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Accueil du site > Actualités > Citoyenneté > De Lacombe Lucien à Mohamed Merah

De Lacombe Lucien à Mohamed Merah

 L’histoire de Mohamed Merah, cherchant à entrer dans la légion, avant de se perdre et d’assassiner sept personnes après avoir rejoint des centres de recrutement djihadiste, en Afghanistan et au Pakistan nous rappelle étrangement un film de Louis Malle, réalisé d’après un scénario de Modiano, se passant pendant les années noires de l’occupation.

 Autre époque, autre lieu, autre histoire, mais pas si différente que ça pour ce qui est des hommes.

 Lacombe Lucien raconte la dérive d’un jeune homme en mal d’engagement, cherchant à rentrer dans la résistance. Se voyant opposé un refus, il rentrera dans la milice.

 Voilà dressé en quelques grands traits grossiers la trame psychologique de ce drame.

 Si le mythe est un récit qui se veut représentatif et explicatif d’une pratique sociale, alors « Lacombe Lucien » est un bien un récit mythique, universel, catharsis de sens et d’interrogation.

 Cette histoire éternelle nous montre comment à certains moments de crises, par le jeu des hasard et des rencontres, de jeunes hommes influençables peuvent franchir un seuil de non retour, jusqu’à les pousser dans une fuite en avant fanatique et meurtrière.

 Bien sûr cela ce fera souvent par degrés d’incorporation et de manipulation successifs, sans parler de l’abandon des acteurs à leurs nouveaux maîtres.

Résumé du film :

 Lucien Lacombe mène une vie tristement médiocre. Il fait des ménages dans un hospice. Il tente bien de rejoindre le maquis, mais se voit opposé un refus par l’instituteur qui le dirige. Il va alors donné le nom de celui ci aux miliciens, alliés des allemands. Le voilà maintenant avec un rôle, une arme, et il va jouir du pouvoir qui lui est conféré. C’est un exécutant zélé, fier de se voir accorder une importance, et qu’on lui demande des choses. La grande habileté du réalisateur consiste à montrer comment par glissements successifs, de taches anodines à d’autres de moins en moins équivoques, Lucien devient de façon non réfléchi, le petit soldat endoctriné d’une idéologie d’oppression qu’on pourrait nommer l'horreur « normalisée »

 En 1954, Louis Malle fait la rencontre de Pierre-Antoine Cousteau, le frère du célèbre commandant : Il est frappé par le discours doctrinaire et monstrueux de cet ancien collabo finalement libéré de prison. Plus tard, au cours d’un reportage en Algérie, il approche un jeune aspirant, plutôt timide et gentil. Pourtant il se rend rapidement compte que celui-ci est officier de renseignements, et chargé des tortures. Là encore, il se trouve confronté à un discours d’autojustification qu’il juge délirant et effrayant. 

 Encore plus tard, en 71, il aura le projet d’un film, exploitant cette idée de banalité du mal, lié au hasard des rencontres, et de la jeunesse d’acteurs influençables, par la connaissance de l’affaire des halcones, au Mexique. Les halcones étaient des jeunes gens souvent perdus et misérables que la police utilisait pour renverser les manifestations d'étudiants. Ces miliciens payés agissaient avec un zèle consternant. Malle a finalement dû abandonner son projet, mais, rentré en France en 1972, il transpose celui-ci sous l'Occupation, dans le Lot, où il possédait une maison.

 A travers plusieurs séquences, Louis Malle nous montre le contexte psychologique et social : Lucien est jeune, bourré de complexes, il fait croire qu’il est étudiant, puis devient violent quand le mensonge est patent : la jouissance violente du pouvoir est la seule solution que Lucien trouve face à ses frustrations. Plus tard, il tue un oiseau pour oublier un temps son travail d'homme de peine à l'hospice, ou encore, il massacre des lapins tout aussi gratuitement, à la moindre contrariété. Le père est absent, et manifestement, le jeune homme cherche un substitut, à travers d’abord le personnage de l’instituteur.

 Simple petite frappe, le hasard des rencontres d’abord, puis le jeu des événements porte au pire ce personnage sans consistance. Une arme en bandoulière, et voilà que sa jouissance va s’en trouver exacerbée. Le film ne permet jamais d'enlever à Lucien la responsabilité de ses actes. La bêtise et la cruauté du personnage souligne ses traits pervers, jusqu’au boutisme. Il n’a aucun d’état d’ame, et descend les hommes aussi facilement que les lapins du début de l’histoire : L’auteur donnant à travers ce petit fait tout de même l’idée d’une certaine prédisposition au mal, ou en tout cas, une fascination à infliger la souffrance. Une fois lancé, il reste entier, et refuse obstinément tout « rachat » et il s'obstine dans le sadisme malgré la proposition d’un résistant arrêté.

 C’est l’homme type dont nous parle Anna Arendt, quand elle nous parlait de la banalité du mal, après avoir vu le procès Eichman, ce tortionnaire nazi jugé par les israéliens au début des années soixante.

 Des gens tristement et abominablement ordinaires, sans doute il y en a des tas dans chaque guerre. Certains seront simplement plus zélés que d’autres, tant ce genre d’événement et d’embrigadement centrifuge les passions, les faiblesses, dans des cocktails qui peuvent s’avérer hallucinants d’engagement inconditionnel et de férocité.

 Cette jihad hallucinée dans laquelle s’est lancé Mohamed, endoctriné après ses passages en Afghanistan et au Pakistan, il l’a sans aucune doute vécu comme une guerre, et lui même s’est hissé naturellement au rang de combattant. Dès lors, que le cocktail est préparé dans le tube à essai, il produit d’une époque à l’autre les même résultats.

 Je n’épiloguerais pas longtemps sur la façon dont ce jeune homme sans travail, au père absent, sortant de prison, a pu prendre pour argent comptant les divagations de quelques intégristes auquel il s’est converti, en échange d’une arme, d’un entraînement, d’une foi caricaturée, recette primaire à sa vie, et d’un sens vers lesquels il allait pouvoir orienter ses pulsions les plus morbides, croyant pouvoir s’exonérer des lois humaines les plus sacrées, tuer sauvagement des innocents, qui plus est, des enfants.

 De tous temps, ces gens ont su exploiter le potentiel et les difficultés existants en pré disposition à cet âge de tous les dangers. Quand il s’agit de faille béante, le travail est d’autant plus facile. 

 Les jeunes gens font les têtes brûlées les plus faciles. Les gamins fanatisés de quatorze ans envoyés sur le front par Hitler, dans les derniers jours du troisième reich, se battirent souvent jusqu’à la mort, inconscients des enjeux, de la manipulation, et du détournement de leurs enthousiasme et de leur force vive.

 Plus d’un homme, sans aller jusqu’à ces dérives sanglantes ultimes, se souvient parfois en frissonnant, alors qu’il a pris des années, que lui aussi a bien failli faire des « bêtises » et mal tourner… Chez Georges Simenon, ce traumatisme d’avoir échappé de peu au pire, après qu’il ait flirté avec des gens « peu recommandables », lui fournira au fil des années, matière à développement romanesque .. ( Pedigree, les trois crimes de mes amis, le pendu de saint Pholien……)

 Heureusement, le pire n’est jamais sûr, en tout cas pas jusqu’à ce scénario effrayant, inédit.

 Le parallèle entre ces deux affaires et d’autres a d’ailleurs ses limites, liées aux temps et aux époques, mais on peut voir malgré tout bien des convergences.

 Bien des jeunes s’ils font des mauvaises rencontres, en font aussi d’étayantes. Sans nier leur responsabilité dans les événements où ils font corps, la société a tout autant intérêt à se substituer à ces bons référents, ou résilients, au cas où ils manqueraient, et permettre à chacun d’entrevoir un espoir de solidarité, de fraternité, et d’égalité, idéaux républicains qui commencent un peu à sonner creux.

 Ceci dit sans aucun angélisme. Bien au contraire. Je parle en réaliste.

 Car se évidemment ce genre d'événement ne peut rencontrer d'ambiguité d'opinion au niveau du rejet des valeurs barbares et du crime, en même temps que la condamnation de tous ceux qui ont influencé son auteur ; on ne peut le mettre à l'écart d'une tentative de compréhension.

 Et ainsi de déminage de cette bombe.

 Car la misère sociale, la tribalisation, le déclassement, et le manque de projection font le terreau de tous les fanatismes


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151 réactions à cet article    


  • FRIDA FRIDA 23 mars 2012 08:49

    J’aime bien cette approche de l’affaire,

    les actes de cet homme Merah sont indéniablement insupportabes et condamnables, mais un c’est un homme et ces actes doivent nous pousser à nous questionner sur ce qui pousse à cette radicalité dans l’insensibilité, il ne suffit pas de dire que c’est un monstre (pour se protéger de ce qui existe en nous d’assez effroyable, c’est aussi un miroir de nous) ou de dire c’est la faute d’une idéologie, qu’est ce qui laisse des personne céder à l’idéologie extrêmiste et de passer à l’acte en s’attaquant à ses semblable.

    merci pour l’article,


    • ffi ffi 23 mars 2012 11:37

      Depuis le XIIème siècle, par Saint Thomas d’Aquin (les péchés capitaux), l’on sait que le crime est l’aboutissement d’un processus pervers. Ce n’est donc pas le résultat d’une nature (monstrueuse), ni d’une idéologie. Morice, dans son article d’hier, rapporte un témoignage très pertinent :

      "Il a conduit mon fils à son domicile, là où il est encore retranché. Dans son appartement, il y avait un immense Coran dans son salon et plusieurs grands sabres accrochés au mur. Il en a décroché un, puis lui a imposé de regarder des vidéos d’Al Qaïda.« Les scènes sont  »insoutenables". Des femmes exécutées d’une balle dans la tête, et des hommes égorgés."

      Manifestement, ce Merah se gavait de vidéo de meurtres. Toute personne normale aurait de la compassion pour les victimes. Mais lui s’était accoutumé à trouver cela normal, d’où sa déshumanisation permettant son passage à l’acte.

      Il se mettait en condition pour agir sans pitié.

      Nous voyons bien qu’il ne s’agit pas simplement de quelqu’un qui soutient quelques idées douteuses, ni quelqu’un monstrueux par nature. Rien qu’avoir l’idée de montrer des vidéos de décapitation à un voisin montre qu’il n’avait déjà plus les idées claires.

      Merah a agit sous le coup d’un conditionnement à l’ultra-violence, préparé par un endoctrinement.

      Ce n’est pas un film, c’est la réalité. Il existe des sectes salafistes de préparation au combat par l’endoctrinement, c’est un fait.


    • bakerstreet bakerstreet 23 mars 2012 14:20

      FFi

      Effectivement, on peut se demander ce que a quoi on l’a confronté en Afghanistan ? Cette insensibilité à donner la mort, et à se gargariser d’images d’éxécution semblent illustrer la persistance d’un traumatisme psychologique, sans doute lié à un programme d’entrainement, de désensibilisation à nos valeurs humanistes, et même tout simplement je crois à un fond conceptuel universel.

       Le « Tu ne tueras pas », et quelques autres interdits, que l’on peut trouver d’ailleurs comme fondement dans la plupart des religions, autant d’ailleurs que les notions de bien de de mal existent sans doute déjà en nous à l’état latent.
      Dernièrement, des scientifiques ont réussi à montrer que ces notions existent même chez les animaux, se révoltant en cours d’expériences, quand les gratifications accordées aux animaux méritants sont distribuées aux moins méritants.....

      Pour désensibiliser un homme à ces notions fondamentales, la guerre a un effet incomparable ! Les exemples de braves gars devenus des monstres au retour d’un conflit sont légions. Je me souviens moi-même de mon incompréhension quand, petit enfant, j’ai vu revenir mon gentil voisin d’Algérie
      Il avait 20 ans, c’était fils de l’épicier du village. Il m’emmenait auparavant sur son scooter triporteur faire les livraisons, ou me confectionnait des scoubidous savants.
      Au retour de la guerre, Il n’avait plus rien à voir avec ce qu’il était auparavant, et était devenu sombre. Plus tard il a violé une fille, puis s’est pendu.

      Ce qui s’est passé là bas est sans doute fondamental pour comprendre la genèse des crimes.
       


    • Traroth Traroth 23 mars 2012 15:53

      @FRIDA :
      « c’est un homme » : Votre remarque me fait penser aux réactions lors de la sortie du film « La chute » (« Der Untergang »), sur les derniers jours d’Hitler. Beaucoup avait reproché à l’auteur de présenter Hitler sous un jour trop humain, et je me suis dit en entendant ces réactions n’avaient rien compris à ce qui s’était passé ! J’avoue que j’ai trouvé ça assez désespérant. Tout peut recommencer...

      C’est justement le fait que les nazis et Hitler soient des humains qui rend leurs crimes aussi abominables et qui doit tous nous servir d’avertissement. Placés dans les « bonnes » circonstances, nous avons tous un monstre en nous. Si Hitler avait été un extraterrestre ou le diable, l’horreur de l’acte serait le même, mais il n’y aurait rien à comprendre, et on pourrait se dire que ça ne peut pas nous arriver.


    • lagabe 23 mars 2012 18:42

      vous en oubliez presque toute la violence qu’on appelle légale
      - massacre pas les troupes américaines en Afghanistan , en Irak , au Viet Nam
      - le comportement d’Isrâel vis vis des palestiniens
      j’arrête ma liste la


    • bakerstreet bakerstreet 23 mars 2012 20:27

      Traroth

      Vous mettez le doigt de façon très pertinente sur le fond de ma pensée
      Ceux qui pensent que cet article cherche à déresponsabiliser le responsable de cette série de crimes abominables et gratuits n’ont rien compris.

      Pour traiter le mal, et tenter de le comprendre, c’est à dire de lutter contre lui : ( c’est ça le nœud du problème, certains croient-ils naïvement que comprendre signifier approuver ?....)on peut faire comme les américains, à la façon Hollywood, transformant ce genre d’affaire en un prétexte pour les cow-boys, à sortir leur pistolet.

      Ou alors faire comme Fritz Lang, ce grand cinéaste Allemand, qui toute sa vie traita de cette notion, de la lutte du mal contre le bien.
      Bien sur , « M. le maudit, » qui devait s’appeler au début « les assassins sont parmi nous » fait moins de bruit en décibels que les films de stalone ou de swartzy, et ne transforme pas les méchants en écumoire, mais fait que soixante dix ans après sa sortie, ce film reste une référence.
       De même que l’œuvre de ce cinéaste génial, marqué à jamais par les nazis, et qui montre dans ces scénarios que le courage et la mobilisation sont les meilleurs instruments pour lutter contre le mal.

      Si j’ai parlé d’Annah Arendt plus bas, lors du procès Eichman, et de cette notion de « banalité du mal », je ne partage pas pour autant son point de vue, et pense, à l’opposé, que le bien est tout aussi banal, mais fait moins de bruit.
      il est le fruit de la liberté des hommes, et permet à certains qui ne se mettent pas en file indienne, petit soldat prêt à adhérer à la première cause honteuse, qui leur donnera un petit rôle et un gros fusil.
      Pourtant, ces gens de bien, qui ne cherchent pas à se mettre en avant, ont plus d’une fois à différentes sociétés à échapper au pire, par le bais de citoyens courageux et engagés, comme ceux en France, et ailleurs, qui permirent le sauvetage de nombreux juifs.


    • Pierre JC Allard Pierre JC Allard 23 mars 2012 23:17

      @ Bakerstreet.


      Article que je trouve brillant... et nécessaire. On cherche des explications aux dérives au palier des causes qui les engendrent, alors que c’est l’individu lui-meme, en quête de sens à tout prix, qui en est la source immédiate, façonné (déformé) par une société où l’abondance a apporté plus d’injustice... et une fatale désillusion. 


      Il faut extrapoler à TOUT terrorisme. Il faut aussi prendre conscience de la perversité encore bien plus grande de ceux qui l’instrumentent.


      Pierre JC Allard


       

    • ffi ffi 23 mars 2012 23:47

      @bakerstreet,
      Utiliser les concepts modernes de la psychologie, c’est se condamner à ne rien comprendre... Reprend la théorie des péchés capitaux.

      Les hommes peuvent prendre goûts aux plaisirs « interdits », ce qui leur procurent une addiction. Quand tu as tué souvent, quand tu as violé souvent, après, je suppose que ça te manque. C’est une question d’adrénaline. D’où les tueurs en série.

      Ce n’est pas une question de choc traumatique, mais une question de personnalité accoutumée à aimer l’acte délictueux. Et la cure de désintoxication est longue et douloureuse, parce que le souvenir du plaisir éprouvé est durable, malgré la mauvaise conscience ressentie de s’y être adonné. La solution du suicide, effectivement, peut sembler la meilleure, tant l’âme met du temps à se réorganiser en vue du bien (et à se pardonner, puisque, par l’orgueil blessé, elle tentera de se justifier du bien-fondé de ces actes mauvais, ce qui pousse à la récidive)

      Mais le mieux est de posséder les connaissances morales pour comprendre la dynamique qui peut mener du vice le plus bénin, selon les circonstances, aux pires barbaries, par simple esclavage au plaisir. Ainsi, l’on peut au moins prévenir en soi la venue de perversions durablement enracinées. Toute cette dynamique a été très bien décryptée par le christianisme, dès le 12ème siècle, et des remèdes moraux ont été mis au point.

      L’arbre tombe toujours du coté où il penche.


    • bakerstreet bakerstreet 23 mars 2012 23:57

      Merci pierre pour ce lien, que je trouve on ne peut plus pertinent !


    • izem 24 mars 2012 05:04

      La question qu’il faut se poser est :
      Est ce qu’on voulait attraper le suspect ?
      Si c’est oui, alors c’était très simple de le faire. Il suffisait de ne pas ébruiter l’affaire et de l’attraper lorsqu’il ira acheter une baguette ou quoi manger.

      Or ce n’est pas ce que les services de sécurité ont fait. C’est soit de l’incompétence, soit c’est qu’on a poursuivi un autre objectif.


    • lagabe 24 mars 2012 09:09

      vous oubliez quelque chose de très important, quand on regarde sur une année ce qui fait le plus de morts
      1> avec 1 milliards de $ on pourrait sauver 1 millions de personnes , en clair par des choses simples on pourrait éviter beaucoup de morts et pour rien du tout (diphtérie , tétanos etc )
      2> les guerres
      3> le terrorisme loin derrière

      et il existe un terme qui est connu ds diverses sociétés , amok , http://www.mediadico.com/dictionnaire/definition/amok/1 , personne n’est arrivé a à l’expliquer sauf que certains individus arrivent pas à supporter la pression d’une société

      et je vous conseille de regarder La haine http://fr.wikipedia.org/wiki/La_Haine qui explique comment la société génère des gens avec cette violence


    • bakerstreet bakerstreet 24 mars 2012 12:22

      FFi

      Je vous rejoint totalement.

      Otto Dix était un peintre allemand qui faisait partie des dégénérés, et dont la grande majorité des oeuvres ont été brûlés en place publique par les nazis.
      C’est un peintre figuratif, très doué, et assez fascinant, (apparenté à un artiste comme Bruegel), si l’on parvient à se débarrasser de ce malaise qui nous atteint indubitablement en regardant ces toiles.
      Puis vient un nouveau malaise, quand on s’aperçoit que l’on prend un certain plaisir, du moins une fascination, à détailler ces oeuvres
      C’est tout l’art d’Otto Dix, pour nous faire passer de l’autre coté du miroir : Il nous prend par la main pour un petit tour en enfer, sur un air de flon-flon !
      Prostitués vieillies et égrillardes et fardés, montés sur les genoux de mutilés de guerre....Culs de jattes, gueules cassés, amputés en uniforme faisant la manche, scène de front avec soldats portant boyaux à l’air, quand ceux ci ne sont pas accrochés aux branches d’arbres.

      Et pourtant, miracle, Otto Dix n’est pas un peintre obscène. il nous parle de la souffrance du monde, et de quelque chose de plus, de la persistance du mal, et même de la complaisance à s’en repaître.

      Il fera scandale en parlant d’une façon objective et qu’on jugera scandaleuse de la condition du soldat, et de sa psychologie : De la jouissance de tuer, d’enfoncer une baïonnette dans un corps. Chose inadmissible à entendre, mais propre à illustrer l’addiction à la violence et à la mort.

      Il savait apparemment de quoi il parlait, puisqu’il fit la guerre de 14-18 ; avant de repartir au front pendant la seconde...Quoique sans aucune passion, très désabusé, mais pas dupe de ce qui se jouait.

      Otto Dix n’avait rien d’un nazi, bien au contraire, puisque pourchassé, condamné, menacé de camp d’internement. 

      Il n’aura de cesse de faire parler son expérience dérangeante à travers sa peinture, incapable de se débarrasser des images qui le hantaient et dont il tentaient en les peignant de se soulager, et de montrer la partie noire de l’humanité.

      De la guerre, de la violence, de ce qu’elle réveille ou enclenche chez les hommes.

      Ainsi, on le sait, les conséquences d’une guerre perdurent longtemps après l’armistice. Il n’y a pas que les bombes enfouies et oubliées qui explosent cinquante ans après.


    • René de Sescendres René de Sescendres 25 mars 2012 11:04

      Pendant combien de temps va-t-on encore avoir droit à voir ces croix gammées et ces reportages sur les déportations dans les médias ? Ça entretien ce climat de haine et ça entretient les groupuscules nazis. N’est-il pas temps de tourner la page 70 ans après ?


    • JL JL1 23 mars 2012 09:17

      Je citerai bien volontiers cette phrase de Goya :  »Le sommeil de la raison engendre des monstres">La domination des marchés c’est effectivement le règne de la déraison et de la non-pensée libérale.


      • ffi ffi 23 mars 2012 11:45

        Cela dit, entre la non-pensée libérale et se passer en boucle des vidéos d’égorgement, il y a un pas (que certains l’on aidé à franchir).


      • Fergus Fergus 23 mars 2012 09:50

        Bonjour, Bakerstrreet.

        Lacombe Lucien, c’est très exactement le rapprochement que nous avons fait, mon épouse et moi, en apprenant comment il avait été refusé à la Légion étrangère. Ou comment un jeune homme influençable et en mal d’engagement peut basculer d’un camp à l’autre, basculer d’une vie banale à l’horreur absolue. Très bon article.


        • ffi ffi 23 mars 2012 11:42

          Cela dit, il faudrait connaître ses motivations pour entrer à la légion. Il est possible qu’il ait voulu la saboter de l’intérieur. Un comportement étrange pourrait expliquer le refus de son intégration...

          J’imagine l’armée voir un jeune qu’elle sait avoir été formé au Djihad en Afghanistan frapper à sa porte...


        • bakerstreet bakerstreet 23 mars 2012 13:09

          Bonjour et merci Fergus de votre commentaire. Je crois que plus d’un a pensé à Lacombe Lucien en ces moments.
          Louis Malle avait trouvé en Patrick Modiano, un écrivain qui me fascine toujours, le scénariste parfait, lui dont l’œuvre est en grande partie tournée vers le destin de ces jeunes gens faibles et influençables, et qui voue d’ailleurs une certaine reconnaissance de style avec Simenon, pas seulement pour des raisons de style et d’atmosphère, tant sa propre histoire et celle de sa famille l’ont amené de façon resiliante vers la création.
          Cette histoire n’est pas littérature, c’est vrai, et malheureusement.
          Mais celle-ci permet de percevoir une universalité des comportements, à travers époques, civilisations et histoires.
          L’histoire et son enseignement, une autre façon de se défendre du passé, et de ne pas recommencer cent fois les mêmes scénarios, une explication de la manipulation fournie aux jeunes générations.


        • Fergus Fergus 23 mars 2012 16:08

          Bonjour, Ffi.

          Il semble qu’il ait été refusé pour fragilité mentale, à la suite sans doute de tests psychologiques.


        • ffi ffi 23 mars 2012 23:52

          Peut-être cette « fragilité psychologique » était-elle qu’il ne semblait guère fiable ?
          Je dis ça... ça me rassurerait qu’ils ne prennent pas n’importe qui dans l’armée...


        • Emmanuel Aguéra LeManu 24 mars 2012 11:35

          En tous cas, son action au sein de la Jihad prouve qu’il n’était pas si mauvais soldat, et donc que nos officiers recruteurs ne sont pas à la hauteur, ni du pouvoir d’un idéal sur un désespéré, ni du pouvoir du désespéré endoctriné.
          L’article aborde un point essentiel de l’épisode Merah, au delà des polémiques incroyables qu’elle suscite aussi à raison : Le No-Future de la jeunesse des cités et de la jeunesse en général, qui vide la vie de tout sens et remplit la tête de fantasmes qui ne sauraient remplacer des idéaux qu’on est bien forcé d’aller chercher ailleurs, comme Lucien Lacombe le fit.
          L’ailleurs, pour Mohamed, ç’aura été les séjours en prison où il a rencontré l’islam radical, en quoi il a trouvé une voie de secours.
          J’accuse les gouvernements de droite et leurs électeurs d’avoir, écœuré la jeunesse de Merah, d’avoir favorisé son endoctrinement, et de lui avoir fourni le prétexte d’agir en toute légitimité. Je lesq accuse d’avoir crée les condition de développement du terrorisme islamique et d’en entrenir l’existence.
          Je ne vais pas me répéter ad vitae-eternam, mais encore un fois, le terroriste des uns, c’est le héros des autres. Le petit Mohamed voulait devenir un héros : il a réussi, même si nous ne sommes pas du bon côté pour le voir.
          Très con, il aurait suffit que l’officier recruteur/orientateur soit moins con que requis, on aurait aussi facilement pu faire de Mohamed un héros dans l’autre sens, c’est à dire un traitre à l’isalm salafiste...

          C’est aussi limpide que la dichotomie éducation/répression. On vole une mobylette et on devient un fou d’Allah. L’épilogue en apothéose du choix facile pénitentiaire corrupteur face au choix éducatif, évidemment difficile, dans les cité, dans LA Cité.

          Si le mot citoyen veut encore dire quelque chose, bien sur.


        • rocla (haddock) rocla (haddock) 23 mars 2012 09:53

          Bien sûr que le cheminement de ce type doit ressembler à ce schéma . 

          Il eût cependant mieux valu qu’ il tourne l’ arme dans l’ autre sens . 

          • FRIDA FRIDA 23 mars 2012 10:00

            @Rocla

            Pas mal de gens ont retourné l’arme contre eux, ceux de Orange, la Poste, Renaud et bien d’autres anonymes ;

            cela arange bien les politiques, ainsi on ne questionne plus leur part responsabilité politique,

            mais n’en déduisez pas pour autant que je dédouane l’auteur de ses crimes dont il est l’unique et premier responsable.


          • rocla (haddock) rocla (haddock) 23 mars 2012 10:15

            @Frida , 


            Dans TOUS les secteurs d’ activité des gens se suicident . D’ autres font face . 

            Pour en revenir au héros du jour tueur d’ enfants et d’ adultes ( ne pas oublier ) ce type aurait été suivi par au moins trois personnes . 
            L’ épisode de la Légion étrangère d’ où il s’ est barré de lui-même , montre un type incapable d’ affronter la vie . 

            Rejeter la faute sur celui-çi ou celui-là relève du syndrome du bouc émissaire alors que nous ne sommes pas dans un élevage caprin .



            • FRIDA FRIDA 23 mars 2012 10:25

              @Rocla

              il n’est pas question de rejeter la responsabilité ou de la déplacer

              mais, ne pas questionner une probable responsabilité dans la surveillance d’un homme au profil dangereux, au déroulement de l’enquête après le 1er assassinat et après le 2e assassinat c’est laisser aux responsables politiques une gloire, (ils se félicitent d’avoir bien réussi son identification et d’avoir agis vite) non méritée

              il y a toutes sortes de profil, il y a bien sûr des gens qui encaissent, supportent et ne font pas de vagues, mais il y a également ceux qui protestent et foutent le bordel, il faut tenir compte de tout et ne pas dire que les premiers sont lâches ou gentils et les autres sont des monstres ou des héros

              il y a un grave problème social en France, les politiques ont encouragé les associations de toutes sortes au profit des institutions républicaines,

              je ne suis pas partisane ni du laxisme, mais je ne suis pas non plus paritsane d’une société qui fait primer l’argent sur le vivre ensemble et la solidarité.


            • JL JL1 23 mars 2012 10:26

              Il ne s’agit pas de rejeter la responsabilité des meurtres sur qui que ce soit : il s’agit d’établir la vérité.

              Mohamed Merah a-t-il été manipulé ? Et si oui, par qui ? Aurait-on pu empêcher la tuerie ?

              Pourquoi ne l’a-t-on pas pris vivant, c’était si facile. Sur ce point, je n’hésite pas à le dire :

              - ou bien Guéant est un incapable ;
              - ou bien il a délibérément œuvré à ce que Mohamed Merah, témoin principal de ces crimes monstrueux ne soit pas entendu par la justice.

              Car pour moi, avant d’être l’assassin - les gens qui l’accusent sont les mêmes que ceux qui ont inventé ou soutiennent la présomption d’innocence ! - il est le témoin clé de ces tueries.

              Avoir pris le risque de tuer - et avoir de fait, tué - un témoin clé d’un crime aussi abominable est une faute impardonnable. Et c’est là le véritable scandale.

              Guéant doit être démissionné sur le champ.


            • JL JL1 23 mars 2012 10:28

              Par ailleurs, j’ajoute que , plus nous serons nombreux à exiger le départ de Guéant, et plus nous serons prémunis contre une éventuelle nouvelle faute.

              A bons entendeurs, salut.


            • bakerstreet bakerstreet 23 mars 2012 13:23

              Frida

              Bonjour, et merci de votre réaction.

              Tout à fait d’accord avec vous. Si je peux amener ma petite goutte d’eau pour juger des événements et tenter de préparer l’avenir, force est de reconnaitre que la colère ne sert à rien d’autre que de décharger sa peine et sa frustration. Passé cet instant, il faut sans complaisance tenter de l’analyser, car le charger du nom de monstrueux, c’est l’extirper du champ de la compréhension.
              Mohamed Merad n’est pas un ovni, c’est un produit multifactoriel de l’époque : Que s’est t’il passé pendant cette dizaine d’années où il est passé des playmobiles à la kalashnikov ?
              Sa responsabilité est bien sur entière sur ces événements monstrueux, mais on se plait à imaginer que sa vie aurait pu être autre, et par là, qu’il n’aurait pas fait ce carnage abominable, fuite en avant dans une époque où les extrémistes ont recruté ces jeunes gens, pratiquant un prosélytisme sans doute assez simple mais très efficace.
              Quand le père est absent, et que les démagogues de tous poils pointent le bout de leur nez,il faut s’attendre au pire.
              Il faut que cette société assez désespérante pour les jeunes en rupture, ne se sentent pas largués, car à cet age où rien pourtant n’est joué, ils prennent souvent les messages d’exclusion pour un fait définitif.


            • rocla (haddock) rocla (haddock) 23 mars 2012 10:34

              Ramener tout à la politique c ’est assez facile . 


              Ce type avait 24 ans . Il a tout raté dans sa vie . Il a bouzillé 7 personnes . 

              Ponce Pilate est mort depuis longtemps . S ’en laver les mains et diriger le phare sur qui que ce soit ne change rien .

              • FRIDA FRIDA 23 mars 2012 10:39

                @Rocla

                « Ramener tout à la politique c ’est assez facile »

                où avez-vous que l’on ramène TOUT à la politique ?

                Vous déformez mes propos, il y a des aspects

                1 l’acte criminel, personne ne discute la responsabilité de l’auteur, peu importe son parcours

                2 le travail de ceux (politique) en charge de la sécurité et de l’ordre public, ils ont failli dans leur mission

                je discute de ce deuxième point et no du premier.

                Est-ce bien clair expliquer comme cela ?

                Cordialement

                 


              • Tall 23 mars 2012 10:48

                Merah aurait peut-être pu servir la France au lieu d’en devenir son ennemi, si on mettait fin, une bonne fois pour toutes, à cette règle imbécile qui exige un casier judiciaire vierge pour entrer à l’armée.

                C’est complètement débile cette loi. Car si un type veut s’enrôler dans l’armée, ça veut dire qu’il veut se mettre au service de l’ordre établi. C’est une main tendue au système. Il veut le réintégrer après l’avoir défié.

                Dès lors, quand le système est assez idiot que pour rejeter un type qui veut le réintégrer sous prétexte qu’il en était sorti avant, il ne faut pas s’étonner que ça devienne contre-productif.
                Et quelque part, ça veut dire aussi que le système ne croit pas lui-même à l’efficacité dissuasive de la prison. Bref, le système se tire une balle dans le pied là.

                Ceci dit, je parle en général ici.
                Je ne suis pas certain que l’intégration militaire du cas Mehra aurait fonctionné. Même si, de ce point de vue, les imams radicaux ont quand même réussi là où la République a échoué. Car ils l’ont embauché, eux. Et contre nous, par voie de réaction.

                C’est un énorme gâchis.



                • rocla (haddock) rocla (haddock) 23 mars 2012 10:50

                  Salut Tall , 


                  La Légion exige-t-elle un casier vierge ?

                • Tall 23 mars 2012 11:01
                  Salut Rocla

                  Pour l’armée, je suis sûr que oui, et c’est déjà une grosse erreur. Car la Légion est physiquement très sélective. C’est une élite militaire.

                  Et pour la Légion, je crois que c’est le cas aussi depuis au moins 20 ans déjà. Je vais essayer de vérifier ça sur le site de la Légion même.

                • Alois Frankenberger Alois Frankenberger 23 mars 2012 11:10

                  Sauf que c’est une des méthodes favorites des islamistes d’intégrer l’armée pour y tuer des militaires au moment opportun.

                  De plus, les personnes qui ont une tendance à la psychopathie n’ont pas de place dans une armée moderne parce qu’on ne sait pas si ils ne vont pas péter un cable et s’en prendre à des collègues ou à des civils.


                • c.d.g. 23 mars 2012 11:11

                  rien n est moins sur
                  Ce type etait une petite frappe probablement incapable de suivre des ordres. Pas vraiment ce dont l armee a besoin. Si en plus lors d une operation a l exterieur, il reprend ses habitudes delinquantes, c est une source de probleme et tension supplementaire avec la population civile
                  Vous imaginez s il aurait braque une banque en Afgahnistan avec son famas ?

                   D ailleurs apparement meme les talibans n en n ont pas voulu

                  Si l armee devient un reservoir a criminel, ayant acces a des armes, ca promet


                • FRIDA FRIDA 23 mars 2012 11:20

                  @Tall

                  Je ne suis pas de même avis que vous,

                  il y a des profils à problèmes et dangereux, et sont à « bannir » d’une institution comme l’armée, fortement hiérachisée.

                  Même la légion étrangère, je ne suis pas sûre qu’il eût été accepté, en dehors de l’examen et les aptitudes physique, il y a également un examen psychologique qui est aussi déterminant, qui fait recaler certains candidats.


                • Tall 23 mars 2012 11:24

                  voir ma réponse à Rocla ci-dessous


                • Alois Frankenberger Alois Frankenberger 23 mars 2012 11:25

                  Une armée moderne n’est pas à confondre avec une bande d’écorcheurs ou de fanatiques illuminés qu’on envoyait dévaster le pays ennemi pour le forcer à combattre.


                • Tall 23 mars 2012 11:37

                  Mehra avait besoin de reconnaissance sociale, d’une structure où il pouvait se valoriser et donner un sens à sa vie. Il n’était pas un tueur quand il est sorti de prison et s’est présenté au recrutement à l’armée française. Il était juste un petit délinquant comme il y en a des tonnes.

                  La République lui a fermé la porte, et es imams lui ont ouvert la leur.
                  Score final : 7 - 1 pour les imams
                  Vous en voulez encore ?
                  Et bien, continuez ...

                  D’autant que ça arrange la droite ce genre de pratique, puisque ça crée des ennemis extérieurs qui détournent l’attention du petit peuple.
                  C’est vieux comme le monde, ce truc. C’est à ça que servaient les croisades aussi. Ca diminuait les jacqueries.

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