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Accueil du site > Actualités > Citoyenneté > Gang de rue et mode Hip Hop

Gang de rue et mode Hip Hop

Ils sont « yo ». Ils rejettent les normes. Ils ont adopté la culture hip-hop. Ce sont parfois des Québécois d’origine étrangère, haïtienne, latino-américaine, chinoise, parfois des Québécois dits de souche. Ils font des « fuck you » à la police. Ils ont l’air de petits truands. Ces jeunes sont-ils des membres de gangs de rue ?

Les adeptes de la culture hip-hop ne passent pas inaperçus. Pantalons au ras des fesses, chandails amples aussi longs que des robes, bijoux style « bling-bling », démarche trop cool pour être naturelle, avec en prime une attitude de hors-la-loi. Ils passent encore moins inaperçus quand ils sont impliqués dans des actes de nature criminelle et qu’ils font les manchettes. Mais ils trouvent que les médias les associent trop vite aux gangs de rue, comme lors de la mémorable émeute de Montréal-Nord, en août dernier. « Dès qu’on parle des jeunes qui adoptent le style hip-hop, tout est classé gang de rue », s’exapère Dub-D, un producteur de musique hip-hop qui vit dans le quartier Hochelaga-Maisonneuve.

Avec sa peau blanche et son style « yo » plutôt décent, il ne se sent pas moins opprimé que les jeunes issus de communautés culturelles. « On est peut-être des jeunes de rue, mais pas nécessairement des membres de gangs de rue ! » Tatoué de toutes parts, il revendique constamment haut et fort son statut de contribuable, mérité à la sueur de son front.

Gang de rue : stéréotypes tenaces

Charles Ali Nestor, le fondateur de l’école d’arts martiaux Ness Martial - et aussi le personnage principal du premier documentaire de Dan Bigras, Le Ring intérieur - ne comprend pas non plus pourquoi on parle tant des membres de gangs de rue dans les médias. Le Service de police de la Ville de Montréal (SPVM) n’en a répertorié qu’entre 300 et 500 sur toute l’île de Montréal. « Les événements de Montréal-Nord et les débats sur les gangs de rue qui s’en sont suivis sont un bon exemple du mauvais lien que font les gens avec les gangs de rue. »

Ayant lui-même fait partie de gangs de rue dans son adolescence, le boxeur de 34 ans - et son âge rappelle du même coup que le phénomène des gangs n’a rien de nouveau - en a ras le bol de ces équations. « Aujourd’hui, on ne peut plus associer la culture hip-hop aux gangs de rue. Quand il y a eu l’émeute, on a parlé de gangs et de Noirs, et ça n’avait rien à voir ! Les jeunes qui ont fait de la casse étaient des frimeurs. Et le vandale qui transportait une grosse télé volée sur sa tête et qu’on a tous vu dans les médias n’était pas un Noir ! »

Pour se faire accepter par la société, Nestor s’est résolu à changer de style, à remonter ses pantalons et à couper ses cheveux. « Dans mon jeune temps, à la fin des années 80, je n’avais pas le choix de changer pour faire ma place. À cette époque, le hip-hop était un mouvement de rébellion des Noirs. Aujourd’hui, c’est une vaste culture urbaine qu’on retrouve dans le monde entier,. Il y a des groupes de Blancs qui adhèrent à la culture hip hop et qui ne se tiennent pas avec des Noirs. »

Profilage gang de rue et hip-hop

Se faire arrêter constamment par la police, les jeunes au style hip-hop en ont marre. « Les policiers outrepassent leurs droits d’agents de la paix, estime Dub-D. On dirait qu’ils se croient tout permis. »

Malgré son statut de personnalité publique, Charles Ali Nestor a déjà fait l’objet de profilage racial. « J’allais à un gala de boxe avec des jeunes, et je m’étais habillé comme eux pour la circonstance. Je conduis une Jeep de l’année, et on m’a arrêté sans raison. Un Noir avec des vêtements hip-hop au volant d’une belle voiture, c’est souvent suspect. Quand les policiers ont vu mon nom sur mes pièces d’identité, ils ont dit : « Ah, vous êtes le boxeur ». Et ils m’ont laissé aller, sans autre forme de procès. »

Dub-D affirme avoir lui aussi été victime de ce genre de discrimination. « Le problème du profilage touche tous les jeunes, dans tous les quartiers. J’ai déjà été à un party dans un appartement situé sur la rue Mont-Royal, et les policiers sont arrivés sans aucune raison pour nous disperser. C’était pourtant une soirée « relax » bien ordinaire. »

Charles Ali Nestor estime que les médias ont une part importante de responsabilité dans cette vision négative du hip-hop. « Souvent, les médias ne rapportent pas la bonne information. Ils sont les premiers à faire du profilage en associant continuellement les Noirs habillés selon le style hip-hop aux gangs de rue. Ce serait bien qu’ils commencent à parler plus des différents organismes qui sont là pour écouter ces jeunes qui vivent dans la marginalité. »

Gangstérisme et Hip Hop

L’un des traits caractéristiques des « jeunes de la rue » est leur besoin de se masser en gang. Rencontré dans une pizzéria de Montréal-Nord, Général, un jeune rappeur d’origine africaine, ne voit rien de mal à se regrouper entre amis et à boire sur le coin d’une rue en fumant un joint. « Dans notre langage, on appelle ça un « chilling ». C’est comme un 5 à 7, sauf que c’est dans la rue et que ça dure peut-être plus que 2 heures. »

No Luv, un infographe rencontré au cours d’un de ces « chilling » dans le nord de la ville, croit que le style vestimentaire ne peut pas déterminer une personnalité. « Tu me vois là comme ça avec mon allure de « gangster », mais demain matin, je vais travailler de 9 à 5 comme tout le monde. » Propriétaire d’un condo, il dit avoir dû verser plusieurs mois d’acompte avant d’en prendre possession. « À cause de mon apparence. »

Tous des enfants de chœur et des travailleurs honnêtes alors ? « Euh, non, peut-être pas, bafouille Général, mais ce n’est pas une raison pour nous associer inévitablement à un gang. » Combines, trafic d’armes et de drogue sont des termes pourtant courants dans leur langage. Et les activités illicites semblent faire partie de leur quotidien. « Pourquoi veux-tu que je travaille pendant une semaine pour 500 $ si je peux faire le même montant en un jour », me questionne un « chilleur ».

Bien que ces jeunes refusent obstinément d’être identifiés à des gangs de rue, ils correspondent aux profils dressés par le Service de police de la Ville de Montréal qui indique que « lorsque la violence et la criminalité prennent le dessus sur la vie de groupe, on s’approche, selon divers degrés, vers le profil d’un gang de rue ».

Parole de jeunes sur le Hip Hop et les gangs de rue

Les jeunes adeptes du hip-hop se sentent victimes de profilage par les policiers en raison de leur habillement, identique à celui des membres de gangs de rue qui font eux aussi partie de la même culture.

Qu’en est-il des crimes commis par des gens vêtus de veston-cravate ? Issus d’une culture qui implique le port du costume, les Vincent Lacroix de ce monde forcent-ils les policiers à arrêter tous les biens vêtus de la province ? Y a-t-il profilage de la part des policiers dès qu’une personne bien habillée, conduisant une dispendieuse voiture, passe sur leur chemin ? Les policiers, de même que la société, sont-ils en mesure de différencier les Vincent Lacroix des hommes d’affaires honnêtes ? Les policiers débarquent-ils chez les fraudeurs à cravate, dont les dommages se comptent par centaines de millions, pour associer à leurs combines toutes les personnes qui gravitent autour d’eux ?


L’entrevue a été réalisé par Murielle Chatelier pour le magazine Québécois Reflet de Société.


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14 réactions à cet article    


  • Toscan 4 février 2009 00:27

     Excellent,

    Depuis 3 mois, Marvin travaille avec nous avant de trouver dans son domaine (nouvellement diplômé).
    Ça clique avec lui, pour tous.
    Au fil du temps, il nous a raconté dans ses mots comment se vit le profilage à Montréal. Il m’est arrivé d’être indigné en l’écoutant comme la fois où il me raconta avoir été plaqué par des policiers, face première sur le boul.Queen Mary...parce qu’il courrait sur le trottoir... 

     
    Bon article. je lui envois sur-le-champs.


    • Raymond Viger Raymond Viger 4 février 2009 01:27

      Merci pour votre commentaire. Suite à la lecture de l’article si Marvin a des commentaires à rajouter sur comment lui a vécu le profilage, ça sera intéressant de le lire.


      • Charles Bwele Charles Bwele 4 février 2009 09:30

        @ L’auteur

        Depuis environ 2004, j’avais remarqué la plutôt rapide émergence de cette culture vestimentaire "hip-hop" chez les adulescents et "bitch pop" chez les adulescentes de Montréal... Avec un regard plus amusé qu’autre chose  smiley car leurs porteurs le font surtout voire uniquement par instinct grégaire... Bref, des fashion victims en masse plus qu’autre chose. 

        En outre, les émeutiers et même la police anti-émeute montrélaises feraient doucement rigoler leurs homologues américains ou européens habitués à des degrés de tension sociale/raciale violence physique nettement plus élevés. Des émeutes qui, de surcroît, n’avaient que très peu de contours sociaux ou ethniques. Dès lors, je trouve dommage que la police montréalaise tombe aussi dans ce cliché socio-ethnique. Où est donc passé le sens de l’observation des flics montréalais ?

        Merci pour cet article.
        Amicalement  smiley


        • Raymond Viger Raymond Viger 4 février 2009 11:24

          Merci M. Bwele.

          Un stage pour les policiers de Montréal aux États-Unis ou en Europe permettrait-il de sensibiliser et d’aider les policiers à mieux faire leur travail ?


        • saint_sebastien saint_sebastien 4 février 2009 13:40

          la drogue est enfin arrivée dans nos rue, t’entends négro, jeune drogué ! smiley


          • Raymond Viger Raymond Viger 4 février 2009 14:29

            Je ne suis pas sûr de bien comprendre ou de bien interpréter votre commentaire M. St-Sébastien. Pouvez-vous être plus précis s’il vous plaît ?


          • saint_sebastien saint_sebastien 4 février 2009 23:42

            je fais bien sur référence au gangster Rapper québécois roy heenok :

            http://www.dailymotion.com/video/x45rdq_roi-heenok-sur-generations-882_music





          • Sébastien Sébastien 4 février 2009 17:00

            Les gang members sont vraiment idiots. S’ils s’habillaient en costar-cravate, ils pourraient faire leurs conneries sans etre inquietes par la police smiley


            • Raymond Viger Raymond Viger 4 février 2009 17:49

              Sur ce point, les membres des gangs de rue ont les même problème que les groupes criminalisés. Ils ont beaucoup de difficultés à demeurer low profile. Un gros train de vie quand on ne fait que de l’argent illégal est questionnable et très visible.


            • Proto Proto 4 février 2009 17:15

              J’ai apprécié votre article merci.
              Mais entre nous je pense que le rap est mort ou presque, seuls des artistes comme MF Doom ont survécu à la dégénérescence gangsta-like même à la mode française.
              Tout cela me fait penser aux TAZ dont il était question dans le docu « Tracks – Pirates ».


              • Raymond Viger Raymond Viger 4 février 2009 17:55

                Au Québec, le rap qui n’est pas associé au Gangter rap est de plus en fort. Nous avons même un rapper Hip Hop homosexuel qui vient de faire son coming out dans notre magazine Reflet de Société. L’article va être publié sur le site Internet à compter du 1er avril prochain.


              • Patapom Patapom 4 février 2009 21:55

                « Souvent, les médias ne rapportent pas la bonne information. Ils sont les premiers à faire du profilage en associant continuellement les Noirs habillés selon le style hip-hop aux gangs de rue. Ce serait bien qu’ils commencent à parler plus des différents organismes qui sont là pour écouter ces jeunes qui vivent dans la marginalité. »

                Non, déjà faut pas compter sur les médias. Si les médias faisaient un boulot objectif, ça se saurait. Ils vendent du rêve, et le rêve, à notre époque (soupir) semble être d’avoir plein de thunes, de conduire une BMW avec 2 blondes pulpeuses à l’arrière. Peu importent les moyens pour y arriver...

                Quand on voit cet "idéal" que je trouve personnellement totalement nauséabond, et quand on montre des portraits télévisés de gars complètements abrutis qui ont "réussi" (selon les critères de notre époque, qui sont extrèmement bas), faut pas s’étonner que les jeunes idéalisent ces portraits...

                Désolé, j’ai généralement pas mal de recul mais malgré tout, j’associe totalement la culture hip-hop à la violence et à de "gros bras" possédant un QI proche de celui d’un nem... (et que j’te fume si tu t’approches de ma meuf, et que tu touches pas à ma bagnole sinon j’te fume aussi, etc.)
                De manière générale, je supporte de moins en moins les "modèles" qu’on expose à la télé car ça montre qu’on peut être totalement con et malgré tout être admiré ! Excusez-moi, mais c’est quand même de gros demeurés, merde !

                Avant, pour être reconnu, il fallait avoir accompli quelque chose ! J’ai 33 ans, je suis pas spécialement du genre nostalgique, mais là on atteint des sommets dans les profondeurs de la moisissure de l’esprit !

                Desproges, Coluche, Brassens, où êtes-vous en ce moment ? smiley


                • Patapom Patapom 4 février 2009 23:57

                  Désolé pour mon commentaire, comme vous l’aurez compris : je n’aime PAS le hip-hop ! smiley


                • Raymond Viger Raymond Viger 5 février 2009 01:08

                  Je n’ai pas de problème avec votre commentaire. Parce que je cotoye la culture Hip Hop depuis son arrivée au Québec au début des années 1990, j’ai une perception très différente du Hip Hop que celle qui est présentée dans les médias. Malheureusement, trop de groupes gangster rap ont été vu dans les médias et ont de gros spectacles. Il y a tout de même toute une génération Hip Hop qui n’a rien à voir avec le gangster rap et qui tente de percer. Je pense que le vent est entrain de changer de ce côté.

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