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Défense et Sécurité de l’UE. Et les citoyens d’une Nation en armes ?

Une rencontre avec le président Von Wogau. La politique de Défense et de Sécurité progresse lentement, trop lentement. Entre une politique réellement volontaire et une absence de politique, elle semble plutôt relever de cette méthode dite jadis « fonctionnaliste » relevant de l’avancée à petits pas selon les exigences d’une situation, dans l’urgence. Force est de reconnaître que sous la présidence française qui s’achève, cet aspect pourtant programmé comme essentiel, a été quelque peu estompé par l’urgence de la question de la Georgie d’abord, ensuite et surtout par la crise économique.

Une rencontre avec Karl von Wogau, président de la sous-commission de Sécurité et Défense du Parlement Européen nous éclaire.

Aucun progrès institutionnel possible sous la présidence de la France.

Comme on pouvait s’y attendre, le sujet qui devait s’en tenir à la période de la présidence française de l’UE a été largement débordé pour les raisons évoquées. Dans ces conditions, il est difficile de ne pas céder à la tentation du tour d’horizon dans le rétroviseur tout en faisant montre d’un volontarisme ambitieux par le pare-brise. Des rappels ne sont en effet pas inutiles dans ce domaine et l’intervenant les a habilement utilisés pour mettre en place les éléments de l’échange. Ainsi on est bien obligé de convenir que la déclinaison des dangers que court l’Europe d’aujourd’hui n’est plus la même que ceux qui l’ont conduite à des guerres fratricides, pour déboucher sur une guerre froide que von Wogau croit définitivement révolue. Les menaces ont changé : « le terrorisme, la prolifération des armes de destruction massive, les conflits régionaux (à métastases), la déliquescence des états et le crime organisé constituent les plus grandes menaces auxquelles l’Union et ses citoyens sont confrontés ». Il n’en oublie pas pour autant d’autres dangers plus « bellogènes » comme la dépendance énergétique, les catastrophes naturelles ou encore la course aux armements.... Pour aucun pays européen ne persistent des risques de sécurité spécifiques, mais aucune nation n’est capable à elle seule de les contrer. C’est donc la Politique Commune de Sécurité et de Défense (PESD) qui devrait être le prochain grand projet de l’UE. C’était d’ailleurs l’ambition sous-jacente des Européens dès 1954, du moins comme le projet d’ « une sécurité des uns vis à vis des autres ». Pour cette première étape, une intégration économique réelle a, en grande partie au moins assuré sa réalisation. Il s’agit désormais de passer à un projet de « sécurité des uns avec les autres ». Rappelons qu’en 1998 un sommet franco-britannique de St Malo a initié clairement l’idée que les deux puissances nucléaires oeuvreraient à la création d’une identité européenne de défense. Il y a 10 ans ! Avec les Britanniques ! A Cologne, un an plus tard, était décidée la création d’une force d’intervention rapide de l’UE, constituée de 50 000 à 60 000 soldats, bientôt doublée dès 2000, d’une force de police de 5000 hommes. Bilan : l’Europe est parvenue à garantir elle-même la sécurité dans les Balkans, sans l’OTAN cette fois ......Enfin.

Un manque de cohésion trop coûteux.

Mais cet optimisme affiché se heurte tout de même à des réalités moins réjouissantes dès lors qu’il s’agit de la mise en œuvre sur un plan pratique et matériel de cette belle ambition. Avec un budget de plus de 17O milliards d’euros consacrés par les 27, chacun pour soi, à la défense, les Européens ont été incapables de créer « un Marché Commun de la Défense »pour pallier des multiplications ou des superpositions inutiles de programmes en approvisionnement par exemple. A qui la faute ? Silence ! Il faudra faire mieux. Il en va de même en ce qui concerne le Renseignement, pourtant la clé de voûte de la veille et de la conduite opérationnelle : pour les satellites d’observation, on dispose de trois systèmes parallèles avec des forces et des faiblesses. Encore un doublon au moins dans les télécommunications où « à l’heure actuelle nous avons cinq systèmes nationaux différents destinés à faire fonctionner des opérations multinationales ». Pire, une donnée du président de la sous-commission est éloquente : « il existe 23 programmes parallèles de véhicules blindés, trois nouveaux programme d’avions de combat, 89 programmes d’armement contre 27 seulement aux Etats-Unis ». Si l’Histoire a forgé des traditions très différentes dans les états de l’Union, de la Grèce à la Baltique, si les approches sont diverses, les principales menaces sont communes, plaide von Wogau qui voit dans le traité de Lisbonne dont il espère la ratification par tous, une possibilité de renforcer la politique étrangère commune et ce, particulièrement à travers la nomination d’un « Haut représentant de l’Union pour les Affaires Etrangères et la Politique de Sécurité, également vice-président de la Commission . Attendre !

Et les euro-citoyens dans tout cela ? et la Nation en Armes ?

Interrogé sur l’Eurocorps comme sur la brigade franco-allemande qui vient d’ailleurs d’obtenir la « certification » OTAN, le président se montre résolument optimiste car il ne voit pas dans ces deux structures qu’un symbole mais une force réellement opérationnelle qui pourrait préfigurer l’armée européenne de demain . Qu’en est-il des « réserves », ces renforts potentiels des armées professionnelles dans des missions opérationnelles ou annexes. La Commission que préside l’eurodéputé allemand ne semble pas travailler ardemment sur cette question. Précisons que dans « le Livre Blanc de la Défense » français , quelques lignes à peine sont consacrées à ce « corps » qui, entre autres tâches mineures pourra être sollicité lors de commémorations nationales ! La notion de « Nation en Armes », héritée de la Révolution Française n’a plus cours. La PESD est confiée à des exécutants professionnels en nombre réduit mais performants. On pourrait craindre une armée de mercenaires coupée de la population qu’elle doit protéger . Mais non ....les jeunes seront formés, en France par exemple par la JAPD ( journée d’appel et de préparation à la défense) et puis il y a, plus productif cette fois, ce nouveau projet de service civique qui pourrait s’étendre à toute l’Europe et susciter des échanges de PERSONNES ce qui favoriserait certainement une prise de conscience de destin commun . Mais quand ? D’ailleurs n’y a-t-il pas dans chaque pays, dans chaque région, dans chaque localité presque un corps de sapeurs-pompiers, attentif à la sécurité et à la protection des gens ? C’est certes très insuffisant mais pas ridicule car là aussi une organisation transnationale est souhaitable et peut-être même une extension des missions traditionnelles. On n’en parle pas . Par ailleurs les entreprises « sensibles » ont leurs propres équipes de surveillance. Et puis la solidarité peut s’exprimer aussi à travers des actions volontaires en cas de catastrophes naturelles par exemple ou dues à un acte terroriste. Mais qui coordonnera cette action souvent transfrontalière ? Fonctionnalisme encore ?L’actualité incite à des décisions rapides. Rêvons d’une intervention musclée dans notre Sud-Ouest saccagé par la tempête, par des corps multinationaux de civils organisés "façon armée". Les citoyens européens deviennent peu à peu conscients de leur appartenance à une entité seule capable de lutter contre des fléaux qui ignorent les frontières. « C’est beau une carte ( de l’Europe) sans les lignes noires des frontières ». Daniel Riot dans « l’Europe cette emmerdeuse ». Karl von Wogau, homme de haute qualité, parfaitement francophone, peu prolixe quand il s’agit de questions moins techniques et délicates, devrait lire ce livre et le donner à lire aux membres de la Commission qu’il préside. Il y est question de citoyenneté.

Antoine Spohr


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1 réactions à cet article    


  • robert 10 février 2009 17:52

    Merci de corriger le titre , d’une nation, bon article merci à vous

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