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Accueil du site > Actualités > Citoyenneté > Esclavage : les noms de la honte

Esclavage : les noms de la honte

 En 1848, certains esclaves des colonies françaises ont reçu, en échange de leur liberté, un nom de famille offensant que portent toujours leurs descendants. Philippe Chanson, anthropologue et théologien y consacre un livre.

Peu après l’abolition de l’esclavage français, en 1848, les affranchis des Antilles ont dû acquérir un état civil : ils n’avaient, auparavant, aucune identité fixe du point de vue de l’État. Une partie des patronymes reçus sont jugés, alors et aujourd’hui, ridicules ou blessants : Satan, Négrobar, Dément ou Comestible... Ce qui devait signifier l’entrée dans la citoyenneté devient signe héréditaire d’une origine servile.

2C’est cette « blessure » que l’anthropologue et théologien Philippe Chanson étudie dans ce petit ouvrage, qu’il présente un peu rapidement comme une « vaste synthèse » (p. 96). Son but : faire « sortir du bois » (p. 106) cette question. Car ce que souligne l’auteur avant tout, c’est un problème de méthode, le « silence public » (p. 43), le « troublant silence » (p. 96) autour des noms blessants. Alors, sur quelle base parler de « blessure » si personne ne se plaint publiquement ? Sans problème social solidement constitué, quelques rares textes de romanciers ou d’intellectuels antillais soutiennent la démarche.

3Mais c’est en dernière analyse le diagnostic d’une « douleur pathologique » (p. 15) qui justifie à la fois l’initiative de l’auteur, et qui lui suggère des limites méthodologiques : pas d’entretien avec les porteurs de patronymes insultants, pas de travail sur les archives locales. Le cœur de l’enquête empirique porte donc sur un relevé des noms étranges dans les annuaires téléphoniques locaux (l’auteur garde mille huit cents noms qu’il classe en annexe).

4Deux explications sont proposées pour expliquer la fréquence des noms blessants :

5D’un côté, une explication en terme d’idéologie (p. 30) : « la dotation de noms honteux est un phénomène qui a certes toujours existé, mais ici, le phénomène est indéniablement lié pour une bonne part à la stigmatisation raciale systématique stratégiquement mise en place en régime d’exploitation d’êtres humains : l’esclavage ». Le phénomène est renforcé par l’interdiction de donner aux anciens esclaves des patronymes en usage alors (principalement des patronymes « blancs »).

6De l’autre côté une explication pragmatique : (p. 31) « dès l’Abolition (...) le défi colossal de redonner à chaque ancien esclave nouveau libre un nom qui le “civilise” et le proclame citoyen à (sic !) connu des débordements impitoyables ». Les fonctionnaires ayant dû inventer sur le champ des dizaines de patronymes différents, ils se sont aidés de divers registres, de l’insulte à celui des métiers... Cette explication est présentée comme de « l’anthropologie fictionnelle » (p. 62), car aucune source, si ce n’est la vraisemblance, ne vient soutenir l’échafaudage.

7La conclusion de l’ouvrage propose les lignes directrices d’une réparation de l’affront, par exemple dans « l’abolition des patronymes honteux » ou dans « une cérémonie ecclésio-civile officielle » de prise de nom. Mais avant cela, il faudra, aux Antilles, construire le nom honteux comme question sociale.

8Baptiste Coulmont, « Philippe Chanson, La blessure du nom. Une anthropologie d’une séquelle de l’esclavage aux Antilles-Guyane  », Archives de sciences sociales des religions [En ligne], 144 | 2008, document 144-19, mis en ligne le 04 février 2009.

Texte intégral en libre accès disponible depuis le 04 février 2009.

URL : http://assr.revues.org/19013


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27 réactions à cet article    


  • jako jako 17 août 2010 10:10

    Merci à vous j’ignorais totalement ce petit « détail », incroyable comme l’homme peux être petit.


    • Massaliote 17 août 2010 10:38

      1848 : replaçons nous dans le contexte. De plus, ne connaissez vous pas des Français de souche affublés de patronymes ridicules ou péjoratifs ? Je connais des Courtecuisse, des Bordel, des Vié, etc... Encore les ravages de la victimisation et un peu d’eau au moulin de la repentance. :->


      • dspure 17 août 2010 11:19

        Ce serait intéressant de savoir comment ces français de souches ont « reçus » leur patronyme ridicule...c’est un fait historique comme un autre, n’y voyez aucune polémique.



      • LE CHAT LE CHAT 17 août 2010 11:27

        un petit lien sur ce sujet des patronymes ridicules  , certains craignent vraiment !


      • Massaliote 17 août 2010 12:21

        Chat, merci, excellent lien. Où il est indiqué que certains sont vieux de 8 siècles. Et ils sont beaucoup trop nombreux pour avoir été donné pour discriminants.


      • nilasse nilasse 18 août 2010 03:17

        @ dspure

        les patronymes ridicules des français de souche ne viennent ils pas des seigneurs féodaux,du servage,de l’esclavage comme pour les affranchis antillais ? parce que étant donné la propension des élites de ce pays,de tout temps,a humilier et a écraser le petit peuple,cela ne m’étonnerait pas.

      • entrevuew 18 août 2010 06:03

        Dans la petite liste j’aime bien truant

        http://www.beaucarnot-genealogie.com/contenu/noms-de-famille/accueil-noms-de-famille/9-des-patronymes-curieux/

        En ce qui concerne les noirs ils font vraiment chiers s’ils ne sont pas content qu’ils retournent en Afrique ces sales victimes perpétuelle me cassent vraiment les couilles.


      • paul mohad dhib 17 août 2010 12:36

        Un patronyme dit ridicule est un moyen pour celui qui en rit de se valoriser a ses propres yeux....
        il devient, pense t’il génial.....je sais c’est assez niais mais juste....il est donc le miroir d’un trait de caractère de quelqu’un qui se trouve a ses propres yeux petit ,minable, par antithèse la moquerie va le grandir...m

        c’est encore et toujours la seule chose que l’on fasse , a partir de notre petit moi, qui veut se grandir....grandir....la notion de n’etre rien sans doute....
        n’être rien de spécial est sans doute notre destinée , ne rien accomplir....l’univers a déjà TOUT créé....ce n’est pas parce qu’on en connaît 0.000001 % qu ’il faille se la jouer kador, non ?

        toujours cette même ignorance. de soi...c’est lassant...


        • hgo04 hgo04 17 août 2010 13:15

          C’est vrai quoi...

          Et ceux qui se nomme ducon cocu etc etc et qui n’ont rien à voir avec l’esclavagisme ??

          Solution : tribunal et changement d’une ou deux lettres..


          • LE CHAT LE CHAT 17 août 2010 15:01

            oui cocu peut devenir au choix

            -cucu
            -bocu
            -docu
            -focu


             smiley  smiley  smiley


          • vilistia 17 août 2010 17:55

            Calmos

            Vivement pour toi que le vieux réac russe réouvre son bar !


          • hgo04 hgo04 17 août 2010 20:02

            Lien à suivre..

            http://membres.multimania.fr/ridicunom/top.html

            Perso, je ne me moque pas de ces gens, mais bon.. je me demande qui leur a donné à eux..


          • dspure 17 août 2010 16:06

            Vous n’êtes pas obligé d’écrire en majuscule pour signifier votre désaccord !

            Cela n’a aucune importance que vous vous en foutiez. Vous n’êtes pas seul(e) au monde. C’est clair ?

          • Tiberius Tiberius 17 août 2010 16:21

            @ dspure

            VOTRE COMMENTAIRE TEND A CONFIRMER LES DIRES DE PASOU :

            Plutôt que d’apporter une réponse au reproche qu’il vous fait, vous pinaillez bêtement sur l’écriture majuscule.

            Simple dérobade ou nouvelle illustration de votre manque de rigueur intellectuelle ?


          • vilistia 17 août 2010 16:39

            Tiberius

            Il faut de décoincer............................................................... .j’y arrive !

            César... L’homme de toutes les femmes et la femme de tous les hommes !

            Quel programme !


          • Innsa 17 août 2010 15:54

            Curieux que certains fasse le lien entre les français qui on des noms significatifs (Dupont, Dupuis, delarue, Buisson, Rosier etc.) ou des noms dit ridicules (Petit, Legros, Cocu, Valet etc.), et des esclaves a qui on a donné des noms infamants (pour les humilier) avant de leur donner la liberté.

            Vous étiez esclaves, on est obligé de vous rendre la liberté : Une dernière humiliation pour la route ?


            • dspure 17 août 2010 16:07

              +100



            • vilistia 17 août 2010 16:45

              innsa

              Les français oublient que le premier recensement fut effectué par l’Eglise :

              A chacun les noms :

              Les Dufours faisaient du pain ou entretenaient le four collectif, celui du village... Etc pour les noms.

              Où certains se croyant aristos alors qu’ils avaient comme personnel, le nom du château . Là, le prénom a de l’importance !


            • vilistia 17 août 2010 17:34

              Quoi, les français pratiquant la généalogie restent collés au XIIIème siècle !


            • Massaliote 17 août 2010 16:12

              Il ne faut pas non plus généraliser. La plupart des Antillais que je connais ont des patronymes tout à fait normaux et souvent beaux. Si la démarche « humiliante » était de règle ce ne serait pas le cas. Mais si des spécialistes en « repentitude » nous le disent... smiley


              • Tiberius Tiberius 17 août 2010 16:35

                Je vous le confirme, je n’ai aucun problème avec mon patronyme.

                Et mon sentiment, en tant qu’Antillais, est qu’il est malsain sinon nuisible de déterrer aujourd’hui ces vieilles histoires. Bien des gens et pas seulement Antillais ont des patronymes difficiles à porter qui témoignent tous d’une volonté passée d’humilier leurs ancêtres. Mais les hommes qui sont à l’origine des faits sont aujourd’hui morts et enterrés.

                Ceux qui ne peuvent supporter les patronymes en question ont par la loi le droit d’en changer. 


              • vilistia 17 août 2010 17:27

                Massiote
                La plupart des Antillais que je connais ont des patronymes tout à fait normaux

                C’est quoi un nom ou patro normal ?


              • Massaliote 17 août 2010 16:55

                D’après Wikipédia : "Les noms de famille sont apparus en France au XIIe siècle, quand une hausse de la démographie ne permit plus de différencier les individus par leur prénom (à l’époque, les prénoms s’appelaient d’ailleurs noms). Au Moyen Âge, on avait l’habitude de distinguer les différentes personnes portant le même prénom en y associant le nom du père (le Martin de Jean ou de Luc), son lieu de résidence ou de provenance (du chêne ou l’angevin), une singularité liée au physique ou au caractère (le grand, le bon, joly ou encore Martineau – le petit Martin), son métier (le marchand ou boucher). Aussi, au moment de fixer pour chacun un nom de famille, a-t-on naturellement choisi ces appellations. Au XVIe siècle, l’ordonnance de Villers-Cotterêts a généralisé l’enregistrement des baptêmes, donc du nom de famille (mais sans fixation de l’orthographe), pour les catholiques. (*)

                L’inscription sur les registres d’état civil sera progressivement élargie à tous les citoyens sans distinction de confession après la Révolution française. La Révolution fixera également les noms de famille par la loi du 6 fructidor an II[1]"

                * à noter que ce n’est pas l’Eglise qui donnait les noms


                • vilistia 17 août 2010 17:32

                  Massaliote

                  Sans faire de bavardages et selon la République qui regardait de travers, le premier recensement :
                  loi du 28 pluviôse an VIII


                  • J. SCIPILLITI 17 août 2010 21:28

                    A l’auteur,

                    Si le fait historique que vous rapportez est exact (et je veux croire que vous ne l’avez pas inventé) je partage votre indignation. Mais je vous rappelle que toute personne peut demander en justice le changement de son nom s’il a une connotation ridicule ou est lourd à porter (Landru, Hitler etc...).

                    A quoi sert-il dès lors de se plaindre d’une initiative certes révoltante, mais remontant à 162 ans, alors que le même pays qui l’a prise offre le remède ?


                    • Coopain des bois Coopain des bois 18 août 2010 08:01

                      très bon article ! Les noms sont témoignages de l’histoire, un mémorial qui doit être lourd à porter pour certains.

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