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Accueil du site > Actualités > Citoyenneté > Journée internationale des femmes : beaucoup reste à faire

Journée internationale des femmes : beaucoup reste à faire

8 mars 2006. Journée internationale des femmes. Temps du bilan des avancées, des blocages et des tentatives de régression observées pendant l’année écoulée. Temps aussi de la mise en place d’objectifs à réaliser. Comme sont mis en avant égalité des « chances », « discrimination positive », il est indispensable de rappeler que les femmes ne sont pas une « catégorie » et qu’elles réclament l’égalité des droits. Tout individu est femme ou homme, biologiquement, socialement, culturellement. Les deux formes ne sont ni assimilables, ni réductibles l’une à l’autre. Les deux sexes sont dissemblables et complémentaires. Ils ne sont plus à voir dans un rapport hiérarchique, dépourvu de tout fondement objectif, mais d’équivalence et de partenariat, c’est-à-dire de parité. La logique paritaire prend en compte la dualité sexuelle de l’humanité. Loin donc de porter atteinte à l’universalisme, le concept de parité des sexes le complète en définissant les règles démocratiques à appliquer dans les rapports sociaux de sexe. Elle s’oppose à la légitimation, dans l’inconscient collectif, du pouvoir masculin sur les femmes, avec la violence comme instrument, pour les priver d’un certain nombre de droits fondamentaux : disposer librement d’elles-mêmes, de leur corps, de leurs actes et de leurs pensées.

Sur le plan politique, représenter l’universel n’est pas exclusivement masculin. La représentation des femmes et des hommes doit être assurée par des femmes et des hommes. Un an avant les échéances électorales françaises majeures de 2007, il convient de faire un bilan de l’application de la loi de 2000 sur la parité. Les avancées sont significatives, chaque fois que la loi est contraignante. C’est bien la preuve qu’elle est indispensable. Dans les scrutins de liste, la parité strictement alternée a entraîné une représentation conforme à l’exigence légale. Il est nécessaire aujourd’hui d’instituer l’obligation de parité dans les instances exécutives. Le problème demeure pour les scrutins uninominaux. Les sanctions financières, que nous dénoncions parce que dégradantes, ont montré leur inefficacité. Pour obtenir une représentation paritaire, il conviendrait de rassembler 2 circonscriptions, avec élection, par un bulletin unique, des 2 députés, une femme et un homme, et des 2 suppléants, une femme et un homme également. Le même mode de scrutin serait applicable pour l’élection des conseils généraux où l’on regrouperait 2 cantons voisins pour élire 2 conseillers généraux titulaires, une femme et un homme. D’autres mesures sont indispensables pour « faire respirer la politique ». La première serait l’impossibilité d’exercer plus de 2 fois le même mandat.

Sur le front de la parité professionnelle, les études récentes confirment la permanence de préjugés négatifs des employeurs concernant l’embauche et le parcours professionnel des femmes, avec des conséquences négatives sur l’emploi, l’avancement et les salaires. Dans ce contexte, il convient de souligner le vote de la loi relative à l’égalité salariale entre les femmes et les hommes. Dans la continuité des lois Roudy, elle a pour objectif de « définir et programmer les mesures permettant de supprimer les écarts de rémunération entre les hommes et les femmes avant le 31 décembre 2010 ». Elle pose une date limite - très proche - et définit des critères de négociation prenant en compte l’articulation entre la vie professionnelle et les responsabilités familiales. Elle est également très contraignante au sujet de la représentation équilibrée des hommes et des femmes aux instances délibératoires et juridictionnelles, dans un délai de 5 ans. Informer sur cette loi, revendiquer son application, préparer les élections prud’homales sont des actions prioritaires.

Les violences envers les femmes... toujours. Vivre dans la peur, à la maison, au travail, dans la cité, sur le chemin de la maison, être menacé, même sans subir, limite la liberté d’aller et de venir, de s’exprimer de beaucoup de femmes. Si les violences envers les femmes sont enfin reconnues institutionnellement, elles perdurent, dans tous les milieux socio-culturels, et les moyens pour les combattre restent dérisoires. Parmi les actions pour lutter contre les violences, un débat, le 6 avril à Lyon, avec Luc Frémiot, procureur de Douai, pour présenter les mesures prises par le Tribunal de Douai, en particulier l’éloignement immédiat du mari violent de la cellule familiale. Un relais, également, de la campagne internationale de la coalition contre la traite des femmes (catw) : « Acheter du sexe n’est pas un sport ». Faire prendre conscience de la violence que constitue l’acte sexuel marchand, dans un contexte de légalisation par un certain nombre de pays européens de « l’achat du corps d’un être humain » et du proxénétisme dont la puissance financière est énorme. Toujours les mêmes arguments pour soumettre les femmes : ça a toujours existé et ce serait pour les protéger !.

Le système prostitutionnel en France n’exploite pas physiquement et psychologiquement uniquement des femmes « importées ». La précarité, le discours banalisateur font que des femmes - et des hommes - acceptent, voire revendiquent, la mise sur le marché, la vente et l’achat, de leur corps. Une poursuite des actions pour que toutes les femmes en France aient les mêmes droits, indépendamment de leur origine ethnique ou de la religion de leur père ou mari est enfin essentielle : une lutte de tous les jours doit être menée contre les mariages forcés, de complaisance ou coutumiers, contre les accords bi-nationaux avec des pays qui ne reconnaissent pas aux femmes l’égalité des droits, et contre les mutilations sexuelles féminines... « Le rapport sur le refus de la mixité dans les services collectifs » souligne à ce titre l’existence
- encore - de tentatives de séparation, voire d’exclusion des filles des services collectifs. Le principe de mixité est contesté ou refusé essentiellement pour des motifs religieux, de nature fondamentaliste. L’opposition à la mixité est un signe de repli communautaire, revendiqué ou imposé. Elle doit être considérée comme le symptôme de problèmes plus fondamentaux. Et le texte de conclure sur la nécessité de lutter contre les pratiques qui favorisent la ségrégation. Les demandes de séparation entre hommes et femmes disparaissent si les institutions refusent de les satisfaire en rappelant les règles de neutralité républicaine et les principes constitutionnels de laïcité et d’égalité en droit hommes/femmes.

Sur le plan européen, la Commission des communautés européennes vient de rendre publique une feuille de route pour l’égalité entre les femmes et les hommes pour la période 2006-2010. Les combats pour que soient reconnus les droits des femmes à disposer de leur corps, à la maîtrise de leur désir d’enfant nécessitent une solidarité internationale, face à la pression des intégrismes religieux. Ils concernent les pays européens également. Les Irlandaises, Maltaises, Portugaises luttent pour le droit à l’interruption volontaire de grossesse, les Italiennes pour l’utilisation des techniques de procréation assistée, les Polonaises contre les régressions de leurs droits. Il est indispensable de soutenir les actions menées dans les autres pays du monde. Le soutien aux associations canadiennes qui luttaient contre les tribunaux religieux en Ontario a prouvé la force du partenariat pour faire reculer l’oppression machiste patriarcale et théocratique.

Michel Vianès est présidente de Regards de Femmes


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8 réactions à cet article    


  • Marsupilami (---.---.92.54) 8 mars 2006 16:14

    Oui, encore beaucoup à faire...

    Surtout dans les pays musulmans comme par exemple en Iran où les femmes continuent d’être lapidées. Quant aux musulmanes vivant en Ontario, elles ont échappé de peu à l’application de la charia dans ce pays démocratique qu’est le Canada. Stupéfiant, non ?


    • Nico (---.---.227.246) 8 mars 2006 16:29

      quelques stats franco-française qui nous rappellent notre retard > http://blpwebzine.blogs.com/nuesweb/ ... On aurait pourtant aimé être fier d’une parité devenue évidence. Mais qui reste à construire !


      • FDV (---.---.27.183) 8 mars 2006 19:54

        c’est bien connu, la poutre, c’est dans l’oeil du voisin. :)


        • Vincent Jarousseau (---.---.117.109) 8 mars 2006 23:12

          La grande utilité du 8 mars est de nous rappeler que nous avons le bonnet d’âne de l’égalité des sexes. L’observatoire des inégalités décrypte parfaitement les retards qui nous restent à combler en particulier en matière de salaires et d’emploi.

          http://vincent-jarousseau.blogspot.com/2006/03/hommes-femmes-lingalit-des-chances_08.html


          • Hélène (---.---.190.251) 9 mars 2006 09:00

            « Acheter du sexe n’est pas un sport » Merci pour cette article que je lis après le visionnage du film « Sex Traffic ». On a beau être au courant des choses, quand on les voit devant nos yeux c’est différent, c’est comme une vague de réalisme qui vous arrive en pleine figure, qui vous submerge et vous prive d’air pendant quelques minutes. Ces filles de l’Est reléguées au rang de marchandise, violées par leur « propriétaire » et vendues comme du bétail après examination du « produit », c’est à vomir ! Tout ce que vous annoncez dans votre article est un brin d’espoir, mais pourquoi faut-il se battre pour tout ça ? Qui a décidé de nous priver de nos droits, de nous reléguer au rang de « fais ce qu’on te dit et tais-toi surtout ! ». Je nous plainds de devoir évoluer dans ce monde fait par l’homme et pour l’homme dans tout ce qu’il a de plus négatif en lui. Et en même temps je ne me plainds pas de ma propre condition, car moi je peux écrire, donner mon opinion sur Agoravox et ailleurs. En tant que jeune femme née en France j’ai au moins un but dans la vie : faire valoir mes droits, les hurler haut et fort ! Je dénonce et dénoncerai toute ma vie toute forme de violence qu’elle soit morale, verbale, physique, ou je ne sais qu’elle autre qui sera inventée encore.


            • Yaarg (---.---.30.70) 9 mars 2006 16:59

              La journée de la femme sert à rappeler au monde la condition effroyable de la femme dans certains pays, les inégalité, l’injustice, l’esclavage, etc.

              C’est bien.

              mais la journée de la femme, c’est peu pour 365 jours que dure une année. On s’en souvient aujourd’hui et demain ?

              Le combat pour la justice (pas seulement pour les femmes mais aussi pour les enfants et tous ceux qui sont victimes d’une injustice, d’une inégalité injustifiée) devrait être un combat de tous les jours, de tous les instants.

              La journée de la femme, en conclusion, c’est une hypocrisie.


              • (---.---.8.68) 13 mars 2006 00:43

                Je suis tout à fait d’accord, célébrer une journée de la femme est pour moi une régression. à propos de l’éloignement du domicile conjugual du mari violent, j’ai sursauté...mais c’est la femme qui faut éloigner, protéger et reloger ailleurs où le mari violent ne saura pas où la retrouver ! éloigner le mari, c’est le tenter.


              • Hélène (---.---.141.127) 13 mars 2006 17:23

                Ce n’est pas une hypocrisie, c’est pour rappeler au Monde que les choses n’ont pas fini de bouger. C’est pour rappeler qu’ailleurs on lapide, on viole, on vend, etc. des femmes. Si vous regardez la télévision en ce moment, vous verrez qu’on a jamais autant parlé de ces problèmes et c’est très bien. Et pourquoi une femme violenter devrait-elle quitter son domicile, ce n’est pas elle la fautive alors pourquoi devrait-elle abandonner tout ce qu’elle a ?

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