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Accueil du site > Actualités > Citoyenneté > L’éducation c’est autrement avec les Colibris

L’éducation c’est autrement avec les Colibris

Les Colibris travaillent sur l'éducation et ça déplace les foules.

« Espoir, partage, lumière, jeunesse, union, étincelle, amitié, abondance, beauté, aïkido, écoute, courage, équité, liberté, tolérance, calme, amour, respect, promesse, vivre, humanité, bienveillance, avenir, chaos, altruisme, puissance, action, nature, solidarité, harmonie, relié, combat, responsabilité, empathie… », elles se lèvent les mains, et ils fusent les mots d’un amphi à l’autre à Sup Agro Montpellier, le 5 décembre en soirée. Ce sont les Colibris qui ont mis la situation en place. Nous sommes 660 réunis en 3 amphis et cette séquence de 5 minutes, risquée pour les animateurs, on s’entendait mais on ne se voyait pas d’un amphi à l’autre, a bien marché. Ceux de Florac qui suivaient en vidéo conférence, ne pouvaient pas jouer. Ce moment d’expression collective est venu après les prises de parole des deux premiers intervenants, la consigne était de dire un mot qu’on avait envie de faire entendre ou quelque chose dans le genre. Timide au début, c’est venu assez vite et le résultat a visiblement satisfait tout le monde et à la fin il y avait encore des doigts levés.

Aux premiers instants on était invité à être vivant

Le sujet c’était l’éducation et la conférence était annoncée « participative ». Moi, comme Pierre Rabhi je l’ai déjà vu pas mal de fois, c’est surtout ce mot là « participative » qui m’a déplacé, j’aime bien participer. De ce point de vue impossible d’être déçu, la participation ça a été tout de suite après le bonjour bienvenu des organisateurs. On nous a invité à faire connaissance avec notre voisin. Dans mon secteur on avait déjà commencé, salué un copain d’Ecole et Nature dans le rang à coté, déjà parlé avec ma voisine de derrière, camarade du cercle de silence, et échangé quelques mots avec mon voisin d’à côté, parfait inconnu qui se révèle être un physicien qui changerait bien de voie. Qu’il est bon à vivre ce brouhaha, déjà aux premiers instants on était invité à être vivant, on devenait groupe. Le premier intervenant c’est Pierre Rabhi, c’est lui surtout bien sûr qui déplace les foules et le reste s’organise autour de ça. Quand il a signé ses livres à l’entrée, la queue était longue.

Vers des invariants universels

Il a commencé son propos en disant que « nous ne sommes pas intelligents », « nous n’avons pas perçu l’essentiel », il ajoute « la loi préétablie repose sur la frénésie ». Il parle des 1300 milliardaires en dollar : « club des supers nantis face au club des affamés ». « L’être humain s’est autoproclamé le meilleur », « l’éducation vise à adapter l’être humain au système ». On était sur une fausse idée que « le progrès allait libérer l’être humain ». « L’éducation est destinée à conformer l’être humain à une logique urbaine éloignée des lois fondamentales de la vie, résultat : nous détruisons la terre ». Pierre Rabhi aspire à une éducation qui permette finalement à l’humanité d’être unifiée. Dans son propos il insistera beaucoup sur la « fragmentation » résultat de cultures différentes qui reposent sur les valeurs antagonistes. Il aspire à un retour vers des invariants qui sont universels. Applaudissements nourris. Même si l’écoute est là, attentive, Pierre Rabhi s’arrête, les deux premiers orateurs ont 25 minutes, c’est la règle du jeu posée au départ et apparemment ici on fait ce qu’on dit !

Dans la mesure où les parents respirent…

Violette Poulin est psychologue et psychothérapeute, elle a construit son propos sur l’observation de ses patients et les témoignages entendus sur ce que vivent les enfants en particulier dans l’univers scolaire. Enfants agités, violents, programmes trop lourds, étouffement et manque de reconnaissance. Pareil du côté du cabinet de consultation avec des patients qui parlent d’un climat étouffant, du stress, des injustices, des reproches du partenaire. Etouffement par ennui, routine… « Plus de temps pour moi », « mes parents et mes beaux parents qui s’occupent de ma vie », lourdeur des repas de famille… et aussi les célibataires qui étouffent d’être seuls, vont « voir les copains ». Elle fait le lien entre ce qu’on vit et qu’elle décrit et notre éducation. Et la première question à se poser c’est : « est-ce que je sais respirer ? », « est-ce qu’on ne m’aurait appris à vivre en apnée ? ». Elle dit comme c’est simple l’éducation : « nous sommes éduqués à ce que nous voyons faire », « dans la mesure où les parents respirent, les enfants vont respirer ». « Si nous asphyxions nous allons nous éteindre et devenir des éteignoirs ». L’éducation c’est « la transmission du souffle » et ce qui nous empêche de respirer c’est : « le pouvoir que je donne à l’autre sur ma vie », c’est « le pouvoir personnel que je refuse de prendre sur ma propre vie », « arrêter d’attendre après les autres », « j’ai à me charger de moi ». Ce qui me permet de respirer c’est de « reprendre le pouvoir sur mon devenir », « me comprendre… ce que je sens… aller à la rencontre de moi-même », « redonner à l’autre ce que je lui ai pris ; ses choix, son bonheur, sa vie, besoin d’une éducation au territoire ». Pour conclure elle prône « une éducation à la liberté et à la responsabilité », éducation au désir, à l’intimité, au partage ; « nous ne savons pas être proche ». On a à sortir de ces rapports de pouvoir et de domination et à rentrer dans des rapports de vérité et « être nous-même ». Là aussi 25 minutes et applaudissements nourris, la soirée était bien partie.

Si vous voulez être dans l’action…

Donc comme annoncé plus haut, après, la salle a dit ses mots, puis trois nouveaux intervenants sont sortis des premiers rangs pour compléter le panel. Florence Mousset est directrice de l’Ecolothèque de Montpellier lieu où « l’on fait profiter les enfants de la nature ». Elle insistera sur l’accueil, ce qui va permettre à ceux qui viennent « d’être bien ». Un bonjour, un prénom… café proposé… quelques mots échangés… « On a tous besoin d’être rassurés ». Jean-Pierre Bars lui est professeur d’une école Steiner de la région. Il raconte comme il avait enfant été touché par la parole de sa maitresse lisant un poème, il avait alors décidé de faire ce métier. « Je veux être langage, je veux être la parole qui touche ». Il donne envie d’école dans ses propos nous invite à consulter le site Ecoles nouvelles. Alex Graci est lui formateur comédien social, pour lui la grande rencontre c’est Augusto Boal. Il est tombé là-dessus et s’est dit : « c’est exactement ce qu’il me faut ». Il dit que « pour créer quelque chose il faut d’abord croire en soi », « affirmation de soi », il insiste aussi sur la « valorisation ». Il pratique aujourd’hui le théâtre forum. « Remplissez votre cœur, pas que votre cerveau » ça veut dire « faire une place à l’intuition ». « Si vous voulez être dans l’action croyez en vous tout simplement ». Eux, ces trois là, il fallait qu’ils soient particulièrement bons, ils n’avaient que 5 minutes.

De plus en plus les portes s’ouvrent 

Après c’était parole à la salle par vague de 3 questions, une posée par amphi. On se demande si on peut être optimistes, on se demande de ce qu’il en est de la liberté quand on voit le coût des écoles libres, on se questionne sur ce que sont « les grandes lois de la vie ». Une jeune femme dit : « il reste pas mal d’élèves sous oppression dans l’Education nationale, qu’est-ce qu’on fait de ça ? », une autre (oui il y a beaucoup de femmes, sans doute plus de 60%) quel rôle pourrait jouer la société civile pour provoquer des initiatives de réforme dans l’Education nationale, un autre : « est-ce que l’humanité n’en serait qu’à son adolescence ? ». Les réponses c’est oui à l’optimisme, « quand on est ensemble on est plus fort », « ça passe par des sourires », « le réseau apporte l’espoir et l’optimisme, on n’est pas seul », « les enfants nous indiquent la voie à suivre ». A propos de l’Education nationale Alex dira : « j’ai l’impression que de plus en plus les portes s’ouvrent ».

Oui c’était participatif

Après deux heures et quart de travail collectif, c’est Pierre Rabhi qui apporte en à peine quinze minutes, les mots de conclusion : « l’avenir sera ce que nous voulons, nous, qu’il soit », « changeons de logique aujourd’hui l’asservissement est terrible », « nous avons beaucoup d’aptitudes et peu de clarté », « on a dévoyé l’agriculture, on a créé un monde hors-sol », « l’écologie est à la dérive » (il parlait du mouvement politique pour l’écologie. « Je suis la nature… une expression de la nature, la même énergie qui a fabriqué l’éléphant ou la souris a fait Pierre Rabhi », « il est temps que nous comprenions que la nature c’est nous ». Voilà c’est sur ces mots que la soirée s’est conclue. Quel beau travail, que dire, c’est nickel. L’entrée c’était 6 euros, bon prix, certains avaient fait une heure et demi de route, ils repartaient satisfaits. Lise Gallois coorganisatrice de la soirée dira que 90% des revenus des Colibris ce sont des petits donateurs qui donnent 4 ou 5 euros par mois. Eh bien espérons qu’ils continuent et qu’ils deviennent nombreux. Au total si on compte tous ceux qui ont dit leur mot, si on compte ceux qui ont papoté avec leurs voisins voisines, ceux qui ont posé des questions, alors on dit : « oui c’était participatif ». Nous avons été nombreux à ouvrir la bouche, à nous exprimer. Et à la fin, ils ont osé, avant qu’on s’en aille tous, nous demander de rester deux minutes en silence. Alors que beaucoup déjà étaient levés, tout c’est arrêté comme par magie, un beau moment de plus, on participait tous ensemble du même exploit, faire silence à plusieurs centaines !

Méthode

Cette soirée ça a été une suite de propos intelligents et émancipateurs et ça fait du bien. Pour atteindre ce respect du rythme, cette maîtrise du timing, il y a de vrais savoirs faire déployés, ils sont utiles à tous. Pierre Rabhi a eu ça de bien aussi qu’il a dit à plusieurs reprises qu’on n’était pas obligé de penser comme lui, il a même évoqué qu’on pourrait avoir envie de lui envoyer des « tomates ». Un beau vent de liberté pouvait souffler sur l’assemblée. Et pourtant il y avait bien un pouvoir qui s’exprimait chez les Colibris ce soir là, ce maître du jeu, ce n’était pas une personne, d’ailleurs ce n’était pas un « maître » mais une maîtresse, et cette maîtresse c’est la méthode. La méthode nous fait faire des prouesses et elle reste une voie à explorer elle aussi, je suis certain qu’on aurait pu faire encore plus participatif, aucun doute ça viendra tant on en a assez qu’on parle à notre place, et tant il est urgent d’expérimenter. Le corps social trouve confiance par la méthode, c’était palpable ce 5 décembre à Montpellier et ça fait du bien, alors on dit quoi ?… Ben on dit merci les Colibris ! Et surtout continuez !

(A suivre)

RG


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2 réactions à cet article    


  • Marc Chinal Marc Chinal 9 décembre 2013 12:29

    Continuez à nous donner ces infos ! smiley
    .
    Et n’oubliez pas, même Pierre Rabhi a compris la suite.


    • Croa Croa 10 décembre 2013 00:09

      Pas sûr ou en tout cas pas complètement. Rabhi et ses colibris ne gênent pas l’oligarchie, globalement les destructions continuent et elles iront à leur terme. smiley 

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