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Accueil du site > Actualités > Citoyenneté > La France rance des Gallimard (II) Mégalomanie et perversion (...)

La France rance des Gallimard (II) Mégalomanie et perversion esthétique

Après avoir bien prospéré au cours du XXème siècle, quelles que soient les circonstances, Gallimard reste surtout un faiseur de fric qui s’oppose à la nouvelle opportunité culturelle offerte par l’Internet, juste pour la raison que ce qui est gratuit, c’est du chiffre d’affaires en moins. N’oublions pas que le système traditionnel sur lequel s’arc-boutent les éditeurs installés, verrouille l’expression littéraire : seulement trois centaines d’écrivains vivent de leurs droits d’auteurs tandis que l’indigence de milliers d’autres n’indigne personne. Sur ce point, l’expression littéraire dépend d’abord du sens des affaires et accessoirement du talent alors que sans les auteurs, la filière n’existerait pas... Cette main-mise absolue s’avère d’autant plus intolérable qu’elle s’arroge le droit d’imposer ce qui est beau et bon pour tous, tout en manifestant un vil mépris pour le reste. Cela relève toujours du caporalisme jacobin voulant étouffer le fédéralisme girondin : la place exclusive du français, l’espace refusé aux langues régionales y participent. 

Prétendre que le renom de Mistral est éteint, déprécier le terroir, dicter son goût artistique relèvent d’une subjectivité coupable. Ce qui est RANCE et EXAGÉRÉ, pour reprendre les termes de la "maison" Gallimard, c’est de surfer sur un absolutisme intellectuel permettant, en annexe, de faire oublier la réalité sans foi ni loi d’une entreprise au passé glauque. Comme en politique, les réactionnaires provoquent quittes à s’indigner ensuite de la réplique des tarabustés. Rien d’étonnant alors si on en arrive à des référendums sur l’indépendance parce qu’une autonomie digne a été refusée. C’est dans cet esprit qu’il faut comprendre ce pamphlet.

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Profiteur de guerre(s) parmi tant d’autres, Gaston Gallimard usa de tous les moyens, de tous les coups bas pour cannibaliser le secteur de l’édition. Cette agressivité entrepreneuriale est restée et la morgue des héritiers (1) voudrait laisser accroire que l‘art et la quête du beau justifient de tout accepter, même l’inacceptable. 

Pierre Assouline qui aborde sans détours L'épuration des intellectuels (Éditions Complexe 1996) associe l’argent accumulé au placement que représente le "trésor" des Gallimard, à savoir le très épais catalogue d’auteurs. Est-ce ce qui compte le plus à côté des malheurs dus aux deux guerres mondiales ? Doit-on rester impressionné par la mégalomanie qu’il prête à Gaston Gallimard quand il lui fait dire « La littérature française c’est moi ! » ?
Il faut bien sûr répondre NON ! Répondre NON et garder en mémoire la riposte immédiate à apporter à l’héritier de mauvaise foi !
Antoine Gallimard, en effet, ose revenir insidieusement sur les agissements RANCES de son grand-père. Par exemple :

« ... C’est avec plaisir que j’ai remarqué que s’étaient enfin tues les voix qui renvoyaient jusqu’alors nos Éditions à une prétendue incapacité à saisir toute leur histoire, et notamment à aborder sereinement la période de l’Occupation.... » (1)

... Ah ! qu’en termes insidieux, ces choses-là sont mises ! EXAGÉRÉ son argument consistant à rappeler qu’ils ont déjà tout publié, donc tout avoué : 

« … le moins que l’on puisse dire est que nous avons largement contribué à la mise au jour de cette période de notre histoire, sans prévention aucune... » (2)

Le moins que l’on puisse dire est que l’héritier ne voulait surtout pas que l’on parlât de certains épisodes : Assouline a initialement publié ailleurs et c’est parce que Gallimard n’arrête pas de racheter la concurrence que, dans la situation de l’arroseur arrosé, il a trouvé commode la posture du coupable semblant faire amende honorable. Entre parenthèses, plus loin dans l’entretien, il ne manque pas de noter que son grand-père ne s’est pas caché, dès 1919, de vouloir créer, après le mécénat des premières années, « une entreprise très commerciale » (alors que d’autres se remettaient de la guerre...). Avec l’argent qui n’a pas d’odeur, Gallimard, ne manquant pas d’aplomb, loin de susurrer un semblant d’excuse, voudrait se faire oublier à bon compte ! Que ne l’a-t-il fait plutôt que de convier les élites à inaugurer une moitié de rue « Gaston Gallimard », en 2011 !


Enfin, à parler de valeur littéraire « trop rance », nous sommes là pour rappeler la saveur âcre et l’odeur forte qui imprègne toujours les murs de la prestigieuse maison ! Et manière d’entretenir le vernis de la Bibliothèque de la Pléiade, pour persuader notre ami provençal qu’il était plus qu’inconvenant de plonger Mistral dans une notoriété fétide, voyons ce que nous devons contester de la prestigieuse collection. Et si c’est subjectif de ne pas aimer les riches parce qu’ils exploitent les autres, il n’est pas moins illégitime de contester à une coterie dominante les signes ostentatoires d’une présumée supériorité... le talent tel qu’ils le définissent n'excuse rien ! 

Ainsi, la Bibliothèque de la Pléiade a publié Louis-Ferdinand Céline, dont sa correspondance encore en 2009. En 1951 (3), Gallimard a signé avec ce raciste viscéral, cet antisémite aussi violent que notoire, collabo avant l’heure, un contrat de cinq millions de francs... Encore dans le fameux catalogue, Pierre Drieu la Rochelle, "collabo sincère" comme l’a noté Galtier-Boissière et de Gobineau, Joseph-Arthur de, la grande référence racialiste.
Il est vrai qu’artistiquement parlant, nos cuistres prônent que les salops n’existent pas. Sur ce point encore, Antoine porte haut les valeurs de la caste Gallimard : dans l’entretien de 2012 (2), il revendique :

« ... le rayonnement de l’esthétique et de la morale GIDIENNES sur nos pratiques éditoriales (voire sur notre « culture d’entreprise)... »

Sur le plan d’une esthétique autre que littéraire et d’une morale disant qu’il ne faut pas en avoir, rappelons seulement qu’André Gide, égotiste, narcissique, a assumé sa pédérastie.
Mais qui sont donc les salauds ? Sûrement ceux qui réprouvent aussi Donatien Alphonse François de Sade, le "divin marquis" invité depuis 1990 dans une pléiade de deux centaines d’auteurs. 

« ... Sade fut un monstre, un violeur pédophile, une brute dominatrice et ultraviolente, un débris féodal antiféministe et antirépublicain ; son infamie transparaît dans tous ses textes ; son dossier pénal est accablant ; sa célébration continue par toutes sortes d’hagiographes depuis 120 ans est incompréhensible... » http://www.chronicart.com/livres/la-passion-de-la-mechancete/

Concomitamment au mépris injustifié que Gallimard a l’originalité d’afficher à propos de Mistral, nous apprenions la nomination du quinzième Nobel français de Littérature. A cette occasion, l’éditeur, trop modeste, précisa vite que Modiano n’était jamais que son quarantième Nobel... référence à l’épais catalogue sûrement. Peu bavard, il s’est bien gardé d’évoquer l’oeuvre de Modiano avec pour cadre le Paris de l’Occupation, de peur, sans doute, de réveiller des fantômes...

« "Vous savez", monsieur Gallimard, le Vaucluse, la Provence où vous aimez bien séjourner, c’est Vincèn e Mirèio. Comme pour Roméo et Juliette ou Chimène et Rodrigue, ce ne sont ni Vérone, ni Séville qui passent avant le dilemme entre le devoir et l’amour. Il faut bien que vous conveniez que l’universalité qui sous-tend ces oeuvres ne saurait être contestée (le cas aussi pour Fanny et Marius de Pagnol, heureusement non "pléiadisé", ne vous déplaise). 

 

Et puis, dédaigner le terroir reviendrait à mésestimer l’origine du monde telle que la vit Courbet... "Vous savez", ce qui est RANCE et EXAGÉRÉ c’est cette image d’un Luberoun (4) contrefait, à laquelle les nouveaux riches de Paris, résidents secondaires, ont contribué. Et si dans les environs, se trouvent les ruines du seigneur de Lacoste, Donatien Alphonse François, pour ne pas le nommer, plus nombreux sont ceux qui viennent ou pensent à cette diversité culturelle qui ne peut que profiter au pot commun.
"Vous savez", tant mieux si Pagnol et Mistral (5) ne sont pas "pléiadisés" : l’ethnocentrisme parisien, aussi amoral que RANCE et EXAGERE, n’est en rien représentatif de la culture française.
  
(1) soutenus qu’ils sont par l’ignorance des faits, l’esprit de classe et une clientèle riche (60 € pour un ouvrage la Pléiade).
(2) http://www.gallimard.fr/Footer/Ressources/La-maison-d-edition Antoine Gallimard / textes et communiqués / « L’éditeur entre l’encre et l’écran » / Le Débat n° 170 mai-août 2012 (pdf).
(3) cette même année, Gallimard publie Les Deux Etendards de Rebatet alors que le collabo antisémite, initialement condamné à mort, purge encore une peine de travaux forcés à perpétuité (libéré en 1952, il n’aura fait que 5 ans).
(4) Luberon ? Lubéron ? Léberon ? Liberoun ? Luberoun ? Pauvre montagne qui ne sait même plus comment il faut qu’on l’appelle ! 
(5) Daudet en fait partie peut-être pour avoir transmis une image parfois caricaturale de la Provence. 

 

photos autorisées wikipedia : 1)inauguration de la rue. 2) plaque de la rue 3) Vincèn e Mirèio par Victor Leydet 4) Mireille, Mistral par Le Petit Journal . 


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8 réactions à cet article    


  • Emin Bernar Paşa Emin Bernar Paşa 1er novembre 2014 22:32

    j’ai souvent été gêné par la place faite dans la librairie gallimard du bd raspail aux best sellers type jk rowling !


      • lsga lsga 5 novembre 2014 13:11

        Gallimard, et leur politique éditoriale de contrôle et de censure du contenu littéraire, est très représentatif de la nature fasciste et autoritaire de la Haute Bourgeoisie Nationale (qu’elle soit français ou autre : c’est le caractère Nationale qui provoque cela).

        Bonne nouvelle : Gamillard fait figure d’épicier poujadiste face à Amazon, ils vont se faire casser les genoux.


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