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Accueil du site > Actualités > Citoyenneté > Démocratie, République et diversité, le retour du temps des cerises (...)

Démocratie, République et diversité, le retour du temps des cerises ...

Nous avons eu besoin d’inventer la démocratie et la république quand reposait dans le cœur de nos anciens le profond sentiment d’intégrer le plus grand nombre de citoyens. Non pas autour d’un projet identique, pour cela, le système tribal, voire féodal, aurait suffi, mais dans l’émergence d’une idée transformatrice : nos différences sont la source de notre bien commun, pour peu qu’on les accepte sans démesure et qu’un gouvernent sache organiser ces disparités afin qu’elles servent mieux chacun que séparées et isolées... C’est ainsi que peut revenir toujours l’abondance du printemps et le temps des cerises.

Combattre afin de détruire celui qui nuit à ma propre liberté ou fait obstacle à ma propre vision du bonheur ne suffit pas. Aussi, afin de dépasser le combat, menant à la destruction, il est nécessaire de se comprendre depuis notre ultime racine dans l’objectif de parvenir à satisfaire sans exclusivité, le plus largement possible, nos profondes aspirations. La diversité doit donc se comprendre comme l'enjeu d’une démocratie, le « vivre ensemble », toujours davantage de citoyens d'origines, de conditions et de croyances différentes, dans une même république gouvernée par et pour chaque citoyen.

Une parfaite coexistence d’une telle diversité en droit, exige des règles d'égalité partagées de tous les individus participants. C'est le défi majeur de chaque gouvernement désirant s’orienter vers la civilisation multipolaire en devenir. Fort de cette prédominance, l’enjeu sera d'autant plus important dès lors que chaque pôle revendiquera son propre centre de pouvoir, tout comme chaque individu s’observe lui-même en tant que conscience au centre du monde.

Suivant cette logique, ce qui constitue la grandeur d'un humain, d'un gouvernement, ou d'une civilisation, ça n'est pas de mettre en œuvre tout le possible en vue de réduire la diversité de pensée, d'émotion, de sentiment et d'action en lui et dans son milieu comme pour échapper de façon illusoire aux contradictions qu'elle engendre nécessairement, mais au contraire d’amplifier cette diversité en inventant ce qui permettra aux "forces de vie" (étymologie de "valeur") de servir au mieux le moteur de leur histoire commune...

Les anciens, en particulier les grecs, à travers leur mythologie, avaient compris la nécessité d’une coexistence d'un maximun de divergences, qu’elles soient des plus harmonieuses, jusqu'aux plus chaotiques. Le Mythe de Gaïa et la naissance de Zeus, le roi de tous les dieux en sont une belle incarnation ! Déjà, ont y découvre rassemblées l'idée de progrès, cette idée qu'un ordre peut naitre du chaos, et celle de la juste place de chacun dans le monde ! Une grande partie de cette vision se retrouve aujourd'hui dans la démocratie moderne, même si, à l'époque des anciens, elle n'était accessible tous les individus ( en particulier les esclaves) ...

En relisant la cosmogonie de la civilisation grecque, l'un des trois piliers de notre civilisation JUDEO-GRECO-CHRETIENNE, on peut se rendre compte à quel point la représentation grecque des forces contradictoires de la nature est fondée sur la prise en compte de leur éventuelle démesure (lubris en grec).

Cette volonté d’hétérogénéité ne pouvait qu’aboutir au mode de gouvernance fondé sur le droit des individus dans la limite du respect de la « res publica » (la chose commune, qui n'appartient à personne, que nul ne peut s’attribuer et indispensable à tous). La république en devint le « bras armé ». Ainsi, ce principe de gouvernance pu s'étendre logiquement jusqu'au confins du monde et nous conduisit droit à une civilisation planétaire(1).

On comprend mieux l'idée de démocratie, de république et les enjeux de la diversité en leur sein lorsqu’on observe la cosmogonie grecque, origine métaphysique de ce système politique. La clé de lecture se révèle dans cette idée première que Zeus arrive à l'harmonie du monde, face aux forces du chaos en "distinguant" une place pour chacune de ses parties , qu'elles soient harmonieuses ou chaotiques... Dans ce nouvel ordre cosmique, harmonie et chaos ne sont plus indifférenciés, ils participent à l'évolution du cosmos. Dès lors s’offre pour l’homme , créature "hybride", la possibilité de rechercher la sagesse afin de profiter d’une meilleure existence.

Or, "la vie bonne", dans le sens grec, consiste à trouver ou retrouver sa place au sein de cet univers, qu'à notre nôtre niveau nous appelerions société (2). Pour s’en convaincre, il suffit de relire le formidable mythe d'Ulysse et de calypso où l'on découvre Ulysse préférer sa condition de mortel en compagnie de sa famille, de ses amies, plutôt que l’immortalité que la déesse Calypso lui propose. Pour bien ancrer cette idée fondamentale issue de la prise en compte des contradictions provenant de la diversité du Monde, plutôt que de les réduire, les supprimer, les anciens allèrent jusqu'à donner une place au sein même de l'Olympe (lieu de pouvoir des dieux de l'harmonie), à Dionysos, ce dieu incroyablement "sauvage" représentant le Chaos ! Déjà, on retrouve les idées modernes de représentation de toutes les parties prenantes dans un gouvernement républicain d'essence démocratique !

Il s'agit donc, face à l'émergence de la civilisation planétaire à venir, de ne pas réduire l'abondance flamboyante de cette diversité, en la retenant par la bride, ni de la réserver à son propre compte,  ni de l’étouffer dans l’œuf par une morale castratrice . Il est primordial de lui réserver une nouvelle place et, si elle vient à manquer, à édifier un nouvel espace. par ailleurs, depuis Sartres, nous savons que l'homme n'est pas issu d'un plan préétabli avant sa naissance, contrairement à l’animal, ou un coupe-papier, toujours réalisés à partir d'un même d'un plan (3). Il faudra donc édifier ce lieu sans par avance anticiper sa fonction. Et c'est là l'enjeu voire le défit !

En effet, l'homme devient ce qu'il fait, c'est cela sa grandeur. Suivant sa construction, l’erreur jalonne son parcours : il ne possède pas de carte de ce territoire inconnu et mouvant. Il devra apprendre , il découvrira avec bonheur , dans sa diversité, les alternatives à sa démesure. Relisons un de nos père fondateurs, Jean-Jacques Rousseau, afin de mieux comprendre l'impact d'une telle conception humaniste au cœur des idées politiques modernes (4). 

Par conséquent, on comprend mieux l'importance de la notion de "lubris" ( la démesure) dans chaque gouvernement où toute démocratie se révèle soucieuse d’intégrer le plus grand nombre de citoyens quelles que soient leurs origines, leurs cultures et leur conditions sociales ... Ce principe fondateur éclaire toute république d'essence démocratique, principe repris et actualisé, héritage de nos ainés des "Lumières" . En effet, la régulation de nos passions conduit à pacifier notre existence, et nous redonne un véritable sens, en aucun cas il ne s’agit de les supprimer. Ainsi, ce qui peut nous aider à dépasser la "lubris" au cours de ce siècle, issue de l'abondance, résultat de notre propre dépassement, consiste à intégrer cette démesure de façon adaptée aux temps nouveaux. Ceci implique donc de ne pas émasculer toutes ses force créatrices.

Il s’avère difficile de devoir maitriser un surplus de puissance plutôt qu'un manque... les freins se trouvent souvent corrélatifs à la puissance du moteur...L'enjeu de notre temps, n'est plus de produire davantage, comme l'histoire de l'homme l’a montré afin de remédier à la contrainte de la rareté, mais de MESURER notre pouvoir en anticipant sa DEMESURE. Lorsqu’on observe un adolescent, on sait combien cela peut s'avérer difficile de canaliser son énergie. Peut-on imaginer ce que cela pourrait représenter à toute civilisation parvenue à son stade d' adolescence. En compagnie de Jared Diamond et de son livre majeur "Effondrement", nous réalisons à quel point notre civilisation, comme d'autres avant la notre, pourrait jamais ne parvenir à l'âge adulte. Tout dépendra en grande partie de nos choix, ici et maintenant.

Une opportunité serait de réunifier les parties prenantes de nos sociétés en leur offrant de nouvelles règles du jeu qui satisfassent leur esprit de puissance tout en servant l'utilité commune. Actualiser cette utilité commune aux temps nouveaux, par une forte majorité de citoyens dans le respect des valeurs humaines et de la nature, pourrait nous permettre de "faire société". Car "faire société" ne peut se pérenniser sans que les parties prenantes ne le décident. Cet élan ne peut s’imposer à partir d’une seule enceinte sacrée, qu'elle soit divine, morale, philosophique, économique, technique ou scientifique, mais à partir de toute la société.

Sommes-nous prêts à entreprendre cette œuvre indispensable de reconstruction, nous, citoyens, composants de base du corps social ? Sommes-nous disposés à entreprendre ensemble cette refondation de l'utilité commune du XXIeme siécle, nous citoyens qui somme les parcelles infimes et pourtant indispensables de l'expression légitime d'une volonté vraiment générale ?

Dans ce cas, serons-nous prêts à accepter réellement nos diversités de citoyens y compris nos propres contradictions ? Car seule l'acceptation de TOUTE diversité permettra le retour du printemps, le retour des temps nouveaux, de l'abondance. Et on pourra à nouveau accrocher des cerises aux oreilles de nos enfants !

avec la participation de guelum... pour la forme :)

(1) voir le livre profond de Marcel Gauchet : http://minilien.fr/a0llep

(2) voir l'excellent livre de Luc Ferry, très accessible, http://minilien.fr/a0lleq

(3) voir le bouquin incontournable, selon moi, de Jean-Paul Sartres "L'existentialisme est un humanisme"  : http://minilien.fr/a0ller

(4) Jean-Jacques Rousseau, "discours sur l'origine et les fondements de l'inégalité parmi les hommes : http://minilien.fr/a0lles

(5) Jared Diamond , "Effondrement, comment les sociétés décident de leur disparition ou de leur survie", http://minilien.fr/a0llet


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2 réactions à cet article    


  • ddacoudre ddacoudre 5 janvier 2011 21:32

    Bonjour frédéric

     

    La remarque de marc ne nuit pas a la compréhension de l’article qui d’en son fond sous entend l’existence d’un ordre. L’existence aléatoire en est un.

     

     

    Depuis la Grèce et dans ses pas nous avons défini bon nombre de lois de la physique Non comme des lois qui expliquent tout, mais comme des lois aidant à plus de compréhension, relevant de notre regard et de notre technologie, mais qui ne sont pas indépendantes de notre activité culturelle véhiculant un grand nombre de valeurs mystiques et relatives, issue de nos représentations nées du conflit conventionnel permanent de l’inné et du culturel. Elles offrent le caractère de crédibilité de valeurs scientifiques réfutables, car elles sont traduites dans un langage mathématique universel. Langage qui s’offre aujourd’hui à la critique et qui donne lieu à des débats philosophiques. Langage qui lorsqu’il est décrypté, par l’homme médecine Navajo, le Hopi, le moine Tibétain ou l’Aborigène australien, les introduit dans un paysage de connaissances ancestrales que nous avons estimé barbaresques par ostracisme ethnocentrique.

     

    Je considère donc, que les « Forces ou énergies ou flux » qui composent l’Univers, combinent toutes choses. Toutes choses de ce que nous sommes, et que nous assemblons (et non pas créons qui laisse sous entendre que nous partons de rien), même si nous ne pouvons encore en définir certaines, et peut-être ne jamais accéder à l’indéfinissable.

     

    En conséquence, en observant les lois que nous connaissons de cet univers, il est plus aisé de comprendre ce que nous sommes et faisons. Cet effort intellectuel consiste à s’observer, comme étant ces forces, étant dans ces forces, et étant le produit de ces forces, et non soumis à ces forces. D’une autre manière, si nous considérons que l’univers est la circulation d’une information depuis son origine, nous sommes cette information dans l’information, et produisant de l’information, et non pas seulement soumis à l’information.

    La nuance est fondamentale car elle modifie l’image, la représentation que nous pouvons avoir de notre « monde cérébral » à partir du « monde sensible ». Parce que, au lieu d’y être soumis, qui peut être interprété comme une condition irréversible, nous serions sous condition de la connaissance de l’organisation de ces forces, de cette information. Nous serions un Être « conditionnel », conditionné à ce qu’il est capable d’en comprendre.

     

     

     

    C’est pourquoi il est utile de se servir des découvertes de la science, biologie, neurologie ou de la physique, telle « La Théorie du chaos » qui met en évidence un ordre sous-jacent que nous ne pouvons pas observer de visu, et que la science à mis à la disposition de notre réflexion, qui nous permet d’agir sur nos constructions psychiques culturalisées. Et l’économie est une partie intégrante d’une construction psychique culturelle sous-tendue par l’inconscient qui peut être trompé.

    Un ordre sous-jacent dont nous sommes parties intégrantes, que nous l’ignorions où que nous en acceptions l’hypothèse. Or, les régularités que met en évidence la théorie du chaos, ne sont pas celles que nous observons de visu quand nous regardons notre monde. Pourtant quand nous établissons notre ordre humain qui s’est calqué sur ce que l’humain a pensé comprendre de son monde, sans le savoir nous concourons, sous l’aspect d’un « ordre », au « désordre » le (chaos) dans l’ordre sous-jacent, dont les effets exhibent des comportements différents. Cela du fait de la Théorie du chaos qui indique qu’une légère modification d’un des paramètres quelconques d’un ensemble dévoile des comportements d’une nature complètement différente.

    Ainsi, dans le chaos omniprésent, stable et structuré, nous avons introduit par notre ordre « ignorant », un « désordre » qui se répercutera.

    ddacoudre.over-blog.com.

    cordialement


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