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La Fondation Ostad Elahi et les abus de pouvoirs

La fondation Ostad Elahi (Ethique et Solidarité Humaine) ainsi que le réseau Anticor font partie des participants à un passionnant débat sur les abus de pouvoir.

Comme nous le rappelle Séverine Tessier, présidente d’Anticor, « l’élection de Nicolas Sarkozy à la présidence de la République française marque d’abord la victoire d’un système dans lequel la collusion avec les milieux industriels, financiers, médiatiques est bien connue... ». D’ailleurs, à l’occasion des élections législatives de 2007, le réseau anticorruption Anticor (constitué par des élus de tous bords, des personnalités et des simples citoyens) est en train de se mobiliser pour « tenter d’immuniser » l’Assemblée nationale notamment par le biais d’un label auquel souscriront les candidats qui se seront engagés à soutenir des propositions anticorruption bien précises (cf. Antidote la nouvelle plate-forme contre la corruption et pour l’éthique en politique).

En même temps, l’une des caractéristiques de cette période électorale est qu’elle fait apparaître un désir citoyen de plus en plus manifeste : celui d’un assainissement de la vie politique par plus de transparence et d’éthique.

L’exigence, le désir même, d’éthique fut partout : c’est ce désir qui, en un sens, nous a poussés aux urnes, comme pour accomplir un devoir citoyen. J’ai encore à l’esprit ces files d’attente de plusieurs heures aux services élections des mairies dans les derniers jours de décembre 2006... C’est ce désir qui nous fut renvoyé en miroir par les politiques, lorsqu’ils ont esquissé une société où « chaque droit appellerait un devoir », où « ce qui est dit est fait, ce qui est fait et dit », et où « tout travail mérite salaire ».... Ou bien encore lorsqu’ils ont, sous une forme ou une autre, invoqué le changement ou la rupture - sous-entendu avec les compromissions du passé. C’est autour de ce désir, et de la réponse à ce désir, qu’un pacte de confiance a tenté d’être renoué entre les citoyens et les politiques.

On peut se réjouir des intentions exprimées, et du sursaut démocratique qu’elles ont contribué à susciter. Et pourtant... j’ai des doutes. Les exemples sont trop nombreux, trop douloureux, où des personnalités politiques, une fois investies du pouvoir que le peuple leur a délégué, en ont fait usage à des fins personnelles ou partisanes, parfois aux dépens de particuliers ou de personnes morales ayant des moyens de défense réduits - et au final, aux dépens de l’intérêt général qu’ils avaient pourtant la mission de défendre. Ce qui m’amène à une question peu abordée directement dans la campagne et peu abordée en générale : l’éthique des personnels politiques dans l’exercice des fonctions politiques, ce que j’appellerai « l’éthique du politique ».

Sans céder au facile « Tous pourris » , il faut bien réaliser combien les abus existent : abus de confiance, de pouvoir, de moyens publics, violences, manipulations, désinformations... Comme si le pouvoir, plus exactement celui qui l’exerce, portait en lui le germe totalitaire, près à s’exprimer dès que se présente un terrain favorable, pour attaquer parfois en profondeur le tissu démocratique.

Il me semble que le désir d’éthique décelé plus haut appelle une exigence critique : comprendre la mécanique corruptrice à l’œuvre qui transforme un élu en élu dévoyé, pour mieux imaginer des formes nouvelles de protection de la société contre de telles dérives. Avec, au commencement d’une telle démarche, un travail de prise de conscience de la réalité de ces situations douloureuses où des citoyens ont été la victime des prédations de ceux qui étaient censés les représenter ou leur apporter assistance.

Dans cet esprit, je viens de découvrir qu’Anticor a souhaité s’associer à la réflexion qui sera menée dans un colloque qui se tiendra au sein de l’université de Paris-I (Panthéon-Sorbonne) ce samedi 2 juin sur un thème très peu abordé et pourtant capital car mettant en question les fondements même de la démocratie : le citoyen face aux abus de pouvoirs des politiques (entrée libre). Dans le contexte politique actuel, la problématique de ce colloque me semble fondamentale :

« En un temps où les candidats à la plus haute fonction de la chose publique ont évoqué la nécessité de restaurer la cohésion sociale, l’unité nationale ou le pacte de confiance entre citoyens et politiques, il est peut-être bien venu de s’interroger concrètement sur les mécanismes qui peuvent conduire certains représentants du peuple à bafouer les droits des citoyens, ou à se retourner contre eux. Abus de biens publics, abus de confiance, abus de pouvoir : quelques « affaires » récentes ont démontré que ces pathologies de la politique constituent une menace réelle pour la vie démocratique, non seulement par les torts directs qu’elles peuvent causer, mais plus largement par le climat de méfiance qu’elles contribuent à installer.

Violence, malversation, corruption, lobbying, désinformation, manipulation des services de police, des magistrats, des médias et de l’opinion publique : au mépris du bien commun et de ses engagements, certains abusent du bien public et ne reculent devant aucun moyen pour satisfaire une ambition personnelle, comme s’ils ne devaient jamais être amenés à répondre de leurs actes. La forme la plus « aboutie » de cette dérive semble être l’instrumentalisation : celle de la justice, celle des appareils d’Etat, celle des institutions.

La perte du sens du bien commun et des libertés fondamentales se redouble chez le politicien-voyou d’une forme de cécité morale qui semble proprement liée à l’exercice du pouvoir, à l’infatuation et au sentiment d’immunité qu’il suscite. Il faut s’interroger sur les raisons de ce phénomène. Est-ce le pouvoir lui-même qui conduit naturellement à l’abus, par l’effet de sa propre logique ? Est-on fondé à dire que le pouvoir corrompt, y compris les meilleurs ? Et dans ce cas, comment espérer encore accorder l’idéal de justice aux exigences de la vie politique ? Ou bien faut-il incriminer des personnalités-types, des « profils » de délinquants politiques ? Quelle idée, d’ailleurs, l’élu du peuple se fait-il du pouvoir que nous lui octroyons ? Se voit-il comme un chef ou comme un mandataire ? Comme un entrepreneur ou comme un fonctionnaire ? Le scrupule, en politique, se limite-t-il au sentiment du « risque » encouru ?

« L’ambitieux prend les pouvoirs comme fin, et les adore en tous ses actes », disait le philosophe Alain. Mais si le pouvoir se délègue, la vigilance, elle, ne se délègue jamais. A la responsabilité des politiques répond donc le devoir du citoyen, qui est d’obéir à la loi tout en exerçant une surveillance et un contrôle continus des pouvoirs. Or, dans les faits, quels sont les mécanismes de contre-pouvoir, les leviers de contrôle qui permettent aux citoyens de résister contre les abus de pouvoirs en tout genre, et notamment de la part de ceux qui ont pour devoir de les représenter ou de les administrer ? Face aux lenteurs et imperfections de la justice dont savent jouer les politiques peu scrupuleux, jusqu’à quel point le « quatrième pouvoir », celui des médias, peut-il être envisagé comme un recours, s’il est établi que les politiques y trouvent un relais direct de leur action ? Que peut-on attendre du « cinquième pouvoir », celui de la « blogosphère », ou encore de la constitution de « jurys de citoyens » chargés d’évaluer l’action publique ?

Telles sont quelques-unes des questions qui seront abordées dans ces débats qui procéderont en deux parties - constats et témoignages puis analyses et solutions - et auxquels participeront, sous la baguette experte de Pierre Rancé, chroniqueur judiciaire à Europe I, des personnalités telles Christian Charrière-Bournazel, bâtonnier désigné, Corinne Lepage, ancien ministre, Serge Portelli, vice-président du TGI de Paris, Alexandre Dorna, président de l’Association française de psychologie politique, Frédéric Rollin, professeur de droit, Frédéric Tiberghien, conseiller d’Etat, ou encore Christophe Grébert, blogueur bien connu.

Dans l’espoir que la vie politique ne se réduise pas à un simple rapport de force, et qu’elle ne soit donc pas complètement déconnectée des préoccupations éthiques. »

Plusieurs blogs annoncent le détail de cette matinée qui aura lieu ce samedi 2 juin à La Sorbonne à partir de 9 h 00 (amphithéâtre de Gestion, 17 rue de la Sorbonne, 75005 Paris - entrée libre).




par Richard Baudinier mardi 29 mai 2007 - 93 réactions
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  • Par LE CHAT (---.---.---.49) 29 mai 2007 10:11
    LE CHAT

    on va finir par certifier les candidats iso 9000 smiley pour être certains de la qualité du produit .vivement une politique plus propre .

    Voir Bernard Granié , l’ancien maire de fos mis en examen et même incarcéré fin 2006 pour des faits de corruption se pavanner sur la place du marché en compagnie du maire actuel rené Raimondi me dégoute ! trop de ripoux devraient disparaitre de la scène politique , mais ils ont trop le sentiment d’impunité smiley

  • Par Ronny (---.---.---.50) 29 mai 2007 13:52
    Ronny

    @ absolument impunis...

    Mais nous avons aussi une responsabilité dans l’histoire (nous citoyens), d’où l’intérêt formateur de l’action d’anticor !

    Voyez Juppé, condamné, mais réélu à Bordeaux... Les casseroles de Santini avec l’aménagement d’Issy (réélu bien sur !), ou dans l’entourage de Sarkosy le très sémillant Balkany, lui aussi réélu et que l’on ne présente plus. La lecture de 20 minutes est édifiante :

    ... la justice administrative [a également condamné Mr Balkany] à rembourser à la ville environ 524.000 euros représentant les salaires des trois agents communaux sur la période durant laquelle ils ont travaillé pour M. Balkany, et 230.865,57 euros représentant les intérêts de cette somme. « M. Balkany a réglé l’intégralité » des 524.000 euros, indique le projet de délibération.

    Le même document poursuit : « l’intégralité du principal (les 524.000 euros, ndlr) ayant été réglée à la ville, M. Balkany souhaite effectuer une demande de remise gracieuse des intérêts, comme la loi en prévoit la possibilité », demande adoptée lundi soir.

    Elisabeth Gourevitch, conseillère PS, a dénoncé le fait que « dans cette situation, les intérêts (les 230.865,57 euros, ndlr) sont supportés par la commune ».

    Indiquant vouloir saisir le tribunal administratif sur la décision de lundi, Dominique Cloarec, conseillère Verte, a lancé : « qui a dit hier « il faut remettre la morale au coeur de la politique » ? C’est votre ami Nicolas Sarkozy (...)

    Vous y croyez vous, alors que l’ancienne juge Eva Joly, que l’on a bien incité à ne plus trop s’occuper de corruption en France, vient de déclarer au sujet de la nommination d’un proche de NS à la direction de TF1 (Cf Le monde du 24 05 07) :

    « La démocratie ce n’est pas invoquer Jaurès ou Blum, la démocratie c’est des institutions qui fonctionnent et c’est la confiance dans les institutions »

    « Une démocratie ça se mesure à sa presse indépendante et à sa justice indépendante et je trouve que ce que nous voyons en France est plutôt inquiétant », a-t-elle ajouté.

    « Nous voyons un président de la République qui fête sa victoire d’élection avec Martin Bouygues (président du groupe) et qui téléphone le 8 mai à Omar Bongo (président gabonais, au pouvoir depuis 1967, il a instauré un régime de parti unique de 1968 à 1990, ndlr) pour le remercier de ses bons conseils et qui ensuite, le 22 mai, nomme son directeur adjoint de campagne (Laurent Solly), directeur adjoint de TF1 », (mommination d’ailleurs annoncée par l’élysée !).

    « Pour moi c’était une violation d’une règle fondamentale en démocratie »

    « TF1 qui a jusqu’à 50% de parts de marché en France », s’apparente « vraiment à une machine de guerre pour la propagande... Cela me paraît des conditions assez berlusconiennes et je souhaite mieux pour mon pays »

    C’est quand même une spécialiste des histoires de corruption qui parle !

    Au fait y’a quoi sur TF1, ce soir ?

  • Par Vilain petit canard (---.---.---.250) 29 mai 2007 11:06
    Vilain petit canard

    Votre article pose en effet une bonne question : qu’est-ce qui différencie un « bon » élu d’un « mauvais » élu ? Se poser la question ainsi, c’est admettre qu’il existerait un état naturel d’élu « propre », et que certaines circonstances pourraient le faire basculer... du côté obscur, disons. Or je me demande si au contraire, le statut de détenteur de pouvoir n’oblige pas à être de toute façon ambigu.

    A partir du moment où vous avez le pouvoir, vous êtes tenté par son usage à votre intérêt personnel, c’est consubstantiel à la fonction, à vous de ne pas céder. Et vous êtes tenté également de vous allier avec d’autres détenteurs de pouvoir, soit par surbordination franche, soit par alliance négociée. Le problème est alors : qui détient le pouvoir sur qui ? Et qui s’en rend compte ?

    Le seul remède à mon sens à cette ambiguïté inhérente au pouvoir est la transparence : si je sais que la campagne de X a été financée par Y, et que j’apprends que X, une fois élu, fasse que la collectivité qu’il dirige offre une faveur à Y, alors je prends la chose pour ce qu’elle vaut : un renvoi d’ascenseur. Je m’en souviendrai à la prochaine élection. Pour m’en souvenir, ça va me coûter un réel effort : tous les soirs la télé va me bassiner avec la Star Ac ou le jogging républicain de notre bien-aimé Président, pour que justement, j’oublie le lien entre X et Y.

    Et si les gens chargés de faire circuler l’information sont contenus (ou détenus !) par Y ? Qui me dira ce qui se passe ? C’est le gros problème à l’heure actuelle, regardez les potes de notre Président, il y a de quoi déclencher une guerre au Darfour sans problème, et écouler ainsi du matériel militaire varié (Matra, Dassault), obtenir des « unes » retentissantes dopant les ventes (Hachette, TF1, Direct Soir et Direct 8) et des sondages (CSA ou IFOP) prouvant que le peuple glorifie notre « lider masimo » et ses « courageuses » prises de position « sans tabou ». Il y a même de quoi reconstruire le pays après nos frappes chirurgicales (Bouygues) qui n’auront fait aucun mort, comme de juste.

    Deuxième problème : il faudrait que les élus nationaux (députés) arrêtent de se comporter comme des maires ou des Présidents de Conseil généraux, à « obtenir des avantages pour leur circonscription », et tout ce genre de marivaudages malsains bavochant entre clientélisme et démagogie (et qui fait qu’on les réélit, d’ailleurs !). Déjà, si ils pouvaient faire correctement leur boulot de député et aller à l’Assemblée, ça serait pas mal. Mais pour y faire quoi ? Signer avec discipline les lois concoctées par le gouvernement, c’est-à-dire par le Président - Chef du Parti Total et de toutes ses nouvelles composantes (Droite, gauche, centre, France du dessous et du dessus), et aussi chef de la police et des ministres (qu’il a choisi lui-même, c’est claironné partout) ?

    Je vous rejoins, il y a de quoi être inquiet..

  • Par spartacus1 (---.---.---.142) 29 mai 2007 15:16
    spartacus1

    Je viens de lire que le ministre de l’agriculture japonnais s’est pendu après avoir été accusé de corruption.

    S’il en était de même en France, j’investirai immédiatement dans une fabrique de corde.

    Hélas, c’est en France que l’on trouve un repris de justice au gouvernement. Qu’un autre repris de justice condamné à 5 ans de prison pour corruption et abus de biens sociaux est candidat aux législatives à Grenoble, notons que cette personne a purgé l’intégralité de sa peine en, chose rare pour le personnel politique et qui va plutôt en sa faveur. Ne parlons pas des multiples autres affaires, quelles soient le fait de personnes de droites ou de gauche.

    Décidément, la France ne serait-elle que la plus grande république bananière du monde ?

    Dans un autre registre, mais connexe, comment Mme Alliot-Marie, traitée ouvertement de « salope » par NS, accepte-t-elle de faire partie d’un gouvernement nommé par ce même NS (Fillon n’est même pas un faire-valoir) ? Aucune fierté et manque total de dignité.

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