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Accueil du site > Actualités > Citoyenneté > La déraison du plus fort

La déraison du plus fort

De la fable à la farce

Ni fraternité, ni solidarité.

La grande machine à broyer les consciences agit bien plus vite que nous le pensions. De partout les signes du délitement de notre société sont spectaculaires. Il n'est qu'à voir nos voisins, nos amis, nos proches circuler dans la rue et s'ignorer souverainement au seul profit d'une étrange petite lucarne, pour comprendre à quel point l'autre a été relégué, effacé, dissous dans l'univers virtuel qui règne en maître absolu.

Je sors d'une aventure qui me laisse un goût amer dans le cœur. J'ai vu des gens se prétendant héritiers des valeurs de la République, agir de manière totalement, radicalement, définitivement individualiste. Comment leur en vouloir quand c'est exactement ce à quoi aspirent les puissances qui façonnent nos manières de regarder la société ?

Si le mot « Fraternité » demeure gravé sur nos frontons, il a depuis belle lurette sombré dans les oubliettes. Tout est organisé pour briser le lien social, pour réduire à néant les réflexes de groupe, les comportements solidaires. Le libéralisme inhumain impose de ne considérer chaque individu que comme un consommateur unique. Tout autre conception sort du cadre.

Ainsi, nous déplorons la déliquescence des mouvements associatifs. Les bénévoles s'épuisent à cause d'un manque terrible de renouvellement des bonnes volontés et d'une indifférence abyssale des membres, devenus des consommateurs de prestations sans jamais rendre par des gestes désintéressés.

Désintéressé, voilà bien un gros mot. Quand l'argent est devenu le seul maître du monde, cet adjectif a perdu toute valeur. Agir sans retour, agir pour le seul bien collectif, se montrer généreux loin du dogme du profit est une aberration. Tout a un prix ou alors cela ne vaut rien. Paradoxalement, le gratuit s'impose dans bien des domaines afin d'assouvir toujours plus l'appétit de possession du plus grand nombre.

C'est dans ce mouvement paradoxal que l'exonération de l'impôt non seulement est contre-productive mais renforce cette conviction que tout est dû. La gratuité de l'école et de bien d'autres services la fait glisser dans un dangereux renversement des rôles. Ce qui n'était qu'une proposition, un possible offert devient un dû, une prestation qui ne suppose aucune contrepartie de la part du profiteur exigeant.

Prendre et ne jamais rien donner en échange. C'est la règle essentielle qui justifie l'ambiance délétère du moment. Cela se retrouve dans tous les domaines, à tous les étages. Personne n'échappe à cette rupture sociale qui place chacun de nous comme un être qui n'accepte jamais de perdre une liberté, un avantage au profit du groupe, au nom de l'intérêt de tous. Avec cette façon de penser la société comme un ensemble d'individus jaloux de leurs prérogatives, nous sombrons dans la loi de la jungle.

L'autre devient un ennemi mortel pourvu qu'il soit différent : creuset du racisme avec son aversion des prestations sociales, des aides aux démunis, du refus de l'imposition. Dans le même temps, ceux qui bénéficient des ces ultimes expressions de la solidarité se comportent eux-mêmes de telle manière qu'ils exigent sans jamais rendre, ce qui exaspèrent ceux qui ne veulent plus mettre la main au porte-monnaie.

Tout cela ne peut conduire qu'à la catastrophe. Il est plus que temps de repenser les principes qui régissent toute notre vie collective. Que l'incontournable principe des droits ne s'exprime jamais sans son corollaire des devoirs pour tous, sans aucune exception. Certains affirment que les plus démunis ne sont pas les plus privilégiés dans ce domaine. Ceux qui prétendent qu'ils réclament sans jamais rien donner refusent désormais de rendre à la collectivité une partie des privilèges qui sont les leurs.

Il y va de la survie de notre nation. Nous ne pouvons sombrer plus avant dans cette barbarie du quotidien qui transforme toutes nos activités en un combat sans pitié. Doubler dans la queue ou sur la route, bénéficier indument d'un avantage, refuser d'attendre l'autre, prendre plus que sa part, oublier de respecter une obligation : que tous ces comportements soient stigmatisés ! Il faut apprendre au contraire à payer sa part, si minime soit-elle, repousser le privilège, se mettre tous au même niveau … Il y a tant à faire pour sauver ce qui est en voie de perdition.

La fraternité n'est pas une valeur obsolète. Elle est l'essence de la vie collective. La laisser disparaître c'est accepter la fin de notre modèle. Ceux qui ont intérêt à un tel désastre ont oublié depuis bien longtemps, de se comporter comme des humains. Ne suivez pas le chemin que veulent vous faire prendre les loups et les monstres, repensez bien vite un nouveau contrat social !

Fraternellement vôtre.

 


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31 réactions à cet article    


  • colere48 colere48 16 juin 2014 09:56

    Fraternité, c’est à dire : concorde, camaraderie, entente, charité, harmonie, communion, sympathie, union, solidarité, amitié, intelligence....

    « Rayer les mentions inutiles » tel semble avoir été le but du lavage de cerveau que nous avons subit et que nous subissons !
    Il nous faut reconquérir toutes ces valeurs, reste...
    L’intelligence ! c’est pas dans la poche smiley


    • C'est Nabum C’est Nabum 16 juin 2014 11:56

      colere48


      NOus essayons de constituer des poches de réflexion pour maintenir encore un tant soi peu d’intelligence.
      Il est vrai que nous avons souvent tendance à précher dans un désert fait de stupidité et d’arrogance. Le fric et la bêtise rendent les gens particulièrement méchants.

    • CASS. CASS. 16 juin 2014 13:30

      le seul moyen étant d’éradiquer l’empire sionistes ( s) les mensonges la tromperie l’imposture et l’escroquerie. ici faire revivre Alésia et le sanskrit la flamme du respect du partage éradiquer l’impérialisme colonialiste SIONISTE (s) des barbares usuriers associés.


    • C'est Nabum C’est Nabum 16 juin 2014 16:36

      CASS.


      Comment écrire de telleS choses ?

      La barbarie n’a donc pas suffit pour qu’il faille encore remuer les remugles de l’histoire ?
      Je vous plains

    • Yurf_coco Yurf_coco 16 juin 2014 12:12

      Je suis bien d’accord avec l’article. Parfois, de voir les français tous entre-déchirer, se dénoncer, se juger... est juste déprimant.


      J’ajouterai que la politique d’aujourd’hui basé sur la désinformation et le clivage accentue de manière exponentiel cette fissure du lien social. Les médias prennent pleinement parti de ce mécanisme, car il faut vendre du papier ! Parfois ils créent presque eux même des conflits pour les vendre.

      Et le comble de comble, c’est de réduire les personnes qui encore de nos jours agissent par pur solidarité au terme de « bien-pensance », juste insupportable.

      En conclusion, l’article fait du bien et pourra peut être motiver les troupes de la solidarité au quotidien.

      • C'est Nabum C’est Nabum 16 juin 2014 16:39

        Yurf_coco


        S’il vous fait du bien à la lecture, il m’a tout autant apporté du plaisir à l’écrire
        Nous en sommes réduits à ces petits riens puisque changer les choses en grand n’est désormais plus possible, agissons sur notre entourage immédiat

        Merci

      • Ruut Ruut 16 juin 2014 16:30

        C’est le second effet de la multiculturalité, chacun ne s’entre aide qu’au sein de son petit groupe.
        C’est le meilleur moyen pour détruire l’esprit national et l’entre aide entre tous les citoyens.


        • C'est Nabum C’est Nabum 16 juin 2014 16:42

           Ruut


          Je viens d’assister à deux batailles féroces, d’une incroyable violence verbale entre deux jeunes à chauqe fois séparés par des origines et des classes différentes.

          Tout est désormais prétexte à l’invective, aux propos honteux, aux crachats et à la haine.

          Je les plains et n’ai plus envie de leur faire comprendre qu’ils foncent ainsi dans un mur qui leur sera fatal. Mes moyens deviennent dérisoires face au rouleau compresseur qui les pousse ainsi à vomir la solidarité et la fraternité

        • Prudence Gayant Prudence Gayant 16 juin 2014 18:44

          Les loups sont des animaux sociaux et craintifs, ai-je lu sur une page google.

          L’inconvénient c’est surtout la voie unique aboutissant à une impasse.
          Je retourne dans mon bananier.


          • C'est Nabum C’est Nabum 16 juin 2014 19:44

            Prudence


            Les loups ne montent pas aux arbres 

          • Prudence Gayant Prudence Gayant 16 juin 2014 23:50

            C’est une réalité, les loups ne grimpent pas aux arbres. 

            Le bananier est une plante. 
            Rien n’empêche le loup de se hisser sur une belle plante.

          • C'est Nabum C’est Nabum 17 juin 2014 06:13

            Prudence


            Mon inculte en la matière est impardonnable

            Je m’impose un régime draconnier à partir de maintenant

          • Prudence Gayant Prudence Gayant 17 juin 2014 17:11

            Nabum

            Régime draconien de quoi ?

          • Maluco 16 juin 2014 19:06

            Bonjour.
            Il y a parfois des jours qui valent d’être vécus. Depuis longtemps je pleure de voire cette réalité que l’auteur dénonce. Ca fait du bien de ne pas se sentir seul.
            Nous sommes une race en voie d’extinction.
            Il y a encore des humains sur terre, merci à vous.


            • C'est Nabum C’est Nabum 16 juin 2014 19:46

               Maluco


              Je m’efforce de maintenir à flot quelques spécimens

              Je conte pour les adultes et petit à petit le cercle de ceux qui accpetent de se laisser mener par le bout de mes histoires s’agrandit
              C’est un bon signe que celui-ci, ne désespérons pas totalement

            • Prudence Gayant Prudence Gayant 16 juin 2014 23:53

              Nabum

              Spécimens de quoi ?

            • Prudence Gayant Prudence Gayant 17 juin 2014 00:36

              Nabum

              C’est un bon signe d’air. Dont vous ne manquez guère apparemment.
              Les paraboles sont, soient celles de Canal+ soient impénétrables, pratiques pour n’y rien comprendre.


            • C'est Nabum C’est Nabum 17 juin 2014 06:14

              Prudence


              Spécimens de cerveaux en état de marche

            • Prudence Gayant Prudence Gayant 17 juin 2014 17:08

              Nabum

              Vous êtes docteur de cerveaux fracassés ?

            • C'est Nabum C’est Nabum 17 juin 2014 17:24

              Prudence


              J’essaie de pratiquer l’auto médication en ce domaine

            • Prudence Gayant Prudence Gayant 17 juin 2014 17:38

              Exercice illégal de la médecine. 


            • C'est Nabum C’est Nabum 17 juin 2014 18:52

              Prudence


              Je ne pratique que la médecine létale pour le rire

            • Jean Keim Jean Keim 16 juin 2014 19:44

              N’avez-vous jamais fait le constat que nous sommes (c’est-à-dire nous et les autres) toujours animés des meilleurs intentions quand nous discutons en petit comité de questions de société et qu’ensuite dans l’impunité du secret que donne le fait d’être seul et dans la sécurité que confère la masse, nous avons parfois un comportement détestable ? Si notre vie est faite de contradictions, notre société ne peut être que bancale. 


              • C'est Nabum C’est Nabum 16 juin 2014 19:47

                Jean Keim


                Mettre en application ses dires est pour le moins un devoir moral

              • lermontov lermontov 22 juin 2014 15:53

                Il y a l’existence d’une dynamique de groupe, laquelle se met en place dès qu’on est deux. Cette dynamique repose sur un instinct hérité de la nature qui fait que chaque individu veut devenir le tyran de l’autre.
                Darwin l’expose ainsi : ’il y a compétition entre les espèces mais aussi entre les individus d’une même espèce."
                Au détour de l’Evangile, le Christ expose aussi cette réalité par ces mots : ’Ils ne sont pas circoncis de coeur’. I.e. La circonscision physique (circonscription symbolique de la volonté de puissance individuelle) n’entraîne pas la circonscription des instincts.


              • lermontov lermontov 22 juin 2014 16:00

                Zut, mon propos ci-dessus n’est pas à a la bonne place.

                Merci C’est Nabum pour ce bon et beau texte, et ce bon esprit. Déraison, ça me fait penser au poème d’Aragon, ’est-ce ainsi que les hommes vivent ?’

                ’C’était un temps déraisonnable,
                On avait mis les morts à table’

                Moche époque, oui, que ces temps nihilistes.

                En ouvrant chaque boutanche, ne pas oublier d’émettre comme voeu silencieux que l’humanité recouvre l’esprit.


                • C'est Nabum C’est Nabum 23 juin 2014 08:11

                  lermontov


                  Je fais ce que je peux et comme je marche sur l’eau ça me simplifie le travail

                • christophe nicolas christophe nicolas 23 juin 2014 08:08

                  Vous décrivez parfaitement la méthode de « poser la main sur la nuque » qui consiste à voir l’autre comme sa possession ou comme une chose qui se façonne. Ainsi dans mon ex boutique, un courrier personnel n’était pas autorisé, il était ouvert et sans doute écarté si incompatible avec l’esprit souhaité. Sachant qu’on travaillait de 7h à 19h, piégé sciemment avec deux heures de pause pour pouvoir travailler, il devenait problématique d’avoir des contacts extérieurs pendant les temps de travail. C’était voulu. Les communications étaient épluchées, le conjoint espionné, ma femme macquée mais c’est un autre problème. Bref, toutes les interfaces étaient surveillées de manière à ce que toute l’information sortante puisse être observée et toute l’information rentrante puisse être filtrée. Ce qui était incontrôlable était torpillé.


                  Après, on m’a reproché de mêler travail salarié et travail personnel en science. Non, ce n’est pas moi qui ai opéré le mélange mais ceux qui voulait s’approprier ce travail en contrôlant les interfaces. Malheureusement pour eux , leur cerveau à du mal à suivre et ça, ça ne s’achète pas, un con reste un con. Les loups et les agneaux traduisent des états d’esprit. Si le loup de la nature n’a rien a se reprocher, celui qui se choisit « loup » insulte l’agneau, en tant que tel, son sort est scellé, son nom n’apparaîtra pas dans le livre de vie quand il sera ouvert. On a donc ceux qui aiment la vie, « les agneaux » et ceux qui se suicident, « les loups ». Beaucoup de gens ont de très belles réussites professionnelle en se comportant de façon honorable, les loups sont simplement des sales cons.

                  • C'est Nabum C’est Nabum 23 juin 2014 08:12

                     christophe nicolas


                    L’interface cachée du loup qui s’ignore ! 

                  • gogoRat gogoRat 29 juin 2014 18:20

                    « Il n’est qu’à voir nos voisins, nos amis, nos proches circuler dans la rue et s’ignorer souverainement ... »

                    idée reçue ou constat ? ...
                    cf :  « une information qui existera tant que les gens l’entretiennent »


                    • C'est Nabum C’est Nabum 29 juin 2014 18:30

                      Gogorat


                      Hélas ! 

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