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De longues heures d’attente pour un récépissé

Renouveler une carte de séjour à la préfecture du Rhône relève du parcours du combattant pour les résidents étrangers. Des heures d’attente, à l’intérieur mais aussi à l’extérieur des locaux du quai Sarrail, et ceci quelque soit la saison et la météo. Une organisation ultra-rigide, une attitude plus que pointilleuse des agents. Les demandeurs passent de longues heures avant d’avoir leurs papiers. Dans le meilleur des cas, car une seule photocopie manquante renvoie à la case départ. Pourquoi une telle rigidité ? Enquête.

7h. Le ciel est gris, une fine pluie tombe sur Lyon. 75 personnes attendent déjà sur le trottoir devant l’annexe de la Préfecture, quai du Général Sarrail (Lyon 6ème). 2 heures plus tard, à l’ouverture du service ils sont plus de 200. Jeudi est un jour calme. Les lundis et vendredis, l’affluence est encore plus forte, plus de 300 personnes.

En tête de la file d’attente, il y a Guy, arrivé à 4h45, soit plus de 4 heures avant l’ouverture du service. « J’aime bien être le premier », affirme ce Malgache. C’est le prix à payer pour que son dossier soit traité rapidement. Il estime en avoir pour quelques minutes, une fois l’accueil ouvert. « Pour moi, c’est normal », affirme-t-il avec le sourire. Il est bien le seul.

Les autres hésitent entre indignation et résignation. « Avec toute l’informatique qu’il y a, être obligé de faire la queue comme ça, c’est grave », se désole Khemsi, un Algérien né en France, venu avec sa femme. « C’est fait pour décourager les gens », pense un Comorien, qui n’a pas voulu donner son nom.

Pour Zina, la journée a commencé à 5h30. Obligée de dormir chez sa belle-soeur à Francheville, à qui elle laissera sa fille de 2 ans, cette Algérienne avait un peu de route à faire pour se rendre à Lyon. Puis, « j’ai pris le temps de prendre un petit déjeuner », précise-t-elle. Car une fois dans la file d’attente, impossible d’en sortir, sous peine de perdre sa place.

Il y a bien un distributeur de friandises, rempli à raz-bord de barres de Mars et de canettes de Coca à 1 euro. Sauf qu’une pancarte « EN PANNE » en interdit l’utilisation. C’est pareil pour le distributeur de café, les 2 photocopieuses et les photomatons. Tous en parfait état mais condamnés. « C’est fait exprès », explique un policier. En effet, depuis le 7 janvier, seuls les dossiers parfaitement complets sont acceptés. « S’il vous manque un seul document, vous devrez vous représenter ultérieurement », prévient une pancarte. C’est à dire revenir un autre jour et refaire plusieurs heures de queue. Pour Zina, c’est la troisième tentative. « La première fois, j’avais juste oublié l’acte de naissance de ma fille dans la voiture, garée à quelques mètres de là. » « Aucune exception ne sera possible », prévient la pancarte. Et Zina repassera.

« Je ne viendrai pas une quatrième fois, je préfèrerais rester clandestinement », soupire-t-elle. La dernière fois, elle s’est faite refouler pour être arrivée trop tard. Car à 9h20, les policiers ferment les portes. Du coup, cette fois-ci, elle n’a pas pris de risque et fait la queue depuis 7h du matin. 2 heures à l’extérieur sous le crachin lyonnais qui tombe par alternance.

« Si votre dossier est complet, il sera traité dans la journée », la rassure un agent d’accueil. Sur les 6 guichets seuls 4 sont ouverts. Zina est en vacances. Fabrice non. Ce Gabonais a dû poser une journée sans solde pour pouvoir venir. Ce jour-là, il ne travaillera pas plus pour gagner plus. « Il y a 10 ans, ce n’était pas comme ça », se souvient Zina. « Avant, on prenait un ticket, puis on pouvait faire un tour, boire un café. S’il manquait des pièces, on allait les chercher. »

Depuis janvier, cela n’existe plus. Aucune souplesse non plus quant aux documents demandés. Pour prouver son domicile, il faut une facture de téléphone fixe, d’électricité ou de gaz, rien d’autre. « Toutes nos factures sont au nom de mon ami », raconte Zina. Ainsi, l’autre fois, elle avait apporté l’acte notarié de l’appartement qu’ils ont acheté ensemble, et sur lequel figurent les 2 noms. Refusé. « J’ai été obligée d’ouvrir une ligne fixe exprès. »

A 10h17, elle passe le premier barrage. Cette fois-ci est la bonne, son dossier est jugé complet, elle obtient le fameux ticket qui permet d’espérer de repartir avec un récépissé. Elle a le numéro 133. Cette deuxième phase d’attente est plus cool. Pour la première fois depuis plus de 3 heures, Zina peut s’assoir, voire sortir fumer.

Si cette jeune Algérienne a pu laisser sa fille chez sa belle-sœur, d’autres ont dû venir avec leurs enfants. Dans la salle d’attente, les plus grands courent dans les travées, les plus petits restent attachés dans leurs poussettes. Certains pleurent.

Zina, elle, envisage de se faire naturaliser. Ses parents sont nés en Algérie française, elle vit en France depuis l’âge de 2 ans et sa fille est Française de par son père. Elle remplit ainsi toutes les conditions. Avant, elle n’y avait jamais pensé. Depuis qu’elle se démène pour faire renouveler sa carte de séjour, elle a changé d’avis. « Les gens prennent la nationalité française, juste pour être traité différemment », explique un voisin.

Pourquoi une telle gestion ?

« Avant c’était pire », admet la préfecture en guise d’explication. « Les usagers venaient sur convocation, mais après ils devaient attendre jusqu’à 6 mois avant de recevoir leurs papiers. C’était long. Aujourd’hui c’est beaucoup plus rapide. Si le dossier est complet, ils repartent dans la journée avec leur récépissé. » Consciente que l’argument est léger, la porte-parole ajoute : « on sera plus performant dans les années à venir. »

Pourtant, il suffit de regarder du côté de Grenoble. A la préfecture de l’Isère, les demandeurs se présentent simplement aux horaires d’ouverture, soit du lundi au vendredi, de 9h à 15h30, prennent un ticket et attendent leur tour. Cela peut être aussi simple que ça.


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9 réactions à cet article    


  • leypanou 18 août 2010 15:07

    C’est vrai çà : combien ont-ils eu déjà ?


  • leypanou 18 août 2010 15:02

    Bienvenu dans le monde de la chasse aux clandestins. Tant que les fonctionnaires qui font ou de mauvaise foi ou d’incompétence n’ont aucune chance d’être sanctionné pour faire perdre son temps à des milliers de travailleurs, on sera au même point. Dans les préfectures, ils ont fini par se rendre compte du ridicule des papiers nécessaires pour le renouvellement de leur carte d’identité pour des personnes qui « ont le malheur » d’être nées à l’étranger, mais l’idéologie qui est derrière est exactement la même. Si la France est vraiment le paradis comme le croient tous les simples d’esprit à l’extrême droite ou même ailleurs, tous les ressortissants des ex-pays de l’Est seraient tous venus là après l’intégration de leurs pays à l’UE. Ce qui n’est tout simplement pas le cas. Je conseille de lire le livre d’Olivier Lecour-Grandmaison avec un titre du genre Racisme d’état pour avoir une autre idée de cette pratique qui fait honte à la France.


    • Elisabeth P Elisabeth P 18 août 2010 16:43

      Bravo pour cet article qui montre le dysfonctionnement de certaines préfectures et la complexité des démarches administratives !
      La Cimade a récemment publié une étude sur ce qui se passe dans les consulats français à l’étranger pour les gens qui demandent un visa... Ce n’est pas mieux.


      • pastel 19 août 2010 00:56

        Mauvaise foi cet article. Du parti pris.Tout le monde fait la queue pour changer sa carte grise et pose une journée de congé ... Personne n’en parle ...
        Oui, il y 10 ans il y avait moins d’attente pour tout le monde. Il y a aujourd’hui plus d’usagers pour la carte de séjour ... Et alors... la faute à qui ? Que faire ? Laisser faire ? Ne rien faire ... ?????
        La complexité des démarches garantit la validité... J’ose croire...


      • pastel 19 août 2010 01:15

        Article de mauvaise foi. Qui n’a pas passé des heures en préfecture pour un changement de carte grise ? Qui n’a pas posé un jour de congé pour cela ? Merde, quand tu vas à la préfecture, tu sais que c’est hyper important, tu n’oublies pas tes papiers !!!! Il se fout de notre gueule là, les gens d ’aujourd’hui , ils veulent tout sans contrainte et ils pleurent... Merde, c’est dur pour tout le monde. Les agents font comme ils peuvent avec l’argent des impôts. Et eux ils ont obligation de la fermer sinon... ils pourraient en dire ...


      • spartacus spartacus 19 août 2010 09:58

        Bienvenue dans le pays de l’administration à outrance.

        En France les gens sont au service du service public. Pas l’inverse. 
        Ca manifeste pour que les magasins sont ouvert le dimanche mais eux terminent à 16H15.

        Et attention ça dure depuis des lustre. 


        • tonton17 22 août 2010 01:03

          S’ils ne sont pas contents qu’ils retournent chez eux... ! Pourquoi vivre dans ce pays de merde qu’est la France ?? ah oui, j’oubliais ...l’argent braguette ..etc ...etc . !!
           


          • danielle 23 août 2010 10:05

            à tonton 17

            bravo


          • Shaytan666 Shaytan666 22 août 2010 12:11

            Encore un article qui m’a bien fait rire  smiley Comme je l’ai déjà écrit pour Bobigny, il faut ête complétement « taré » pour faire la file pendant des heures et cela uniquement pour obtenir un « cézame » qui vous permettra de rester dans un pays que l’on exècre, raciste où les étrangers sont considérés comme de la m******, où ils ne peuvent pas pratiquer leur culte en toute liberté....liste non exhaustive.  smiley

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