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Accueil du site > Actualités > Citoyenneté > François Hollande a-t-il un plan ?

François Hollande a-t-il un plan ?

La question mérite d’être posée après deux ans de règne où ont régné des inquiétudes ? Emmanuel Todd qui avait osé le concept de « hollandisme révolutionnaire » l’avait exposé en deux points : François Hollande commencerait dans la modération, puis, au bout de deux ans, il prendrait (ou emprunterait) un tournant révolutionnaire, au sens social du terme. A à la fin de son règne donc, selon la façon dont il aurait « viré à gauche », il passerait à la postérité pour un géant ou pour un nain.

Au bout de quelques mois seulement, Emmanuel Todd semblait avoir perdu ses illusions et traitait le petit homme de vice chancelier d’Allemagne. S’est-il montré peu trop impatient, l’historien démographe qui passe pour un prophète ?

 

Des inquiétudes

La première inquiétude (mais était-elle fondée ?) avait été pour les possédants. Le candidat Hollande avait menacé de les taxer à 75%. Le président fit voter cette mesure d’une façon telle que sa « démesure » fut pointée par le Cons(eil) Cons(titutionnel). En revanche, une mesure sociale qu’il fit voter dans le même temps concernait les non-possédants qui avaient commencé de travailler avant d’avoir eu vingt ans.

Cette mesure dite des « carrières longues », il a demandé à Marisol Touraine, la fille du sociologue des années septante, d’en faire la promotion et de rappeler à la population que « cent cinquante mille personnes sont parties à la retraite à 60 ans ». C’est peu en regard de la population française qui a pu se sentir concernée par la dite mesure. Mais l’ironie, c’est que cette Marisol à qui il a confié cette mission périlleuse est sa ministre des Affaires sociales, certes, mais elle est aussi sa ministre de la Santé. Et c’est de la santé qu’il a été question quand le décret fut promulgué.

En effet, quand cette mesure- là fut promulguée, il ne fut point besoin que le Cons. Cons. la retoquât. Bercy prit les devants et en limita la portée.

Le décret précisa que, pour en retirer le plein bénéfice, les bénéficiaires ne devaient pas avoir cumulé, au cours de leur carrière longue, plus de quatre trimestres de congés maladie, soit un an. Au-delà, la durée des congés maladies « impacterait » les bénéfices de la mesure sociale et les cumulards verraient leur bénéfice se réduite d’autant. Tous les congés maladie étaient concernés, y compris les accidents du travail et les maladies professionnelles.

 

Ainsi, s’il avait cumulé un an et un mois de congés maladie, le cumulard ne pourrait plus avoir le bénéfice de se retirer à 60 ans, mais à 60 ans et un mois ; deux ans de congés maladie, à 61 ans ; trois ans de congés maladie, à 62 ans comme tout le monde

Sans cette restriction, la mesure pour les « carrières longues » aurait eu un coût que certains auraient jugé démesuré. On devait donc lui appliquer un principe de modération. Plus tard, si le temps le permettait, viendrait une autre loi sur la pénibilité.

Très vite cependant les inquiétudes changèrent de camp croisant l’espoir sur leur chemin. Et entre les deux tours de la première consultation électorale intermédiaire, le Cons. Cons., toujours lui, a retoqué des dispositions de la loi dite « de Florange ». Il faut savoir que le titre officiel de cette loi est, sans rire : « Loi visant à reconquérir l’économie réelle ».

Les « sages » (comme on les appelle parfois pour faire genre) ont en effet considéré que certaines dispositions de cette loi « portent une atteinte inconstitutionnelle au droit de propriété et à la liberté d'entreprendre ». Et cette décision a sidéré ce pauvre Edouard Martin, ci-devant tribun CFDT et désormais candidat PS aux européennes. Le sans-culotte Melenchon a peut-être remis son bonnet phrygien à l’annonce de cette nouvelle « trahison ». Mais a-t-il seulement lu ce jugement qui réfère plusieurs fois à la Déclaration de 1789 ?

Il se réfère plus particulièrement à son article 17 qui dit : « La propriété étant un droit inviolable et sacré, nul ne peut en être privé, si ce n'est lorsque la nécessité publique, légalement constatée, l'exige évidemment, et sous la condition d'une juste et préalable indemnité ».[i]

Les « sages » ont donc rappelé ce principe religieux de la république laïque : le caractère sacré de la propriété privée. Dans un style plus enlevé, Emmanuel Todd remarquait que ce principe était au cœur des révolutions anglaise et française et concluait que « le pouvoir de Cromwell a, comme celui de Robespierre cent cinquante ans plus tard, deux caractéristiques fondamentales : il est temporaire, il respecte la propriété privée. » C’était dans son livre La troisième planète, paru en l’an 83 du siècle dernier, dit du « tournant de la rigueur », alors que l’année 93 d’un autre siècle était celle de la Terreur.

En passant par la Lorraine, les chansonniers diront que Florange aura été le Gandrange de François Hollande.

 

Des charges

Les charges, de nos jours, ne sont plus honorifiques. Elles sont horrifiques et c’est contre elles que partent en escadrille les pigeons et les poussins. Ces aigles de l’innovation ne veulent pas qu’on les confonde avec les vautours de la finance et se présentent comme des « entrepreneurs » et des « auto-entrepreneurs ». Mais après tout les vautours de la finance sont aussi des « entrepreneurs » et se sont illustrés comme des champions de l’innovation financière. Et les pigeons et les poussins se sont illustrés d’abord dans une campagne publicitaire, une charge (héroïque ou fantastique) contre les charges fiscales qui les empêcheraient de voler.

De la même façon que, comme le déclamait Léo Ferré, « ce qu'il y a d'encombrant dans la morale, c'est que c'est toujours la morale des autres », de la même façon les charges, ce sont toujours celles que l’on doit souffrir, pas celles que l’on impose aux autres.

La charge (héroïque ?) que disait réclamer le candidat Hollande, c’était de discipliner la phynance devenue folle. Celle que revendique le roi François n’est-elle pas fantastique ? Réduire la dette à n’importe quel coût. Mais il conviendrait de s’interroger sur la réalité de la dette à réduire et de la phynance à discipliner.

Faute de l’avoir fait, le « vice chancelier » n’a pas commencé dans la modération fiscale. Il a d’abord annoncé, comme on l’a vu, de s’en prendre aux riches, avant de préciser qu’il ne fallait pas pénaliser les « entrepreneurs, pigeons et autres poussins ». Soucieux de se soumettre aux contraintes budgétaires de l’autorité européenne, il a jusqu’ici poursuivi dans la soumission aux contraintes des possédants. Il avait confié à Marisol Touraine la campagne de promotion de « sa » mesure sociale sur les carrières longues des possédés et des dépossédés. Malgré cet effort désespéré, il a perdu sa première consultation électorale et appelé à Matignon le meilleur de ses ennemis intérieurs.

 

Des ressources

Mais avant de répondre à la question sur l’existence d’un plan dans la tête de François Hollande, il convient de s’interroger sur les ressources qu’il a à sa disposition :

- Les ressources financières et fiscales qu’il a tenté de mettre en œuvre depuis son accession au trône

- Les ressources humaines qui l’ont fait roi, mais semble aujourd’hui en voie d’épuisement

- Ses propres ressources morales

Il avait été élu en laissant entendre qu’il allait mettre en œuvre la révolution fiscale qu’avaient théorisée en 2011 les mousquetaires de la redistribution Landais, Piketty et Saez[ii]. Depuis Piketty a commis une somme : Le capital au 21e siècle. Et un autre utopiste encore plus jeune a osé publier un pamphlet, La richesse cachée des nations, où il prône les vertus d’un impôt mondial. Le roi François ne se laisse pas impressionner par ces billevesées et, armé de sa boite à outils et de son seul courage, il bricole des solutions sur mesures comme un manager qui, face à un mur, doit mettre en œuvre une procédure d’escalade. S’imagine-t-il que les pauvres, parce qu’ils sont des millions, ont des millions cachés dans leurs chaussettes ?

Ce sont ceux-là qui, dans une certaine mesure, avaient voté pour lui en 2012. D’autres avaient déjà été emporté par la « vague bleu marine ». D’autres encore s’étaient réfugiés dans l’abstention. Ce sont ces ressources humaines-là qui lui ont manqué en mars 2014 et qui risquent de lui faire défaut jusqu’en 2017, leur patience s’étant épuisées.

Ses partisans, et même quelques spectateurs sévères, continuent de croire (ou de faire semblant de croire) qu’il a des ressources cachées, ce culbuto qui s’est maintenu si longtemps à la tête d’un parti et a culbuté tous les prétendants à la présidence de la république.

Mais parmi ceux qui l’ont élu, il y en a aussi des possédants et des défenseurs des possédants. Et le candidat avait aussi laissé entendre à d’autres conseillers qu’il allait mettre en œuvre leur stratégie, une stratégie contraire à celle de Piketty. Le plus connu, c’est l’ineffable Elie Cohen. Avec deux autres, Philippe Aghion et Gilbert Cette, ils publient aujourd’hui un livre au titre tapageur : Changer de modèle, de nouvelles idées pour une nouvelle croissance.

Ce sont donc eux aussi des déçus du « hollandisme révolutionnaire » et comme l’écrit sans rire La Tribune : « Ils avaient conseillé François Hollande pendant sa campagne électorale, sur les sujets économiques. (…) ils estiment ne pas avoir été entendus. (…) ils appellent à une véritable "révolution culturelle". »

http://www.latribune.fr/opinions/tribunes/20140407trib000824049/breviaire-du-social-liberalisme.html

N’ayons pas peur des mots ! « Nos trois économistes, continuent les maoïstes de La Tribune, défendent l'idée d'une « dévaluation fiscale » : puisque la France, au sein de la zone euro, ne peut plus dévaluer sa monnaie pour gagner en compétitivité, il faut le faire via un choc de compétitivité, comprendre un transfert des charges des entreprises vers les ménages, qui accroîtrait les marges des entreprises, leur permettant d'investir et de redevenir compétitives. »

Il faut dire que ces mousquetaires-là sont plutôt « les gardes du capital »[iii] et ont déclaré d’emblée et sans ambages qu’il fallait « rompre avec un keynésianisme primitif », (…)  Cette doxa keynésienne, utile en son temps, n'est plus vraiment adaptée au contexte d'une économie mondialisée ».

Et qu’en termes galants ces choses-là sont dites.

 

Du courage

Le courage est l’une de ces ressources morales et même physique que l’on aime mettre en avant. Il y avait le courage physique d’un Sarkozy qui, dès 2007, tel un chef de bande, avait invité un pêcheur breton à descendre venir s’expliquer d’homme à homme. Passons.
http://www.youtube.com/watch?v=wY_98LDtKg0

Mais il y a surtout le courage moral dont se parent volontiers les hommes publics, et pas seulement les hommes providentiels. Le courage moral, c’était pour les capitaines d’affronter le danger et pour les tribuns d’affronter l’adversité. Il n’aura échappé à personne que cette notion de courage moral a évolué depuis l’avènement de la démocratie. Depuis la boucherie de 14-18, le courage moral, c’était, avec abnégation, d’envoyer des électeurs se faire massacrer pour la patrie. Désormais, le courage moral, c’est de ne pas céder à la démagogie : demander aux électeurs de ne plus vivre au-dessus de leurs moyens, leur demander de participer au remboursement de la dette.
D’aucuns pourraient voir une exagération, ou tout au moins une absence de modération, dans le parallèle que je semble établir entre la Première Guerre mondiale et la situation présente. Une guerre de ce type est sans doute improbable en Europe, en raison principalement de la moyenne d’âge des populations. Mais les conditions qui ont précédé la Première Guerre mondiale ne sont pas sans rappeler les conditions présentes. Les niveaux des inégalités sont voisins. C’est le thème principal du dernier livre de Thomas Piketty évoqué plus haut. Si la lecture, pourtant assez facile, de ce pavé peut rebuter, la discussion de l’auteur avec Emmanuel Todd sera une bonne introduction.
https://www.youtube.com/watch?v=27oDSki8yGw

En outre, je retrouve les lignes ci-dessous et je n’hésite pas un instant à les faire partager :
« Ainsi, la croissance de ce remarquable système reposait à la fois sur le mensonge et sur la fraude. D'une part, les classes laborieuses acceptaient une situation où elles ne pouvaient prétendre qu'à une très petite part du gâteau qu'elles, la nature, et les capitalistes, avaient travaillé ensemble à produire. Elles agissaient de cette façon, soit par ignorance, soit par impuissance, soit forcées, persuadées ou trompées par l'habitude, les conventions, l'autorité et l’ordre bien établi de la Société. Et d'autre part, les classes capitalistes étaient autorisées à prétendre au meilleur morceau du gâteau et libres, théoriquement, de le consommer. Mais, en pratique, une convention tacite leur en faisait consommer fort peu. Le devoir « d'épargner » devint les neuf-dixièmes de la vertu, et l'élargissement du gâteau l'objet de toute vraie religion. Autour de la non-consommation du gâteau poussèrent tous les instincts d'un puritanisme qui, en d'autres temps, s'était retiré du monde et avait négligé les arts productifs aussi bien que récréatifs. Et, ainsi, le gâteau s'accrût. Pour quelles fins ? On n'y réfléchissait pas. On exhortait fréquemment les individus, non pas tant à s'abstenir qu'à remettre et à entretenir les plaisirs sûrs que causent les joies prévues. Il fallait épargner, disait-on, pour votre vieillesse et vos enfants. Mais ce n'était là qu'une théorie, - et la grâce du gâteau était qu'il ne serait jamais mangé ni par vous, ni par vos enfants après vous.
 

En écrivant ainsi, je ne méprise pas nécessairement les pratiques de cette génération. Dans les inconscientes retraites de son être, la Société savait de quoi il s'agissait. Le gâteau était en réalité fort petit par rapport aux appétits, et s'il avait été partagé entre ceux qui l'entouraient nul ne se serait retiré plus satisfait. La Société ne travaillait pas pour les minimes satisfactions du jour, mais pour la sécurité future et l'amélioration de la race, - en fait pour le « progrès ». Si seulement le gâteau, au lieu d'être coupé, pouvait grandir dans la proportion géométrique prédite par Malthus pour la population, et vraie aussi pour l'intérêt composé, un jour sans doute il y en aurait assez pour qu'on s'attable autour et la postérité pourrait profiter de nos peines. Ce jour-là, c'en serait fini du surtravail, de la surpopulation et de la sous-alimentation. Les hommes, tranquilles quant aux aises et aux besoins de leur corps, pourraient se diriger vers un plus noble exercice de leurs facultés. Une proportion géométrique peut en contrebalancer une autre, et le XIXe siècle a pu oublier la fécondité de l'espèce en contemplant les vertus vertigineuses de l'intérêt composé.

Mais, sur cette perspective, il y avait deux obstacles : la population excédant constamment l'accumulation des richesses, notre abnégation peut ne créer aucun bonheur ; - et le gâteau peut, après tout, être consommé, prématurément, dans la guerre destructive de toutes ces espérances. »

Ces lignes ne sont pas extraites d’un manuel de pâtisserie dont serait friand François Hollande. Elles sont écrites par John Maynard Keynes dans son petit livre Les conséquences économiques de la paix (1919). On peut les trouver dans son chapitre 2 : L’Europe avant la guerre, sous le titre 3 : Psychologie de la société.

Mais en les citant, je sombre très certainement dans « un keynésianisme primitif », dans « cette doxa keynésienne, utile en son temps… »

 

Des plans

On sait depuis quelques mois que François Hollande avait un plan cul. A-t-il encore des ouvertures ?

Le candidat normal qui était arrivé à l’Elysée ne payait pas de mine et avait déjà un aspect ridicule, certes. Mais, contrairement à son prédécesseur, il n’en rajoutait pas. Peu gâté par la nature, il ne jouait pas les Aldo dans l’aventure, c’est l’aventure. Ses conquêtes féminines, il ne les montrait pas en disant : « c’est à moi ». Il tenait plutôt du personnage de WC Fields dans ce film de 1940 dont le titre français était Mine de rien et le titre original (ça ne s’invente pas) The Bank Dick

http://www.youtube.com/watch?v=gpDD0eOq-0o

De plus en plus, il ressemble à Nicolas Sarkozy, fin tacticien qui allait jusqu’à venir frimer dans un meeting après avoir « nommé » DSK au FMI, a détruit son camp en fanfaronnant devant les caméras, qu’il pourrait le DRH de son opposition.

http://www.dailymotion.com/video/xbfuk4_sarkozy-se-moque-du-ps_news

Bien sûr, il ne va pas jusque là. Sa tactique semble même plus subtile. Il a toujours aimé être sous-estimé, voire méprisé, par ses adversaires. C’est ainsi qu’il s’est maintenu à la tête du PS et qu’il est parvenu à la tête de l’Etat. C’est ce que racontait récemment un portrait télévisé où il laissait dire qu’il pensait être réélu au terme de son mandat.

http://www.rtl.fr/actualites/info/politique/article/francois-hollande-aime-qu-on-le-prenne-un-peu-pour-un-con-dit-franz-olivier-giesbert-7771024473

Seulement il a aussi laissé entendre (en off) qu’il suivait les affaires judiciaires de l’ancien souverain et qu’il avait un plan pour reprendre Marseille à la droite. Il a peut-être pris la grosse tête, François ?

Et il devrait se méfier avant de se laisser portraiturer par n’importe qui. Bon, Giesbert a choisi pour son film un titre qui rappelle Malkovich : Que se passe t-il dans la tête de François Hollande ?

http://www.vodkaster.com/Films/Dans-la-peau-de-John-Malkovich/25738

Mais Hollande devrait se souvenir que ce F.O.G., quand il se mêle de peinture, n’est jamais loin de la fin de règne (La Tragédie du président sur Chirac en 2006), voire de la nécrologie (Le Vieil Homme et la Mort sur Mitterrand en 1996).

Parfois les plans des grands stratèges sont contrecarrés par le « terrain » ou par l’intendance qui ne suite pas. Ainsi Grouchy a mal réglé sa rolex et n’arrive pas à l’heure au rendez-vous. Une anecdote est révélatrice du climat qui règne sur le « terrain ». Elle est rapportée par Gilles Balbastre dans Le Monde Diplomatique et concernent les travailleurs détachés qui travaillent sur le chantier du terminal méthanier d’Electricité de France à Dunkerque. Le détachement de ces travailleurs n’est pas une attitude morale, une posture philosophique, mais un dispositif qui permet à des entreprises européennes d’employer des travailleurs européens à des conditions avantageuses. Environ 60% des travailleurs du chantier de Dunkerque ne sont pas Français. Les syndicats ne sont émus. Ainsi, le 10 décembre 2013, une opération coup de poing a été menée par la CGT et la CFE-CGC. Mais, note Gilles Balbastre, « il a fallu attendre (deux jours plus tard) l’intervention spectaculaire d’une quinzaine de militants du Front national (FN) pour que l’affaire prenne de l’ampleur ».
Deux ans plus tôt, le maire socialiste de la ville et ancien ministre du travail Michel Delebarre parlait du projet comme d’un «  coup de fouet psychologique » pour la région (Nord Littoral, 19 décembre 2011). L’image du coup de fouet n’était peut-être pas très heureuse. L’article continue en citant des acteurs du « terrain » : « Le mirage se dissipe ; la population a compris : «  Nous, on se bat contre le dumping social, contre les entorses au droit du travail, pas contre les étrangers » (…) «  Mais les gens en ont marre des belles promesses (…) Le FN n’a plus qu’à surfer sur la déception accumulée. Le vote Le Pen aux municipales, ce sera de leur faute ! »

Certes, le FN n’a pas pris la ville, mais Michel Delebarre a perdu sa mairie.

Nicolas Sarkozy et François Hollande semblent partager le même plan sur la comète : l’élimination de l’un par l’autre en 2017 et leur confrontation avec Marine Le Pen au second tour.

 

 

François Hollande est-il ce roi qui s’est lancé dans une sacrée quête du Sacré Graal ? A-t-il suivi les recommandations de ce conseiller qui lui a proposé un plan pour conquérir une place forte : construire un lapin de Troie ?

http://www.youtube.com/watch?v=DGXx56WqqJw

Certes, ce conseiller avait oublié la seconde partie du plan : installer un commando à l’intérieur du lapin de bois. Mais le roi François a toujours des problèmes avec ses conseillers. Depuis longtemps il hésite entre les gardes du capital pour qui « faire payer les riches », c’est une conception « punitive » et « liberticide » de l’impôt et les mousquetaires de la distribution qui déplorent le niveau atteint par les inégalités de patrimoines.

Les uns soutiennent que le capital est déjà très taxé en France, alors que cet insolent de Piketty a rappelé dans son dernier livre quelques éléments de mesure sur le capital privé.

http://piketty.pse.ens.fr/files/capital21c/pdf/G5.1.pdf

http://piketty.pse.ens.fr/files/capital21c/pdf/G5.2.pdf

http://piketty.pse.ens.fr/files/capital21c/pdf/G5.3.pdf

L’Express consacre son dernier numéro à la cour du roi François et intitule son « dossier » : François Hollande et ses femmes : les coulisses d'un vaudeville d'État.

Le titre a certainement été trouvé par le directeur en personne, Christophe Barbier qui fait du théâtre pour s’amuser et qui rase gratos à la télévision. Ira-t-il jusque supposer que, pendant les ébats, les femmes du souverain lui infligent des « coups de fouet psychologiques » ?

Dans les débats télévisés, Christophe Barbier défend moins la position du missionnaire que celle des gardes du capital. Quand sonnera l’heure de la fin du règne, dira-t-il du souverain peut-être déchu qu’il aura été l’artisan de l’aggiornamento des socialistes, celui qui les accompagnés sur « le terrain de réel », « la réalité des marchés »…

Si jamais les idées de Piketty venaient à être appliquées par le gouvernement, Christophe Barbier, à l’unisson avec Elie Cohen, Philippe Aghion, Gilbert Cette, Jean Marc Daniel, Pierre Gataz, Pascal Lamy (la liste n’est pas exhaustive), dénoncerait comme un seul homme une conception « punitive » et « liberticide » de l’impôt.

Si le roi François en venait à respecter la prophétie d’Emmanuel Tood, peut-être jusqu’à envisager une sortie de l’euro, Christophe Barbier qualifierait ce tournant social de tournant obscur.

Mais ils n’ont pas l’air en bonne santé « les deux corps du roi ».

François va-t-il finir par abdiquer ?

Christophe Barbier se fendra d’un édito : Saint François, comédien et martyr.



[i] Il se réfère aussi à l'article 2 qui dit « que les atteintes portées à ce droit doivent être justifiées par un motif d'intérêt général et proportionnées à l'objectif poursuivi » ; et l'article 8 de la Déclaration de 1789 qui précise : « La loi ne doit établir que des peines strictement et évidemment nécessaires, et nul ne peut être puni qu'en vertu d'une loi établie et promulguée antérieurement au délit, et légalement appliquée »

 

[ii] Pour une révolution fiscale - Un impôt sur le revenu pour le 21e siècle, Paris : Ed. du Seuil, 2011, 133 p

 

[iii] Ils déplorent d’ailleurs qu’en France « la passion sociale reste vive contre le capital ».

 

Documents joints à cet article

François Hollande a-t-il un plan ? François Hollande a-t-il un plan ? François Hollande a-t-il un plan ? François Hollande a-t-il un plan ?

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13 réactions à cet article    


  • zygzornifle zygzornifle 25 avril 2014 09:30

    Un plan cul certainement....Pour le reste circulez y a rien a voir .....


    • foufouille foufouille 25 avril 2014 11:01

      « il a fallu attendre (deux jours plus tard) l’intervention spectaculaire d’une quinzaine de militants du Front national (FN) pour que l’affaire prenne de l’ampleur ».

      ils ont fait quoi ?


      • claude-michel claude-michel 25 avril 2014 11:04

        Un « PLAN » de Paris avec les bons hôtels ou il peut garer son scooter.. !


          • leypanou 25 avril 2014 12:15

            @auteur :

            François Hollande n’a pas longtemps hésité entre les gardes du capital et les mousquetaires de la distribution : dès le début, il a pris le parti des gardes du capital. Et ce ne sont pas les quelques miettes comme la retraite pour les carrières longues qui changent grand-chose.

            Pour en avoir une autre idée, par exemple le livre « Mon amie c’est la finance ».

            Quant à T Piketty dont vous ne dites que du bien, son ouvrage peut être résumé en ceci : Piketty n’arrive pas pour enterrer l’économie bourgeoise mais pour la faire revivre.Il accepte la plupart du dogme.

            Pour 2017, il y a 15 millions de retraités en France : il faut espérer qu’ils vont se rappeler de lui à ce moment là lors de leur vote. Car le KO debout des municipales n’a pas apparemment pas été suffisant pour faire comprendre.


            • claude bonhomme claude bonhomme 25 avril 2014 13:04

              @ l’auteur
              Mon jeune ami, vous avez encore pris le risque de n’être pas compris et d’être approuvé par des fâcheux qui ne vous ont pas compris.

              Vous auriez dû vous relire : quand vous revenez sur vos « mousquetaires de la redistribution », vous oubliez le RE.


              • Mmarvinbear Mmarvinbear 25 avril 2014 13:18

                Le problème majeur de Hollande, c’est que pour beaucoup de points sur son programme économique, cela dépend en vérité de Bruxelles et non plus de Paris. Une nation seule ne peut de toute façon pas lutter contre un système planétaire. La menace du retrait de l’ UE n’aurait aucun impact. Il faut avant tout convaincre les autres de la justesse de ses points de vue.


                Or l’assemblée européenne est actuellement dominée par le PPE ( droite ), et tout indique que cela ne va pas changer.

                La forte poussée de l’extrême droite devrait quand même faire comprendre à la Commission Européenne les conséquences des politiques d’austérités trop fortes sur les populations. 

                On glose sur le FN qui serait fort quand le PS est au pouvoir ( ce qui est faux : le FN est fort en période de crises économiques ), mias personne ne parle de la Finlande qui s’apprête à donner la majorité à son extrême droite aux prochaines européennes ! 

                • mmbbb 26 avril 2014 09:33

                  @ Par Mmarvinbear Vous enfoncez une porte ouverte Le droit francais est pratiquement une retranscription du droit europeen Si la France voulait faire des economies Supprimons quasiment l’assemblee nationale puisque le legislateur est Bruxelles CQDF MAis je ne suis pas tout a fait d’accord avec vous il existe des « petits » pays Norvege Suede Suisse... qui s’en sortent beaucoup mieux Pourquoi Ces pays n’ont pas la pretention de propager des valeurs universelles . La France feint de se croire au grand siecle toute puissante mais ont ont su garder leur monnaie et en ayant un politique orientee sur leur propre ineteret Avez vous vu dilapider la rente du petrole norvegien ? D’un geste genereux nous avaons effacer la dette de la cote d’ivoire,dilapidons notre argent public allons faire des guerres...Le grand siecle vous dis je 


                • vachefolle vachefolle 25 avril 2014 15:19

                  Un petit planMobile ce Flamby !!
                  Un plan a géométrie variable, et justifications absurdes, ou comment faire au bout ed deux ans exactement ce que faisais la droite avant qu’il critiquait tant : TVA, retraites, ....

                  Mais en fait si il a un plan, se faire réélire en 2017 :
                  En se cachant derriere Valls
                  En faisant prendre ttes les mesures impopulaires par Valls pour le cramer
                  En faisant monter le FN, pour planter l’UMP au premier tour (vote des émigrés ?)
                  En sortant toutes les casseroles pour Sarko dans les 18 derniers mois (bizarre plus rien sur sarko en ce moment Ha oui les municipales sont passées, cela ne sert plus a rien)
                  En esperant que la croissance revienne et que le chomage baisse tout seul
                  Objectif : etre au deuxieme tour contre MLP
                  C’est pas glorieux mais ca se joue.


                  • Garance 25 avril 2014 17:56

                    Autant Valls a une petite chance d’être au deuxième tour que Hollande en a aucune

                    La détestation de l’individu est trop forte

                    Hué à Carmaux ?

                    La charrette est pleine


                    • Homme de Boutx Homme de Boutx 26 avril 2014 09:00

                      « La charrette est pleine », pas tout à fait :

                      http://www.agoravox.fr/tribune-libre/article/chomage-reforme-des-retraites-et-151033

                      en 2017, elle sera prête à exploser (et peut-être même avant), il n’aura plus qu’a s’exécuter...


                      • zygzornifle zygzornifle 26 avril 2014 13:56
                        François Hollande a-t-il un plan ?....Un plan d’épargne ? Pas besoin les caisses de l’état sont la pleines de fric pour les politiques mais pas pour les autres, il suffit de tendre le bras ou même de se faire voter une rallonge ....

                        • zygzornifle zygzornifle 28 avril 2014 08:16

                          Un plantigrade dirait un éléphant du PS ......

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