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Haute saison pour donneurs de leçons

L’entre deux tours de la présidentielle française se présente comme un remake du duel Clinton Trump. Après l’éviction du progressiste Sanders, sous la pression des médias, deux candidats avec une faible légitimité concourent à la fonction suprême, laissant derrière eux deux partis politiques en décomposition.

Dans un éditorial du 1er mai, Edwy Plenel, co-fondateur du site d’information sur internet « Mediapart », lance un vibrant appel pour la démocratie en appelant à voter pour le candidat « socialiste » Emmanuel Macron, tout en précisant ne pas adhérer à son programme.

Après une longue diatribe contre les politiciens de tous bords, à commencer par les anciens présidents Jacques Chirac et son référendum sur le traité de la constitution européenne, travesti en traité de Lisbonne, son successeur Nicolas Sarkozy, pour finir avec François Hollande le sortant, qui ont tous contribué à faire le lit du Front National. Monsieur Plenel, en vantant son bilan et celui de « Mediapart » de lutte contre le FN, enfonce des portes ouvertes, une stratégie qui ne mange pas de pain.

Connaissant bel et bien les enjeux à l’aube du premier tour, a-t-il, dans les colonnes de « Mediapart », analysé en profondeur, ne serait-ce qu’une fois, le programme du mouvement la « France insoumise » ? Il aurait eu le temps de le faire, car le mouvement s’était lancé dans la bataille avec une bonne année d’avance par rapport aux autres factions. 

Sans y adhérer intégralement, un point en particulier aurait dû néanmoins le faire réfléchir, celui de la convocation d’une constituante, pierre angulaire de l’instauration d’une VIème République et clé pour une démocratisation de la vie publique française, la seule arme contre le Front National. Pendant que la presse française « in corpore », et en violation de toute déontologie journalistique, a tiré à boulets rouges sur le mouvement de la « France insoumise », « Mediapart » a préféré instaurer une plateforme « neutre » en couvrant l’ensemble des candidats, déontologie oblige.

Il m’attriste donc d’autant plus de lire la suite de son exposé, dans lequel Monsieur Plenel traite Jean-Luc Mélenchon d’« apprenti sorcier » en lui reprochant de « transformer un succès collectif en défaite personnelle ». A l’instar du reste de la presse française il fait dans la désinformation, car le « modus vivendi » en cas de défaite à l’issue du premier tour était écrit noir sur blanc, disponible à tous les journalistes. Les voix des citoyens n’appartiennent pas aux responsables politiques. Ce n’est pourtant pas compliqué à comprendre.

Il faut croire que si, car Monsieur Plenel continue sa diatribe, en traitant le mouvement des insoumis de « gauche radicale tétanisée, plongée dans le désarroi, la confusion et le doute et en reprochant à sont leader une « absence de pédagogie antifasciste, se croyant vainqueur à la manière d’un joueur de casino qui aurait raflé toute la mise sur un coup de dés ». Quel mépris pour les jeunes français en quête de perspectives d’avenir qui s’y associent. Si c’est la façon à Monsieur Plenel de se venger du refus d’interview de la part de Monsieur Mélenchon, c’est que c’est lui qui joue un jeu dangereux.

Edwy Plenel affirme que « Nous (les médias) n’aurions jamais imaginé à quel point cette campagne présidentielle, où rien ne s’est passé comme le prévoyaient éditorialistes, experts et sondeurs ». Vraiment ? Sur son blog « investig’action le journaliste d’investigation belge Michel Collon soutient une autre thèse, thèse qui, certes, ne se vérifiera sans doute jamais, mais qui vaut tout de même le détour, car pas totalement invraisemblable.

Sous le titre « 2017 le coup d’état » Michel Collon désigne le président François Hollande et son homme de confiance, le Secrétaire Général de l’Elysée, Pierre Jouyet comme instigateurs d’un scénario digne de Hitchcock.

Voyant sa cote de popularité et celle de son premier ministre s’effondrer suite à la cure d’amaigrissement et de dérégulation bruxelloise, il fallait au président François Hollande une « solution de rechange », pour poursuivre son « œuvre de convergence et d’intégration » à l’Europe, faute de pouvoir se représenter à sa propre réélection.

Celle-ci s’appellera Emmanuel Macron, un produit marketing en quelque sorte, nourri au biberon du néolibéralisme par ses maîtres Alain Minc et Jacques Attali, qui, par ailleurs, considère la fermeture de l’usine « Whirlpool » à Amiens « un détail », un peu à l’instar du fameux détail de l’histoire d’un certain Jean-Marie Le Pen. Le dauphin crée aussitôt son mouvement « En Marche », un mouvement, plutôt qu’un parti politique, car moins soupçonneux de politique politicienne, et, surtout, à l’écart du parti socialiste.

Et la primaire socialiste ? Une farce. La défaite du premier ministre candidat et son ralliement immédiat au mouvement de l’ancien ministre de l’économie, suite à sa défaite, accompagné d’une flopée de ministres et haut dignitaires socialistes, rassure l’aile libéral du parti. Avec une victoire à la Pyrrhus, piégé par les siens, il ne reste à Benoit Hamon plus que de ramasser les miettes.

En ce qui concerne la droite, les candidats Sarkozy et Juppé sont tous les deux hypothéqués par d’actuelles et anciennes affaires, tandis que le candidat Fillon, peu suspect de malversations, apparaîtrait comme la cible à abattre. On sait que certains journalistes prennent très à cœur leur devoir d’investigation et il suffit de les rendre attentifs à certaines irrégularités pour susciter leur curiosité. Il s’avère, par la suite, que l’emploi fictif d’assistants parlementaires, une pratique, tacitement tolérée par l’ensemble de la classe politique depuis longtemps, devient soudainement un crime majeur. Pour dissiper d’éventuels soupçons de traitement de faveur on a fait un exemple en faisant sauter également un député de gauche.

L’opération semble avoir été bien préparée. Un premier sondage à propos d’un hypothétique candidat Emmanuel Macron est commandé par le quotidien « Le Monde » en janvier 2016, sondage qui donne un avantage au dauphin de Pierre Berger, par rapport à Manuel Valls et François Hollande, à 22%, pour se situer, en moyenne, à 17% pendant toute l’année 2016. Au mois de janvier 2017 sa cote de popularité bondit de 7 points à 24% pour arriver à 26% au mois de mars, le plaçant en tête de tous les sondages. De là à soupçonner le candidat « En Marche » d'une quelconque proximité avec les instituts de sondage n’est sans doute que pure calomnie.

Sachant que la politique d’austérité et la dérégulation du marché du travail gardera le Front National bien au chaud il était prévisible que la guilde des rédacteurs en chef et responsables politiques de toute couleur appelleront à la fibre républicaine (Michel Collon) à l’issue du premier tour.

Monsieur Plenel se saisit du révolutionnaire Léon Trotsky, le fondateur de l’armée rouge, et son opposition au « sectarisme stalinien qui divisait la gauche ». Il aurait mieux fait de citer la révolutionnaire polonaise Rosa Luxemburg, une fervente critique de la révolution bolchévique, car le projet de Jean-Luc Mélenchon est également résolument pacifiste, dans la lignée de Jean Jaurès, bien français celui là. 


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9 réactions à cet article    


  • Jeussey de Sourcesûre Jeussey de Sourcesûre 4 mai 14:14

    « L’entre deux tours de la présidentielle française se présente comme un remake du duel Clinton Trump. »


    Sauf que là, c’est le clan Clinton qui va gagner. Soros et ses amis de Wall-Street n’auront pas à utiliser l’état profond pour mettre les choses « en ordre » et le président au pas comme à Washington : à Paris, il y est déjà. Il pourront consacrer tout le pognon au financement de leur nouvelle filiale « En Marche », clone du parti démocrate. Le Pen et DPA n’auront plus qu’à rejoindre LR pour que notre protectorat ressemble de plus en plus à une colonie yankee.

    • Jeussey de Sourcesûre Jeussey de Sourcesûre 4 mai 17:17

      @Jeussey de Sourcesûre

      et paf (le chien) !

      juste après avoir écrit mon commentaire, j’appernds qu’Obama en personne a pris la peine de soutenir Macron en Français : 


      étonnant, non ?

    • bernard29 bernard29 4 mai 14:33
      Vous dites « un point en particulier aurait dû néanmoins le faire réfléchir, celui de la convocation d’une constituante, pierre angulaire de l’instauration d’une VIème République et clé pour une démocratisation de la vie publique française.... »

      je me targue aussi d’être un combattant de la démocratie, et pourtant s’il y un point bien fumeux du programme de Mélenchon, c’est bien celui-là. Et que des gens, comme Plénel, ne s’y fassent pas prendre , cela est plutôt rassurant.

      • Alren Alren 5 mai 13:47

        @bernard29

        s’il y un point bien fumeux du programme de Mélenchon

        En quoi rédiger une nouvelle Constitution élaborée par des représentants du peuple « hors système » est-elle une idée fumeuse ?

        Au moment où chacun peut réaliser que les pouvoirs de l’exécutif, du Président de la République sont excessifs et que c’est même un argument de Filoche pour exlure Le Pen ... et d’appeler à voter Macron (!) j’ai hâte de lire vos « arguments » qui ne peuvent se réduire à l’adjectif subjectif, « fumeux »...


      • Agor&Acri Agor&Acri 4 mai 15:06

        @ l’auteur,

        Edwy Plenel fait partie de ces perpétuels « exprimeurs d’opinion » (pour ne pas dire donneurs de leçons)
        qui ont une face non explicitement révélée, laissée dans le non-dit, laissée dans un semi-pénombre.
        car cette face apparaîtrait trop antinomique avec le personnage, avec l’image qu’ils souhaitent véhiculer d’eux-mêmes.
        Derrière ses jolis discours baignés d’humanisme et d’universalisme, Plenel est anti-français et atlantiste (d’où des biais souvent insidieusement -mais parfois ouvertement- favorables aux ingérences politique et militaires qui déstabilisent la Russie et le Moyen-Orient).

        En ce sens, il est tout à fait assimilable aux « nouveaux philosophes » (Glucksmann, Bruckner, BHL, ...), dont les combats servent, depuis 3 décennies, des intérêts qui ne sont objectivement pas ceux de la paix et de la concorde entre les peuples.

        Je signale au passage un article paru le 1er mai, ici : bibliobs.nouvelobs.com
        et intitulé
        BHL, lu et approuvé par la CIA
        Un rapport de 1985 sur l’influence des Nouveaux philosophes en France a été rendu public.

        En voici les grandes lignes :
        -----------------------------------------------------
        Grâce à une loi américaine sur la déclassification des dossiers de la CIA, on peut découvrir ces jours-ci un rapport intitulé « France : la défection des intellectuels de gauche », remis à l’Agence en décembre 1985.
        (…)
        Pendant les années 1950 et 1960, la CIA a financé en sous-main le Congrès pour la Liberté de la Culture, un organisme basé à Paris, qui soutenait des revues intellectuelles et des magazines (dont la « Paris Review »).
        (…)
        La thèse principale du rapport de 1985 est que la bataille française a été gagnée. Un « nouveau climat intellectuel » parisien, marqué par l’anti-totalitarisme et incarné par Bernard Henri-Lévy, va désormais œuvrer sans le savoir pour les Etats-Unis.
        La CIA se félicite que « l’intellocratie gauchiste » qui régnait sur Paris soit morte, (…)
        Les espions américains en accordent le mérite à une « coterie de jeunes agitateurs qui, pendant plus d’une décennie, ont converti à grand bruit dans les cercles militants, en attaquant la gauche française, vue comme dangereuse et intrinsèquement totalitaire » : les Nouveaux Philosophes. (…) Décrits comme d’anciens communistes ayant abjuré « les sophismes staliniens enseignés à l’Ecole Normale Supérieure », emmenés par Bernard-Henri Lévy et André Glucksmann, ils sont populaires et « ont compensé leur prose abstruse en devenant des personnalités médiatiques à sensation »
        (…)
        Ainsi, ce « climat » va « rendre difficile la mobilisation d’une opposition significative aux actions américaines en Amérique centrale ». (Le rapport évoque ici le soutien des juntes anti-communistes au Nicaragua.)
        (...)
        ------------------------------------------------------------

        2 exemples illustrant comment cela se traduit concrètement :

        1/ La face cachée du « Monde » – 2003
        Comme l’expliquent Pierre Péan et Philippe Cohen, c’est en fait un trio (J-M. Colombani, Alain Minc, Edwy Plenel) qui a pris le pouvoir, imposé une ligne rompant avec les principes mêmes du journalisme et développé une idéologie qui masque la formidable volonté de puissance de l’équipe dirigeante – sans que le quotidien retrouve pour autant sa prospérité d’antan.

        L’idéologie-Monde

        Au temps d’Hubert Beuve-Méry et de Jacques Fauvet, il y avait un esprit du Monde  : il exprimait les valeurs politiques de la gauche, alors dans l’opposition. Nous avons maintenant affaire à un journal sectaire, qui fait campagne contre l’Etat et contre la nation au nom d’une idéologie devenue dominante chez les oligarques de toutes tendances : l’Europe supranationale, l’ultra-libéralisme, le « girondinisme ». Certes, on trouve encore au sein de la rédaction des keynésiens et des patriotes, mais la troïka impose une ligne générale que chacun applique et fait appliquer avec une efficacité d’autant plus grande qu’il y a division du travail stratégique : Jean-Marie Colombani rédige les homélies « bruxelloises », atlantistes et décentralistes ; Edwy Plenel mène les opérations de déstabilisation de l’Etat ; Alain Minc veille à l’apologie du nouveau capitalisme.

        2/ La guerre d’Irak – 2003

        En 2003, quelques intellos soixante-huitards dénonçaient la France « soviétique » incapable de s’aligner sur les Etats-Unis pour aller combattre en Irak aux côtés des « boys » de George W. Bush.

        Sûrs de leurs certitudes, en avril 2003, nos trois soixante-huitards (Philippe Glucksmann et Pascal Bruckner et Romain Goupil) enchaînaient les prises de parole pour soutenir l’intervention américaine en Irak

        et n’avaient pas de mots assez durs pour dénoncer «  l’antiaméricanisme français

        Bizarrement, à l’époque, l’interventionniste BHL n’avait pas rejoint la troupe.

        C’est plus tard que le philosophe deviendra un inébranlable va-t-en guerre. A l’époque, Bernard-Henri se tâte encore, changeant de discours en fonction du public.

        (https://histoireetsociete.wordpress.com/2016/12/16/2003-les-idiots-utiles-de-la-guerre-en-irak-par-regis-soubrouillard/)


        • zygzornifle zygzornifle 4 mai 15:08

          Macron est le mieux placé pour accélérer le Fréxit , ses mesures anti-sociales vont nous donner encore plus l’envie de dégager de l’Europe en souhaitant que tous ceux qui l’auront soutenu dégagent par la même occasion .....


          • Jeekes Jeekes 4 mai 16:35

            « Edwy Plenel »
             
            C’est ki çuy-là ?
            Plenel, ce s’rait pas la pute pschiasse $ioni$te qui bouffe dans la gamelle ?

            Oui ? Bon alors, ses avis mais OSEF !!!


            • egos 4 mai 18:54

              Le spectacle échappe aux rôles imposés, il est maintenant assuré par les peoples, les bonnes consciences dans le confort douillet de leurs condition.


              Les media, jusqu’à présent discrets sur les sondages des législatives -la pièce tournant court- annoncent la tombée imminente du rideau :


              Exit les seconds rôles ainsi que leur public.

              Un autre éclairage :


              Il semblerait que les rôles (principaux) attribués fussent de composition et que l’un au moins, pour toutes sortes de fragilités et d’exposition, n’ait eu d’autre but que de servir de faire valoir au héros des classes cultivées (entendez ouverte à la culture de l’argent)


              Hoax, Rumeurs, Propagande et contre propagande.


              L’info, sujette à caution, relayée par des sites ouvertement conservateurs, s’appuie sur des révélations publiées à l’occasion du Panama Leaks.
              Fondée ou non, elle a fait l’objet d’un dépôt de plainte par le candidat EM, 
              une enquête est ouverte auprès du Parquet de Paris à la suite des sous entendus de MLP.
              Le dépôt de statuts dans ce petit bout de paradis à l’accès sélectif d’une société fiduciaire ne comporte, en soi, rien d’illégal et ne présuppose aucune intention ou réalité délictuelle,
              sauf éléments de preuve (inexistants à ce stade)
              En l’état -actuel- du dossier EM serait l’objet de dénonciations calomnieuses,
              que la justice passe !

              A charge (tjrs) de preuve.


              Nellie Fries n’a fait l’objet d’aucune poursuites ou sanctions tant des institutions UE que NL.
              La commissaire européenne disposait par ailleurs d’un background élogieux, 
              elle travaille dorénavant pour la société UBER,
              dans ce milieu les coïncidences, 
              cela n’existe tout simplement pas.


              Le choix qui s’impose donc à l’électeur français pour le second tour des présidentielles et d’y renoncer (choix personnel) et de donner sa voix et son bulletin de vote au divin enfant que seules les âmes pures et élevées ont su reconnaitre en la personnelle EM.

              Il n’existe pas d’autres voies que celles de la providence et du chérubin providentiel.

              No Way and No Future







              • zygzornifle zygzornifle 5 mai 13:28

                les donneurs de leçons sont bien souvent ceux qui ont 5 chiffres voire plus sur leur fiche de paye ..... 

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