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Des nouvelles du front…

Segpa Possible ! 

Rien en change vraiment …

J'ai pris le temps d'aller m'enquérir de ce qui se passe sur mon ancien poste. Revoir les collègues et prendre le pouls d'une section que j'avais quittée avec plus d'inquiétudes que de soulagement. Il faut avouer que la classe qui allait arriver en troisième avait donné de nombreux signes de dysfonctionnement et que l'avenir s'annonçait sombre. D'autres éléments prévisibles, aussi alarmants, avaient de quoi renforcer le pessimisme …

Je n'ai pas été déçu par ma visite. Il y avait largement de quoi alimenter un billet afin de redonner vie à un feuilleton qui vous avait tenus en haleine. La rubrique faits-divers a d'ailleurs eu son content de petits incidents qui ont défrayé la chronique locale sans, bien sûr, fournir des détails qui doivent rester secrets afin de ne point trop inquiéter le lecteur.

Tout d'abord, un des membres de l'équipe enseignante a eu le bonheur ineffable de voir son véhicule partir en fumée une nuit où 25 autres subirent le même sort. Je trouvai une personne accablée par ce coup du sort, en conflit avec son assurance qui ne fait rien évidemment pour lui faciliter l'existence et découragée de constater que l'état ne tient absolument pas compte de la nature spécifique d'un tel acte. Comment ne pas voir là un geste délibéré visant le professionnel de l'éducation ? Seule notre bonne administration s'en lave les mains.

Ensuite, une récente agression dans un collège voisin a été le fruit d'un coup de folie d'un de nos chers rejetons. Un gamin de cinquième, déjà considéré comme une terreur dans le quartier, a rossé, pour un regard de travers, un garçon qu'il a laissé à terre avec quatre dents cassées et la mâchoire fracturée.

Vingt- quatre heures de garde à vue et un retour presque triomphal au collège. Puis, l'attente ; le temps de la justice n'étant pas celui d'une classe. Le caïd en herbe se permet d'aller insulter le principal du collège de sa malheureuse victime sans qu'on puisse rien y faire. Notre incapacité à donner de promptes réponses renforce de telles dérives et nourrit une délinquance possible chez des mômes déjà endurcis, faute de sanction immédiate.

Les plus grands ne sont pas en reste. Lors de mon départ , deux grandes élèves, prêtes à entrer en troisième, étaient dans la nature. L'une a fait un bref séjour au pays, la famille espérant dans cet éloignement retrouver un peu de calme et de maîtrise sur leur fille. Le miracle n'a pas eu lieu, hélas ! La gamine est revenue avec une plainte pour viol sans qu'on sache vraiment la réalité de cette accusation, tant elle a pris l'habitude de mentir et d'inventer des choses abracadabrantes.

De retour en France, elle a obtenu de changer d'établissement pour repartir sur de nouvelles bases. Le résultat fut spectaculaire avec une journée et demie de présence et un incident suffisamment grave pour que soit proposé un conseil de discipline. La mère, à bout de ressources, a fait interner sa fille dans la cellule pour adolescents de l'hôpital psychiatrique. En attendant, l'an dernier, elle nous avait pourri l'existence sans qu'il ne se passe rien …

L'autre fugueuse est revenue, si je puis dire. Elle est absente les trois-quart du temps, continue de mener une existence douteuse, couverte par une mère dépassée qui nie l'évidence. La gamine a été inquiétée pour avoir harcelé, par le truchement d'un réseau social, une mère de famille. Les insultes, comme la rumeur dont elle est l'objet, tournent autour de la problématique de la prostitution. Que faire quand rien ne semble vraiment alarmer dans une agglomération où il n'y a plus d'éducateurs de rue ?

D'autres jeunes filles suivent les mêmes exemples. L'une, particulièrement inquiétante, a été placée par le juge. Mais l'éloignement, pourtant nécessaire, n'a pas été possible. Il semble que, faute de l'accord du conseil général de payer des placements hors département, il faille se résoudre à accepter des réponses inappropriées. La demoiselle poursuit ses fugues, ses dérapages et il ne se passe rien !

Du côté des garçons, des faits moins graves toutefois sont encore à déplorer. Un conflit majeur avec une enseignante qui doit subir des insultes et des remarques détestables sur une particularité physique. La mère du garnement a même pris le relais. La pauvre collègue a déposé une main courante et continue de serrer les dents, face à ce petit monstre tout puissant. N'écoutez pas le discours de la rigueur que nous servent les responsables politiques, la réalité quotidienne est tout autre !

Heureusement, il reste encore une majorité d'élèves sympathiques qui furent heureux de me revoir. Ce sont eux, d'abord, les premières victimes des cas précédents. Notre impuissance, les limites de notre justice et des moyens mis en œuvre, les mettent dans une situation où apprendre n'est pas toujours simple et jamais serein. Mais surtout, il n'en faut rien dire ; je dois forcément exagérer les choses. Tout va bien dans le meilleur des mondes scolaires !

Frontalement leur.


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25 réactions à cet article    


  • JMBerniolles 28 novembre 2014 10:43

    Ce qui est décrit là est la mise en place concertée, les responsables politiques connaissent cette situation, les syndicats d’enseignants la couvrent, d’un chaos au niveau de l’enseignement.


    Les gens anesthésiés ne s’en rendent pas compte, mais le basculement progressif de notre pays dans un chaos généralisé est en cours. On peut voir le même genre de chose dans notre système de santé. A l’Hôpital Nord de Marseille, l’intrusion d’hommes armés et faisant feu est régulière... partout les urgences sont débordées... 

    En tant que parent d’élèves, depuis le conseil d’une école primaire, à la limite de la ZEP, j’ai vu un nombre conséquent d’enfants ne sachant pas lire passer au collège. Le simple projet d’une évaluation en CM2 des acquis en français et maths a soulevé un tollé général et en particulier des syndicats d’enseignants.

    Nombre d’hommes et de femmes politiques sont issus de l’enseignement. Pas un ne se battra pour rétablir un véritable enseignement, pourtant seul moyen de réussite pour les enfants défavorisés. La seule chose que Peillon, agrégé, ait faite c’est d’introduire les loisirs à l’école primaire sans moyens...

    C’est le signe d’une maladie profonde et définitive de notre société... 


    • C'est Nabum C’est Nabum 28 novembre 2014 12:22

      JMB


      PLus de contrainte, plus d’exigence, l’école est un lieu de garde et non d’enseignement
      Les syndicats vivent en marge puisque leurs représentants ne sont plus en classe

      Tout va bien et notre société entre en Barbarie

    • JMBerniolles 28 novembre 2014 13:35

      En tous les cas merci de ce témoignage qui ne plait évidemment pas à tout le monde.


      Je veux dire que le problème est global et que donc la solution ne peut se satisfaire de réformes, mais exige une rupture totale avec le système.

      La destruction de l’enseignement public, puis la situation des jeunes qui arrivent sur le « marché du travail » selon l’horrible expression, sont le signe que nous sommes au bout du bout.

      Plus de 50% des jeunes de la tranche 18-24 ans sont sans emploi, les dîplômés [hors passage de concours qui est réservé à l’ « élite »], mettent officiellement de 2 à 3 ans avant de trouver un travail. La précarité, le temps partiel et les bas salaires sont le lot de tous les jeunes.

      Ce système tient pour l’instant avec l’aide des parents, eux-mêmes submergés d’impôts... 



    • Mohammed MADJOUR Mohammed MADJOUR 28 novembre 2014 11:51

      @ Nabum

      C’est un constat local mais que l’on peut généraliser à volonté.
      Je vais vous dire quelque chose qui va peut-être vous étonner : L’école ne peut pas aller mieux aujourd’hui puisque elle a en face d’elle un monde anarchique et violent ! Il est faux de croire que l’éducation (seule) « éduque » les enfants et les prépare à assumer plus tard leurs responsabilités au sein de la société ; puisqu’on on voit bien que les élèves les mieux éduqués seront les plus marginalisés dans une société qui perd de plus en plus ses valeurs. Plus de « famille », plus de « voisins », plus de politesse, plus de « morale », plus de « retenue »... L’école ne peut pas tout rétablir !

      La société refuse la rigueur et la discipline scolaire, on ne peut pas exiger de l’école de produire de meilleurs citoyens.


      • C'est Nabum C’est Nabum 28 novembre 2014 12:23

        Mohammed


        Certes et il lui serait difficile de faire mieux
        Mais pourquoi fait-elle la part belle aux petits terrotistes du quotidien 

        Ceux-là ont pris le pouvoir et notre refus de punir punit les autres, ceux qui veulent travailler

      • Mohammed MADJOUR Mohammed MADJOUR 28 novembre 2014 12:39

        @ Nabum

        Malheureusement... Mais cela est juste votre constat qui est aussi le mien, pour tout le monde qui accepte le monde terroriste tel qu’il est et tel qu’il évolue...tout parait « normal » ! Le « travail », vous savez qu’il a perdu toutes ses vertus, on ne vit plus convenablement d’un « travail honnête », mais on accumule des biens et de la notoriété en étant de plus en plus hors la loi au sens plein de cette nauséabonde expression !


        • C'est Nabum C’est Nabum 28 novembre 2014 12:45

          Mohammed


          Combien de fortunes ont été construites sur des pratiques douteuses ?

          L’honneteté ne paie plus, ceux qui font des métiers honorables sont méprisés par les décideurs. Tout fout le camp et en prime, on donne des médailles aux margoulins

        • lsga lsga 28 novembre 2014 12:44

          A partir du moment où les professeurs n’habitent pas dans les mêmes quartiers que leurs élèves, mais touchent leurs gros salaires de profs nationalistes, avant de fuir vers les quartiers pavillonnaires de la classe moyenne réactionnaire, la lutte des classes s’y instaure entre professeurs et élèves.

           
          C’est mécanique. 

          • C'est Nabum C’est Nabum 28 novembre 2014 12:52

            lsga


            L’homme à la voiture brûlée vit sur place monsieur.

            Quant aux gros salaires de prof, celà ne concerne pas les enseigants de SEGPA.
            Mais bon, vous n’avez que faire de la réalité, vous faites votre travail ....

            Je ne peux vous en féliciter

            Dénigrez, dénigrez, il en restera toujours quelque chose

          • lsga lsga 28 novembre 2014 13:20

            Peu importe la question individuelle, c’est une dynamique sociale.

             
            Dans un pays où la bourgeoisie d’État contrôle une grande partie de l’appareil de production, il est tout à fait normal que le lutte des classes s’instaure entre d’un côté les futurs travailleurs précaires et de l’autre les petits bourgeois (la classe moyenne) qui bénéficient des largesses de la bourgeoisie étatique.
             
            C’est un phénomène mécanique, naturel.

          • L'enfoiré L’enfoiré 28 novembre 2014 17:54

            Isga, 


            « c’est une dynamique sociale ».

            Juste pour mon info, comment régleriez-vous ce phénomène mécanique, naturel ?
            En le rendant artificiel ?
            Virtuel ?

          • C'est Nabum C’est Nabum 28 novembre 2014 18:07

            lsga


            Il faut donc payer beaucoup moins les professeurs 

            Ayyendez, ça va finir par arriver

          • lsga lsga 28 novembre 2014 18:46

            En effet, la solution la plus naturelle consiste à baisser les revenus des professeurs pour qu’ils redeviennent des prolétaires, et ne soient plus des petits bourgeois.

             
            L’autre solution : amener les élèves et les professeurs à faire la Révolution ensemble contre la Bourgeoisie. Mais bon, les profs sont les valets de la bourgeoisie étatique, leurs conditions de vie très confortable les amènent plus volontiers à briser la volonté de leurs élèves plutôt qu’à leur enseigner la Révolte. 
             
            Bref, soit les profs seront les profs de la Révolution, soit ils se feront écraser par le Capitalisme avant de rejoindre la Révolution.

          • L'enfoiré L’enfoiré 28 novembre 2014 19:30

            Baisser les revenus des professeurs ?

            Connaissez-vous l’investissement qu’un professeur doit envisager avant de le devenir et pour l’exercer ?
            En Belgique, je connais la réponse : elle est ici
            Combien gagne en moyenne le Belge, c’est ici.
            Si vous êtes prolétaire, tant mieux pour vous, mais dire que se sont des petits bourgeois, cela me fait marré.
            L’autre solution est encore plus comique.
            La révolution contre la Bourgeoisie pour que ceux qui n’en font pas partie le deviennent ?
            Enseigner la révolte ?
            Vous croyez vraiment qu’il faille passer le leur enseigner ?
            La révolte, il la connaisse sans enseignement.
            Votre capitalisme me fait gerber d’innocence.
            Ca Isga, il faut bien vous l’avouer un jour.
             

          • lsga lsga 28 novembre 2014 19:35

            ce sont des petits bourgeois. Pour rappel, le salaire médian en France est de 1700€ net par mois, et 80% de la population gagne moins de 3000€ par mois. 

             
            Voilà la situation :
             
            Des élèves issus des quartiers les plus populaires, qui connaissent la misère, et qui ont toutes les raisons de se révolter. Face à eux, des petits bourgeois (=== classe moyenne réactionnaire), qui vivent chichement grâce à la bourgeoisie étatique, et qui sont chargés d’écraser les velléités de révoltes des jeunes issus des classes populaires.

            Et vous vous étonnez que ça provoque un clash ? 
             

          • C'est Nabum C’est Nabum 29 novembre 2014 12:24

            lsga


            Tout n’est pas absurde dans vos propos et c’est bien là le pire ! 

          • Mohammed MADJOUR Mohammed MADJOUR 28 novembre 2014 13:01

            @ Nabum

            « Combien de fortunes ont été construites sur des pratiques douteuses ? »

            En effet c’est la seule « culture » qui se développe aujourd’hui, fuir l’honnêteté et se mettre au pratiques douteuses, ça paie bien son bonhomme et il y a émulation généralisée  ! Comme les régimes politiques s’accomopdent bien des troupeaux corrompus faciles à rassembler et à manipuler, on se demande bien d’où viendra le salut, si salut viendra !


            • C'est Nabum C’est Nabum 28 novembre 2014 18:03

              Mohammed MADJOUR


              Les coquins s’arrangent entre eux 

            • Doume65 28 novembre 2014 13:12

              « Je n’ai pas été déçu par ma visite »

              Pourtant, à la suite de la lecture, il y a bien de quoi être très déçu !


              • C'est Nabum C’est Nabum 28 novembre 2014 18:04

                Doume65


                Ce n’est qu’une formule ironique

              • C'est Nabum C’est Nabum 28 novembre 2014 18:05

                Hervépasgrav


                Quand la hierarchie couvre les dysfonctionements, elle agit au nom de l’état et de son refus d’aborder la vérité en face

              • Mohammed MADJOUR Mohammed MADJOUR 29 novembre 2014 12:21

                C’est exacte et ce constat est valable dans tous les domaines ! La hiérarchie joue le jeu de l’État irresponsable et couvre les agissements tortueux ! Dans ces dysfonctionnements, de plus en plus de hors la loi trouvent leur compte, voilà pourquoi la race des honnêtes citoyens est en voie de disparition, elle n’arrive plus à s’adapter...


              • Mohammed MADJOUR Mohammed MADJOUR 30 novembre 2014 12:47

                Oui, il y a une race « de gens honnêtes » et moi-même je suis bien raciste au point de distinguer tout cela !


              • L'enfoiré L’enfoiré 28 novembre 2014 17:51

                Bonsoir Nabum,


                 Nous sommes bien loin du « Cercle des poètes disparus ». C’était en 1959, aux Etats-Unis....
                 Comment sommes-nous arrivés là ?
                 
                 

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