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Déclin de la pensée occidentale

La recherche des causes du mal qui rongent la civilisation en détruisant partout le lien social a transformé les cercles de discussion en tour de Babel. Il y a moyen de le penser autrement, mais il faut s’y exercer.

Pas besoin de faire un dessin : c’est un fait d’expérience commune ! La vie sociale est devenue un casino. Pas seulement la bourse, mais aussi le commerce, le mariage, la procréation... Mais dans un casino, on accepte de perdre ! C’est "logique". Dans la vie sociale, par contre, chacun se croit autorisé à revendiquer le statut de "victime". Le paradoxe du capitalisme postmoderne, privatisation des profits et socialisation des pertes, est devenu chez chacun de ses membres la source d’un vécu généralisé d’injustice.

Que s’est-il donc passé depuis le temps où les investisseurs investissaient vraiment, à leurs risques et périls personnels ? Un écrasement de l’espace et du temps par l’augmentation considérable des moyens de communication. Cette réduction du temps entre l’investissement et son bénéfice s’est réalisée insensiblement au fil du temps, jusqu’à pouvoir aujourd’hui investir en "live" au quatre coins du monde, et retirer son argent quasi aussitôt : les actionnaires sont donc devenus tout puissants, puisqu’il s’arrogent le droit de retirer leur argent illico s’ils ne reçoivent pas ce qu’ils espèrent comme bénéfice immédiat. Les prises d’otage et le terrorisme, ce n’est pas que "vu à la télévision" ; cela se vit ici au quotidien, sur un mode soft, bien sûr, politiquement correct.

Au début du capitalisme, les investisseurs investissaient à 10 ou 20 ans, comme par exemple dans la construction du chemin de fer russe. Les distances et les temps s’étant insensiblement réduits, on se trouve actuellement sans s’en être rendu compte dans la même situation que la grenouille qui meurt de chaud dans l’eau qui chauffe tout doucement.

La solution du stress et de la victimisation est donc toute simple : réintroduire une structure du temps et d’espace qui impose aux investisseurs de le redevenir. C’est clair qu’une telle mesure ne réjouira pas les pervers qui se sont emparés du capitalisme et en ont fait un leur terrain de jeu. C’est pour cette raison qu’il faudrait filtrer l’accès au "jeu" par une pyramide de la liberté : seuls ceux qui auraient fait leurs preuves au niveau du bon usage de leur liberté auraient accès à la bourse. Ce filtrage ne peut se décider que démocratiquement par les "politiques", c’est-à-dire en démocratie par le peuple ; de la même manière, on pourrait aussi envisager le filtrage de ceux qui risquent des abus de pouvoir en raison de l’impossibilité de contrôler l’honnêteté de leur métier, comme en médecine, dans l’enseignement, ou dans la filière judiciaire. Un permis de conduire certaines professions ou activités passerait par un certain nombre de critères spécifiques à cette profession. Est-il permis ou interdit par exemple, au nom de je ne sais quel respect, de refuser à des femmes policières de casser du manifestant ?

Il nous faut donc construire une échelle au temps ; la simplification des enterrements et des rites de passage, victime du complexe de Colomb (cfr texte ad hoc) qui qualifie de "folklore" les rituels sociaux dont le fond s’est perdu, a permis la présence au sommet de la société de gens qui "joueurs" sont incapables de penser en perspective et décider en conséquence de cause. Ils ne sont dans le meilleur des cas que des G. O., des gentils organisateurs, comme au Club Méditerranée. (Cfr, "La guerre des sexes"). Ce ne sont donc pas eux qui mettront un filtre dont ils ne peuvent connaître, par définition, l’utilité, d’autant plus que c’est justement cette méconnaissance qui leur a permis de se trouver à ce poste !

Seuls donc les groupes constitués peuvent mettre une limite, démocratiquement définie, à leur objet et à leur territoire d’efficacité : les exemples sont nombreux : les juges sont-ils habilités à juger des choix politiques concernant des expropriations, des vols d’avions au dessus de zones habitées, ou de gestion de déchets ? Les médecins sont-ils habilités à certifier mauvais pour un enfant un jugement concernant le droit de garde ? Qui va décider de l’avenir des méthodes médicalisées de procréation ? Les enseignants doivent-ils devenir des "éducateurs", voire des "soignants", pour tous ces enfants "mal élevés" que la médecine s’est appropriée en les qualifiant de "malades" ?...

L’urgence de mettre de l’ordre ne passera que par le refus de chaque groupe professionnel de s’occuper de ce qui ne le regarde pas, et cela même si cela crée un trou pénible pour les "victimes" et pour la société. Soulager les victimes d’une injustice n’est en effet pas lutter contre l’injustice qui leur est faite, mais bien souvent s’en rendre complice et la faire perdurer.

par Aspiral (son site) jeudi 4 janvier 2007 - 13 réactions
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Les réactions les plus appréciées

  • Par Ar Brezonneg (xxx.xxx.xxx.127) 4 janvier 2007 19:16

    Pourquoi penser ? Il y a la télévision pour cela !

  • Par Fred (xxx.xxx.xxx.123) 4 janvier 2007 17:06

    J’ai trouvé cet article intéressant, j’espère lire d’autre commentaire... Moi j’étais partisant de limiter les profits des actionnaires (qui attendent 15% à 20% par an), mais effectivement jouer sur la durée me parait être autre une bonne idée.

    Dans le même ordre d’idée, je perçois par mon employeur des actions (Interessement ou participation... je ne sais plus) qui sont bloquées pendant 5 ans. Cela devrait être la même règle pour tous les actionnaires de ma société de façon à éviter la spéculation. La spéculation permet de gagner de l’argent pour certains, c’est à dire aux autres d’en perdre (en l’occurence ceux qui bossent vraiment).

  • Par Vinrouge (xxx.xxx.xxx.214) 5 janvier 2007 14:22

    "Que s’est-il donc passé depuis le temps où les investisseurs investissaient vraiment, à leurs risques et périls personnels ? Un écrasement de l’espace et du temps par l’augmentation considérable des moyens de communication."

    Les actionnaires avaient la volonté de reprendre la main sur les entreprises avant même l’apparition des NTIC. Ils ont en effet, depuis la fin des années 70, cherché à contrôler la technostructure qui poursuivait ses propres objectifs, éventuellement contradictoires avec les leurs. Les NTIC en celà ont été un outil de pouvoir formidable.

    Je pense que les NTIC en dématérialisant les échanges, on dématérialisé aussi le pouvoir / la puissance qu’il devient donc beaucoup plus difficile de réguler. Sur ce principe ont fleuri des fonds d’investissement, des fonds de pension, etc. Les clients de ces fonds ne sont cependant pas tous des gens riches, certains en ont vraiment besoin pour vivre après avoir travaillé jusqu’à 70 ans. Mais leurs exigences de rentabilité, passées à la moulinette du fond de pension génère de la misère de l’autre côté de la chaîne (exemple, la filière du caoutchouc : retraité —> fond de pension —> multinationales du pneu —> négociant d’hévéa en gros —> agriculteur misérable en Birmanie). La chaîne de décision est construite de telle façon à ce que personne ne puisse se dire de temps en temps "j’suis quand même un beau salaud", c’est un peu comme les pelotons d’exécution de la guerre de 14 où parmi les 12 fusils, l’un était chargé à blanc.

    La volonté de transformer tout salarié en actionnaire grâce à l’actionnariat salarié, a d’une part des avantages (représentation forte des salariés au conseil d’administration, minorités de blocage...), mais d’autre part un inconvénient majeur : nous faisons tous partie désormais de ce système que nous ne pouvons donc pas remettre en cause, au risque de couper la branche sur laquelle nous sommes assis.

  • Par aquad69 (xxx.xxx.xxx.34) 15 janvier 2007 14:43

    Bonjour Aspiral,

    Il ne suffira pas pour mettre de l’ordre que chaque groupe constitué se limite dans ses activités. Il manquera toujours un tissus de gens ayant une autorité reconnue - autorité par opposition à pouvoir, et réellement reconnue par les populations, parceque s’appuyant sur une exemplarité et une valeur humaine forçant le respect- qui puissent arbitrer les conflits et s’opposer au pouvoir des puissants.

    Le problème est bcp plus vaste : la source de la vie sociale dans la cité et de ses équilibres a toujours été issue du bas, de la communauté humaine, et non de l’Etat, de ses "pauvres élites" et non de son tyran. A l’époque féodale le seigneur pouvait exiger des corvées et faire valoir ses droits, mais il n’avait pas le pouvoir de s’immiscer dans la vie du bourg, de sa Mesnie, et de régir cette vie : la communauté était alors autonome.

    Toute différente est la situation d’aujourd’hui où l’Etat - sous toutes ses formes, le "système" et non le gouvernement- s’immisce en permanence, sous forme de lois et de contrôles omniprésents, dans la vie des gens, et même dans notre imaginaire puiqu’il est presque devenu normal aujourd’hui d’être plus citoyen qu’être humain.

    Mais où donc est passé ce "lien social" entre les gens qui est la base et la chair même d’une société humaine ? Jean-Claude Kaufmann -le sociologue- donne un début de réponse dans sa "théorie de l’identité" : le lien a été capté par l’Etat à sa création ; et personnellement, je parlerais même plutôt de confiscation...

    C’est ce lien qui est l’aune et la mesure de toute société, et qui la rend possible. Et son absence dans nos pays modernes est bien le signe premier qu’il n’y a plus là de société humaine ; seulement un Etat, cad une "machine à vivre", pour pasticher la description des HLM comme des "machines à habiter".

    C’est le rétablissement de ce lien qui serait, par la nature même des choses, la première étape nécessaire à la revitalisation d’une société digne de ce nom dans nos pays. Mais cela semble bien impossible, et pour deux raisons :

    D’abord, il faut prendre conscience qu’un tel projet serait la chose la plus subversive qui soit vis à vis de l’Etat : une société humaine, unie, autonome et épanouie signifierait sa dissolution en tant que pouvoir et le transformerait en outil. Aucune entité n’accepterait cela de son plein gré.

    Et puis le point de vue occidental moderne a perdu la plus grande partie de ses caractères humains ; je m’explique : à force de vivre et d’être éduqués dans un monde régi par les processus techniques, nous avons fini par chercher exclusivement toute explication dans ces techniques, et à nous imaginer que tout, même la vie, est de la nature d’un processus technique.

    Demandez aux gens, ils vous parlerons toujours de"construire" une nouvelle société, comme s’il s’agissait d’une maison ou d’un pont ; mais il ne leur vient pas à l’esprit qu’une société, chose vivante s’il en fut, devrait se faire "pousser", et que l’on devrait la cultiver ; et toutes les mesures prises par les services de l’Etat en cas de problème de société ou de quartier sont imprégnée de ce défaut : on équipe ou on organise (ou l’on contrôle) ; comme si, pour soigner une famille en laquelle serait entrée la violence il suffisait de changer les meubles de la chambre des enfants ou de repeindre les murs.

    Comment retrouver la théatralité nécessaire pour rétablir un tel lien en évitant de tomber dans de la morale à deux sous, ou du travail de secte ?

    Ce sont des choses qui se transmettaient naguère par éducation et héritage, mais qui ne s’inventent pas. Et qui aujourd’hui prendrait tout celà au sérieux ?

    Cordialement Thierry

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