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Accueil du site > Actualités > Citoyenneté > L’expérience de la gratuité

L’expérience de la gratuité

En poursuivant la réflexion sur la gratuité, on tombe inévitablement sur deux problèmes essentiels : le premier réside dans l’impossibilité de convaincre tout le monde d’agir en même temps, et le second dans le fait de l’organiser dès la base, sans recourir au système.

Si les difficultés posées par le premier point sont assez claires pour tout le monde, il faut s’attarder sur le second, et faire preuve de pragmatisme : c’est-à-dire reprendre les choses depuis la base.

Cette base, et c’est la une première difficulté déterminante, c’est le territoire. Le monde est ainsi quadrillé que nul endroit sur la terre n’est à « personne », et ce simple constat est un obstacle majeur à toute velléité d’indépendance. Car en réalité le pouvoir politique n’a pas poussé le libéralisme jusqu’au point de laisser construire sur son territoire national sans autorisation préalable, ce qui limite considérablement la création d’une installation indépendante par rapport à ce dernier. Cela signifie concrètement que la revendication d’un territoire à des fins autres que le capitalisme doit être le fait d’un groupe déjà organisé, et dont le projet est susceptible de recevoir l’approbation d’une vaste tranche de la population : il faut donc bien penser cette expérience.

Ensuite, une difficulté tout aussi importante est le choix de cette terre, ce qui suppose d’avoir bien réfléchi à ce que l’on veut en faire, et qui déterminera le niveau de dépendance auquel on est prêt à se soumettre… ou pas. Pour des raisons liées à notre conditionnement (qui veut nous empêcher de réfléchir autrement) on s’imagine souvent que, le but étant la gratuité totale, alors il faudrait soit se passer de l’eau courante, de l’électricité, et de bien d’autres choses encore, soit les payer. Mais un Etat, ou un de ses agents peut tout à fait être séduit par le projet, et prendre l’initiative de donner une terre…, ou au moins d’en céder l’usage. Car le principe étant la gratuité, il ne faut en aucun cas acheter quoi que ce soit. Tout doit être donné.

Après avoir déterminé l’endroit sur lequel on veut établir cette nouvelle société, le travail ne fait que commencer : comment se procurer les matériaux, les outils nécessaires à la construction des bâtiments, élever et cultiver, se chauffer, enfin tout le minimum vital pour vivre en autosuffisance. Si l’idée de commencer par une communauté restreinte dont le but est de faire « tache d’huile », il ne faut pas qu’elle soit trop nombreuse, mais pas non plus trop peu. Il faut qu’un minimum de compétences soient réunies, ainsi que les infrastructures leur permettant de se réaliser. Un appel au don pourrait satisfaire à cet objectif et pour cela être relayé assez facilement compte tenu du vaste mouvement alternatif actuel, pourquoi pas par le biais d’une association, s’il faut absolument un cadre légal (mais surtout pas un parti : le but n’étant pas de prendre le pouvoir, mais simplement de réaliser une expérience). La vague « écolo-alternative-décroissante », qui est à mon sens une bonne idée engluée dans ses contradictions capitalistes (elles participent au système économique), pourrait très bien ne pas être insensible à ce projet, une fois clairement exposé. Peut-être même certaines entreprises hautement capitalistes pourraient être séduites par une sorte de sponsoring publicitaire, chose qu’il faut tout de même éviter car nuisant à l’indépendance du projet : ce serait le don, ou rien. Qu’à aucun moment l’échange n’intervienne. Aucune obligation en retour, juste une contribution en nature pour montrer sa volonté de participer à cette expérience. Qu’elles se servent ensuite de cette image à des fins commerciales n’intéresse pas la communauté.

On pourrait penser que le problème de cette technique de la « tache d’huile » est qu’il faut repartir de zéro, et sacrifier une bonne partie de son confort habituel pour tout recommencer ; que quand bien même on voudrait le minimum technologique, il faudrait encore pouvoir acquérir sinon les produits eux-mêmes, du moins la théorie et les techniques nécessaires à de nouvelles conceptions, ou productions, et rien de tout cela n’est malheureusement gratuit. Mais là aussi le don est facile à obtenir, par le biais du bénévolat : en fonction des besoins de la communauté, celle-ci ferait des appels au « don de compétences », pour former gratuitement les participants à cette sorte de « phalanstère » qui voudraient acquérir un savoir, ou une technique. Ainsi pourrait grandir sans interférences avec le système l’idée de la possibilité de fonctionnement d’une telle communauté, et peut-être même créer de nouvelles méthodes, ou de nouveaux moyens de production.

Au niveau de l’énergie, de la pollution environnementale, on sait aujourd’hui comment rendre autonome une structure, sans nuire à l’environnement, et avec un minimum de déchets. On pourrait même relativement rapidement parvenir à une sorte d’autosuffisance alimentaire, ainsi qu’énergétique.
Reste toutefois le problème de nombreux aliments et accessoires qui manqueront nécessairement, mais dont l’absence peut être peu à peu résolue à mesure que la communauté s’agrandit, et multiplie ses ressources, ainsi que ses compétences. d’autant que cette “frugalité matérielle” peut aider à faire réfléchir en terme philosophique, à propos des besoins humains.

Un autre point épineux sur lequel il faut s’attarder encore est celui non plus du don et de la gratuité, mais celui de la communication. Car pour que la communauté s’agrandisse, il lui faut pouvoir communiquer pour rassembler, ce qui est loin d’être gagné d’avance. Là aussi on s’aperçoit vite que, comme avec la terre, le monde de la communication est soumis à autorisation gouvernementale : les routes, la télévision, internet, de nombreux canaux de diffusion ne sont pas librement accessibles, car aux mains de structures complexes et puissantes, dont les investissements et le pouvoir sont colossaux. Le fait d’accéder à ces derniers par des sortes de dérogation (qu’elles soit privées ou publiques) est difficilement envisageable, mais possible. On peut imaginer aussi que des solutions alternatives ou nouvelles soient créées à ce sujet, et peuvent même venir de l’extérieur. Les réseaux d’influence, les exceptions et autres « passe-droit » existent bien pour les plus riches, ils peuvent aussi servir aux plus pauvres ! De plus, internet offre de grandes possibilités de gratuité, tout du moins une fois qu’on y a accès.

Bien sûr, il est évident que de nombreux obstacles se dressent à mesure que l’on envisage la mise en place d’une telle expérience, mais en théorie rien ne s’oppose à sa faisabilité. Même en poussant plus loin le principe, et qu’il devenait susceptible de mettre en péril la position dominante du pouvoir, on peut quand même espérer le soutien de certains « ennemis idéologiques naturels » qui, en plus d’un soutien populaire, finiraient par croire réellement à une telle possibilité.

Si un jour une telle expérience venait à voir le jour (on a bien autorisé les phalanstères), la possibilité serait offerte à ceux qui le désirent de tenter une nouvelle manière de concevoir le monde, non plus à travers un échange, mais à travers un partage. Nous pourrions ainsi avoir un aperçu d’une vie différente, et quelques bribes de réponse à cette question, que je posais ailleurs : et si la gratuité, c’était possible ? L’imagination ne coûte rien, et le capitalisme ne serait pas immédiatement remis en cause. Ce serait juste une expérience, et si elle ne fonctionne pas, c’est qu’elle n’était pas la bonne. Nous y aurions appris quand même.

 

Caleb Irri

http://www.calebirri.unblog.fr


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10 réactions à cet article    


  • Impala Impala 27 avril 2010 23:55

    Et le potlatch t’en fais quoi mon ami ?


  • slipenfer 28 avril 2010 00:54

    l’expérience à déjà été tenté sur un plateau désertique en inde 1960
    des hommes du monde entier on participé a la construction de cette ville.
    reportage a analyser,critiquer et faire mieux , au boulot.
    Auroville la ville dont la terre a besoin.

    en 3 parties génial (le plan de la ville est trop bien)
    http://www.dailymotion.com/video/x7ya38_auroville-la-ville-dont-la-terre-a_travel



      • frédéric lyon 28 avril 2010 07:58

        Le premier problème que rencontre la « gratuité » est de savoir qui paye. Et le second problème consiste à décider si on le lui dit, ou pas !


        • Pierre HENRY 28 avril 2010 08:08

          qui paye et qui touche ?
          on comprendrait peut être mieux pourquoi la FRANCE est un eldorado pour les immigrés.
          Non seulement les « aides » sont un appel mais en plus ici on peut l’ouvrir . STOP


          • sleeping-zombie 28 avril 2010 09:43

            Salut,

            Je suis un grand amoureux de la gratuité, qu’entre-moi j’appelle « l’économie barbecue » (quiconque ayant déjà participé à un barbecue y verra que le modèle économique qui gère son déroulement est tout sauf capitaliste)

            Mais l’enclave-qui-fait-tache, j’y crois pas. Partir de rien, renoncer à l’eau courante pour recréer un système parallèle, y a que des intégristes pour vivre ça....
            Et c’est aussi ignorer une capacité non-officielle du capitalisme, mais hélas, vérifiable à tout moment de l’histoire : sa capacité à faire la guerre à tout autre système. Donc si tu veux pas que ta tâche d’huile se fasse mystérieusement incendier dès qu’elle atteint une certaine importance, il faudra la munir d’une armée capable de rivaliser avec ce qui se fera en face. Et là commencent les ennuis...


            • Mmarvinbear mmarvin 28 avril 2010 12:04

              La ou le bât blesse, c’est que dans la vie rien n’est gratuit. Si toi tu ne payes pas, alors c’est quelqu’un d’autre qui le fait, d’une façon ou d’une autre.

              De plus, les relations sont basées sur l’échange. Personne, même au nom de son idéologie, n’aime toujours donner sans rien recevoir en échange, que ce soit en argent ou en biens. Une telle utopie n’a aucune chance de marcher. Même Auroville n’a pas pu s’affranchir de l’argent.


              • slipenfer 30 avril 2010 20:37

                c’est que dans la vie rien n’est gratuit. vite dit MMarvin
                si tu donne un truc c’est gratuit CQFD

                http://www.recupe.net/recherche_dons.php
                http://www.objetgratuit.com/
                http://donnons.org/

                La vie en caleçon c’est moins con parole de slipen l’air
                l’enfer ’l’enfer de mes fesse, la Valhöll m’ attend au pays des occis.


              • Mmarvinbear mmarvin 7 mai 2010 12:19

                Le truc que tu donnes, tu ne l’as pas fait. Tu l’as acheté, non ?

                Donc celui qui reçoit ne paye rien, oui, mais toi tu l’as payé.


              • foufouille foufouille 7 mai 2010 12:55

                dans le monde reel, certains se remplirons les poches

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