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L’euthanasie des départements

Le rapport Balladur a refusé de s’engager dur la voie de la suppression des départements. Disons plutôt qu’il a refusé d’annoncer qu’il s’y engageait tout en orchestrant leur disparition.

Le rapport Balladur a refusé de s’engager dur la voie de la suppression des départements. Disons plutôt qu’il a refusé d’annoncer qu’il s’y engageait tout en orchestrant leur disparition.

S’il avait aboli les départements il se serait heurté à l’opposition de tous ceux qui, sous prétexte qu’ils ont été créés en 1790, y voient l’âme même de la République. Il se serait surtout attiré la fureur de tous ceux – et ils sont aussi nombreux que puissants – qui s’en sont fait une source quasiment inépuisable de postes et de prébendes.

A l’abolition franche et massive il a donc préféré l’extinction progressive, un peu comme ces républiques sud-américaine qui, craignant de trop léser les intérêts des propriétaires d’esclaves ont affranchit tous les enfants à naitre et laissé la nature accomplir son oeuvre.

En 2014, si Sarkozy suit les recommandations de son ancien patron, les conseillers régionaux et départementaux seront élus sur les mêmes listes, au scrutin proportionnel. Les cantons seront supprimés et remplacés par des circonscriptions plus grandes, et on peut l’espérer, d’une population un peu plus uniforme. Là où les choses se compliquent c’est que les deux groupes se chevaucheront. Une partie des conseillers départementaux seront aussi conseillers généraux, selon le système familier aux habitants de Paris, Lyon ou Marseille.

Il n’est pas besoin d’être prophète pour deviner que ceux qui ne seront que conseillers départementaux deviendront des élus de second rangs et que ce n’est pas parmi eux que se recruteront les présidents et vices-présidents. Rapidement les départements disparaitront de l’espace public comme de l’esprit de leurs habitants, se transformant en simples arrondissement régionaux - qui se souvient qu’il existe des arrondissement départementaux qui pourtant, à une époque, avait une assemblée propre ?

Le système aura, par ailleurs, l’avantage de faire disparaître quelques curiosités comme la présence d’un conseiller général lambertiste au coeur de l’Aude ou la survie d’un Parti Communiste qui n’a plus d’autre ambition que de préserver son appareil.

On s’étonne alors de la réaction quasi-unanime des présidents de régions – presque tous PS il est vrai – qui ont décrit la réforme comme une « cantonalisation » des régions et annoncé qu’à l’avenir on y discuterait surtout de salle des fêtes et de terrains de foot. Remarquons d’abord qu’en France comme ailleurs la politique est d’abord locale et que même s’ils sont élus à l’échelon régional, les conseillers régionaux sont tout à fait capable de faire avancer les intérêts de leur canton et de leur commune. Le coup d’éclat de Christian Troadec, conseiller régional breton et maire de Carhaix qui a quitté la majorité à acause d’une divergence de vue sur l’avenir de son hôpital en est peut-être un exemple extrême, mais c’est loin d’être le seul. Par ailleurs, ni la France ni ses départements ne sont des conglomérats de cantons ou de circonscriptions.

Si les présidents de région s’inquiètent c’est pour des raisons beaucoup plus simples. Il y a d’abord l’effet Cozan – qui pourrait d’ailleurs devenir l’effet Troadec – du nom de cet homme politique finistèrien dont la liste, purement locale, était théoriquement en position de faire basculer la majorité régionale. L’avantage de la proportionnelle c’est qu’elle donne aux chefs de parti régionaux le dernier mot sur la constitution des listes. Ils n’ont aucune envie de voir ce pouvoir contesté par telle ou telle personnalité locale ou par tel ou tel groupuscule qui se trouve être fortement implanté dans telle ou telle circonscription.

Le second problème c’est que s’il existe plusieurs listes le président de région ne sera plus la seule et unique tête d’affiche mais deviendra un primus inter pares. Son pouvoir en sera sérieusement réduit ... et personne n’aime voir son pouvoir se réduire.

Pour des présidents de régions comme Jean-Yves le Drian qui ont réussi à créer un véritable espace politique, ce ne sera, au pire, qu’une nuisance, mais on comprend que l’idée fasse frémir un Auxiette dont la région n’a aucune réalité concrète.


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5 réactions à cet article    


  • LE CHAT LE CHAT 5 mars 2009 11:04

    trop de trônes à distribuer aux petits caciques locaux , en période d’austérité budgétaire , il y a matière à alléger la facture pour le contribuable !


    • YMB 5 mars 2009 12:02

       Si les listes du scrutin avaient été semi-ouvertes (les électeurs choississent avec leur vote l’ordonnancement de la liste), ce système aurait été le parfait marche-pied vers la suppression des conseils généraux et une vraie simplification de la carte administrative française.


      • JL JL 5 mars 2009 12:02

        Je crois que les choses ne sont pas si évidentes : ce matin j’entendais à la radio un élu de collectivité locale qui disait qu’en rélaité, le vrai pouvoir est entre les mains des préfets. Et l’on sait que l’omni-président est en situation de faire et défaire les préfets. Entre le proincipe de plaisir et le principe de réalité, il lui faudra bien comme tout le monde, choisir un jour.


        • jakback jakback 5 mars 2009 12:10

          Il est urgent de supprimer des couches au mille-feuille, la crise chariant avec elle, ses auguementations du taux d’impôsition, boum le bouclier fiscal !
          Le surplus des rentrées fiscales devras servire au déficit budgétaire, pas a engraisser des potentats locaux.


          • La Luciole 6 mars 2009 09:12

            Il faut aussi souligner qu’une collectivité locale se présente sous deux aspects à ne pas confondre : son "âme" c’est ce qu’elle forme au niveau de la conscience collective de ses habitants qui fondent en elle et à titre privé, une identité commune. Cela repose sur l’individu.

            Alors que ce qu’il est question de réduire avec cette réforme c’est le coût "matériel" de sa gestion administrative par la règle de l’ économie d’échelle (à adapter au modernisme, des transports en particulier ou de l’informatique). Croire que cela supprimerait l’âme du département ou de la région c’est confondre décentralisation (politique) et gestion purement économique.

            Plutôt que d’en faire une question bassement politicienne, essayons simplement de supprimer les apparatchiks locaux et de réduire la facture du contribuable... smiley

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