citoyenneté sans le fait d’être consulté et d’être intégré à la jauge de la volonté publique qui doit gouverner ? D’autant plus que la représentation politique nous encourage à faire abstraction de la stature de l’empereur-Christ tout puissant à la mode romaine et sa société de spectacle-divertissement théâtralisée.

            Le danger aujourd’hui c’est la facilité qui consisterait à croire que seul internet peut concevoir la centrale de collecte. D’une part parce que les enquêtes prouvent que la mobilisation sur le net et la blogosphère est très dominante chez les sympathisants du FN.

            Il faut institutionnaliser l’outil démocratique qui sert à gouverner : ce sont les oreilles qui manquent aux politiques sourdes. Pensez à tous ceux qui sont réticents à l’utilisation de l’informatique. Les mairies peuvent aider à participer à l’élaboration de la jauge avec une machine à accès facilité.

            L’art de diriger c’est de savoir poser les bonnes questions. Sans quoi il facile de diviser sur un référendum. Parlez-en aux suisses et vous verrez qu’un gouvernement peut manipuler la question afin qu’il soit impossible de faire une votation facile.

            La volonté populaire est aujourd’hui rendue invisible. Les sondages ne sont qu’une pâle supercherie de la réalité de l’opinion publique. Alors on la fait quand cette centrale de collecte ? Imaginons en plus que si elle est conçue comme une bourse, elle peut agir en direct sur les débats en mettant en exergue le thermomètre. Il faut penser à éduquer en fonction de cette nouvelle démocratie et exercice du pouvoir du peuple. Il faut imaginer des médias citoyens locaux pour informer au maximum sur les actions des élus et pour faciliter la visibilité des problématiques et des idées que pourraient éventuellement proposer l’opinion publique. Il faut imaginer un comité de sages puissants pour contrôler les débordements de l’opinion publique qui n’a JAMAIS ÉTÉ ÉDUQUÉE à laisser se construire une opinion qui dépasse le niveau zéro de la politique. L’homme naît bon, mais pas citoyen, il le devient ! Et puis l’intelligence collective existe. Les peuples veulent tous la paix par exemple, enfin il me semble… »

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