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Accueil du site > Actualités > Citoyenneté > Déconstruction de la démocratie

Déconstruction de la démocratie

La « destruction créatrice » désigne un processus économique permanent de suppressions d’activités qui permettrait la création simultanée d’activités économiques nouvelles.

C’est la doxa bien connue qui légitime tout et surtout l’augmentation du chômage et la concentration du capital financier.

La déconstruction de la démocratie se nourrit au jour le jour de cette règle inique en précipitant dans la précarité et les minimas sociaux de plus en plus d’individus.

Depuis quelques années, on voit apparaître un autre pouvoir à l’œuvre tout aussi dangereux que le capitalisme et qui fait son miel des errements de celui-ci et de la faiblesse du pouvoir politique : les religions.

Quel crédit donner à la parole publique ?

Les sondages et les scrutins se succèdent et donnent une réponse claire et précise : de plus en plus de citoyens se détournent des urnes ou bien sont attirés par le vote extrême qui, en l’absence de la confrontation à la réalité du pouvoir, peut toujours promettre des lendemains qui chantent.

L’alternance de 2012 a été provoquée par le rejet de l’ancien système et surtout le rejet d’une personnalité, ce qui démontre bien que le programme de 2007 n’avait que peu d’importance aux yeux de ceux qui ont donné les clés de l’Elysée au bateleur qui veut se représenter aujourd’hui. Le résultat de ce vote de rejet a été de changer de locataire de cette prestigieuse demeure pour y mettre une personnalité peu charismatique dont les promesses ont pu faire illusion quelques mois, sans plus.

Retour à la case départ, donc, où l’on constate que, quel que soit le Président et quelle que soit sa majorité, les marges de manœuvre face aux pouvoirs économique et financier sont faibles et le « pouvoir » politique n’est là que pour déconstruire, c’est-à-dire vendre les bijoux de familles, tuer le service public et financer, sans nuances le secteur économique, à fonds perdus.

Quel impact pour le CICE et le pacte de responsabilité en matière d’emploi ? Nul ou presque, en tous cas totalement ridicule par rapport aux sommes généreusement distribuées sans contreparties.

Le débat des primaires à droite nous a donné un aperçu de ce qui allait se passer en cas d’alternance : destructions massives d’emplois publics et pans entiers de l’activité publique bradée au secteur privé, charge à lui de se financer sur la bête, c’est-à-dire le citoyen.

La parole publique se délite et n’est que le portevoix d’intérêts privés : c’est dans l’air du temps depuis une trentaine d’années et à chaque fois on en remet une couche, pour notre bien, évidemment.

Aujourd’hui, la parole publique, n’existe plus. Elle n’est faite que de promesses jamais tenues, sauf celles qui ne sont jamais mises en avant dans les campagnes électorales et ne concernent qu’une partie infime du corps électoral, ceux qui se goinfrent et se régalent à chaque alternance.

Cette trahison permanente commence à se voir et afin de masquer le problème, on déploie des rideaux de fumée avec l’aide bienveillante des chaînes d’infos en continu, de la presse people ou de journalistes trop bien introduits dans les cénacles du pouvoir. Cela nous donne la bouillie médiatique actuelle ou les oppositions entre candidats ou bien les turpitudes d’un président sont montées en épingle au détriment du débat.

Ce qui se passe aux USA, est révélateur de ce système d’Entertainment, dans la mesure où les saillies d’un candidat tiennent davantage de place que le débat. Habitués à la téléréalité, les spectateurs/électeurs se vautrent dans ce système dont ils se font les complices mais dont ils ne sont que les victimes.

En France, sans être arrivé ce niveau de bassesse, nous n’en sommes désormais plus éloignés et l’opposition entre les « votants » risque de mal se terminer, les perdants acceptant de moins en moins les règles démocratiques.

Et les religions dans tout cela ?

Un espace se libère face au délitement de la parole publique. Les religions seraient-elles désormais le dernier refuge pour des citoyens en manque de repères ?

La nature a horreur du vide et la prière et les règles de vie propres à chaque religion feraient-elles office de citoyenneté ?

Pour des citoyens français habitués à la rationalité, à la loi de 1905 sur la séparation de l’église et de l’Etat, cela pourrait sembler exotique a priori, mais cela serait ignorer les évolutions du monde qui nous entoure et de la volonté des religions d’imposer leur vision.

Le problème, c’est que les religions qui nous parlent d’œcuménisme (les rencontres d’Assise), de pardon (pour les victimes de prêtres pédophiles) ou nous parlent de paix et d’amour, sont loin d’être d’accord entre-elles. Les extrémismes religieux sont là pour nous le rappeler. Qu’ils soient chrétiens, musulmans, bouddhistes ou juifs, ils sont porteurs de massacres, d’anathèmes ou de ségrégation et l’histoire est peuplée de ces dérives. Il ne suffit pas d’une petite prière ou de reconnaitre ses torts deux ou trois siècles après ou bien de parader pour une belle photo de famille pour qu’on oublie le passif.

Le second problème, c’est que les religions s’appuient sur le prosélytisme pour gagner des « parts de marchés », un peu comme le système économique et financier pour le capital et délivrent leur message clivant ou contraignant.

Pire, elles s’immiscent dans la vie publique, souhaitant imposer leurs vues et leurs règles de vie à un pouvoir politique en faillite et qui ne doit sa survie qu’aux votes communautarismes. Cela passe de la bienveillance affichée par des élus locaux (qui cumulent parfois avec un mandat national) vis-à-vis de petits pouvoirs religieux subventionnés au nom de la paix sociales dans les quartiers, jusqu’à l’adoption de thèses de mouvements religieux bien marqués à droite dans les programmes politiques de candidats à la Présidentielle.

La presse catholique bienpensante n’hésite plus, au travers d’éditoriaux à l’eau bénite à critiquer la laïcité, demandant « la réintégration de valeurs religieuses dans la production de normes publiques » ou bien la création d’un « conseil des religions qui pourrait être un stimulant des régimes politiques ».

On croit rêver, ou plutôt, non on ne rêve pas, cette posture n’est ni plus ni moins que la remise en cause des états de droit en vue de favoriser l’émergence de pouvoirs religieux qui bien évidemment ne manqueraient pas de nous mener à des guerres civiles ou à de nouvelles guerres de conquêtes.  

J’aime la laïcité. Je ne suis pas opposé aux religions et je souhaite seulement qu’elles fassent preuve de modestie et qu’elles ne profitent pas de la faiblesse du pouvoir politique pour avancer leurs pions, comme le font les pouvoirs économique et financier. 


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17 réactions à cet article    


  • Spartacus Spartacus 9 novembre 12:22

    Aujourd’hui 9 novembre....

    La France vit à charge des générations suivantes jusque la fin de l’année...

    La France est aujourd’hui le futur d’un passé Keynésien de gens qui ont mieux vécu sur son compte....
    Aujourd’hui la France continue à vivre mieux sur le compte de générations futures qui devront encore payer plus les charges des castes d’état...

    Fonctionnaire aujourd’hui, faiseur de poche de ses enfants et petits enfants à partir d’aujourd’hui.

    • Michel DROUET Michel DROUET 9 novembre 14:54

      @Spartacus
      Ce n’est pas le sujet de mon billet, mais je veux bien vous répondre en vous disant que le Medef vit à nos crochets depuis le premier janvier et que les patrons vivent aux crochets des actionnaires avec les retraites chapeau qu’ils se font voter avant de partir.


    • Jean Pierre 9 novembre 19:37

      @Spartacus

      Pourquoi limitez vous vos affirmations à la France ? En pourcentage du PIB les Etats-Unis et le Royaume-uni sont plus endettés que la France tout en étant plus libéraux. 
      La dette sous toutes ses formes (dette privée, dette des Etats, dette des entreprises) atteint des niveaux jamais vus dans l’histoire précisément au moment ou la mondialisation néo-libérale est la plus avancée. 
      Toute dette est un pari sur l’avenir.
      Quand l’endettement est public vous y voyez « une charge sur les générations suivantes ».
      Quand la dette est privée vous y voyez une prise de risques, spéculative donc, et créatrice de richesses futures.
      Ce manichéisme ne démontre rien d’autre que votre aveuglement.

      Les retraités Allemands (qui ont une retraite par capitalisation) comptent autant que les retraités Français (qui ont une retraite par répartition) sur la génération suivante pour payer leurs retraites. Que ces retraites soient financées par les dividendes et les intérêts de leur capitalisation (prélèvements privés sur l’activité économique) ou par des prélèvements publics sur l’activité économique, le paiement d’une retraite est toujours une rémunération du travail passé, reportée dans le temps, et honorée par le travail de la génération suivante. Seul le circuit financier est différent. Mais le principe du report dans le temps est partout le même.

    • hugo BOTOPO 18 novembre 16:31

      @Spartacus

      À force de répéter les mêmes inepties on les transformer en vérités et on y croît dur comme fer !

      Pauvres générations futures : elles auraient ce jour à leur naissance une dette publique individuelle de l’ordre de 30 000 €  !!!! La jeunesse est vraiment sacrifiée.

      Chaque jeune -écrasé sous le poids de sa part de dette qu’il devra assumer une fois au travail (sauf s’il ne vit que de diverses allocations)- coûte en dépenses publiques (état, collectivités territoriales, santé, allocations familiales...) de sa conception jusqu’à son arrivée sur le marché du travail entre 200 000 et 250 000 € selon sa durée de scolarité et de formation professionnelle. Les dépenses de sa famille (nourritures, vêtements, logement plus grand, nombreux loisirs, internet et télécommunications etc...) sont la grosse cerise sur le gâteau : la joie des parents n’a pas de prix mais un coût !
      En outre ce pauvre jeune des générations futures héritera de parts de la richesse familiale et nationale : (en moyenne la part de capital mobilier et immobilier est de l’ordre de 100 000 € par français)

      Par contre, en France et ailleurs du fait de mauvaises gestions et d’un système inique, ce sont les financiers et créanciers bancaires qui se gavent d’intérêts en prêtant de l’argent qu’ils ne possèdent pas.

      Dans cet ordre d’idées il est souhaitable de diminuer la natalité française car se serait tout bénéfice.
      En France 2 enfants/femme et 800 000 naissances/an pour 65 millions d’habitants !
      En Allemagne 1,4 enfants/femme et 650 000 naissances/an pour 82 millions d’habitants !
      Avec 2 enfants/femme l’Allemagne aurait plus d’un million de naissances/an soit un coût public supplémentaire entre 70 et 90 Milliard€/an. Sur les 20 dernières années de déficit budgétaire allemand cela correspondrait à une augmentation de la dette publique allemande de l’ordre de 1600 Md€ sans compter le cumul des intérêts. L’Allemagne n’a donc pas cette dette sur le dos car les 300 à 400 000 immigrés de compensation bien élevés et formés aux frais des budgets de leurs pays d’origine, (dont on reproche leur déficit induit) ont pris la place des naissances manquantes.

      En outre, en France en dehors des fautes systèmiques de gestion de notre économie, il y a chaque année depuis longtemps plus de 200 000 arrivées sur le marché du travail que de départs (retraites ou décès) auxquels s’ajoutent les soldes migratoires : cela justifie amplement la croissance de notre chômage !


    • Spartacus Spartacus 9 novembre 16:31

      @Drouet

      C’était une aparté, en rapport avec votre « terreur de perte d’emplois massifs de fonctionnaires ».

      Le Medef, je suis en accord avec vous....
      Et les retraites chapeaux (sur-complémentaires), ce n’est pas comme les impôts, on ne m’oblige pas à payer pour elles, et en plus je ne suis pas jaloux, et c’est tant mieux pour les salariés de direction qui l’on négocié. 

      • Michel DROUET Michel DROUET 9 novembre 17:43

        @Spartacus
        Je ne nourris pas de terreur particulière sur la perte d’emplois massifs de fonctionnaires. Je dis simplement que les programmes portés par la droite actuellement prévoient des suppressions en nombre de fonctionnaires d’Etat, ce qui est pour le moins surprenant quand on parle de recentrer l’Etat sur ses missions régaliennes...
        Par contre, et j’ai toujours été très clair sur ce point, il y a trop de niveaux de collectivités territoriales en France (le fameux mille feuille) et par conséquent trop de fonctionnaires territoriaux dont les postes sont créés par les mêmes qui nous parlent de supprimer des postes de fonctionnaires d’Etat.
        Bizarre, non ? Et bel exemple de double langage permis par l’ignorance dans laquelle sont tenus les citoyens.
        Et puis créer des postes localement est toujours payant pour la réélection et le cumul de mandats.

        Les retraites chapeau, vous les payez en achetant ou en consommant les produits vendus par les entreprises qui pratiquent ce genre de sport... 


      • samuel 9 novembre 19:07

        @Spartacus

        « on ne m’oblige pas à payer pour elles »

        Vous n’avez tout simplement pas conscience de les payer. Je trouve que c’est plus pervers que les fonctionnaires dont on sait comment,combien et pourquoi ils sont payés. 

      • Michel DROUET Michel DROUET 9 novembre 19:09

        @samuel
        Bonjour Samuel

        Entièrement d’accord !


      • Spartacus Spartacus 9 novembre 21:27

        @Michel DROUET

        Oui mais quand je les paye....C’est que c’est le meilleur rapport qualité/prix. 
        C’est avec plaisir que je donne cet argent...Puisque ce qu’ils m’offrent correspond à mes besoins.

        Je vous l’ai dit, je ne suis pas jaloux et je me fou que les gens gagnent beaucoup d’argent.

      • samuel 10 novembre 10:15

        @Spartacus

        Vous êtes omniscient ou vous posez des équations d’optimistation à chaque fois que vous achetez une botte de radis ? 

      • zygzornifle zygzornifle 9 novembre 17:05
        Déconstruction de la démocratie = LRPS.....

        • Pere Plexe Pere Plexe 9 novembre 17:30

          La démocratie repose sur plusieurs piliers

          Les principaux sont la liberté politique, le vote , l’accès à une information éthique et à une éducation qui éclaire ce vote.

          Si les deux premiers sont assez bien installés (encore que la propension de certains à s’asseoir sur certains référendums est fâcheux) ce sont surtout les deux derniers qui font cruellement défaut.

          En particulier « l’information ».
          La faute à des médias structurellement déficitaires...mais pourtant achetés par des propriétaires avisés !
          Pourquoi donc Bolloré (au hasard mais on peut facilement transposer) met la mains sur Canal+ et Itélé ?
          Il sait pertinemment qu’il ne fera pas d’argent avec cet investissement.
          Et comme on ne peut le suspecter de philanthropie la raison est ailleurs : elle est dans le contrôle de l’info et de l’analyse politique qui en est faite .Et au retour des politiques en échange de ces bons procédés !

          On est clairement dans la connivence d’une oligarchie politico-mediatico-affairiste qui manipule.
          En totale contradiction avec la nécessaire liberté d’informer
          C’est à mon sens le principal danger d’une démocratie vacillante...

          • lsga lsga 9 novembre 17:31

            @Pere Plexe
            La démocratie c’est le partage du contrôle de l’appareil de production à l’échelle mondiale.

            Cela n’existe pas encore. 

          • Michel DROUET Michel DROUET 9 novembre 17:47

            @Pere Plexe
            Indéniablement la possession et la concentration des médias entre les mains « d’hommes d’affaires » ne favorise pas le pluralisme.


          • cétacose2 9 novembre 18:40

            Dans le mot démocratie à la française...il y a le mot : crasse....


            • Michel DROUET Michel DROUET 11 novembre 18:30

              @cétacose2
              Il y a aussi démo...


            • exosphene exosphene 13 novembre 11:01

              Cette trahison permanente commence à se voir  : Commence !!! ça c’est le problème des médias, parce que lorsque la moitié des électeurs ne va plus voter, que si peu de personne en parle, et que rien n’est fait pour endiguer le phénomène bien au contraire, parler encore de démocratie est un terme quelque peu abusif.

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