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Guerre et paix des sexes

Placée sous la direction de la psychanalyste Julia Kristeva, l’université d’été qui se déroule chaque année à l’Université Paris-Diderot (Paris 7) avait cette année pour thème « Guerre et paix des sexes » ; femmes, hommes, sexes, genres : approches de la différence sexuelle. Retour sur le colloque qui s’est déroulé la semaine dernière.

Avant de montrer succinctement (des actes seront prochainement publiés) quelles ont été les pistes de réflexion développées lors de cette université d’été, signalons d’abord la magnifique organisation des conférences, avec notamment une grande place laissée au débat et à la confrontation interdisciplinaire (ethnologues, psychanalystes, philosophes ou écrivains pouvaient être réunis à une même table).

La communication introductive de Julia Kristeva (Université Paris 7) fut éclairante : les principaux problèmes traités lors des conférences y étaient déjà abordés, tels ceux de l’affirmation de la singularité, de l’émancipation, du pouvoir symbolique, avec une idée centrale : il y a une spécificité des sexes, et cette spécificité dynamise la vie politique et sociale. L’intervention suivante fut l’oeuvre de l’anthropologue Maurice Godelier (EHESS), il y fut question des Baruyas, un peuple de Nouvelle-Guinée qu’il a découvert, sortant à peine du néolithique, et dont le trait principal est l’extrême domination des hommes sur les femmes.

Les grandes caractéristiques de cette civilisation furent décrites d’une manière très vivante. Les femmes sont le mal absolu chez les Baruyas, à la suite de leur règne passé (et mythique), à tel point que les garçons doivent, pour devenir homme, être réengendrés, et ceci en étant arrachés violemment aux femmes et en pratiquant une forme particulière d’homosexualité jusqu’à l’âge de vingt ans (les plus jeunes pratiquant la fellation sur les plus âgés pour se purifier). Plus étonnant encore, la cosmologie baruya, dans laquelle -comme dans beaucoup d’autres civilisations- il existe deux divinités complémentaires (la Lune et le Soleil), donne à la lune un caractère masculin, comme au soleil. De toutes les sphères -cosmologique, sociale, politique, intime- les femmes sont exclues.

Notons également, le lendemain, l’intervention en anglais de Nawal El-Saadaoui, psychiatre et militante féministe égyptienne, qui jeta l’opprobre sur les trois monothéismes auxquels elle impute l’apparition de l’esclavage des femmes. Elle s’attaqua également au terme de développement, synonyme pour elle de néocolonialisme, avant d’insister sur les contradictions de la modernité. Il y eut aussi une intervention étonnante et poétique de Marie Darrieussecq, qui expliqua sa difficulté à "s’inscrire" dans la langue en tant que femme, alors que la langue entérine la domination du masculin sur le féminin. Puis, d’une façon plus historique, il fut question le même jour de Christine de Pizan et de l’origine du féminisme.

Le jeudi matin laissa la place à trois écrivains, Philippe Sollers, Christine Angot et François Meyronnis ; le premier évoquant Nietzsche pour répondre à la question : "Que veut un homme ?", la seconde lisant des passages de son dernier roman, et François Meyronnis proposant, dans un très beau plaidoyer, d’anoblir l’amour et l’Autre qui est objet d’amour. Il fut également question de Dieu. Et Christine Angot de conclure : "L’absence de Dieu, c’est l’absence de Moi".

Enfin, le dernier jour révéla les travaux très intéressants d’une jeune chercheuse italienne, Valérie Donati (Université d’Urbino) qui expliqua comment la flexibilisation du travail précarise avant tout les femmes. Elle expliqua également ce qu’implique la multiplication des contrats de travail dits atypiques : les travailleurs ne sont plus protégés par des conventions claires et par des syndicats, car il n’y a plus de communauté des travailleurs. Ainsi l’affaiblissement des syndicats est l’une des conséquences de ces réformes. Cet exposé, absolument limpide, était plutôt atypique par rapport à ceux qui furent entendus toute cette semaine, et largement salutaire. Il revint à Julia Kristeva de clôturer cette semaine de débats, ce qu’elle fit en commençant par un hommage au Mouvement de libération des femmes (MLF), dont elle fut l’une des protagonistes.

Notons aussi la remarque tout à fait justifiée que cette université fut l’une des premières à laisser une très large place au point de vue de l’homme dans un type de réflexion habituellement conféré aux femmes. Elle incita aussi, pour finir, à ouvrir un débat interdisciplinaire et politique. Et ce débat serait réellement fructueux, s’il pouvait être à la hauteur de celui que nous proposa Julia Kristeva cette semaine-là...


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