L’Union européenne est née avec un déficit démocratique. Ce déficit a crû et embelli depuis. Bientôt, le Traité de Lisbonne entrera en vigueur malgré l’opposition de plusieurs pays européens, exprimée (France, Pays-Bas, Irlande) ou supposée (au moins Royaume-Uni).
Les optimistes peuvent penser que des réformes institutionnelles permettront de démocratiser le système, plus tard. Si l’on suit une intuition de l’économiste américain Dani Rodrik, on peut être beaucoup plus pessimiste : l’Union européenne ne peut pas être démocratisée.
Dani Rodrik est un professeur d’économie à Harvard, très orienté sur les problématiques de développement macroéconomique. J’avais commenté un de ses billets récent sur le poids de la mondialisation sur les systèmes sociaux.
Il lance sur son blog une idée intéressante.
On connaît le triangle d’incompatibilité de Mundell, selon lequel on ne peut pas avoir à la fois des changes fixes, la circulation des capitaux et une politique monétaire autonome.
Rodrik énonce l’idée suivante : on ne peut pas avoir à la fois la démocratie, la souveraineté nationale et accepter la mondialisation (global economic integration).
L’idée principale est que, par nature, les états réglementent et sont donc une contrainte à la mondialisation. Ils doivent normalement, pour satisfaire leurs obejctifs internes, se doter d’outils qui sont autant de particularismes gênants pour les échanges mondiaux.
Ce préalable posé, essayons de prendre chaque paire de conditions du triangle de Rodrik, pour voir pourquoi la troisième ne peut pas être satisfaite.

1. Si l’on veut maintenir la mondialisation (deep economic integration) et la démocratie, il faut alors un gouvernment mondial ou un partage mondial de souverainetés (global federalism). Impossible dit-il, l’exemple européen montre déjà qu’à petite échelle c’est très complexe (Un commentateur ajoute - pas moi, promis : "jusqu’à maintenant, toutes les formes de fédéralisme global (comme l’Union européenne) sont des institutions plutôt non démocratiques". Dans le texte : Up to now, all the forms of global federalism (such as the UE) are rather undemocratic institutions.)
2. Autre paire de départ possible : que l’état national ait comme seul objectif de s’ajuster à la mondialisation (Golden Straightjacket). Cela ne peut être compatible durablement avec la démocratie, comme le montre l’effondrement de l’Argentine, qui avait décidé d’aligner son taux de change sur le dollar dans les années 90, subordonnant tout autre objectif interne à celui-ci.
3. Troisième paire : on garde la démocratie et l’état nation, il faut alors accepter une moindre mondialisation (Bretton Woods compromise) et donc, par exemple, un contrôle des mouvements de capitaux.
Parvenus à ce point, résumons la situation européenne et les choix européens à la lumière du triangle de Rodrik :
l’Union européenne a fait le choix de la globalisation, c’est inscrit partout dans les traités européens. Le libre-échange est au tout premier rang des valeurs de l’Union, autant dans l’Union qu’avec les tiers ;
l’Union européenne essaie de se doter des éléments caractéristiques de la souveraineté (défense, politique étrangère, justice). Elle croit donc aux nations et se veut telle ;
Conclusion : l’Union européenne ne PEUT PAS ETRE UNE DEMOCRATIE. Elle est obligée de mettre tous les moyens qu’elle arrache progressivement à ses états-membres, au service de la réduction des frottements dans le système commercial international (minima sociaux etc...) C’est la situation que Rodrik appelle la camisole dorée (golden straightjacket).
Le pari des européens intelligents est que l’Europe peut imposer aux USA un partage de leur souveraineté. Mais ces européens intelligents sont généralement fonctionnaires et ne sont pas au chômage en attendant que la raison vienne au reste de la planète - car les USA n’ont pas l’air touchés par la grâce, Obama ou pas.
On note par ailleurs que dès lors qu’un compromis à la Bretton Woods prévaudrait mondialement, l’Union européenne devient inutile puisque tous les états nations ont leur place dans le système, quelle que soit leur taille.
Autrement dit : l’imbécilité des abandons de souveraineté à un cadre européen, tels que consentis par la France, l’Allemagne et autres pays qui ont été contraints d’accepter ce fonctionnement pour pouvoir toucher les subsides du plan Marshall, c’est que de tels abandons de souveraineté ne servent à rien s’ils ne s’inscrivent pas dans un cadre mondial régulé.
S’il s’agit de consentir des abandons de souveraineté pour le bénéfice du globalisme, c’est tout simplement renoncer à la démocratie, y compris à un niveau européen. La démocratie perdue au niveau national n’est pas retrouvée à l’échelon européen parce que le pari globalisateur l’empêche (question au fond de la salle : mais alors une Europe démocratique non libre-échangiste c’est possible ? Réponse : oui, mais l’Union européenne est un traité de libre échange agrémenté de fioritures, donc d’abord on le déchire et après on voit).

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Blogueur parisien et quadragénaire
Voir ses articles, sa fiche et ses statistiques@ l’auteur : sympas le billet sur l’impossible démocratie européenne... (...)
15/02 12:58 - nervyokoOn vous démontre que structurellement l’europe, par son caractére mondialisateur, (...)
12/02 09:42 - taktakBonjour. (@L’ AUTEUR ). Merci pour cet exellent article, qui est une pure vérité, (...)
12/02 02:34 - vinvinNe pas aller voter me pose un grave problème. Un bulletin, ce n’est pas grand chose en (...)
12/02 00:17 - Laurent_KVotre conclusion ne sert à rien.. . - parce que ne pas aller voter ne sert à rien non plus (...)
11/02 18:36 - bernard29C’est un résultat très intéressant, révélateur de l’impuissance à satisfaire toutes (...)
11/02 14:48 - Tzecoatl
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