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Accueil du site > Actualités > Citoyenneté > Intégration ou multiculturalisme, l’islam en Occident

Intégration ou multiculturalisme, l’islam en Occident

L’Occident fait face culturellement et au plan de ses valeurs et de son identité à un défi sans précédent. La rectitude politique empêche souvent de nommer crûment les choses par peur de froisser l’autre. Il est pourtant indispensable de parler franchement si on veut s’éviter des lendemains brutaux.

Il existe une culture et une éthique communes aux pays occidentaux, bref une civilisation occidentale. Cette civilisation est marquée par trois naissances, la première hellénique, inspiratrice d’un cosmos harmonieux, l’autre spirituelle, l’héritage judéo-chrétien, la dernière celle des Lumières par l’avènement de la raison critique. Elles ont au cours du temps tissé un socle de valeurs communes et forgé un Nous distinct de l’Autre.

L’Autre, c’est celui dont la différence le situe clairement à la lisière de la célébration collective du Nous, soit par choix, soit par exclusion. L’Occident a connu au cours des siècles de nombreuses vagues de nouveaux venus qui ont fini par s’intégrer dans la trame générale des pays hôtes. En faisant prévaloir presque partout par conviction universaliste le droit du sol sur le droit du sang, l’Occident prétend que l’intégration pensée comme extension naturelle de la citoyenneté est le destin désirable de tout immigrant ; que naître et vivre en Occident est une opportunité telle pour ces nouveaux venus, qu’ils seront amenés à terme à privilégier les valeurs publiques communes et la culture du pays d’accueil sur leur identité première.

A compter des années 60, on peut distinguer deux groupes d’immigrants, ceux qui viennent d’un ailleurs musulman et les autres. Ce dernier groupe est disparate, mais sa caractéristique marquante, c’est qu’il ne fait pas de vagues ; combien de gens savent-ils qu’il y a 500 000 chinois en région parisienne ? (1) Le groupe musulman, figure aujourd’hui emblématique de l’Autre en Occident, (2) se révèle quant à lui beaucoup plus ardu à intégrer. Ce texte s’interroge très succinctement sur le pourquoi de cette difficulté. Les politiques d’intégration, allant d’un rêve de savoir-être unique jusqu’à la communautarisation ou multiculturalisation de tous dans le pays hôte, sont-elles des panacées ou des issues aux lendemains équivoques ?

Un sentiment diffus d’inquiétude parcourt l’Occident quant à son rapport avec l’islam. L’inquiétude est bien sûr générée d’abord par le traumatisme de la violence terroriste, que ce soit en Angleterre, en Espagne, en Hollande, en France ou aux Etats-Unis, mais également de façon plus insidieuse par des comportements qui choquent, telles la perdurance de la polygamie de quelques milliers de familles africaines en France, l’excision des fillettes, le port du voile islamique dans des lieux publics, la revendication de groupes religieux d’établir au Canada des tribunaux islamiques de la famille ayant force légale (3).

En même temps, l’Occidental côtoie quotidiennement nombre de musulmans à l’aise dans leurs activités citoyennes, parfaits reflets de sa propre insertion sociétale. Cette double pratique, l’une minoritaire et menaçante l’autre majoritaire et paisible, dessine en toile de fond une image trouble du musulman devenu Dr-Jekill-and-Mr-Hide tout à la fois. Cette inquiétante étrangeté suscite une interrogation sourde qui n’osait pas s’exprimer jusqu’alors, mais qui risque sous peu de devenir une déferlante, le musulman veut-il oui ou non s’intégrer ? Ou préfère-t-il maintenir une identité en rupture manifeste avec les valeurs communes du pays d’adoption ? Pensons-y, aujourd’hui la mondialisation entraîne avec ses échanges et ses mouvements de populations un face-à-face de cultures, d’idées, d’ethnies, d’identités, de valeurs, de religions ; or comme pour tout individu, il y a pour toute culture, un « dedans » fait d’une socialité singulière, et un « dehors » défini par les mythes et les mœurs de l’autre, séparés par une sorte de peau mentale qui définit un intérieur identitaire et une altérité extérieure, une frontière entre le soi et l’autre.

En venant chez moi l’Autre avec ses cultures, ses mœurs, ses religions, ses visions du monde se trouve soudainement transplanté au cœur de mon espace identitaire. Il n’est plus « dehors », il est « dedans » et confronte un ensemble inextricable d’affects, de croyances et de comportements conscients et inconscients qui structurent le « vivre-ensemble » local. Dans la phase initiale de rencontre, lorsque l’Autre est très présent, très visible, lorsque son empreinte paraît lourde, les tensions et conflits sont souvent palpables. Les modes de vie autres avec les croyances et religions qui les sous-tendent laissent planer la possibilité d’un délitement du tissu sociétal parfois violent jusqu’au meurtre.

Avant de devenir un enrichissement, le nouveau venu avec ses cultures et ses religions différentes est une altérité à laquelle il faut rappeler qu’il ne peut pas y avoir de « vivre-ensemble » sans quelques valeurs dont l’Occident ne se défera jamais, telle la liberté de conscience et sans une éthique valable pour tous, code public autant que code intime, parlant à ce qui est universel en chacun de nous et d’abord à l’expérience de la souffrance. Au-delà des exemples extrêmes un constat s’impose, l’intégration peine à se faire !

Un récent sondage mené dans 13 pays par le Pew Global Attitudes Project (4) auprès des musulmans, indique que 81 % des personnes interviewées au Royaume-Uni se considèrent musulman d’abord et britannique ensuite ; 69 % en Espagne, 66 % en Allemagne et 46 % en France, seul pays occidental ou une légère majorité des sondés se veulent Français avant que d’être musulmans. Cette primauté de l’identité musulmane se transforme en rejet violent de la culture occidentale de la société d’accueil pour une frange minoritaire mais significative d’immigrés musulmans dont des enfants de deuxième et troisième générations. Leur aliénation est alimentée certes par le racisme diffus du pays d’accueil, mais elle est surtout nourrie par une idéologie de la haine à l’égard de l’Occident, véhiculée par des prédicateurs religieux dans leurs mosquées. Pour ces prédicateurs il faut résolument refuser le modèle occidental, perçu comme matérialiste, idolâtre, antithétique de leurs valeurs et identité, et ce au prix s’il le faut d’une violente cassure avec la société d’accueil.

Les raisons et motivations de cette dérive sont-elles intrinsèques à l’islam et à son fondement le Coran, ou bien est-ce tout bonnement le résultat de manipulations enclenchées de longue date par des États arabes comme l’Arabie saoudite, finançant pour des raisons idéologiques et de politique intérieure, une multitude d’écoles coraniques, d’imam et de mosquées extrémistes dans le reste du monde. Poser la question, c’est y répondre !

Cette dérive est trop importante, trop répandue, trop profonde, l’enthousiasme d’une multitude de jeunes musulmans occidentaux pour Oussama ben Laden comme héros anti-occidental en témoignant, pour n’être qu’un simple effet de manipulation. Le monde arabe, épicentre de l’islam souffre d’un sentiment de déchéance et d’injustice au regard de sa situation géo-politique dans le monde. Incapable de se réformer réellement pour entrer de plain-pied dans la modernité, ses élites ont convaincu leurs masses que les causes de ce malheur incombaient entièrement à l’Occident manipulé par les juifs et Israël, au moyen de l’alliance américano-sionniste.

L’attentat du 11 septembre 2001 est toujours pour beaucoup d’arabes, une machination du Mossad, le service secret israélien, arguant qu’aucun juif ne figure parmi les victimes. Cette conception victimaire de soi-même a ouvert la voie aux prédicateurs qui préconisent un retour à l’islam pur et dur comme unique solution pour retrouver leur grandeur d’antan. Sans nécessairement adhérer pleinement aux interprétations rigoristes de l’islam, les communautés musulmanes d’Occident n’ont certainement pas cherché à museler ou même à dénoncer les prédicateurs haineux comme cela fut souligné par quelques personnalités musulmanes courageuses.

L’Occident est devenue une terre d’immigration, des millions de gens cognent à ses portes ; comment accueillir l’Autre, comment l’intégrer ? L’Autre est-il soluble à terme dans une culture unitaire comme le veut la France ? Vise-t-on plutôt une lâche mosaïque des cultures, miroir de toutes les différences comme le prône le Canada ? Le dynamisme propre à la culture américaine amène-t-il de lui-même un melting of the mind comme les Vulcans (5) américains le pensent ?

Ces questions ne sont pas seulement théoriques, des réponses qu’on y apporte, découlent des politiques publiques délibérées, telle la loi sur les signes religieux dans les écoles publiques en France et la politique du multiculturalisme au Canada, ou des politiques en creux par absence d’intervention, telles le benign neglect à l’égard des communautés ethniques au Royaume-Uni et le melting pot par pression sociétale aux Etats-Unis.

L’Occident s’imagine en société universelle, offrant à chacun et à chaque communauté, la possibilité de préserver ses valeurs, ses croyances, ses coutumes et son identité ; mais à quel prix ? Peut-on imaginer une société capable de tolérer l’expression publique de multiples valeurs contradictoires ? Une collectivité universelle telle qu’elle fût rêvée par les auteurs de la déclaration des droits de l’homme ne pourrait l’être, que fondée exclusivement sur et par la raison. Une telle société, transparente, sans épaisseur, sans mystère, est difficile à concevoir dans la mesure où le réel social déborde de beaucoup les prescriptions de la raison et s’inscrit d’abord dans la coutume, l’émotif et l’imaginaire.

En effet, une acceptation réellement significative et non pas cosmétique des spécificités de chaque groupe ethnique ou culturel au sein d’un même Etat, entraînerait des contradictions insupportables ; ainsi le code légal ne peut pas instituer simultanément la monogamie et la polygamie comme règles communautaires distinctes, gérées par une même puissance publique. On ne peut pas avoir un Code civil traitant différemment des mêmes choses au sein d’une même entité politique exerçant son autorité sur un territoire géographiquement défini. On aboutirait immanquablement à une « libanisation » de la société, à terme à son éclatement (6).

La réponse de l’Occident, pour concilier universalité et respect des particularités, c’est bien sûr la séparation de l’Eglise et de l’Etat. L’une parle du salut, l’autre de la raison en marche. L’ouverture au monde n’implique pas le renoncement à soi ou sa mise entre parenthèse dans le rapport avec le nouveau venu ; en fait, le dialogue avec l’autre n’a de sens que si le « je » sait clairement qui il est. C’est en ignorant plus souvent qu’autrement cet a priori (7) que la problématique multiculturelle ou communautariste en Europe émerge dans les années 60, avec l’arrivée de gros bataillons de travailleurs musulmans, venus soutenir la machine économique. Il n’y a pas encore à cette époque de vraie prise de conscience des conséquences que cette dynamique engendrera lors des décennies suivantes du fait que ce nouvel Autre venait d’un ailleurs fort différent, principalement tiers-mondiste et musulman, avec des valeurs qui ne convergeaient pas d’emblée avec celles de l’Occident.

Les pays d’Europe occidentale avaient déjà connu des vagues d’immigration essentiellement de l’est et du sud de l’Europe ; les cultures étaient différentes mais les valeurs convergeaient. La France fabriquait alors des petits Français à partir des immigrés grâce à l’école publique obligatoire et au service militaire.

Le cas du Canada est différent, sa politique de multiculturalisme instituée par le Premier ministre Trudeau en 1971 (8), visait principalement à donner à l’Etat fédéral le moyen de peser sur le Québec dans sa quête identitaire ; la charte des droits et libertés complétait le processus. Avec l’afflux croissant d’immigrés non occidentaux, la politique multiculturaliste, voulue pour d’autres raisons, enclenche un processus dont on commence tout juste à mesurer les effets pervers non prévus.

Aux Etats-Unis, la question de l’immigration se pose en termes totalement distincts ; les immigrants proviennent majoritairement du monde hispanophone et ces immigrants prient pour qu’on leur ouvre les portes du rêve américain, tant la force attractive de ce pays est immense. En bref, l’Occident dont la culture renvoie nécessairement à un au-delà d’une pure raison, ne peut ni théoriquement ni pratiquement renier son identité spécifique au profit d’un modèle universel désincarné.

À l’exception notoire de la France, le message multiculturaliste de l’Occident, adressé au musulman et évidemment aux autres venus d’un ailleurs différent est sibyllin, il dit à l’immigrant : « Vous pouvez légitimement dans ce pays être vous-même autant que vous le désirerez ; ce n’est pas un privilège, c’est votre droit ». Or en vérité, le pays hôte ne tolère ce droit qu’en autant que la différence de l’Autre demeure marginale et confinée à l’espace privé. Il digère mal que l’espace public lui renvoie une image qui n’est pas la sienne ; d’autant qu’il faut admettre que ces différences ne sont pas toutes anodines, la place de la femme dans la société en est peut-être l’exemple le plus visible.

En même temps, il faut dire à la décharge de l’Autre, qu’attendre qu’il s’intègre, qu’il s’acculture, qu’il adopte des valeurs et des pratiques en porte-à-faux avec certaines de ses convictions les plus profondes, c’est demander à l’individu et à sa communauté une transformation que ceux-ci perçoivent fréquemment comme un abandon identitaire. L’Autre sait intuitivement que ce que veut la société d’accueil correspond à sa mort en tant qu’altérité. Sa survie réside dans un premier temps dans l’évitement, le repli vers ses groupes d’appartenance, le repli sur le rituel qui dit le retour du même et dans un deuxième temps passe par des revendications transformationnelles de la société d’accueil.

Tout naturellement, la revendication de droits individuels s’accompagne inévitablement avec la progression démographique de l’Autre, de revendication de droits collectifs, telle la requête en France que certaines piscines publiques municipales aient des jours réservés aux femmes et d’autres aux hommes ou, au Canada, la demande de tribunaux islamiques de la famille pour accommoder les sensibilités islamiques et même la requête récente au Québec par un imam Saïd Jaziri que les instances publiques participent au financement de la construction d’une grande mosquée à Montréal, espace privé par excellence. Certains objecteront que la dichotomie, espace public, espace privé, est dépassée, qu’il est possible de concilier de multiples cultures au sein d’une nouvelle convivialité, qu’un nouveau Nous peut advenir comme conjugaison d’identités au sein de la citoyenneté commune. Mais n’en déplaise aux bonnes âmes (9), les faits restent têtus.

Pousser l’accommodement de l’Autre au prix du reniement de soi-même est une invitation au désastre, le refus par une large fraction de l’opinion publique de l’adhésion de la Turquie à la communauté européenne sonne comme un avertissement de même que la progression de mouvements d’extrême droite en Europe témoigne d’une rage grandissante d’une partie du corps social.

Or les faits historiques démontrent qu’aucune société ne maintient une forte cohésion d’elle-même sans un partage profond de quelques valeurs fondationnelles (10). Le poète français Valérie nous rappelait déjà que les civilisations aussi étaient mortelles !

L’une des causes profondes d’une harmonie, qui n’en finit pas de se dérober, tient au fait que les civilisations islamique et occidentale prétendent toutes deux apporter un message universel au monde entier.

L’une, l’islam est inconcevable sans sa foi, sans le Coran présenté comme parole incréée et éternelle de Dieu ; dépôt sacré, il est intouchable pour l’Oumma, la communauté des croyants. L’autre, l’occidentale est aujourd’hui profondément sécularisée, convaincue intimement que la raison et le progrès sont les deux mamelles de la civilisation (11), avec pour fondement de son éthique l’affirmation de la prééminence des droits et libertés de l’homme. Du fait de cette divergence irréconciliable en l’état, l’islam et l’Occident ont une conception profondément différente de l’individu ; l’écrivain égyptien prix Nobel de littérature, Naguib Mahfouz, décédé récemment, disait "Quand les musulmans admettront que l’homme n’est pas simplement un individu, mais une personne, l’islam disparaîtra..." (12)

Leurs messages sont en compétition et ne convergent pas sur plusieurs points fondamentaux. Entre le sacré donné une fois pour toute et la raison pour laquelle rien n’est au-delà de son implacable critique, il n’y a pas d’harmonie possible (13), peut-on imaginer une voie de convergence entre la liberté absolue de l’homme quant à ses convictions les plus intimes et la condamnation à mort qui attend celui qui, né dans l’islam, renie l’islam ?

Le discours de l’Occident, prônant la relativité des cultures et leur égale légitimité est une cause profonde du malentendu ; il reflète, soit la certitude intime de l’Occident de sa supériorité et même de son omnipotence (15) vis-à-vis de l’Autre, soit au contraire une conscience malheureuse de son passé hégémonique. Cet excès d’hubris ou ce mea culpa peuvent être sources de cécité quant au fonctionnement réel des dynamiques sociales, notamment dans le rapport avec l’islam. Cette situation est à terme lourde de conflits brutaux.

On perçoit aujourd’hui au Canada des changements dans le discours de certains leaders politiques notamment du Parti libéral, pourtant ardent promoteur s’il en fut du multiculturalisme. Suite à l’arrestation récente de présumés terroristes torontois, M. Ujjal Dosandjh, ancien ministre fédéral de la Santé, lui-même issu d’une communauté ethnique a remis en cause la présente politique de multiculturalisme ; Mme Fatima Houda-Pépin une députée musulmane à l’Assemblée nationale du Québec, osant briser la langue de bois convenue, a publiquement accusé certaines mosquées d’être des lieux de propagande islamiste et s’est élevée contre le silence de leaders communautaires parfaitement au courant du ton et des propos de certains prédicateurs.

Même la gouverneure générale du Canada, d’origine haïtienne, Mme Michaëlle Jean déclare lors d’une conférence débat le 4 avril 2005 que la politique officielle de multiculturalisme mène à la getthoïsation des différentes communautés. La tolérance excessive à l’égard de l’Autre devient source d’un malaise diffus lorsqu’on apprend qu’au Québec plus de 800 enfants et adolescents sont scolarisés dans des établissements juifs ultra orthodoxes qui ne respectent aucune des lois de l’éducation de la province, sans que les autorités publiques, bien au fait de cette situation ne fassent rien pour les y contraindre.

Une certaine exaspération se fait jour. Le jugement de la Cour suprême du Canada, sur le port du Kirpan des Sikhs dans les écoles, n’a pas été bien accepté au Québec au vu de ses conséquences éventuelles. Ce jugement impose aux établissements publics l’obligation d’accommodement raisonnable à l’égard des besoins culturels et cultuels des communautés religieuses et ethniques, obligations dont personne ne sait quelles en seront les conséquences éventuelles.

Il n’est pas impensable que la Cour suprême d’un pays hôte interdise un jour de critiquer toute figure sainte d’une religion en déclarant que c’est une restriction raisonnable aux droits et libertés du citoyen au vu des passions que cela déchaîne (15). Les représentants musulmans à l’ONU avaient d’ailleurs exigé que la charte des droits de l’homme de l’ONU soit amendée pour interdire explicitement tout blasphème ou critique de prophètes et autres messies, suite à l’affaire des caricatures en Hollande. Cette requête revenait à demander purement et simplement l’abrogation de la liberté d’expression, cas extrême d’un profond conflit de valeurs, cas extrême également de fossé entre les deux cultures quant aux moyens à utiliser pour régler des désaccords.

Cette cassure dans la vision du monde nous laisse entrevoir pourquoi par exemple les politiques du laisser-faire britannique et du multiculturalisme canadien constituent une faute stratégique. Ces politiques laissent supposer, comme nous l’avons déjà dit, que la société d’accueil accordera une égale légitimité à des valeurs mutuellement exclusives.

La France a choisi quant à elle, d’affirmer plus clairement les limites à ne pas franchir avec la loi sur l’interdiction de signes religieux ostentatoires, dans les écoles publiques par définition laïques. Cette initiative avait à l’époque été fortement critiquée par l’opinion publique britannique et hollandaise, accusant même les législateurs français de fascisme ; or on constate à la lecture du sondage du Pew Global Attitudes Project, que c’est en France que l’Autre s’intègre le mieux au Nous collectif.

Au Canada, l’accommodement très permissif à l’égard des coutumes, des cultures et des spécificités religieuses des différents groupes ethniques amènent ceux-ci à faire des demandes dont l’issue est une dynamique d’enfermement communautaire, frein puissant à l’acculturation aux valeurs publiques communes et à l’esprit des lois de la nation. Le respect de l’Autre est un devoir moral, éthique et légal impératif ! Il oblige l’Etat autant que le citoyen. Cela découle des valeurs fondamentales des démocraties occidentales.

Ce respect de l’Autre n’est pas incompatible toutefois avec l’affirmation que le pays hôte entend maintenir son identité propre et qu’il n’acceptera pas que ses lois et règlements soient bafoués ou simplement ignorés. Les changements qu’ils soient culturels ou légaux sont le lot normal de la vie des nations et des communautés ; l’Autre a le droit de demander que l’espace public du pays reflète aussi ses spécificités ; mais il doit accepter la règle d’or du pluralisme démocratique : dans un cadre constitutionnel, la majorité décide !

Dans un éditorial intitulé « Muslim Myopia » publié dans le New York Times le 16 août 2006, Mme Irshad Manji, une musulmane canadienne fellow de l’université Yale et auteure du livre The trouble with Islam today : A Muslim call for reform in her Faith écrit que les élites musulmanes ont la responsabilité d’aider leur communauté à concilier islam et pluralisme, ce que la majorité des élites se garde bien de faire.

Les faits peuvent sembler aujourd’hui difficiles à accepter tant pour les Occidentaux à cause de la vague de rectitude politique qui interdit de nommer certaines choses, que pour les communautés culturelles, ethniques ou religieuses qui se sont installées en Occident et qui se sentent pointées du doigt surtout après les attentats qui ont accru la méfiance générale.

Il faut espérer que l’Occident et ses immigrés musulmans sauront inventer dans les décennies qui viennent un Nous plus inclusif.

Les femmes musulmanes en seront probablement les protagonistes les plus essentielles.

Léon Ouaknine

Notes

1. Dr Esther Benbassa, Directrice d’études, Ecole pratique des hautes études Paris, conférence prononcée à Montréal le 19 juin 2006.

2. Hors les Etats-Unis.

3. Requête de création de tribunaux islamiques en Ontario heureusement rejetée, malgré la recommandation favorable de la Commissaire aux droits de la personne de cette province ; cette requête avait suscité l’inquiétude non seulement dans les autres provinces du Canada, mais également dans d’autres pays occidentaux dont la France pour l’effet d’entraînement que cela aurait pu provoquer.

4. The Great Divide ; How westerners and Muslims view each other, 22 juin 2006. http//pewglobal.org.

5. Espèce extraterrestre dans la série télévisée Star Trek, dotée de capacités télépathiques pouvant aller jusqu’à la fusion des esprits.

6. Les Etats binationaux ou multinationaux ne survivent généralement que dans un carcan rigide ; dès qu’on relâche le couvercle de la marmite, ça explose : empire austro-hongrois, URSS, Yougoslavie, Irak, Russie multinationale. Les cas de l’Espagne et de la Belgique échappent provisoirement à cette fatalité parce qu’il y a malgré tout chez leurs différents peuples une communauté de valeurs, un processus démocratique de reconnaissance des nationalités et également du fait que l’Europe joue maintenant un rôle important de contenant dans la promotion des identités régionales.

7. La tolérance des gouvernements socialistes français à l’égard des couples polygames a entraîné un effet de ressac auprès de l’opinion publique.

8. Trudeau avait accepté le bilinguisme, mais refusé le bi-culturalisme des deux peuples fondateurs du Canada (Français et Anglais) au motif qu’il existait d’autres communautés culturelles ayant une égale légitimité, telles les Premières Nations, les groupes asiatiques installés sur la côte Ouest ou la communauté ukrainienne plus présente en Saskatchewan.

9. Charles Taylor, philosophe, s’est fait le chantre du multiculturalisme canadien ; il est professeur de philosophie et science politique à l’université McGill, Montréal, Québec.

10. Les cas de la Bosnie et de la Serbie en sont les plus récents exemples.

11. Certains courants post-modernistes questionnent la prééminence des notions de progrès et de raison ; celles-ci seraient des croyances aussi peu fondées que les dogmes religieux ; les mouvements religieux fondamentalistes américains veulent subordonner la raison à une vérité révélée au même titre que l’islam.

12. Pierre-Charles Aubrit Saint Pol, Rédacteur en chef de La Lettre catholique. Pour de telles affirmations, Naguib Mahfouz fut violemment agressé par les islamistes dans son pays, l’Egypte.

13. L’Occident est confronté à des contradictions fortes surgies des tréfonds de son être même, comme en témoignent les batailles sur le droit à l’avortement, le mariage gai, etc.

14. Emmanuel Todd, Le Destin des immigrés, Seuil 1994.

15. La loi interdit dans plusieurs pays dont l’Allemagne et la France de contester la réalité de l’holocauste durant la Seconde Guerre mondiale.


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88 réactions à cet article    


  • samy31500 25 septembre 2007 11:11

    Ca c’est un pavé.


    • Fouad Bahri Fouad Bahri 7 octobre 2007 13:45

      Léon, Après avoir lu votre article, qui aborde un sujet intéressant, sans en remplir malheureusement toutes les promesses, je tenais à répondre à certains passages qui me semblent paticulièrement faux, injustes ou déplacés.

      Vous dites ainsi : « Par des comportements qui choquent, telle la perduration de la polygamie de quelques milliers de familles africaines en France, l’excision des fillettes, le port du voile islamique dans des lieux publics, la revendication de groupes religieux d’établir au Canada des tribunaux islamiques de la famille ayant force légale ».

      Mettre sur le même plan le port du voile avec l’excision et les mariages forcés est un procédé honteux, malhonnête et irrespectueux envers la pratique et les rites de l’islam (la notion de pudeur et son corollaire « hijabique »), et qui tend à faire croire que excision et mariage forcé, sont des pratiques islamiques. Ce genre de procédé ne vous valorise pas, Léon, il ne ternit que votre intégrité intellectuelle.

      Plus loin, vous dites : « Cette inquiétante étrangeté suscite une interrogation sourde qui n’osait pas s’exprimer jusqu’alors, mais qui risque sous peu de devenir une déferlante, le musulman veut-il oui ou non s’intégrer ? Où préfère-t-il maintenir une identité en rupture manifeste avec les valeurs communes du pays d’adoption ? »

      Vpus devriez savoir, Léon, que ce genre d’interrogation était déjà exprimé, dans un langage plus violent, en Europe, au cours des 19è et dans la première moitié du 20è siècle, à propos des juifs. On leur reprochait leur adhésion secrète et fondamentale aux valeurs du judaïsme, incompatibles avec un attachement premier aux valeurs républicaines. On les soupçonnait de duplicité, on tançait violemment leur communautarisme. Il est décevant, pour ne pas dire choquant, qu’un homme qui a été un responsable communautaire juif, puisse reprendre à son compte ce type de discours. Je vous invite Léon à vous replonger dans la littérature nauséabonde de la France du 19è, pour vous remémorer tout cela.

      Plus loin : « L’Occident s’imagine en société universelle, offrant à chacun et à chaque communauté, la possibilité de préserver ses valeurs, ses croyances, ses coutumes et son identité ; mais à quel prix ? Peut-on imaginer une société capable de tolérer l’expression publique de multiples valeurs contradictoires ? »

      Ce passage est plus problématique. Comment un homme peut-il arborer fièrement la liberté de conscience pour, quelques paragraphes plus loin, remettre en cause, sous formes interrogatives, son expression ? Je crains que vous ne prôniez une liberté de conscience et d’expression sélective, Léon. Dans les problèmes que vous soulevez, il y a des choses tellement différentes, en cause. Vous tentez de dresser un portrait social et psychologique des musulmans, en vous appuyant sur certains comportements marginaux, et ce faisant, vous faîtes la part belle aux amalgames et aux raccourcis. Je crois que vous devriez laisser ce type d’exercice à ceux qui connaissent, fréquentent et étudient sérieusement, ce sujet.

      Mais encore : "Les pays d’Europe occidentale avaient déjà connu des vagues d’immigration essentiellement de l’est et du sud de l’Europe ; les cultures étaient différentes mais les valeurs convergeaient. La France fabriquait alors des petits Français à partir des immigrés grâce à l’école publique obligatoire et au service militaire.

      Prenons, si vous le voulez bien, un autre exemple. La communauté juive, présente en France et en Europe, depuis au moins le Moyen-âge, a toujours été rejeté, jusqu’à un passé récent, et ce malgré la pénétration sociale de ses membres. Il aura donc fallu plusieurs siècles pour que cette communauté soit toléré et accepté en France. Comment demander aux musulmans de faire ce que les juifs, anciens résidents dirions-nous, n’ont pu faire ?

      Vous ne pouvez pas dire non plus, comme vous le faites en début de texte, que l’Occident tire ses racines du judéo-christianisme, terme qui ne signifie pas grand-chose, dans la mesure ou le christianisme paulinien, qui est la source fondatrice du catholicisme, s’est construit en pleine opposition avec le judaïsme pharisien, dans le but d’universaliser le message christique et d’y intégrer les non circoncis (grecs, païens...).

      De mieux en mieux : « Leurs messages sont en compétition et ne convergent pas sur plusieurs points fondamentaux. Entre le sacré donné une fois pour toute et la raison pour laquelle rien n’est au-delà de son implacable critique, il n’y a pas d’harmonie possible (13), peut-on imaginer une voie de convergence entre la liberté absolue de l’homme quant à ses convictions les plus intimes et la condamnation à mort qui attend celui qui, né dans l’islam, renie l’islam ? ».

      Il n’y a que les va t’en guerre et les disciples d’Huntington pour croire ce que vous dites. Vos propos dénotent deux choses : une ignorance profondes des préceptes et des enseignements de l’Islam ; une ignorance de l’histoire. Vous séparez ainsi foi et raison, science et religion, dans une lecture de l’histoire nettement ethnocentrée (l’histoire de l’Europe). Si dans l’espace de l’Europe chrétienne, le développement de la science s’est heurté aux désidératas papistes et à la censure de l’Eglise, dans la sphère arabo-islamique, le constat est nettement différent.

      Si le monde musulman a donné naissance à l’une des plus brillantes et foisonnantes civilisation que la Terre a porté (sur le plan scientifique, mathématiques, physique, philosophique, juridique et poétique), ce n’est par hasard. Si cette même civilisation a produit les conditions culturelles et scientifiques de la Renaissance européenne, ce n’est pas non plus un hasard. Lisez à ce propos le remarquable ouvrage de Sigrid Hunke, « le soleil d’Allah brille sur l’occident ». Le Coran ne cesse de faire appel, dans ses versets, aux gens doués de raison, d’intelligence et de compréhension.

      Il en est de même de la liberté de conscience. Aucune foi contrainte et obligée ne peut être accepté. Informez-vous davantage, Léon.

      « Le respect de l’Autre est un devoir moral, éthique et légal impératif ! Il oblige l’Etat autant que le citoyen. Cela découle des valeurs fondamentales des démocraties occidentales. »

      Afficher de beaux principes est une chose facile, cher Léon. Les appliquer sincèrement est visiblement plus difficile.

      « Il faut espérer que l’Occident et ses immigrés musulmans sauront inventer dans les décennies qui viennent un Nous plus inclusif. »

      Vous continuez à opposer Occident et musulmans contemporains, que vous réduisez aux immigrés. Ce n’est pas de cette manière que des questions aussi sérieuses, seront résolues de manière sérieuse.

      Sans rancune aucune !


    • fouadraiden fouadraiden 7 octobre 2007 14:16

      BAHRI

      tu peux repondre au post qui se trouve dans la réponse de Leon(l’autre) à ton premier article.merci


    • Adama Adama 7 octobre 2007 15:00

      Prenons, si vous le voulez bien, un autre exemple. La communauté juive, présente en France et en Europe, depuis au moins le Moyen-âge, a toujours été rejeté, jusqu’à un passé récent, et ce malgré la pénétration sociale de ses membres. Il aura donc fallu plusieurs siècles pour que cette communauté soit toléré et accepté en France. Comment demander aux musulmans de faire ce que les juifs, anciens résidents dirions-nous, n’ont pu faire ?

      Dixit le maître à penser des repentis suisso- musulmano.

      Les juifs au moyen-âge étaient confinés à des métiers spécifiques que les chrétiens ne pouvaient exercer en autre, l’usure.D’autres « hérétiques » ont par la suite été prêteurs sur gage les lombards et les protestants. C’est simplement après la révolution, que les juifs sont devenus des citoyens à part entière, avec patronymes état civil etc Votre manière de falsification de l’histoire est des plus grossières, par exemple un autre point, les Arabo-musulmans(arabe ne veut absolument rien dire ce n’est ni une ethnie ni un peuple simplement un titre de propagande) n’ont rien inventé et laissez- moi rire ne sont pas les édificateurs de l’occident moderne smiley tout au plus, ils ont été des vecteurs de la pensée grecque antique en traduisant du grecque classique en arabe les penseurs de l’antiquité.

      Au fait en quoi cela vous gêne t’il que léon ouaknine soit juif ? posez-vous la question !


    • fouadraiden fouadraiden 7 octobre 2007 15:11

      encore une fois ,user de tels agruments ne peut donner raison qu’aux gens comme vous, Adama.

      nul besoin de prendre l’exemple des juifs européens pour faire valoir des droits actuels.erreur à eviter.

      la seule chose que nous pouvons contester c’est cette bizarrie qu’on utilise pour nous expliquer qu’il est normal que les musulmans soient moins bien traités que les autres de leurs compatriotes : le concept de civilisation judéo-chrétien dissumule autre chose que les vertus dont nous parlait l’auteur dans son article.


    • Adama Adama 7 octobre 2007 15:44

      Léon, vous oubliez de dire que paul était un juif pratiquant qui a appris la Torah chez les plus grands docteurs juifs, je pense à rabbi Gamliel. Vous ne pouvez pas scinder jésus et paul comme deux périodes distinctes, sans jésus il n’y aurait pas eu paul et inversement quant à l’islam il a puisé là où il pouvait : Torah, évangile et moeurs de bédouins.

      Autre chose, le judaïsme est un système de pensée universel mais qui au contraire des autres autres religions monothéistes ne pratique pas le prosélytisme.

      Pour ceux qui n’ont pas eu la chance de naitre juif smiley il suffit de suivre les sept lois de noé pour atteindre une certaine planitude, le savoir et les temps messianiques, ce n’est donc pas simplement une affaire de juifs smiley ...

      Personne n’est obligé d’adhérer au message hébraïque pour atteindre la vérité, à la différence des autres religions révélées ou la conversion à leurs messages est la source de leur survie...


    • pixel pixel 7 octobre 2007 16:05

      @Adama

      Pourriez vous m’expliquer pourquoi le religion juive n’est pas prosélyte.


    • Adama Adama 7 octobre 2007 16:18

      Parce que sans trucider les peuples on peut très bien porter le message dit des « étincelles dispersées » pour parler le langage kabaliste.

      La diaspora a été un formidable moyen de faire connaître le message hébraïque, les plus grands penseurs juifs se trouvent à la case départ en terre d’israël, désormais une autre ère se prépare.


    • pixel pixel 7 octobre 2007 16:32

      La diaspora aurait elle pu survivre deux millénaires en étant prosélyte ?.Je pense que la survie de votre diaspora au travers du temps (sans dilution dans la chrétienté)est un des grand mystère de l’histoire occidentale avec évidement le rôle spécifique des juifs dans les domaines économique, scientifique et culturelle.


    • Adama Adama 7 octobre 2007 16:49

      Je vous rappelle Pixel que de grandes comunautées juives étaient installées en terres musulmanes avant qu’elles ne deviennent musulmanes ! et meême après.

      Le temps a ses limites, tout a un commencement tout a une fin.

      Je crois que la pérennité du peuple juif en diaspora, il faut le chercher dans l’étude des textes sacrés et du leitmotiv de pessah, le soir où l’on récite la hagadah,(récit de la traversé du désert)et que l’on clame , « l’an prochain à jérusalem ».

      Cette croyance, au retour de notre peuple en terre promise, irrationelle par nature, c’est accomplie. Sachons honorez nos ancêtres et ne pas les décevoir, par amour de nos enfants.


    • pixel pixel 7 octobre 2007 17:03

      @Adama

      Pourriez vous m’indiquer une référence de livre sur l’histoire des juifs ?


    • fouadraiden fouadraiden 7 octobre 2007 17:04

      oui,le coran smiley


    • Adama Adama 7 octobre 2007 17:13

      Pixel,il y a en Français le bouquin de Barnavi qui fait référence en la matière, je ne l’ai pas lu mais il est complet d’après les dires d’amis.


    • Léon Ouaknine Léon Ouaknine 8 octobre 2007 00:29

      @ Fouad

      Bonjour

      Je vois que les contradictions ne vous gênent pas, du moment que qu’elles ne sont pas l’une à la suite de l’autre.

      Permettez-moi d’en relever une immédiatement :

      « Vous tentez de dresser un portrait social et psychologique des musulmans, en vous appuyant sur certains comportements marginaux, et ce faisant, vous faîtes la part belle aux amalgames et aux raccourcis. Je crois que vous devriez laisser ce type d’exercice à ceux qui connaissent, fréquentent et étudient sérieusement, ce sujet. »

      "Vous devriez savoir, Léon, que ce genre d’interrogation était déjà exprimé, dans un langage plus violent, en Europe, au cours des 19è et dans la première moitié du 20è siècle, à propos des juifs. On leur reprochait leur adhésion secrète et fondamentale aux valeurs du judaïsme, incompatibles avec un attachement premier aux valeurs républicaines. On les soupçonnait de duplicité, on tançait violemment leur communautarisme. Il est décevant, pour ne pas dire choquant, qu’un homme qui a été un responsable communautaire juif, puisse reprendre à son compte ce type de discours. Je vous invite Léon à vous replonger dans la littérature nauséabonde de la France du 19è, pour vous remémorer tout cela.¨

      Alors comme ça, je ne devrais pas parler de l’islam et laisser ça aux érudits, mais vous vous êtes un spécialiste et de l’islam et de l’histoire juive et vous me donnez même des conseils.

      Bravo pour la modestie intellectuelle.

      La vérité est que ça ne me dérange aucunement, parce que c’est votre droit le plus stricte d’exprimer vos vues. Mais j’aimerais vous rappeler quelques faits.

      Essentiellement vous prétendez qu’il y a malhonnêteté à faire des amalgames entre certains types de comportements et d’autres au sein de la communauté musulmane.

      Voici quelques faits :

      Sur la liberté de conscience, un sondage mené récemment en Angleterre montre que plus de 40% des jeunes musulmans sont d’accord avec l’idée que l’apostasie pour un musulman soit punie de mort.

      En Afghanistan, un pauvre hère avoue candidement qu’il s’était converti au christianisme en cachette ; aussitôt les clameurs de mort s’élèvent ; il a obtenu l’asile dans un pays occidental après que Hamid Karsaï ait convaincu des médecins de le déclarer cas psychiatrique pour lui sauver la vie. Effectivement on ne peut quitter l’islam que si on a un sérieux problème mental sinon c’est la mort.

      Renseignez-vous sur la possibilité en Arabie saoudite de conserver un bon état de santé pour un musulman là-bas qui déclarerait approuver José Saramago. prix Nobel de littérature quand il affirme « Dieu est la plus criminelle des inventions humaines »

      Renseignez-vous également sur ce qui est arrivé aux Ba’hia d’Iran après la proclamation de la république islamique, ce groupe apparut après Mohammed peut vous parler du respect extraordinaire qu’on y témoigne pour la liberté de culte.

      Que dire également de l’admirable honnêteté du président Amadinédjad qui déclare qu’il n’y a pas d’homosexuel en Iran, je veux bien le croire car l’imbécile qui irait clamer son homosexualité a peu de chances de se refaire une santé,

      Que dire également des innombrables livres à l’antisémitisme crasse qui sévissent dans plusieurs pays arabes ;

      Que pensez de l’admirable déchaînement de fureur contre les caricatures, de la demande officielle du regroupement des pays musulmans à l’ONU pour amender la charte universelle des droits et liberté en y ajoutant un article interdisant le blasphème à l’égard des prophètes et religions,

      Que dites-vous de l’assassinat du cinéaste hollandais, de la traque terrifiante imposée à Talisma Nasreen pour ne pas parler de Salman Ruhdie,

      Que pensez-vous de cet imam en Australie qui déclare que on ne peut pas en vouloir aux hommes qui violent les femmes qui ne sont pas correctement vêtus parce que ce serait comme de demander à un chat de ne pas se jeter sur un morceau de viande offert.

      Que dites-vous également du frère de Tarik Ramadan qui, lui, est pour la lapidation des femmes, alors que Tarik, grand seigneur demande un moratoire sur cet obligation coranique. Cette obligation existe aussi dans la bible, mais citez-moi le nombre de fois où en occident on a lapidé une femme pour adultère ?

      Enfin parce que je dois m’arrêter quelque part, sachez qu’au Canada, le fer de lance contre la demande de tribunaux islamique a été menée par des musulmanes ayant rejeté l’oppression qui ont déclaré textuellement, « C’est parce qu’on connaît la Charria qu’on en veut à aucun prix »

      Est-ce que tous ces faits et il y en a beaucoup d’autres sont justes de petits épiphénomènes ? Ouvrez les yeux. Certes la grande majorité des musulmans ne sont pas des extrémistes comme celui qui sur ce site nous annonce que qu’on le veuille ou pas on se retrouvera tous à la mosquée, mais combien protestent contre les délires que j’ai identifiés plus haut ?

      Alors j’oserais vous demander un peu de décence, mais en aucun cas, je ne vous dirais que vous n’êtes pas qualifié pour parler ; A ce titre vous auriez pu également suggérer que la grande majorité des électeurs en France ne devraient pas voter parce qu’ils ne sont pas des spécialistes de la gouvernance politique.

      Maintenant un dernier point, il est sans intérêt pour moi de comparer la brillance respective des civilisations.

      Ce qui m’intéresse, c’est le présent niveau de respect pour quelques libertés fondamentales ; l’égalité absolue de l’homme et de la femme, la liberté de conscience et la liberté absolue d’expression, la laïcité intégrale de la sphère publique. Sans une adhésion forte à ces valeurs, la société ne peut qu’être déchirée. Si ces valeurs sont partagées, je n’ai aucun problème pour que les musulmans construisent un million de mosqués, les juifs 1000 synagogues ou les chrétiens cinq millions d’églises, en autant que ça demeure dans la sphère privée.

      L’autre point que je veux souligner, c’est qu’on peut avoir le coeur serré à voir le sort réservé aux femmes dans certains pays ; j’ai passé plusieurs mois au Pakistan, en Afghanistan, en Iran, en Egypte, en Algérie, au Maroc à différentes périodes de ma vie et je suis arrivé à la conclusion suivante ; je souffre du sort fait aux femmes dans ces pays et il y a heureusement des gradations selon les pays dans l’ignominie, mais je m’oppose à tout changement imposé de l’extérieur. C’est aux peuples eux-mêmes de vouloir leur destin, pas à un étranger de venir dicter le bien ! Je fais évidemment une exception pour les situations de génocide.

      Tout ceci étant dit, je ne comprends votre dernier mot, « sans rancune » comment pourrait-il y avoir rancune ? je suis en désaccord presque complet avec votre vision béate de l’islam et vous pensez que je suis malhonnête intellectuellement. Chacun d’entre nous a le droit d’exprimer ses opinions en autant qu’elles ne diffame pas l’autre. En l’occurrence je ne me sens pas diffamé.

      Cordialement Léon Ouaknine


    • ZEN ZEN 25 septembre 2007 11:23

      Votre article mérite attention, mais vous découragez le lecteur, par l’absence de mise en page...pénible à lire !

      Du coup, l’essentiel n’est pas valorisé.

      .« Le monde arabe, épicentre de l’islam souffre d’un sentiment de déchéance et d’injustice au regard de sa situation géo-politique dans le monde. Incapable de se réformer réellement pour entrer de plain-pied dans la modernité, ses élites ont convaincu leurs masses que les causes de ce malheur incombaient entièrement à l’Occident manipulé par les juifs et Israël, au moyen de l’alliance américano-sionniste. »

      Attention aux jugements à l’emporte-pièce..Sur ce point, Olivier Roy (« L’islam mondialisé ») est beaucoup plus nuancé, par son travail d’historien et de sociologue.

      Il ne faut pas oublier en France le lourd passif de la guerre d’Algérie et les réactions xénophobes entretenues par certains nostalgiques...


      • Hakim I. 25 septembre 2007 12:45

        « Attention aux jugements à l’emporte-pièce »... Cet article est blindé de jugements a l’emporte piece ...


      • blitz 25 septembre 2007 11:25

        Bonne analyse d’un des défis majeurs de ce début de millénaire.


        • Gazi BORAT 25 septembre 2007 12:58

          « défi majeur.. »

          La formule effectivement à le ton de notre siècle.. mais que signifie-t-elle ?

          Ce qui dérange ici est qu’inlassablement tout problème dit « d’intégration » semble être le fait de « l’allogène » et ne remet jamais en cause l’attitude de la société d’accueil..

          Comme si la cause du racisme était à rechercher du côté de ses victimes..

          gAZi bORAt


        • blitz 25 septembre 2007 13:33

          Il me semble justement que l’article pose bien la question de l’attitude de la société « accueillante ». Quant au racisme, on a tendance à ne l’utiliser que dans le sens monde occidental par rapport au reste du monde. De la haine, du rejet de l’altérité, de la bêtise il n’y en a pas que dans ce sens-là...


        • Gazi BORAT 25 septembre 2007 12:20

          « Intégration et multiculturalisme »

          C’est exactement en ces termes qu’était posé dans l’Europe de la première moitié du vingtième siècle, ce que l’on a appelé longtemps le « problème juif ».

          Problème posé par les antisémites professionnels sur un argumentaire souvent racialo-eugéniste mais aussi caché derrière des considérations d’ordre politique (le mythique pouvoirs des banques juives), culturelles (des pratiques, des costumes archaïques)..

          Le « problème » se posa cruellement à la communauté de France, dont une partie (les Juifs de Bordeaux, d’Avignon, d’Alsace..) s’était peu à peu intégrée dans la société française de puis la Révolution, avait pris de la distance face à la pratique religieuse et n’était plus « visible ».. quand arriva, vers les années 1880, un afflux de réfugiés des persécutions russes et polonaises et qui présentaient pour beaucoup le tort d’une certaine « visibilité » tant dans l’apparence que dans la religiosité.

          La communauté qui avait dans sa majorité fait le choix de « l’assimilation » fut gênée par l’image « d’altérité » que leur renvoyaient ces réfugiés des shtetls de l’Est.

          Ajoutez à celà un contexte d’exploitation populiste de la xénophobie et de l’antisémitisme qui devait aboutir à l’affaire Dreyfus, vous aurez le contexte dans lequel certains théorisaient sur ce mythique « problème juif ».

          Aujourd’hui, entendre que l’assimilation de l’Islam est le défi qui se pose à un monde occidental porteur de Lumières m’inquiète quelque peu lorsque l’on sait par le passé à quoi aboutirent la réflexions sur des questions ainsi posées..

          gAZi bORAt


          • Ornithorynque Ornithorynque 25 septembre 2007 13:45

            Gazi,

            vous assénez des comparaisons parfaitement odieuses, faites de syllogismes et d’approximations historiques.

            cet article est plutôt nuancé et assez factuel.

            essayez de vous mettre au niveau.


          • Gazi BORAT 25 septembre 2007 13:47

            Gospodin Leon,

            concernant CE sujet, j’éprouve le plus profond respect pour la position adoptée par l’historienne Esther Benbassa (citée par l’auteur) et j’invite les internautes à découvrir (on trouve des choses sur le net) ses articles récents mais aussi ses travaux plus anciens d’historienne.

            Son « Histoire des Juifs de France », qui fait autorité, est publiée en édition de poche.

            Sensible aux questions de cohabitation multiculturelle car native d’Istanbul, juive séfarade de culture et accoutumée par ses recherches d’historienne aux mécanismes d’assimilation ou de rejet, elle a développé une pênsée très intéressante sur les phénomènes que suscite aujourd’hui l’apparition plus voyante de cultures d’origines musulmanes dans nos sociétés occidentales..

            gAZi bORAt


          • Gazi BORAT 25 septembre 2007 13:49

            à ornythorinque

            Vous serait-il possible d’argumenter quelque peu ?

            Merci !

            gAZi bORAt


          • ZEN ZEN 25 septembre 2007 13:53

            @ G.Borat

            J’ai lu et apprécié E Benbassa , dans « Les Juifs ont-ils un avenir ? » Des propos d’une femme libre...


          • Hakim I. 25 septembre 2007 13:20

            C’est vrai que le mode d’immigration canadien qui consiste à s’imposer en vendant des couvertures contaminées à la variole pour exterminer la population autochtone permet au Canada maintenant de juger la différence trop prononcée de ses nouveaux arrivants !


            • Ornithorynque Ornithorynque 25 septembre 2007 13:43

              Votre catéchisme de culture générale fait-il 12 ou 13 pages ?

              c’est ce qu’on est en droit de se demander devant le caractère répétitif de vos interventions !


              • Céphale Céphale 25 septembre 2007 14:08

                Article d’une grande profondeur. Beaucoup de remarques éclairent le vécu quotidien. Aux Français qui ne savent pas bien ce qu’est le multiculturalisme, parce qu’ils vivent dans un milieu monoculturel, je conseille de voir le film de Stephen Frears « My beautiful laundrette ».

                La statistique du Pew est intéressante : 81% des musulmans interviewés au Royaume-Uni se considèrent musulman d’abord et britannique ensuite ; 46% des musulmans interviewés en France se considèrent musulman d’abord et français ensuite. C’est une donnée culturelle qui a traversé et traversera encore plusieurs générations, comme dirait Marc Bloch.

                Un Etat peut faire évoluer les mentalités dans un sens ou dans l’autre. Le Canada notamment pousse au multiculturalisme. Il me paraît souhaitable que les Etats occidentaux poussent au contraire à son affaiblissement. Un petit exemple fera comprendre la différence entre la France et les Etats-Unis à cet égard. Il m’est arrivé de donner des conférences devant un auditoire comprenant des noirs et des blancs. En France, ils ont tendance à se mélanger. Aux Etats-Unis, ils se séparent en deux groupes. Aucune loi, aucune coutume ne les y oblige. Ils se sentent bien ainsi.


                • Gazi BORAT 25 septembre 2007 15:33

                  « musulmans avant d’être français.. »

                  On peut y voir un phénomène de crispation identitaire.

                  Malgré les traditionnelles prières pour la République Française dites dans les synagogues, on pourra trouver aussi en France beaucoup de nationaux qui, interrogés d’une certaine façon, se diront tout autant être juifs avant d’être français et ceci en mémoire des persécutions passées et parfois de craintes ponctuelles lors de périodes de tension.

                  J’ai toujours été étonné, en Turquie, de voir se rapprocher Français et Algériens qui, sur un territoire étranger, se sentaient tout à coup des affinités culturelles à mon sens bien réelles.

                  Au risque d’en choquer beaucoup, je suis persuadé que bien des Algériens sont plus proches des Français que de bien des Arabes du Proche Orient.

                  gaZi bORat


                • hgo04 hgo04 26 septembre 2007 18:00

                  Oui, mais cela veut dire quoi, musulman plutot que français... ??

                  On ne peut donc pas être Français ET musulman ??


                • stephanemot stephanemot 25 septembre 2007 14:15

                  Je ne souhaite pas m’engager dans la voie du choc des civilisations. Les musulmans modérés doivent écarter les fanatiques au même titre que les chrétiens et les juifs modérés doivent écarter les fondamentalistes qui cherchent actuellement à mettre l’Europe et Israël à genoux au propre et au figuré. Une fois de plus, nous n’assistons pas à un choc des civilisations (ce que les fondamentalistes cherchent à nous vendre), mais à une attaque des fondamentalistes de toutes confessions contre les modérés au sein de leur propre religion. Nous ne devons pas nous braquer les uns contre les autres mais nous aider mutuellement, redonner la voix aux défenseurs de la démocratie.

                  A mon sens, la réaction ultraconservatrice des fondamentalistes marque quelque part une fin de cycle. Partout dans le monde musulman, des voix s’élèvent pour sortir la communauté de sa torpeur, pour embrasser l’avenir sans renier les grandeurs passées. Car le monde musulman a déjà marqué l’histoire de l’Europe et des sciences.

                  Je crois sincèrement en une renaissance musulmane qui bénéficiera à l’ensemble du monde. Une ouverture positive qui trouvera des applications à tous les niveaux de la société (arts, culture, économie, politique, sciences...). Pas dominée par la religion, mais au contraire affranchie du joug des fondamentalistes.


                  • Romain de Pescara 25 septembre 2007 15:22

                    @stephanemot

                    Admettons, même si je ne partage pas votre optimisme. Comment voyez-vous ce changement ? Comment pourra-t-il s’opérer dans l’état actuel du Coran et de la Charia ? Qu’est-ce qui poussera les républiques Islamistes à séparer la religion du politique ? Je ne vois aucun signe à l’heure actuelle qui puisse nous encourager à penser que l’Islam peut se réformer et entrer dans le 21ème siècle.

                    Pour le moment je ne vois qu’une opposition farouche et déterminée pour défendre nos valeurs laïcs et républicaine qui puisse permettre d’empêcher la progression de l’Islam dans sa forme actuelle. Et je ne vois vraiment pas comment aider les Musulmans modérés à s’exprimer plus librement à l’heure actuelle et défendre ouvertement leur cause.

                    Cordialement


                  • Gazi BORAT 25 septembre 2007 15:23

                    @ stephanemot

                    « ...la réaction ultraconservatrice des fondamentalistes marque quelque part une fin de cycle... »

                    Je partage votre vision.

                    Des attentats peuvent être spectaculaires et c’est bien là le but recherché mais ils marquent surtout la faillite du politique et un échec dans l’entraînement des masses.

                    J’exclus bien sûr de ces attentats ceux qui ponctuent régulièrement la guerre d’Iraq et qui, à mon sens sont bien plus souvent une réaction nationaliste classique à une occupation étrangère qu’un conflit religieux..

                    gAZi bORAt


                  • Romain de Pescara 25 septembre 2007 15:32

                    @Gazi Borat

                    Vous ne pouvez pas dire sincèrement que les attentats perpétrés de nos jours en Irak ne sont pas le fruit de la religion et des différents mouvements qui embrassent l’Islam. Ces conflits inter-religieux exitaient bien avant l’invasion Américaine. Vous ne trouvez pas que dans l’ensemble ces attentats visent assez peu les Américains et plutôt la population Irakienne ?


                  • Gazi BORAT 25 septembre 2007 16:00

                    « ...Ces conflits inter-religieux exitaient bien avant l’invasion Américaine.. »

                    Je persiste à relativiser le poids du religieux dans cette lutte des Irakiens contre le corps expéditionnaire américain..

                    Violences interreligieuses ? Il me semblait que du temps de Saddam, un premier ministre (Tarek Aziz) était chrétien..

                    Les tensions avec les Chiites peuvent aussi être vues comme un collatéral du conflit, tout autant nationaliste qu’économique, qui oppose depuis longtemps l’Irak et l’Iran.

                    Que les attentats frappent - et je le déplore - beaucoup plus des civils irakiens que des soldats de la coalition ne prouve pas plus la prédominance du religieux.

                    Les violences qui frappèrent longtemps l’Ulster se situaient aussi dans un cadre nationaliste. Les attentats frappaient bien plus les civils que les soldats anglais mais l’IRA n’était pas l’arme du Vatican..

                    gaZi bORat


                  • Gazi BORAT 26 septembre 2007 07:41

                    @ thierry jacob

                    « Islam des Lumières »

                    L’islam des Lumières serait-il encore l’islam..

                    Il exista, pour le judaïsme, le prodigieux mouvement de la « Haskallah » mais qui devait aboutir à une mise à distance de la religion et une promotion de l’athéisme.

                    Les Maskillim athées étaient-ils encore juifs ? Des Musulmans « des Lumières » seraient-ils encore musulmans ?

                    En tant qu’athée, je ne puis que me féliciter de telles dynamiques mais jamais je n’imposerais à quiconque mon absence de foi..

                    gAZi bORAt


                  • Sylvain Reboul Sylvain Reboul 25 septembre 2007 16:01

                    Je n’ai pas très bien compris votre rejet du rationalisme laïc, comme séparation des églises et de l’état, du religieux et du politique et affirmation du pluralisme idéologique, si ce n’est en posant le christianisme, à mon avis à tort, comme fondement de ce que vous appelez l’identité occidentale.

                    Sauf à considérer, en effet, le christianisme comme un marqueur d’identité sociale collective, lequel ne peut valoir pourtant que pour les seuls croyants, vous ne pouvez opposer la vision laïque de la politique à une position rationnelle, démocratique et pluraliste qui en est la définition même.

                    Cela veut dire en effet que la politique laïque doit renoncer à tout ré-enchantement du monde de type théologique ou chaleureusement identitaire, y compris nationaliste ou ethnique. Il faut nous y résoudre..

                    Or l’extrémisme communautariste fanatique, chrétien ou juif, qui fusionne le politique et le religieux , y compris sous des formes violentes, existe aussi dans nos pays occidentaux (en particulier aux USA) et n’est en rien un contre-poids démocratique pertinent au radicalisme islamiste. Il en est est plutôt l’allié objectif dans le combat que mène la vision irrationnelle théologico-politique (Spinoza), laquelle, au nom d’une vérité révélée absolue, est donc potentiellement violente, contre la pensée rationnelle et laïque, nécessairement sceptique et donc dialogique, pacifique et libérale (ce qui ne veut pas dire pacifiste).


                    • Dream 25 septembre 2007 17:11
                      Un sentiment diffus d’inquiétude parcourt l’Occident quant à son rapport avec l’islam. L’inquiétude est bien sûr générée d’abord par le traumatisme de la violence terroriste, que ce soit en Angleterre, en Espagne, en Hollande, en France ou aux Etats-Unis, mais également de façon plus insidieuse par des comportements qui choquent, telles la perdurance de la polygamie de quelques milliers de familles africaines en France, l’excision des fillettes, le port du voile islamique dans des lieux publics, la revendication de groupes religieux d’établir au Canada des tribunaux islamiques de la famille ayant force légale (3).

                      Concernant le terrorisme, la polygamie et l’excision, nous avons des lois claires, nettes et précises. Il ne s’agit pas de comportements qui choquent, il s’agit de comportement illégaux et la loi doit s’appliquer à tout le monde de la même manière. (Même si dans le cas de la polygamie, il reste une incohérence : si un homme ne peut pas avoir plusieurs épouses, il peut toujours garder plusieurs maîtresses...)

                      Concernant le port du voile dans les espaces publics, nous n’avons pas de loi et pour cause, c’est un droit normalement garanti par l’article 18 de la déclaration universelle des droits de l’homme. Certains soulèvent l’idée d’instaurer une telle loi (cf les deux tribunes libres précédemment consacrées au voile sur agoravox) sous prétexte qu’il s’agirait du dévalorisation de la femme. Ce n’est pas ce qu’en disent les anthropologues (voir par exemple ici et ici).

                      Enfin, la création de tribunaux islamiques au Canada pour juger de certaines affaires familialles entre musulmans n’était que la suite logique des Beth Din actuellement en activité pour la communauté juive.


                      • Gazi BORAT 25 septembre 2007 17:34

                        « Polygamie »

                        La polygamie n’existe pas en France.

                        La polygamie n’existe que lorsque, sur un territoire donné, un état reconnait à un individu le droit de contracter simultanément plusieurs unions. Ce qui n’est pas le cas en France.

                        Dans les cas que vous citez, la loi française ne verra qu’un individu avec une épouse légitime vivant avec ses maîtresses sous le même toit.

                        Cela peut être condamnable au regard de certaine morale, mais absolument pas de la loi.

                        Tous les états condamnent le terrorisme lorsqu’il est commis sur leur sol et contre leurs intérêts.

                        Mais il peut faire l’objet a posteriori d’amnistie, comme cela fut le cas pour les actes commis par l’OAS, qui ne peuvent plus être poursuivis.

                        L’excision relève des violences et mutilations, ce qui n’est pas le cas de la circoncision, même lorsque celle ci est imposée pour des motifs rituels et non médicaux..

                        What else ?

                        gaZi bORAt


                      • Internaute Internaute 25 septembre 2007 19:45

                        La polygamie n’est pas autorisée en france mais elle est reconnue pourvu que le mariage ait lieu à l’étranger. Reconnue signifie que les allocations sont multipliées par le nombre de femmes et d’enfants de ces femmes.

                        La circoncision est une mutilatin sexuelle et doit être combatuue comme les autres mutilisations et tortures. Le fait qu’il y ait ou pas un réglement qui la tolère ou l’interdise ne change rien à l’horreur du crime commis.

                        Mon cher gaziboat vous jouez un peu trop sur les mots.


                      • Gazi BORAT 26 septembre 2007 06:56

                        @ Internaute

                        « Jouer sur les mots.. »

                        Je vous renvoie la politesse et persiste :

                        S’agissant des allocations - familiales, je suppose, dans le cas que vous citez - celles-ci concernent des enfants, bien évidemment reconnus par le pêre et vivant sous son toit et à sa charge...

                        Une seule des femmes d’un tel ménage sera reconnue comme épouse légitime par la loi française, il n’y aura donc pas reconnaissance d’une quelconque polygamie par l’Etat..

                        Votre confusion naît du fait que notre droit civil repose sur la base de la patrilinéarité, système commun aux trois monothéismes.

                        gAZi bORAt

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