Le 22 avril 2007, à l’occasion du premier tour de la présidentielle, les machines à voter ont fait leur apparition - constestée - dans les bureaux de vote, notamment à Issy-les-Moulineaux où les électeurs n’avaient d’autre choix que de presser un bouton dans des bureaux de vote de cette ville dirigée par André Santini - UDF, rallié à Sarkozy -, chantre des nouvelles technologies.
Ayant eu la chance d’être assesseur d’un bureau de vote lors du premier tour dans ma commune de Saint-Ouen (93400), je souhaite partager sur Agoravox quelques réflexions sur ce sujet.
Ecartons d’emblée la polémique - stérile à mon sens - au sujet des possibilités de piratage et de fraude des machines dont les médias se sont fait l’écho. Là n’est pas l’essentiel ; posons nous simplement la question du bénéfice que représente l’introduction de ces machines :
Dans toute démarche de modernisation, l’introduction des machines est motivée par des gains de productivité ou du moins d’efficacité. S’agissant des technologies de l’information ; elles n’y échappent pas. S’insérant dans un processus démocratique, elle peuvent en faciliter la transparence. C’est le cas par exemple lorsque l’on diffuse sur Internet le Compte rendu intégral d’un conseil municipal comme vient de le décider sous la pression du blog lesaudoniens.com la ville de Saint-Ouen.
En revanche dans le cas des machines à voter, le bénéfice est loin d’être évident, en effet :
Les machines ne permettent pas de gagner du temps
Hier, à Saint-Ouen, les bureaux de vote - comptabilisant comme à Issy-les-Moulineaux aux alentours de 1 000 inscrits - étaient ouverts de 8 heures du matin à 20 heures. Cela permettait à chacun de voter sans avoir à patienter plus d’un quart d’heure... Ce n’était pas le cas à Issy-les-Moulineaux où la grogne était palpable. Les bureaux équipés de machines ne peuvent enfin pas fermer plus tôt, où est donc le bénéfice de ce point de vue ?
Les machines ne permettent pas de connaître les résultats plus tôt
Le seul avantage potentiel des machines serait qu’elles puissent transmettre les résultats à un ordinateur afin de connaître immédiatement le résultat d’un bureau. Le bénéfice est bien maigre lorsque l’on connaît la fiabilité des estimations produites par les RG à partir des bureaux "tests" pour les élections nationales.
Avec des machines, les bureaux de vote échappent au contrôle démocratique des citoyens
Dans notre bureau, le dépouillement - c’est-à-dire le comptage des bulletins - a été effectué par des électeurs bénévoles, sous le contrôle du président du bureau de vote. Il fallait lire la fierté dans le regard des volontaires pour comprendre l’importance que cela revêtait à leurs yeux. Le dépouillement a un rôle fondamental dans notre système démocratique, tant pour garantir la transparence du scrutin que pour renforcer la citoyenneté.
Mais surtout, avec des machines, notre démocratie perd son âme et ses valeurs
De la journée d’hier, je garderai longtemps en mémoire les images suivantes :
- Le fait d’avoir passé une journée entière avec un élu de ma ville ;
- La femme voilée découvrant son visage devant la présidente du bureau avant de glisser son bulletin dans l’urne ;
- Les enfants accompagnant leurs parents dans l’isoloir, glissant ensuite avec eux le bulletin dans l’urne ;
- Un papa maghrébin venant nous demander, à la demande de sa fille, si elle pouvait nous aider à dépouiller ;
- François prenant une photo de sa fille alors qu’elle votait pour la première fois...
Belles leçons d’instruction civique dont on voudrait nous priver. Notre démocratie que l’on dit malade a montré hier sa pleine santé. Il faut l’entretenir, elle a besoin de moments comme ceux-là. Chacun en est ressorti avec un peu plus de citoyenneté et de fraternité... Ce sont là les raisons essentielles pour lesquelles il faut se battre contre ces machines à voter.
Olivier Decrock pour l’association lesaudoniens.com
WEBOGRAPHIE
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