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Accueil du site > Actualités > Citoyenneté > Esprit des Lumières

Esprit des Lumières

 Tzvetan Todorov a sorti, à l’occasion de l’exposition qui s’est tenue avant l’été à la Bibliothèque nationale, un opuscule sur les Lumières, édité chez Robert Laffont en 2006. Pour lui, les Lumières ne sont pas une innovation mais un aboutissement.

Todorov_esprit_des_lumieres Les idées viennent de l’Antiquité, ont été reprises à la Renaissance et se sont épanouies à l’âge classique. Nous sommes alors à une époque de débats où l’on privilégie ce qu’on choisit plutôt que ce qui est imposé, et où l’on découvre (après les Evangiles) que des droits inaliénables existent du fait seul d’appartenir au genre humain. La raison, par ce qu’elle permet la connaissance, libère des peurs et des superstitions. Dès lors, la quête du bonheur remplace celle du Salut, car un délit n’est plus un « péché » mais une faute sociale, la propriété n’est plus un privilège « divin » attaché à une caste élue mais le fruit de l’initiative et du travail. Il n’y a pas de Dessein de Dieu ou de l’Histoire (le Progrès) mais une perfectibilité de l’homme (concept de Rousseau) recommencée à chaque génération.

Oh, certes, les Lumières ont amené la table rase de la Révolution, puis l’exacerbation paranoïaque de la Terreur, le rationalisme dévoyé du scientisme et le moralisme condescendant du colonialisme : les raisonnables savaient tellement mieux que tout le monde, n’est-ce pas, ce qui était bon pour les autres ! Ils avaient reçu la révélation de la Vérité de leur propre esprit, tout comme Mahomet avait reçu la Parole de Dieu de Djibril (Gabriel) même... Les règlementations françaises en ont gardé un travers bien connu : dire le Vrai et l’Unique, pour le monde entier, de toute éternité - sans jamais tenir compte des particularités individuelles... Mais, fort heureusement, les Lumières sont bien autre chose que cette caricature pour intellos imbus. Todorov relève cinq vertus des Lumières : l’autonomie, la laïcité, la vérité, l’humanité et l’universalité. Savoir

Oser penser par soi-même avait ravi Diderot. La tradition constitue un être humain mais ne suffit pas à rendre quoi que ce soit légitime ; il y faut la raison. Celle-ci n’est pas seule en l’homme, mais flanquée de la volonté et des désirs. La raison peut éclairer l’homme, mais elle peut aussi faire le mal car l’autonomie n’est pas l’autosuffisance : l’homme n’est humain qu’en société... et toute société exerce sur l’individu une pression aliénante par la mode, l’opinion commune, le qu’en-dira-t-on. C’est pour cela que Rousseau fit élever Emile hors des villes. De même la critique qui émane de la raison est-elle utile mais, lorsqu’elle s’exacerbe et tourne à vide, elle devient un jeu gratuit, une "private joke" stérile entre intellos.

Homme_naturel Avec les Lumières, le pouvoir spirituel regagne enfin son empyrée, laissant à lui-même le pouvoir temporel. Déjà, le Christ annonçait que son Royaume n’était pas de ce monde, demandant de rendre à César ce qui appartenait à César, réservant le reste à Dieu. Si l’empereur byzantin Constantin impose le christianisme comme religion d’Etat au IVe siècle, la Réforme protestante crée la laïcité en libérant la conscience et les conduites de « l’infaillibilité » de représentants terrestres. La laïcité refuse toutes les « religions », qu’elles soient papales ou politiques : la Terreur jacobine, le nazisme, le communisme, la mystique écolo... Aucun jugement de valeur ne doit inhiber la recherche scientifique qui, si elle ne dit pas « le vrai », recherche par essais et erreurs le « vraisemblable », n’hésitant jamais à remettre en cause dès le lendemain les certitudes les mieux acquises la veille. Penser, croire, critiquer, rechercher la vérité sont des libertés de l’homme du fait même qu’il appartient à l’humanité. Mais il est entendu que toutes les « opinions » ne sauraient se valoir : seuls les hommes « éclairés » (informés et capables de raisonnement), sauront appliquer la méthode expérimentale pour connaître la vérité des sciences, puis en débattre lors de dialogues argumentés. La démocratie est l’état où la souveraineté populaire s’exerce dans le respect des droits de l’individu.Debats_des_lumieres

Dès lors, la vérité n’est pas le Bien transcendant, mais ce qu’on trouve. Et pouvoir n’est pas du même ordre que savoir. Eduquer aux valeurs n’est pas du même ordre qu’instruire les faits. Nulle volonté collective ne peut rembarrer l’indépendance de la vérité si elle est recherchée selon les méthodes de la raison. Le réel n’est pas de convenance idéologique mais s’impose, sous peine de délirer, ce qui signifie « sortir du sillon de labour », perdre la raison, et se trouver alors gibier tout trouvé pour le n’importe quoi d’une volonté ou des désirs.

Greuze_petit_garcon_blond Avec les Lumières, ce n’est plus Dieu mais l’homme, qui devient le centre. Son existence n’est plus un « moyen » que la Providence a trouvé pour faire son « Salut », mais la fin de l’homme même : sa préservation, son épanouissement, son bonheur. L’Etat n’est plus sauveur sous l’égide d’un Roi oint mais protecteur des libertés et fournisseur de quelques services négociés en commun. Détourner ce mouvement des Lumières est, hélas, fréquent mais pas pour autant justifié : l’art pour l’art, le scientisme, la technocratie, le social-imposé ne sont que des lumières dévoyées. On ne peut atteindre une fin noble par des moyens ignobles. L’universalité des Lumières veut que tout être humain ait droit à la vie, à la dignité et au bonheur, simplement parce qu’il appartient à l’espèce humaine et non parce qu’il est « élu » de tel Dieu ou citoyen de tel Etat. En revanche, le respect de chacun ne limite pas la nécessité de normes communes. La_bonne_education

Les Lumières se sont épanouies dans l’Europe du XVIIIe siècle, mais il s’agit bien, selon Todorov, d’une pensée « universelle ». Il en retrouve les traces dans l’Inde du IIIe siècle avant J.-C., dans le christianisme proche-oriental bien sûr, mais aussi dans l’islam des VIIIe au Xe siècles, dans le confucianisme song et même dans l’Afrique anti-esclaves du XVIIe siècle. Mais le mouvement éclot en Europe en raison de son autonomie politique et de la séparation acquise de haute lutte entre Dieu et César. Le papisme a laissé dégénérer le savoir, selon Hume ; au contraire, la séparation du spirituel et du temporel l’a régénéré. Le morcellement des puissances, allié à un espace culturel et commercial commun, a rendu l’Europe foisonnante d’échanges matériels et spirituels ; les idées neuves ont circulé sans entrave, tout au contraire des espaces unifiés à autorité affirmée, comme celui de la Chine.

Malgré les dérives et les excès, puissent les Lumières irradier le monde entier afin que l’être humain s’y épanouisse sans heurt. Ce petit livre de 126 pages est un bien beau livre. Une mine politique pour une grande partie du globe, si l’on y réfléchit.


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92 réactions à cet article    


  • Marsupilami (---.---.60.228) 26 octobre 2006 10:12

    Merci pour cet article qui donne envie de lire ce bouquin, qui semble cerner les Lumières dans toute leur complexité.


    • Hubert (---.---.204.239) 26 octobre 2006 15:49

      Mao Tse Toung et Pol Pot avaient raison : les intellectuels sont des gens nuisibles et des social traitres !!!

      Au champs et au trot !!

       smiley


    • ZEN zen 26 octobre 2006 10:53

      Compte-rendu éclairant d’un livre à lire pour dissiper les malentendus et les caricatures entretenus sur les Lumières et défendre la raison (bien tempérée) contre tous ceux qui aujourd’hui, pour des raisons politiques ou religieuses qui ne s’avouent pas réactionnaires, cherchent à caricaturer cette belle aventure de l’esprit, à laquelle il faudra toujours se référer, sous peine de terribles régressions.


      • Tristan Valmour (---.---.238.255) 26 octobre 2006 14:03

        @ Zen

        Vous avez parfaitement raison, en tout point. En plus ce très bel article vient s’opposer avec brio à celui d’un scientiste, qui ne manque aucune occasion pour avancer ses thèses xénophobes.

        @ Argoul

        Bravo cher ami. On en redemande. Vous avez l’art et la manière d’assurer la promotion d’une oeuvre. Vous l’avez fait avec talent et sensibilité. En vous lisant, on s’aperçoit de votre grande humanité.


      • Prêtresse Prêtresse 27 octobre 2006 01:46

        Attention aux instincts d’être en proie à l’angoisse.

        — -


      • Constat (---.---.162.3) 27 octobre 2006 01:56

        Ma petite prêtresse insommiaque... Donne-nous du plaisir !


      • Prêtresse Prêtresse 27 octobre 2006 02:06

        Le corset brutal emprisonne tes flancs.

        — -


      • alberto (---.---.72.122) 26 octobre 2006 11:01

        Excellent, superbement illustré, des articles comme celui-là : on en redemande !


        • Marie Pierre (---.---.132.214) 26 octobre 2006 11:18

          Merci encore M. Argoul pour ce nouvel article.

          Votre compte rendu me donne vraiment envie de lire cet ouvrage qui donne aux Lumières un écho espéré en ces temps de rejet. L’analyse de la laïcité qui « refuse toutes les « religions », qu’elles soient papales ou politiques », est vraiment bienvenue. Merci d’insister sur « politiques ».


          • svd (---.---.40.74) 26 octobre 2006 12:01

            @ TOUS

            Vous ne devriez pas vous moquer de petit gnome bleuatre et insignifiant. C est quand même un « jedi de l interdisciplinarité », qui grâce à ses « super pouvoirs DEAesques » est capable de s « enseigner » à lui même toutes disciplines. smiley smiley

            Un article sur n importe quel sujet ? et hop, il s « auto-enseigne » rapidos la discipline correspondante et se délivre une « licence » (oui dans sa petite tête de grand malade, une licence est indispensable pour discuter d un sujet). C est magique il peut s « auto-enseigner » ce qu il veut. Et voila pourquoi tu vois sa tête de gnome bleuatre et insignifiant partout. smiley smiley

            Saviez vous que vous avez affaire à un « people » qui doit cacher ses coordonnées pour échapper à des hordes d homosexuels qui le poursuivent partout en le menaçant de mort (c est lui même qui nous l a avoué) ? Petit gnome bleuatre et insignifiant est quand même représenté par la maintenant celllllèbrissime Agence Kharbine-Tapabor ? Ne vous fiez pas au fait que ce ne soit encore qu une modeste « agence photographique » qui gère un modeste « fond documentaire de documents anciens » avec un modeste chiffre d affaire d épicerie de quartier (270k€ de CA en 2005 sur infogreffe). Mais bientôt, dès que petit gnome bleuatre en insignifiant aura un emploi du temps un peu moins chargé (parce qu en ce moment il est un peu charette smiley), elle pourra éponger son déficit chronique et devenir la multinationale à la hauteur du « talent » du petit gnome bleuatre et insignifiant. smiley smiley


            • svd (---.---.40.74) 26 octobre 2006 12:17

              Pas de panique petit gnome bleuatre et malodorant, tu sais bien qu à chaque fois que tu t exites comme ça tu finis par éjaculer sur ton clavier qui n en peut vraiment plus. smiley smiley

              Dis moi petit gnome bleuatre et malodorant, qu est ce que tu vas avoir l air con (si si encore plus) quand il ne se passera rien dans quelques jours. smiley smiley smiley


            • svd (---.---.40.74) 26 octobre 2006 12:43

               smiley smiley smiley

              Pauvre petit gnome bleuatre et insignifiant, tu n existes déjà plus, tu t es auto-ringardisé toi même, je n ai été que ton catalyseur. Affabulateur démasqué, « poète » ringardisé, « critique » critiqué, troll satellisé. Snobé par les contributeurs de qualité, tu en es réduit à troller de fil en fil avec les quelques abrutis de service d AgoraVox. La catalyse a été si puissante que tu n as plus besoin de personne pour poursuivre ta propre déchéance. smiley smiley

              Pas glorieux pour le pseudo artiste international mythomanisé, représenté par la non moins cellllllébrisssssime agence internationale Kharbine-Tapabor (la seule agence internationale au monde au CA d épicerie de quartier). smiley smiley

              Que reste il aujourd hui du misérable petit gnome bleuatre et affabulateur qui voulait péter plus haut que son cul ? RIEN, NADA, QUE DALLE, juste un pfffff flatulent. smiley smiley


            • bj33 (---.---.206.205) 26 octobre 2006 12:48

              J’espère que ce que propose Demian West sur son blog, (ecrirepourvous.blogspot.com) à savoir

              « Je vous propose également de superviser vos dossiers de candidatures aux concours, soit pour obtenir des bourses, ou des demandes d’aides et de subventions pour tous vos projets, soit pour vos campagnes de Presse, etc. »

              est plus digeste que ce qu’il nous sert ici....


            • (---.---.167.26) 26 octobre 2006 13:00

              « Je vous propose également de superviser vos dossiers de candidatures aux concours, soit pour obtenir des bourses, ou des demandes d’aides et de subventions pour tous vos projets, soit pour vos campagnes de Presse, etc. »

              finalement, ce ne serait qu’un simple scribouillard à la petite semaine.


            • géant vert (---.---.64.135) 26 octobre 2006 16:19

              il doit introduire bon nombre de nymphes et éphebes ... dans le milieu artistique !A défaut de manier le pinceau et la plume il doit être écrivain publique !


            • Obofix (---.---.89.237) 27 octobre 2006 07:37

              Nul doute que Mgr Di Debeulliou ne reçoive nombre de demandes. Surtout parmi les myriades de lecteurs et rédacteurs illétrés récemment arrivés en France d’aggravox en général, et sur ce fil littéraire et philosophique en particulier. Saluons cette noble initiative, digne de l’Humaniste éclairé qu’il n’a jamais cessé d’être.


            • Obofix (---.---.89.237) 27 octobre 2006 08:15

              Je profite de votre commentaire, pour informer toutes personnes en difficulté ou étrangers résidant en France qui auraient des difficultés avec l’Administration, qu’ils peuvent me contacter afin que leur communication soit irréprochable par des courriers qui sachent contraindre l’Administration à ce qu’elle accepte leurs dossiers, et entende leur cause.

              Qu’ils m’envoient des e-mails à demianwest@wanadoo.fr.

              Non : tu profites de rien pour placer ta photo en plein milieu d’un forum, et tu estampilles de la même manière chaque lieu de discussion, même quand tu n’as rien à dire, surtout si tu n’as rien à dire.

              Les lumières, c’est avant tout l’idéal de la responsabilité de l’Homme et la quête du contrat social. T’es en plein obscurantisme, Monseigneur, tu t’éclaires à la chandelle et tu fais de l’ombre à tous ceux qui voudraient s’exprimer ou simplement s’instruire. C’est pire que du trollisme, c’est du spam monopolistique. Manque les pop’ups di Debeulliou et agoravox devient myspace.

              Sincèrement.


            • Obofix (---.---.89.237) 27 octobre 2006 08:46

              Même sur l’article sur les Droits de l’Homme tu n’as pas été foutu d’énoncer autre chose que ton éternel copié-collé antiraciste bulleté avec double retour à la ligne pour bouffer le plus d’espace possible. Et je suis venu à ton secours parce qu’il m’avait semblé percevoir dans tes anciens postes une certaine pertinence de vues et une expérimentation linguistique, mais il n’y a plus rien. T’es le degré moins un de la présence. Si par mégarde le génie t’effleure, personne ne s’en rendra plus compte.

              J’arrête. Qu’on veuille bien m’excuser.


            • alberto (---.---.78.236) 27 octobre 2006 09:11

              Géant vert : un peu de tenue !


            • Géeant Vert (---.---.64.135) 27 octobre 2006 09:30

              ho,ho,ho


            • Obofix (---.---.89.237) 27 octobre 2006 10:17

              @zen, Guénon n’est pas plus mauvais que Ron Hubbard, si on le lit bien smiley


            • Senatus populusque (Courouve) Courouve 26 octobre 2006 12:11

              « Penser d’après soi » et « penser par soi-même », formulations de D’Alembert , et « osez penser par vous-même », injonction de Voltaire dans le Dictionnaire philosophique, (article « Liberté de penser », éd. de 1765), voilà ce que l’on présente presque toujours comme constituant l’idéal neuf et original des Lumières ; ainsi faisait même Emmanuel Kant, peu après D’Alembert et Voltaire :

              « La maxime de penser par soi-même en tout temps, c’est les Lumières. »

              Or c’est une exigence fondamentale de toute la science et de la bonne philosophie (celle qui ne se fait pas servante de la théologie) depuis les Grecs ; « Le meilleur des hommes est celui qui pense par lui-même à ce qui, plus tard et jusqu’au terme, sera le mieux », écrivait déjà un grand poète épique grec, Hésiode (vers -700) dans ses Travaux (ligne 293). Ces vers d’Hésiode avaient été remarqués par Aristote, qui précisait que si grande que soit son amitié pour Platon, c’était pour le philosophe une obligation que de lui préférer la vérité.


              • Bernard Dugué Bernard Dugué 26 octobre 2006 12:17

                Les Lumières du 18ème siècle ne sont-elle pas l’antichambre des tyrannies contemporaine, l’homme au centre mais mesure de toute chose et propriétaire du temps et de l’action.

                Quelque part, l’Islam platonicien à offert d’autres Lumières, Sohravardî, Ibn Arabî, Sadrâ Shîrazî...

                J’avoue ne plus croire au catéchisme des Lumières, je crois que Todorov n’est plus dans le présent, largement dépassé avec son bréviaire inadapté aux questions contemporaine. ALors enterrons les Lumières pour en inventer de nouvelles


                • Senatus populusque (Courouve) Courouve 26 octobre 2006 12:42

                  @ Bernard Dugué : prenons Voltaire par exemple ; comment pouvez-vous trouver une filiation entre lui et les totalitarismes du XXe siècle ?


                • svd (---.---.40.74) 26 octobre 2006 12:51

                  Parle nous encore un peu de tes « oeuvres » petit gnome bleuatre et insignifiant. J ai bien cherché partout, a part ce que tu nous en dis toi même, RIEN, le néant, le vide sidéral. Pourquoi pour les autres c est clair et transparent et que pour toi c est tout caché et pseudoé comme si ça n existait pas ? Je me pose des questions, il y a tant d affabulateurs sur le net. smiley smiley


                • Bernard Dugué Bernard Dugué 26 octobre 2006 13:04

                  @ Courouve,

                  Je parle des tyrannies démocratiques et technocratique.

                  Les Lumières ne sont pas unitaires mais ambivalentes, porteuse d’une alternative, donc irrésolues et incomplètes

                  un livre intéressant, plus que celui de Todorov

                  John Saul, les bâtards de Voltaire.

                  Je pense que ce livre explicite mon intuition lancée ici de manière par trop péremptoire


                • Pehem (---.---.78.114) 26 octobre 2006 13:13

                  Les tyrannies sont les conséquences de la nature humaine : certains sont ambitieux et énergiques, d’autres ne sont pas assez vigilants... Avec le temps, les premiers créent et utilisent plus de moyens de changer le monde, et l’équilibre entre tous se déplace naturellement selon la ligne de plus grande pente, vers la domination des premiers sur les seconds.

                  Seules des ruptures permettent de parcourir parfois un peu du chemin inverse et de rétablir un peu d’équité : le chemin qui éloigne de la tyrannie n’est pas naturel.

                  Les Lumières sont une connaissance ; elles ouvrent les yeux. La connaissance donne accès à la vigilance. La vigilance enjoint d’établir et de garder le barrage de la Loi, l’un des moyens de ralentir le processus naturel.

                  Les tyrannies contemporaines sont les conséquences de notre peu d’entrain à assurer cette garde, pas de notre connaissance. Donc pas des Lumières.


                • gem gem 26 octobre 2006 17:06

                  tes Lumières ont tous été cherché leur inspiration hors de l’islam et ont tous été persécutés comme hérétiques. Alors parler d’islam à leur sujet, c’est fort discutable.

                  Peut-être est-ce un choix politique pour dénaturé et civilisé l’Islam ? ça peut marcher, mais pas longtemps, puisque c’est contraire aux textes canoniques de cette religion.


                • Marco Rel (---.---.72.109) 28 octobre 2006 01:51

                  B.D vous n’avez pas tort, mais vous commettez à mon avis l’erreur de confondre un courant de pensée philosophique et une religion. Il est vrai que les lumières ne sont pas que le pragmatisme encyclopédique d’un Diderot, annoncé déjà par Descartes et Pascal (dans ses écrits sur l’esprit géométrique, pas ses Pensées !). Il y a aussi un fort courant humaniste d’inspiration paîenne dont Rousseau n’a pas été le moindre représentant. Mais globalement, cette vague qui a conduit à la révolution, ou qui l’a accompagnée, demeure une philosophie. Une grande et belle pensée, qui puise parfois dans la religion, dans ce qu’elle a de plus terrestre d’ailleurs, mais qui d’un autre coté balaie toute religion pour affirmer la totale liberté d’être. Les éclairés des lumières s’intitulaient bien les Philosophes. A moins qu’on ne considère aussi comme une religion le matérialisme scientiste d’un Claude Bernard ou même le cartésianisme sous prétexte qu’ils sont inspirés et fournissent une méthode.


                • Marco Rel (---.---.72.109) 28 octobre 2006 02:31

                  @gem : ce que vous dites est faux ! Les lumières se sont grandement inspirées des penseurs islamiques de l’époque. Celà ne signifie pas que les Philosophes aient jugé nécessaire de lire le Coran, mais celà ne signifie pas non plus que leurs idées soient d’inspiration chrétienne (il n’en est rien). Vous faites aussi l’erreur de comparer la philosophie des lumières avec une religion, c’est absurde.


                • jipé (---.---.221.74) 26 octobre 2006 13:06

                  article ouvert, débat clos ...à fuir


                  • DEALBATA (---.---.166.140) 26 octobre 2006 13:53

                    @L’auteur

                    Je partage le sentiment de M. Dugué sauf pour la fin qui pour moi passera par la dématérialisation de l’humanité, c’est à dire par la perte de l’illusion que procure le mental. Les lumières sont un tissus de mensonges, de vanités et de copier/coller complètement ratés :

                    « Oser penser par soi-même » : La raison étant le moteur de cette nouvelle humanité ; elle est logique avec elle-même mais a perdu en même temps son origine : D’où vient la raison ? Encore une fois, l’esprit des lumières escamote tout ce qui lui est supérieur, c’est à dire le principe immatériel des choses et des êtres qui en font leur raison d’être. En ne laissant son idéologie reposer uniquement que sur la raison, les lumières ferment l’horizon intellectuel de l’humanité sur lui-même. Dans ce système, tout ce tient, grâce à la raison, mais on ne sait pas pourquoi ? Terrible avancée pour l’humanité, tout juste une explication dont un animal pourrait se satisfaire.

                    « Avec les Lumières, le pouvoir spirituel regagne enfin son empyrée, laissant à lui-même le pouvoir temporel »

                    C’est cela, livré à lui-même, comme une canard sans tête qui continue d’avancer. L’illusion du pouvoir temporel quant à lui c’est empiré ... Encore une fois, l’ego de l’humain a encore frappé, la vaniteuse marionnette s’est cru libre en coupant ses fils divins (illusoirement bien sûr) mais quand on regarde ce que ça a donné quelques temps plus tard : une agitation frénétique pour palier et cacher le manque de sens que la modernité procure.

                    « Dès lors, la vérité n’est pas le Bien transcendant, mais ce qu’on trouve. »

                    Et qu’est-ce qu’on trouve ? Rien, le vide de l’existence que même certains scientifiques honnêtes ont fini par comprendre. Le vide de l’ego que celui-ci cache en se créant des besoins nouveaux et artificiels pour ne pas se rendre à l’évidence : il n’est que l’ombre qui cherche la lumière.

                    « Avec les Lumières, ce n’est plus Dieu mais l’homme, qui devient le centre. »

                    Oui, le centre ou plutôt un centre commercial dont l’homme « nouveau », cet animal sans laisse, est livré à lui-même, devenant un prédateur économique redoutable et sans limite. Qui lui donnerait ses limites d’ailleurs ? Lui-même ? Un programme qui s’auto-programme ... tout un programme.

                    « L’universalité des Lumières veut que tout être humain ait droit à la vie, à la dignité et au bonheur, simplement parce qu’il appartient à l’espèce humaine et non parce qu’il est « élu » de tel Dieu ou citoyen de tel Etat. En revanche, le respect de chacun ne limite pas la nécessité de normes communes. »

                    Voilà l’exemple typique de l’expression de la parodie et de l’imposture : L’Universalité spirituelle a été honteusement plagiée ici mais en intervertissant les symboles et les valeurs. Ce qui avait un sens au niveau de la spiritualité : L’Universalité qui est l’expression de l’origine métaphysique unique de tous les êtres du monde, c’est retrouvé ainsi en universalité physique dégénérant vers un individualisme avilissant. S’arrogeant au passage des droits illégitimes puisque venant d’elle-même (non plus divins mais de lui-même), cette universalité contemplant son nombril n’a, en y regardant de plus près, aucun projet et de but réel pour l’humanité. Elle a juste voulu par vanité refaire par elle-même ce que son créateur lui a insufflé. Mais la créature n’est pas le créateur et dans sa copie, elle a oublié l’essentiel : son existence n’est qu’une image dans un miroir et elle est totalement conditionnée par sa source.

                    « Son existence n’est plus un « moyen » que la Providence a trouvé pour faire son « Salut », mais la fin de l’homme même : sa préservation, son épanouissement, son bonheur. »

                    Avoir troqué le salut contre le téléphone portable, quelle bêtise, quelle prétention, une attitude puéril qui en dit long sur l’esprit des lumières. La finalité de l’homme, que n’avaient pas vu venir ces prétentieux des lumières ; pourrait être : consommer, bouffer, forniquer. Beau programme qui pourrait-être celui de nos amis les animaux.

                    Il n’ y a que les animaux qui ne croient pas Dieu.


                    • Stravos (---.---.132.162) 26 octobre 2006 17:25

                      Vous avez dû lire René Guénon ou Julius Evola pour sortir de pareils ressuçés de Platon. Moi je dis simplement : on en sait rien du grand pourquoi des choses. Si la question vous taraude tant, faites une retraite monastique. Qu’avez-vous besoin de critiquer la raison et ses réalisations ? Nul ne vous oblige à être raisonnable, du moins tant que vous n’assassinez personne. Quant à vos postulats « mystiques », ils ne tiendraient que si vous faisiez vous-même l’expérience de l’extase. Et dans ce cas-là, on se soucie comme d’une guigne de la société et de ceux qui la composent. Le Boudha a dit un truc dans le genre à ses disciples (désolé je n’ai pas la citation exacte sous la main).

                      Votre tort - si je puis me permettre - est que vous vous souciez beaucoup trop du monde comme il va. Vous vous comportez en idéologue de la Foi. Une foi qui, précisément, ne veut rien savoir des idéologies - et c’est là sa grandeur. Vous êtes en grand péril...

                      PS : lisez Chestov (« Athènes et Jéruslem », par exemple) car c’est un anti-moderne intelligent, lui. Si vous l’avez déja fait, éh bien ni moi ni le pape ne pourront quelque chose pour vous...


                    • slaf (---.---.41.15) 26 octobre 2006 19:24

                      Je pense qu’il faut rester « raisonnable » et parler de ce qu’on sait. Et ceci est raisonnable.

                      >>on se soucie comme d’une guigne de la société et de ceux >>qui la composent. Le Boudha a dit un truc dans le genre ... C’est votre interprétation extèmement réductrice d’un des maîtres de la compassion. L’extase par la compassion ceci est possible. Se soucier de l’autre n’est pas réducteur. C’est une expèrience personnelle mais partagée.

                      >>voilà l’exemple typique de l’expression de la parodie et de l’imposture : L’Universalité spirituelle a été honteusement plagiée ici mais en intervertissant les symboles et les valeurs. Ce qui avait un sens au niveau de la spiritualité

                      Bien sur qu’il y a plagiat mais pour moi bon plagiat. Les lumières n’ont rien à voir avec l’autodestruction orgueilleuse citée. L’homme au centre ! Pourquoi pas !

                      C’est aussi dans toutes les religions raisonnables.

                      bien à vous tous


                    • Antoine Diederick (---.---.210.129) 28 octobre 2006 23:20

                      @ Monsieur DEALBATA.

                      Avoir troqué le salut contre le téléphone portable, quelle bêtise, quelle prétention, une attitude puéril qui en dit long sur l’esprit des lumières. La finalité de l’homme, que n’avaient pas vu venir ces prétentieux des lumières ; pourrait être : consommer, bouffer, forniquer. Beau programme qui pourrait-être celui de nos amis les animaux.

                      Extrèmement pénible ce que vous écrivez ci-haut. smiley

                      Les lumières ont inventé les téléphone et la fornication ?

                      Grande nouvelle.... smiley


                    • (---.---.167.49) 26 octobre 2006 15:00

                      @ M. West

                      Vos brillantes études universitaires (je suis titulaire du DEA « Théorie, Histoire et Pratique des Arts Visuels » de l’Université Marc Bloch de Strasbourg),la rigueur de votre raisonnement, la justesse de votre pensée, la très grande valeur de vos écrits etc. devraient permettre à l’Universté d’être mieux reconnue :

                      http://management.journaldunet.com/repere/universites.shtml

                      malheureusement et pour l’instant, les notes publiées dans Agoravox ne sont pas retenues dans les critères d’évaluation permettant d’établir ce classement.( sans doute la faute à Bush et aux sionistes )

                      Je vous suggère donc de publier vos notes dans les revues idoines afin que :

                      - la qualité de notre enseignement universitaire soit enfin reconnue,

                      - la langue française retrouve son lustre,

                      - vos capacités intellectuelles soient appréciées à leurs justes valeurs,

                      en procédant de la sorte, vous rendriez au centuple ce que vous devez à votre pays et à vos Maitres.

                      Nous sommes de tout coeur avec vous.

                      Cordialement.


                      • Argoul Argoul 26 octobre 2006 15:52

                        Il est touchant de constater comment fonctionne le « trollisme » : une agression gratuite à personne dénommée et hop ! la machine se met en route, tourne à vide... non sans talent de style, parfois. Ce pourquoi je ne demande pas d’utiliser « l’abus ». Réponse (s’il en est besoin) dans l’article : « la critique qui émane de la raison est utile mais, lorsqu’elle s’exacerbe et tourne à vide, elle devient un jeu gratuit, une »private joke« stérile entre intellos. » Mais c’est instructif : on apprend que la pensée de M est plus complexe qu’affichée et que DW est capable d’actes de générosité pour les plus faibles. C’est ça l’humanité, ni ange ni bête, au fond.

                        Pour les « vrais » commentateurs, nombre de réponses se trouvent déjà dans le texte :

                        Bernard Dugué : bien sûr la Raison a eu ses dérives, dues à l’orgueil (relire le § « Oh, certes, les Lumières ont amené »), mais nulle dérive ne disqualifie un mouvement : comme si l’islam se limitait aux fanatiques qui s’éclatent, le christianisme à l’Inquisition ou l’être humain aux asiles d’aliénés. D’ailleurs l’article suivant (« De République à Nation ») examine la propension à l’orgueil intolérant de certains Français « éclairés » sur ce sujet.

                        Courouve sur « penser par soi-même », maxime grecque : entièrement d’accord, point d’An 01, l’homme n’est pas né tout armé du cerveau de Voltaire. Mais on sait bien (depuis à peine 2 décennies mais quand même) que l’Histoire n’existe pas, il n’y a pas de Progrès linéaire mais la reconstruction à chaque génération des Lumières dans l’homme : 5 siècles avant JC, on savait que la terre était ronde, 10 siècles après on la croyait plate et on a brûlé pour affirmer ce dogme. Le progrès est réel puisque nous ne sommes plus dans les cavernes à se les geler, mais le progrès connaît des régressions, en général causées par des Croyances où toute raison s’abdique au profit du désir (le plus souvent celui - infantile - de Protection). C’est particulièrement vrai en France, en 2006, et à gauche car le monde entier fait peur (des Allemands égoïstes aux Américains ultra, aux Italiens qui se débrouillent, aux Scandinaves qui abolissent le statut de leur fonction publique - eux - aux Russes autoritaires, aux islamistes excités et jusqu’aux Chinois émergeant), les élites s’en moquent, gavées, et les comportements régressifs montent (brûler des voitures, voter extrémiste, ne pas voter du tout, accuser « les autres », démissionner comme époux, parent ou citoyen, s’anihiler en raves et j’en passe). Chto dielat ? s’interrogeait Lénine : sa réponse n’est pas convenable mais la question demeure.

                        Dealbata : « D’où vient la raison ? » Chi lo sa ? Vous ? Peut-être vient-elle de Dieu mais nous ne pouvons le « savoir », nous ne pouvons que le « croire ». L’objet de la raison n’est pas de se prendre pour Dieu (ça, ce sont les dérives dont parle B Dugué), mais d’utiliser son instrument humain (trop humain) au mieux pour ce qu’il est. Pour le reste, « il y a plus de choses sur la terre et dans le ciel, Horatio, que n’en contient toute philosophie »...

                        Je retiens surtout des Lumières que « toute société exerce sur l’individu une pression aliénante par la mode, l’opinion commune, le qu’en-dira-t-on » - et que penser par soi-même reste quand même la façon la moins mauvaise d’être humain. Merci aux Grecs et à tous ceux cités par Todorov, mais surtout merci à cette Europe morcelée politiquement mais unie culturellement qui a su offrir un terrain d’aventures à toutes ces « raisons » humaines.


                        • Senatus populusque (Courouve) Courouve 26 octobre 2006 16:09

                          La question « Que faire ? » n’est pas prioritaire. La connaissance vient d’abord. Et même, comme disait Montaigne, « L’abstinence de faire est souvent aussi genereuse que le faire, mais elle est moins au jour. »

                          D’où la pertinence du slogan parodié : « Prolétaires de tous les pays, excusez-moi ! »


                        • David Adel (---.---.36.195) 26 octobre 2006 16:15

                          @ Argoul,

                          Quel beau compte rendu, éclairé et éclairant, d’un livre qu’il faut lire et relire.

                          Ah, la « Raison » de ces Lumières et o combien nous nous sommes éloignés, depuis !

                          Chaque jour qui passe dans ce monde tourmenté ne fait que nous éloigner de cette « Raison » et nous enfoncer dans la « Folie » des intégristes de tout bord...

                          Un grand merci pour cet article.

                          Dad


                          • Christian Pradel Christian Pradel 26 octobre 2006 16:20

                            Il est vrai que ce livre nous rappelle que l’effet « Lumière » rayonne toujours. Il suffit d’enlever les poussières sur les quelques lampes vieillies. Comme Todovov le dit lui-même, l’esprit des lumières doit nous mener régulièrement vers une critique sans cesse renouvellée. Etre dans l’esprit des lumières c’est rester et appliquer l’esprit critique...

                            Merci pour votre article...

                            Chaleureusement,

                            Christian

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