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Accueil du site > Actualités > Citoyenneté > L’euthanasie en Italie : un débat entre archaïsmes

L’euthanasie en Italie : un débat entre archaïsmes

En Italie, le débat sur l’euthanasie a été, une fois de plus, obscurci par une confusion des mots. L’affaire d’Eluana Englaro concernant cette femme en état de coma végétatif depuis dix-sept ans, rappelle en tout point celle de Terri Schiavo qui, en 2005, avait défrayé la chronique aux Etats-Unis. Le mari de cette américaine également dans le coma depuis quinze ans avait obtenu du juge de l’Etat de Floride le droit d’arrêter l’alimentation artificielle pour permettre à son épouse de partir. À l’époque, le président George Bush dont on connaît la fougue militaire, avait quitté son ranch dans la nuit pour aller voter en catastrophe une loi soutenue par ses amis républicains, dans le but de s’opposer à cette décision judiciaire au nom du respect de la vie. Peine perdue, le juge fédéral donna raison à la famille. La volonté du Vatican de maintenir coûte que coûte l’alimentation artificielle à Eluana Englaro relève de la même position dogmatique. Peut-on parler du respect de la vie et de la nature lorsque l’état de cette femme, accidentée de la route en 1992, est le résultat d’une réanimation intensive ayant réussi à faire vivre le corps mais pas l’esprit, puis d’une alimentation par sonde qui maintient artificiellement les fonctionnements de son organisme ? Il y a quelques dizaines d’années, elle serait morte depuis longtemps. La volonté d’entretenir par un artifice médical un corps sans pensée, une fausse présence, correspond à un acharnement thérapeutique. Or, même en France, la loi pourtant floue et ambiguë sur l’euthanasie, reconnaît l’erreur qu’est l’acharnement thérapeutique. Dénoncé depuis 1995 dans le code de déontologie médicale, il est devenu une faute légale, condamnable depuis 2005. Lors des auditions de la commission parlementaire présidée par monsieur Leonetti, le droit à l’arrêt de l’alimentation artificielle fut reconnu, même par des autorités catholiques. Mais est-il étonnant qu’en une période où le Vatican réhabilite un évêque niant le massacre des juifs, le pape fasse preuve d’un tel aveuglement ?

D’autant que la proposition d’arrêter uniquement l’alimentation artificielle pour obtenir la mort est une attitude hautement discutable tant sur le plan médical que sur celui de la dignité humaine. Cette solution proposée en Italie pour Eluana Englaro répond-elle vraiment à la définition de l’euthanasie qui veut dire « mort sans souffrance » ? Est-on dans le cadre des lois sur la fin de vie telles qu’elles fonctionnent en Belgique et en Hollande ? Dans l’intention, oui, puisque l’objectif est de permettre à la personne de partir. Mais la comparaison s’arrête là, car la qualité humaine des moyens pour atteindre cet objectif n’est pas comparable. Ce qui est proposé à cette femme italienne se rapproche des ambiguïtés de la loi française qui estime naturelle une mort par suppression de l’alimentation et déshydratation. Même sous sédatifs et antalgiques cette mort programmée ne répond pas au respect de la personne, et fait fi de la souffrance de la famille. Les défenseurs de cette attitude prétendent contrôler les douleurs mais c’est pure spéculation. Personne ne connaît la réalité douloureuse d’un corps placé dans cette situation, et affirmer le contraire relève d’une volonté idéologique. Quant à la souffrance de la famille, elle est évidente, et chaque jour d’attente inutile est un jour de trop. D’autant que la durée de cette agonie est imprévisible, de quelques jours à plusieurs semaines. Une lenteur insoutenable pour le patient, la famille et l’équipe soignante. Quelle est donc la philosophie d’une société qui propose comme solution la transformation d’un corps en squelette déshydraté, perdant toute dignité, laissant à son entourage le souvenir pénible d’un corps martyrisé ? Et qu’on cesse de prétendre hypocritement que ce temps est nécessaire pour préparer la famille au travail du deuil. S’il faut voir souffrir l’être aimé pour faire son travail de deuil, alors le Vatican a raison, il faut réhabiliter l’acharnement thérapeutique et faire durer. Mais comme l’a dit le mari d’Eluana, ma femme est morte depuis longtemps, depuis dix-sept ans… Dix-sept ans de souffrance, pour cet homme, n’est-ce pas suffisant ? pourquoi en rajouter au dernier moment ?

Cette pratique de la suppression de l’alimentation associée à la déshydratation n’est pas seulement proposée pour les patients en état de coma végétatif, elle est préconisée dans la loi française actuelle sous le vocable du « laisser mourir » pour les malades en fin de vie, résistant aux thérapeutiques associant antalgiques et sédatifs. Elle est fermement soutenue par certains dogmatiques des soins palliatifs qui poussent ainsi cette technique jusqu’à l’acharnement. Comment peut-on approuver ces médecins défenseurs d’une attitude si inhumaine, et traiter d’assassins ceux qui comme en Hollande et en Belgique aident leur patient à partir en leur permettant de s’endormir doucement sous médicaments anesthésiques ?

Donner son avis sur sa propre fin de vie est la dernière des libertés. Quand on sait que 80% de la population réclame un changement de la loi (enquêtes Sofres de 2001 et 2006), on se rend compte du décalage existant entre l’opinion publique et les responsables politiques, religieux et médicaux.

Denis Labayle
Médecin à l’origine du manifeste des 2000 soignants ayant affirmé avoir aidé des malades à mourir. Auteur du livre Pitié pour les Hommes (Stock).


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12 réactions à cet article    


  • Jean-Pierre Llabrés Jean-Pierre Llabrés 23 février 2009 14:03

    à l’auteur

    Vous commencez votre article en dénonçant, à juste titre, une "confusion des mots".
    Dans ce cas, pourquoi écrire :
    "l’objectif est de permettre à la personne de partir".
    Appelez un chat, un chat et dites MOURIR au lieu de partir ! ! !
    Les euphémismes, pas plus que les approximations, ne font pas avancer le débat.


    • Yvance77 23 février 2009 15:57

      Bonjour,

      Le problème n° en Italie, pays dont je suis un frontalier, et le connais très bien, est relatif au poids de la religion avec sur son sol le Vatican. Et cette ligne à faire bouger, c’est encore en décennies qu’il faudra compter.

      Et faut pas espèrer d’aide avec son chef à la robe blanche, ainsi que ses théologiens dont la souffrance ici bas est la vertu cardinale, pour avancer d’une once vers une "mort sans douleur". Dans leur étroitesse d’esprit c’est direction de purgatoire, et y pas discute possible.

      La séparation de l’état (du législateur donc) et l’église est un leurre. L’homme est encore guidé par ces charlatans.

      A peluche


      • malqp 23 février 2009 18:00

        les dessous économiques de l’actuelle promotion de l’euthanasie
        http://www.dailymotion.com/video/x6s3n8_jc-martinez-et-le-rwanda-geriatriqu_news


        • Jean-Pierre Llabrés Jean-Pierre Llabrés 24 février 2009 08:58

          à malqp

          Logorrhée à vomir ! ! !


        • Paul PIERRA 23 février 2009 18:21
          Monsieur, nous sommes en parfait accord avec votre écrit et vous félicitons pour la finesse et la justesse de votre analyse. Notre fils, Hervé Pierra, est décédé suite à l’application de la loi Léonetti après 8 ans 1/2 de coma végétatif après une tentative de suicide par pendaison. Notre requête fut entendue après 14 mois de lutte avec le corps médical et l’appui des plus hautes instances médicales et politiques. Notre enfant était prisonnier de son corps qui se dégradait à tel point que la médecine ne pouvait pratiquement plus le maintenir dans des conditions décentes. Il était tout recroquevillé et ses seules manifestations de vie étaient de très violentes et permanentes expectorations accompagnées de régurgitations.
          Notre fils est mort en 6 jours d’agonie atroce, secoué par de violents et inhumains troubles hydro-électrolytiques. Il n’a pas été sédaté du tout, les médecins craignaient d’être poursuivis par la justice si notre enfant mourrait trop tôt. Ces médecins ont été unanimement condamnés par leurs pairs. Nous avons été auditionnés le 28 mai par la mission d’enquête parlementaire sur l’évaluation de la loi Léonetti.
          Nous tenons cependant, à apporter un éclairage particulier sur ces morbides délais d’agonie. Beaucoup de témoignages nous parviennent faisant état d’agonies de 10 à 15 jours pour la survenue de la mort des personnes en état végétatif chronique. Ce prétendu temps du deuil, préconisé par le docteur Régis Aubry s’avère être, avec le recul, le temps de l’horreur et du traumatisme. La frontière entre le licite (laisser mourir) et l’illicite (faire mourir) est si ténue que les médecins, par peur de poursuites judiciaires « font durer » cette ultime et atroce dernière étape de vie, sous les yeux effarés des familles.
          Nous vous remercions, Monsieur, pour votre investissement guidé par un flagrant souci d’humanisme et de compassion. 

           

           

          Monsieur, nous sommes en parfait accord avec votre écrit et vous félicitons pour la finesse et la justesse de votre analyse. Notre fils, Hervé Pierra, est décédé suite à l’application de la loi Léonetti après 8 ans 1/2 de coma végétatif après une tentative de suicide par pendaison. Notre requête fut entendue après 14 mois de lutte avec le corps médical et l’appui des plus hautes instances médicales et politiques. Notre enfant était prisonnier de son corps qui se dégradait à tel point que la médecine ne pouvait pratiquement plus le maintenir dans des conditions décentes. Il était tout recroquevillé et ses seules manifestations de vie étaient de très violentes et permanentes expectorations accompagnées de régurgitations. 
          Notre fils est mort en 6 jours d’agonie atroce, secoué par de violents et inhumains troubles hydro-électrolytiques. Il n’a pas été sédaté du tout, les médecins craignaient d’être poursuivis par la justice si notre enfant mourrait trop tôt. Ces médecins ont été unanimement condamnés par leurs pairs. Nous avons été auditionnés le 28 mai par la mission d’enquête parlementaire sur l’évaluation de la loi Léonetti.
          Nous tenons cependant, à apporter un éclairage particulier sur ces morbides délais d’agonie. Beaucoup de témoignages nous parviennent faisant état d’agonies de 10 à 15 jours pour la survenue de la mort des personnes en état végétatif chronique. Ce prétendu temps du deuil, préconisé par le docteur Régis Aubry s’avère être, avec le recul, le temps de l’horreur et du traumatisme. La frontière entre le licite (laisser mourir) et l’illicite (faire mourir) est si ténue que les médecins, par peur de poursuites judiciaires « font durer » cette ultime et atroce dernière étape de vie, sous les yeux effarés des familles.
          Nous vous remercions, Monsieur, pour votre investissement guidé par un flagrant souci d’humanisme et de compassion. 
          Très cordialement, Paul et Danièle Pierra.

          • Jean-Pierre Llabrés Jean-Pierre Llabrés 24 février 2009 08:38

            à Paul Pierra

            "Nous tenons cependant, à apporter un éclairage particulier sur ces morbides délais d’agonie. Beaucoup de témoignages nous parviennent faisant état d’agonies de 10 à 15 jours pour la survenue de la mort des personnes en état végétatif chronique. Ce prétendu temps du deuil, préconisé par le docteur Régis Aubry s’avère être, avec le recul, le temps de l’horreur et du traumatisme".

            Et comment ce docteur Régis Aubry s’accommode-t-il de ce "temps de deuil" dans le cas de morts soudaines (infarctus, ruptures d’anévrismes, etc. ) ?


          • claude claude 24 février 2009 17:45

            @ paul pierra,

            les mots, pour vous exprimer mon émotion à la lecture de votre témoignage, me semblent bien dérisoires

            je remercie les personnes qui, comme le dr labayle, ont le courage d’assister les malades en phase terminale et leurs familles. en effet, grâce à ces femmes et hommes de coeur, nos parents et amis peuvent partir (pour ceux qui préfèrent, mourir) dignement, calmement, presque imperceptiblement dans un souffle ...

            grâce à ces soignants, médecins, infirmières, maman et ma belle-soeur, ont pu s’éteindre, entourées par la famille et les amis, dans un climat serein.

            le deuil peut alors commencer, parce que la dernière image que l’on emporte avec soi, c’est un visage calme et reposé, avec un léger sourire ( cela m’a frappée les les fois) et non plus crispé par la douleur de la personne que l’on aime.

            très cordialement, claude


          • Paul PIERRA 23 février 2009 18:52
            Lettre ouverte de Madame Pierra à Monsieur le député Jean Léonetti :
            En 2008, mon mari et moi-même avons témoigné du drame de notre enfant Hervé Pierra. J’ai raconté les conditions dans lesquelles notre fils est demeuré pendant plus de huit années en situation de coma végétatif, j’ai décrit la cruelle dégradation progressive de son état.
            En avril 2005, lorsque votre loi a vu le jour, nous avons demandé son application. Celle-ci stipulait que le corps médical devait procéder à l’ablation de la sonde gastrique qui maintenait artificiellement en vie notre fils. Dix huit mois, beaucoup d’embûches, de tentatives de dissuasions et de souffrances plus tard, les médecins de l’hôpital de Saumur, soumis à diverses pressions juridiques, politiques, médicales ont fini par accepter d’appliquer la loi. Hervé a mis six jours à mourir, dans des convulsions insoutenables, sous nos yeux effarés. Le protocole médical ne prévoyait aucune sédation, dans la mesure où il était prétendu qu’Hervé ne pouvait pas souffrir, ce qui, nous le savons aujourd’hui, n’est nullement certain. Deux écrits récents de l’éminent spécialiste en soins palliatifs, le docteur Régis Aubry, dans une revue médicale concernant les états végétatifs chroniques faisaient état que : « … l’utilisation de sédatif n’est pas justifiée… » ; et que : « … nous ne pouvons pas exclure une perception basique de la douleur… ». Je reste perplexe à la lecture de ce paradoxe !
            Vous avez eu la gentillesse de nous auditionner, au printemps dernier, dans le cadre de la mission d’enquête parlementaire mise en place pour évaluer votre loi. Vous nous aviez dit : « si Hervé était parti en vingt quatre heures, je suis persuadé que vous ne seriez pas là ». Nous vous avons répondu : « probablement pas ». Que doit-on penser, Monsieur Léonetti, de l’affirmation du docteur Régis Aubry suivant laquelle le décès survient en moyenne entre huit et quinze jours après l’arrêt de la nutrition et de l’hydratation ? Les médecins auditionnés ont condamné l’attitude de leurs confrères de Saumur. Unanimes, ils ont tous déclaré que l’absence de sédation constituait une faute médicale et qu’en aucun cas votre loi n’était en cause puisque notre fils n’avait bénéficié d’aucun accompagnement.
            Oui, mais voilà, l’histoire semble se répéter : ces derniers mois, nous avons suivi, avec vous, Monsieur le député, pas à pas, le calvaire de la famille de Patrick K, lequel se trouvait en état végétatif pauci relationnel depuis quatre ans et demi à la suite d’un accident de moto. Chantal, son épouse, a elle aussi, demandé au médecin en charge de son mari, le docteur P, d’appliquer la loi du « laisser mourir ». Elle a dû surmonter les mêmes obstacles que nous, et ce n’est qu’au bout de quatorze mois, après votre intervention, que sa requête a fini par être entendue. Comme cela avait été le cas pour Hervé, Patrick K a cessé d’être alimenté artificiellement. Pour éviter les convulsions dont avait été victime notre fils, une sédation « adaptée » a été mise en place sur les conseils du docteur Régis Aubry. Patrick K a mis plus de onze jours à mourir. Ceci prouve une chose : personne ne meurt en vingt quatre heures par manque d’alimentation !
            Cette agonie interminable fut un cauchemar pour la famille de Patrick K et peut-être ce temps fut-il également pour lui, celui d’une grande souffrance. Le onzième jour, la situation devenant d’heure en heure plus intolérable, décision fut prise d’augmenter fortement les doses de sédatif. Le docteur Aubry annonça cette décision à Madame K en ces termes :
            « Chère Madame K, j’ai eu longuement au téléphone le docteur P hier soir.
            La visée de l’accompagnement que vous réalisez depuis 11 jours est une certaine sérénité pour pouvoir faciliter l’investissement dans votre avenir et accepter cette mort comme l’issue naturelle de la vie. Il me semble que grosso modo, jusqu’à ce jour, avec une sédation adaptée, le calme a facilité cette visée. Aujourd’hui, votre époux présente les signes d’une agonie. Cela peut être une image choquante et entrer en contradiction avec la visée ci-dessus citée, en particulier pour votre fils. Le Dr. P, au terme de notre conversation a décidé d’augmenter les traitements à visée antalgique et sédative dans un double objectif : éviter tout doute d’inconfort pour votre époux et éviter de rajouter de la souffrance à la souffrance des proches ». En d’autres termes, au bout de onze jours, les docteurs Aubry et P ont admis l’idée de pratiquer une sédation « active » dans le but d’accélérer la fin de vie de Monsieur K.  
            Je vous livre ici, Monsieur Léonetti, mes interrogations et mes réflexions :
            Vous teniez à ce que la famille K ne médiatise pas son cas pour ne pas perturber la sérénité des débats. Avez-vous cependant porté à la connaissance des trois autres parlementaires participant à votre mission d’évaluation, les éléments d’information que vous possédiez concernant ce cas ? Ne pensez-vous pas, que cela aurait pu alimenter leur réflexion ?
            La loi qui porte votre nom constitue une avancée incontestable. En l’état, elle demeure cependant formidablement imprécise. Vous n’avez pas ainsi souhaité préciser ce qu’il convenait d’entendre par « sédation terminale ». Pouvez-vous exclure que cette frontière si ténue entre le licite (laisser mourir une personne après une agonie prolongée, d’une durée de six à douze jours, voire plus) et l’illicite (autoriser un « acte d’endormissement » qui permette la survenue de la mort en quelques heures, comme vous nous l’aviez laissé penser), n’engendre d’autres drames ? Par ailleurs, que penser de l’arbitraire né de la manière dont les médecins interprètent, chacun à leur façon, votre loi ? Un membre de la famille de Patrick K, lors d’une réunion dans votre département, vous a interpellé sur l’agonie tragique de celui-ci ; vous lui avez répondu que Patrick K et son épouse « n’avaient pas eu de chance ». Il y aurait d’une part, les personnes qui « auraient de la chance », en décédant dans les vingt quatre heures suivant l’arrêt de tout traitement et, d’autre part, celles qui « n’auraient pas de chance » et qui souffriraient beaucoup plus longtemps comme en attestent les bouleversants témoignages qui nous parviennent. Il y aurait d’une part, des familles sereines, apaisées, d’autre part, celles qui seraient traumatisées, anéanties. Est-ce juste ?
            Vous prônez, Monsieur Léonetti, la culture du doute, mais peut-on douter de tout ? Vous semblez au moins avoir une certitude, celle des vertus du doute. N’est-ce pas pervertir ces vertus que d’empêcher l’instauration d’une loi claire qui encadrerait les pratiques relatives à nos derniers moments de vie ?
            Nous faisons partie des 86 % de français qui ne trouvent aucun écho à leur revendication en faveur d’une « aide active à mourir » et non d’un « laisser mourir » pour les personnes en état végétatif chronique irréversible, et celles qui, en phase terminale de maladies incurables, connaissent des souffrances réfractaires. Le « petit peuple », semble n’avoir pas le droit de penser, ou, s’il pense, il pense mal ! Nos réflexions seraient le fruit de simples réactions nées sous le coup de l’émotion, liées à des images chocs (celles de Chantal Sébire) ou à des témoignages chocs (comme celui Marie Humbert ou le notre) relayés par les médias qui ne se soucieraient que de leur audimat. Nous serions manipulés, instrumentalisés…. Non ! Nos réflexions ne sont pas de simples réactions épidermiques, nous aussi sommes capables de jugement, nous aussi savons faire preuve de bon sens. Lorsque cela vous convient, ne faites-vous pas d’ailleurs souvent référence au « bon sens populaire » ? Voudrait-on dénier à 86 % de la population française, la capacité de penser sur un sujet à propos duquel chacun dispose d’une capacité de réflexion et d’expériences tout à fait personnelles ? Je suis choquée de constater que certains s’arrogent le droit de penser à ma place. Ainsi, le temps de l’agonie peut sans doute être un temps nécessaire pour entamer le processus de deuil, mais, à la condition qu’il ne se transforme pas en un temps d’horreur ! Dans son rapport concernant Hervé, le docteur Aubry écrivait : « si le temps entre une décision d’arrêt des traitements alimentaires et le décès pouvait apparaître très long à priori, il s’avère être un temps important pour l’accompagnement : c’est le temps du détachement ». Le dernier message de Chantal K évoquant l’aspect physique de son mari, au bout de onze jours d’agonie, grisâtre et cyanosé qui parvenait à prendre trois ou quatre inspirations toutes les vingt cinq secondes, me paraît en parfait décalage avec la prétendue sérénité ci-dessus évoquée. Me concernant, le docteur Aubry ajoutait : « Cette question du détachement physique est un point qui me semble important, en particulier pour Mme Pierra qui est très présente chaque jour auprès de son fils ». Cette phrase m’est insupportable. Comment quelqu’un peut-il penser à ma place que l’agonie de mon fils constituait une étape nécessaire pour que je puisse me détacher de lui, alors que, chaque jour, depuis huit ans et demi, je vivais à ses côtés cette séparation. Cette réflexion m’a dépossédée de ma dignité, de mon propre ressenti, de ma douleur qui atteste encore en moi de la vie de mon enfant adoré. De quel droit ? Qui peut prétendre savoir ce qui était bon pour moi ? Cette prétention née d’une pseudo supériorité intellectuelle ou morale a constitué une violence supplémentaire dont je ne me suis pas encore remise.
            Pour conclure, M. le député, je dirais que je suis profondément déçue et peinée des conclusions de la mission d’enquête parlementaire. Je pensais que grâce à votre action, la loi autoriserait un meilleur accompagnement de nos derniers jours sur cette terre d’épreuves.

            • Paul PIERRA 23 février 2009 18:57
              Ci-dessous la lettre de soutien que nous avons fait parvenir au père d’Eluana le 6 février.
              Lettre de soutien à Monsieur Beppino Englaro.
              Monsieur, nous vous adressons toute notre sympathie et vous assurons de notre soutien dans votre démarche pour libérer votre fille de la prison de son corps.
              Par amour pour Eluana, vous bravez avec dignité et détermination l’adversité. Ceci vous honore et donne la juste mesure de l’abnégation dont vous faites preuve à son égard. Nous avons traversé les mêmes épreuves que les vôtres et savons les souffrances infligées aux corps de nos enfants. Notre pays, la France, s’est dotée en avril 2005 d’une loi qui porte le nom de son auteur : « la loi Léonetti ». Celle-ci permet d’arrêter l’alimentation et l’hydratation dans des cas de coma végétatif irréversible ou en phase finale de maladies incurables à la demande réitérée des patients. La loi prévoit parallèlement un accompagnement palliatif en attendant la survenue de la mort. Nous avons demandé son application au cas notre fils Hervé, qui était dans un coma végétatif irréversible pendant 8 ans ½. Après 14 mois de combat pour vaincre les réticences des médecins notre requête a abouti. Notre fils est décédé au bout de 6 jours d’agonie atroce, sans aucune sédation, car les médecins ont eu peur qu’il meurt trop rapidement et craignaient des poursuites judiciaires. Ainsi, cette loi, constitue une avancée, mais porte en elle le germe de tel drame humain. En effet, l’euthanasie est interdite en France et la frontière entre le licite (laisser mourir) et l’illicite (faire mourir) est très ténue.
              Le coma végétatif irréversible n’est ni la vie, ni la mort, ni le repos du corps soumis au rétrécissement du squelette, aux escarres, aux suffocations et aux régurgitations permanentes. Cela ne peut être la volonté de Dieu, car Dieu est amour et, si sa volonté avait été respectée, nos enfants seraient morts dans la paix de l’âme depuis longtemps. Cette torture est due aux progrès de la technologie médicale non accompagnée de prise de conscience éthique, à l’intégrisme des 3 religions monothéistes et à l’aveuglement des donneurs de leçons.
              Nous vous sommes reconnaissants, Monsieur, de contribuer par votre pugnacité à instaurer le débat sur l’euthanasie dans votre pays et au-delà des frontières de l’Italie.
              Très cordialement, Paul et Danièle.

              • sonjaline 24 février 2009 09:20

                merci à denis labayle, merci à paul et danielle pierra de leurs témoignages
                pas grand chose à y ajouter sauf :
                question : à quoi sert une agonie qui se prolonge, comme celle de mon père, 98 ans, prolongée jusqu’à 8 jours, parce que j’ai rappelé aux médecins la loi leonetti, sinon, cette agonie est souvent prolongée jusqu’à 4 semaines dans cet hôpital ? manque de lits occupés ? sans l’hôpital, mon père serait mort en 48h maximum, est-il humain de prolonger agonie et souffrances agoniques (râle respiratoire, qui, s’il ne faisiat pas souffrir mon père das le coma, mais qu’en sait-on ?, faisait souffrir le martyre à sa femme 94 ans...pourquoi ? )
                n’est-il pas plus humain d’abréger cette agonie ? pour la personne en train de mourir et pour son entourage ? les soins palliatifs, dont on parle tant, alors qu’ils n’existent pratiquement pas, sont bien faits aussi pour entourer la famille ? pas pour lui faire subir un calvaire en regardant 8 jours celui qu’elle aime mourir à petit feu ? 


                • xray 24 février 2009 11:15

                   

                  Un malade hospitalisé, c’est du PIB. 

                  Vive la Croissance 
                  http://echofrance.vefblog.net/LA_CROISSANCE_1  


                  Multiplier la misère et les malades pour générer du PIB. 
                  Quand le PIB augmente, c’est de la croissance. La croissance, c’est le pays qui s’enrichit. Quand le pays s’enrichit, c’est de l’argent pour ceux qui en ont besoins. Va sans dire, de l’argent pour les riches. Pour être pauvre, on n’a pas besoin d’argent. 


                  Le remplissage des hôpitaux, La morale est sauve 
                  http://echofrance36.wordpress.com/2008/10/25/le-remplissage-des-hopitaux-la-morale-est-sauve/ 




                  • pmrb 24 février 2009 16:38

                    Madame Pierra, Monsieur Pierra,

                    Je ne trouve pas de mots pour exprimer la compassion que j’éprouve en voyant votre torture durer et perdurer.
                    Comme nous l’avons compris dans le rapport de la dernière mission Léonetti, le médecin est, reste, et restera seul investi du pouvoir décisionnaire devant une demande de mort. J’estime que tant de responsabilité s’accompagne d’une impérative obligation, celle de respecter la loi. Or le médecin qui a extubé votre fils n’a respecté ni le Code de Déontologie médicale, ni le Code de la Santé Publique en son article L1110-5 (entre autres) qui prescrivent de lutter contre la douleur. En suspendant les anticonvulsivants dont votre fils bénéficiait antérieurement, en ne le mettant pas sous sédation profonde, le médecin de votre fils a pris en connaisance de cause le risque de le faire souffrir inutilement.
                    Vous n’avez pas été encouragés à poursuivre en justice ledit médecin mais c’est une erreur. Rien ne pourra jamais constituer réparation ni pour vous ni pour votre fils, mais l’impunité générale, l’absence de toute poursuite, serven tous les jours d’appui aux mauvais médecins pour ne pas se soucier de la loi. Mr Léonetti a affirmé lors d’une interview réalisée par " Le Quotidien du Médecin" qu"’ils ne devaient pas avoir peur", et que "jamais, jamais, jamais un médecin n’a été poursuivi pour en avoir fait trop ou pas assez" en matière de soins en fin de vie. Vous avez compris ce qu’est "en faire trop". C’est administrer des antalgiques qui peuvent avoir pour effet secondaire d’abréger la vie (même article du CSP). Ne pas en faire assez, c’est ce qu’il faut reprocher au bourreau de votre fils. Comme vous avez dû le relever, Léonetti l’a lui même condamné à d’autres occasions. Il va de soi que la défense trouvera forcément des experts pour dire que les anticonvulsivants n’auraient rien changé à l’agonie de votre fils et pour affirmer avec l’assurance de ceux qui sont déjà passé par là qu’il ne souffrait pas. Mais même perdu, une procès sera utile car les médecins qui ne connaissent pas la loi l’auront découverte et ne pourront plus s’en moquer.
                    Je suis certain que je ne serai pas le seul à vous appuyer pour entamer une poursuite judiciaire, si comme je l’espère les faits ne sont pas frappés de forclusion.
                    Je n’avais jamais osé vous dire tout cela jusqu’à aujourd’hui de peur de faire obstacle à votre retour à la sérénité, mais vos derniers propos ici me persuadent que ce cheminement là n’a pas encore commencé.
                    Avec mes meilleurs sentiments.


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