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Accueil du site > Actualités > Citoyenneté > « Ecrasez l’infâme ! » (Voltaire)

« Ecrasez l’infâme ! » (Voltaire)

Le libéralisme en France est toujours qualifié d’« ultra », comme s’il n’en existait pas d’autres. L’actualité la plus immédiate vient malheureusement de nous montrer la pertinence d’une distinction entre l’économie selon la loi de la jungle, prônée par les pétroliers texans, et le libéralisme politique classique, venu des Lumières, qui a donné leurs fondements à nos institutions.

A tout confondre, on se laisse dominer en douceur par le tyran. Au nom de la « morale », au nom du « social », au nom des « victimes ». Toute cette bonne conscience affichée englue les réflexes de vigilance et de lucidité, elle dérobe la liberté, faute d’avoir bien distingué en quoi elle consiste.

La petite fille de Maurice Papon a été condamnée par les bien-pensants de la doxa publique pour le seul fait d’être née. Ce privilège héréditaire que l’on croyait aboli avec l’Ancien Régime en 1789 ne l’a pas empêchée d’être chassée de son poste par pure et simple discrimination « négative » - contre la loi, donc. Et cela avec d’autant plus d’absence de scrupules qu’elle n’est pas « fonctionnaire ». La caste se protège de la contamination « morale » - tout comme d’autres l’ont subie sous l’Occupation - sous les injonctions d’une presse que le scandale rebute de moins en moins, puisque l’impunité lui est, de fait, accordée.

Et voici que le ministre de la « Justice » prône de violer délibérément la Constitution de la France pour répondre dans l’urgence - émotionnelle et médiatique - aux récidives des violeurs. Même les victimes ne demandent pas une telle dérive. Le principe de la non-rétroactivité des lois pénales est inscrit au cœur de la règle du jeu libéral. Si « nul ne peut ignorer la loi », encore faut-il que cette loi existe, et qu’elle s’applique lorsque les faits sont commis. Sinon, c’est l’arbitraire. On connaissait le fameux « l’Etat, c’est moi » de Louis XIV, repris avec un certain affairisme sous la présidence de François Mitterrand entre « Carrefour du développement », pertes abyssales du Crédit Lyonnais et « affaire Elf ». Les citoyens doivent connaître aujourd’hui « Le droit, c’est moi » d’un ministre de la présidence de Jacques Chirac. Et telle sera la loi, si tout le monde ferme les yeux, car les contrepouvoirs sont faibles et impuissants.

Aux Etats-Unis, une telle forfaiture ne saurait avoir lieu, car la Cour Suprême, saisie dans tout procès par n’importe quel citoyen, jugerait selon la Constitution et la ferait respecter. Au Royaume-Uni, un ministre qui aurait proféré un tel appel à la violation des règles se verrait ipso facto contraint à la démission. Pas en France, société de castes, où le pouvoir, une fois acheté par concours, fonctionne comme les offices sous les rois. Les politiques ont éparpillé volontairement le « troisième pouvoir » en institutions parcellaires qui ne se saisissent pas elles-mêmes et ont un pouvoir d’application bien faible. Le Conseil constitutionnel, la Cour de cassation, le Conseil d’Etat jugent dans leur coin, sans empiéter sur le domaine d’un autre. La « volonté générale » doit avoir priorité sur le droit établi, sur la règle du jeu constitutionnelle elle-même, dans l’esprit des disciples de Rousseau ou autres Jacobins de gauche et de droite. La « volonté générale » contrecarre toute liberté si elle veut et, lorsque les hommes au pouvoir ne sentent pas de limites, leur pente naturelle les pousse à l’abus.

Souvenez-vous, citoyens français, du 10 juillet 1940, où les Chambres, rendues croupions par l’exode de la défaite, ont voté une délégation des pouvoirs constitutionnels à Philippe Pétain, au mépris du droit constitutionnel ! Le maréchal s’est empressé d’abolir la Constitution de 1875, de renvoyer le Parlement, et de se proclamer Chef de l’Etat français. Voilà ce qu’il en coûte de fouler au droit les règles - même au nom du « Bien ».

Voilà pourquoi il est utile, il est urgent, de promouvoir à nouveau le libéralisme politique - celui qui place la liberté des personnes au cœur de la politique et limite les pouvoirs établis - qu’ils soient politiciens, économiques ou sociaux, aux règles débattues et promulguées par tous. Car, brutalement dans le journal d’hier, dans quelle satrapie nous découvrons-nous vivre ? "Le Monde" lui-même n’en a pas fait sa "une" ! On mesure à quel point le droit, en France, c’est "cause toujours"... Comment s’étonner, ensuite, que le "chacun pour soi" l’emporte ?

Le règne du non-droit, c’est le retour de l’arbitraire, aujourd’hui pour « la morale » - demain pour quelle autre « bonne cause » ? Voltaire, dans une révolte du même genre, terminait toutes ses lettres par « Ecrasez l’infâme ! » A-t-on vraiment changé d’époque ?


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5 réactions à cet article    


  • Dominique (---.---.158.248) 29 septembre 2005 15:32

    Le règne du « chacun pur soi » n’a aucune justification si ce n’est celle de la facilité et de la lâcheté : le courage, c’est de ne pas faire ce que notre morale désapprouve, quand bien même les moeurs ou les pratiques des puissants sont déliquescentes. L’argument qui consite à dire : si ce n’est pas moi, quelqu’un le fera à ma place n’est pas recevable. On ne peut d’un côté réclamer la responsabilité pour les individus et de l’autre expliquer que ceux-ci sont « fondés » à se comporter égoïstement, au motif que les chefs se mal comportent.

    Je ne vois pas pourquoi les individus dont la conduite est répréhensible dans un environnement délétère se conduirait bien dans un contexte où il seraient davantage libres de leurs faits et gestes. Quand souffle l’appel de la vertu en l’âme d’un citoyen, il souffle quelque soit les circonstance : cela s’appelle la responsabilité individuelle. On est encore libre de ne pas monter dans le bateau ivre. Par conséquent, à l’irréparable nul n’est tenu !

    Qu’il faille réformer les institutions politiques est une chose, au profit du libéralisme politique en est une autre ! Qui mérite un large débat, et pas une conclusion aussi hâtive.


    • argoul (---.---.18.97) 29 septembre 2005 16:05

      La liberté engendre la responsabilité : n’avez-vous jamais eu d’enfant ? Pour le reste, je suis d’accord avec vous, la morale de chacun est souvent celle de la société dans laquelle il baigne. Reste que celle des années 1940 ou 50 (des citoyens élevés dans ces années-là existent encore) n’est pas celle des années 1968 (libertaires) ou 1980 (affairistes). « La Morale » en soi, je ne l’ai jamais rencontrée. J’ai rencontré des êtres qui étaient « moraux » - vivants ou morts depuis longtemps et survivant dans leurs livres. Et le « libéralisme » - oui, la gauche bien-pensante a peur que ce mot morde - est une morale politique en action dans différents pays qui s’en portent très bien. Mieux que nous sur le plan politique comme sur le plan du chômage. Puis-je conclure de votre commentaire que Voltaire n’est pas dans vos lectures et que les moeurs politiques actuelles ne vous choquent point ?


      • Didier Vincent Didier 30 septembre 2005 08:56

        Je pousse le raisonnement de Dominqiue à fond : « le courage est de faire ce que ma morale approuve ». Ah la belle affaire. Et ceux qui n’ont pas de morale, ils sont nombreux non ? L’argumentation est bonne mais le rasionnement de Dominique est diffcilement acceptable, à moins que je n’en saissise pas bien le sens ce qui est fort possible mais alors il faut qu’il (ou elle Dominique ?) s’explique plus longuement.


        • Yuca de Taillefer (---.---.152.115) 14 octobre 2005 12:30

          Cette lecture me fait penser à quelques réflexions lues & notées.....

          « On ne doit pas oublier que c’est surtout dans le détail qu’il est dangereux d’asservir les hommes. (...) La sujétion dans les petites affaires se manifeste tous les jours, et se fait sentir indistinctement à tous les citoyens.. Elle ne les désespère point ; mais elle les contrarie sans cesse, et elle les porte à renoncer à l’usage de leur volonté. (...) En vain chargerez-vous ces mêmes citoyens, que vous avez rendus si dépendants du pouvoir central, de choisir, de temps à autre, les représentants de ce pouvoir, cet usage si important, mais si court et si rare de leur libre arbitre n’empêchera pas qu’ils ne perdent peu à peu la faculté de penser, de sentir et d’agir par eux-mêmes » Alexis de Tocqueville, Démocratie en Amérique II, éd. cit., pp. 387-388.

          « Toutes les actions auxquelles nul ne peut être incité ni par les promesses ni par les menaces, sont en dehors des voies de la Cité. Nul par exemple ne peut se dessaisir de sa faculté de juger ; par quelles promesses ou par quelles menaces un homme pourrait-il être amené à croire que le tout n’est pas plus grand que la partie, ou que Dieu n’existe pas, ou qu’un corps qu’il voit qui est fini est un être infini ? D’une manière générale, comment pourrait-il être amené à croire ce qui est contraire à ce qu’il sent ou pense ? » Spinoza, Traité politique, chapitre III, paragraphe 8.

          « Il y a pire que l’esclavage : c’est d’avoir des esclaves et de les appeler « citoyens ». » Alphonse de Lamartine.

          « A la base de toutes les doctrines totalitaires se trouve la croyance que les gouvernants sont plus sages et d’un esprit plus élevé que leurs sujets, qu’ils savent mieux qu’eux ce qui leur est profitable. » Ludwig Von Mises

          « Toute loi, prescription ou défense, édictée en vue du soi-disant intérêt de la masse au détriment des individus, est une duperie. Que l’individu se développe au contraire dans la plénitude de sa liberté, et la masse jouira d’un bonheur total fait de tous les bonheurs particuliers » Jules Verne dans Les naufragés du Jonathan

          « Le mot de démocratie signifie simplement que le peuple régit le peuple à coups de trique dans l’intérêt du peuple. » Oscar Wilde, l’âme humaine sous le régime socialiste.


          • Proof OK (---.---.28.210) 18 octobre 2005 14:21

            « Liberal » aux US veut dire democrates donc « sociaux democrates » en Europe a ne pas confondre avec « Socialistes » en france , encore une exception ! « Etats rouges » aux US veut dire « republicains » ! qu on appelerait « Liberal » en France. Tout est dans la dialectique, demander aux communistes, ce sont des specialistes

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